22.7.23

Demain je me tue



Après quelques verres dans un bar parisien, Rigaut décide de prolonger son escapade parisienne et passe à l’improviste chez Jacques Porel et sa femme Anne-Marie. Dans ses souvenirs publiés en 1952, Porel raconte sa dernière soirée avec J. R. :

[...] Il surgit chez nous, en fin de journée. Il était gai, avait l’air bien portant. Il avait dû boire un peu. La joie de se voir formait le fond du tableau. Nous l’emmenâmes, je me souviens, entendre une pièce de Savoir au théâtre de la Potinière. Il riait trop fort et se mit même à faire des commentaires à haute voix, pendant les actes. Tour à tour, nous le prenions dans nos bras et le bercions pour le calmer comme on fait d’un enfant, car il avait un peu perdu la tête. Ensuite ayant faim, nous fûmes souper au Grand Écart. Il était redevenu presque normal, mais Paris, où il ne s’était pas trouvé depuis longtemps, lui avait fait l’effet d’un alcool violent. Il ne voulait pas rentrer. Malgré notre insistance à le reconduire à la Vallée-Aux-Loups, il nous affirma avoir un rendez-vous important avec des amis à Montparnasse. Il nous obligea à le laisser place de l’Étoile. Il prit un taxi, fit un geste de la main. Nous ne devions plus le revoir, vivant.

In Jacques Rigaut, le suicidé magnifique, Gallimard, 2019.