Voici le premier texte paru de Jacques Rigaut dans la revue Action, en juillet 1920.
"Grimpé sur mon piano, je suis l’Antéchrist coiffé d’un entonnoir de gramophone. Triomphant, j’entre en sautant sur la tête dans le hall du Péra-Palace de Constantinople et je fais tourner avec mes orteils une crécelle géante. Dieu vous bénisse, bourriques de clair de lune !
Prestige de la démence ! Faire une chose qui soit complètement inutile — un geste pur de causes et d’effets. Jusqu’ici — comme ailleurs celui de la pesanteur — c’est le règne de l’utilité ; désormais par l’absurde je vais m’évader...
Je recommence. C’est comme si j’étais seul au monde. Événements de moi seul nés, de moi seul visibles ; la glace en oublie de refléter mon image. Nu, jusqu’à avoir perdu chair, os et toute consistance. Baignant sans effort (non pas au cœur d’un pauvre Rigaut) au cœur des choses. Étonné de l’existence indépendante et contradictoire de ce Rigaut qui se jauge faussement à son raisonnement ou à sa connaissance.
M’y voici. J’y suis. Ici au sein de cette conscience, j’emplis mes poumons d’un oxygène consumpteur mais qui rend l’air, ailleurs, irrespirable. Hors de cette pureté, tout est égal, toutes valeurs égales et il n’importe pas que je sois ministre ou portier. Ici, mes amis (mes amis, ai-je dit ?) ne me suivront pas. Et où nous joindrons-nous ? Il n’y a plus à présent, entre nous, de possibilité d’échange ou de communication.
Fatale, valide et légitime Immobilité. (L’Inde n’est pas si loin.) Moi le plus bel ornement de cette chambre aussi vivant que la lampe et que le fauteuil !
*
L’orgueil amer de se sentir sans origines. Creux comme un mirliton, je circule à l’incertaine poursuite de tout ce qui pourrait remplir cette concavité. — Avidité et aridité ne se séparent que d’une petite lettre —. Sans but, cela va de soi, mais les autres savent s’en tenir à leur maison, à leur chambre ; sans maison sans racines. A ma place pas plus et pas moins, dans ton lit ô Rosalinde, qu’au cloître, ni près d’amis que seul.
Mon ventre est intact. Je n’ai pas de nombril, pas plus qu’Adam. Sans origine.
*
Il est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots « cœur » et « âme » pour découvrir avec pâleur, un beau matin, qu’il ne m’en restait plus ! Je n’imagine rien d’aussi sec que moi. Je ne tiens à personne ni à rien. Je n’attends rien.
Je me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l’échine glacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d’amour. Il n’y a plus aucune vie en moi. En dehors de l’ennui je ne me trouve pas, je n’ai pas de place.
Tout a été surfait ! Surfaite la guerre ! Surfaits les « paradis artificiels » ! Et l’amour donc !...
Quel coup ! Mais on vivrait. Il n’y a au monde qu’une seule chose qui ne soit pas supportable : le sentiment de sa médiocrité."
("Propos Amorphes", Jacques Rigaut)
27.9.07
Dans le texte
26.9.07
La dernière lettre
André Gorz et sa femme Dorine
Le philosophe, cofondateur du «Nouvel Observateur», et sa femme, Dorine, se sont suicidés.
Lettres à D. Histoire d’un amour (1), paru en septembre 2006, sera son ultime texte. A 84 ans, André Gorz a choisi de partir avec Dorine, 83 ans, sa femme. «Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.» C’était la fin du livre. Hier, sur la porte de leur maison de Vosnon, dans l’Aube, où le couple s’était retiré depuis une vingtaine d’années, un simple message sur la porte : «Prévenir la gendarmerie». Une amie s’en est chargée. Ils reposaient tous deux côte à côte. Lettres à D., qu’André Gorz racontait avoir écrit en pleurant, disait toute la passion et la reconnaissance qu’il avait pour D., Dorine.
«Long dialogue». Au soir d’une carrière bien remplie de philosophe et de journaliste, André Gorz ne pensait qu’à elle, seulement à elle, qui l’avait soutenu toutes ces années dans l’ombre. Il fallait en léguer une image pour qu’elle lui survive. «Cette présence fut décisive dans la construction d’une œuvre dont la visibilité ne porte qu’un nom alors qu’elle fut celle d’un couple, le fruit d’un long dialogue.» De traces biographiques, il ne reste que les siennes à lui, mais il faut toujours voir D. dans ses pas.
André Gorz a eu plusieurs identités, même si pour D., «il a toujours été Gérard». Né à Vienne en février 1923 de père juif et de mère catholique, sous le nom de Gérard Horst, il s’exile à Lausanne au moment de l’Anschluss. C’est en Suisse, où il étudie la chimie, qu’il rencontre Jean-Paul Sartre, venu donner une conférence en 1946. Si le philosophe l’encourage à travailler sur son essai philosophique, Fondements pour une morale, cette somme ne sera finalement publiée qu’en 1977.
L’existentialisme sartrien correspond à son expérience vécue, celle d’un être «injustifiable» qui, dans son premier livre publié, le Traître (1955), longuement préfacé par Sartre, tente de «se restituer tout, comme venant de lui-même».
Après la période sartrienne - qui l’a vu aussi concevoir la plupart des numéros des Temps modernes de 1967 à 1974, ne quittant le comité de rédaction qu’en 1983 -, Gorz intègre à la philosophie morale et existentielle une dimension sociologique et économique. En ce sens, les Adieux au prolétariat (1980) marquent une nouvelle saison de la réflexion particulièrement féconde, puisque Gorz, de façon quasiment prophétique, annonce la fin de la centralité du travail industriel dans les sociétés capitalistes. Dès lors, rares sont les analyses des métamorphoses du travail qui ne réfèrent pas à celles d’André Gorz. Et quand des thèmes comme «la fin de la modernité» ou la «crise de la raison» deviennent quasiment des slogans, il insiste, lui, sur la crise, et la fin d’une rationalité économique dont le propre est de se renverser, de provoquer la cassure verticale des vieilles agrégations sociales (les «classes»), et de laisser apparaître de nouvelles élites hyperproductives, seules aptes à bénéficier des services. Aussi finit-il par montrer que l’immatériel, favorisé par la généralisation des outils informatiques, devient la forme hégémonique du travail et le «poumon» de la création de valeur. Toute la tentative d’André Gorz aura été d’étudier les conditions auxquelles une société peut récupérer son contrôle sur l’économie. Son dernier essai, l’Immatériel, explorait le potentiel de subversion, de gratuité et de liberté qu’il y a dans l’économie de l’immatériel.
Grand reporter. Parallèlement à son œuvre philosophique, Michel Bosquet (Bosquet, traduction française de Horst) poursuit une carrière de journaliste amorcée à Paris-Presse, puis à l’Express. Il suit Jean Daniel lorsque celui-ci transforme, avec Claude Perdriel, France Observateur en Nouvel Observateur en novembre 1964. Grand reporter, spécialiste des questions économiques, Michel Bosquet en sera un des rédacteurs en chef à partir de 1981. A la fois dans son travail philosophique et dans son métier de journaliste, il sera un des penseurs de l’écologie politique.
Il avait abordé Dorine, anglaise d’origine, un soir neigeux, le 23 octobre 1947, pour l’inviter à aller danser et ne l’a plus jamais quittée. Elle était atteinte d’une affection évolutive depuis de nombreuses années. Ils avaient choisi de ne pas avoir d’enfants. André Gorz disait à Libération, en septembre 2006 : «A mon avis, les bons pères sont ceux qui ont eu besoin de père dans leur enfance. Moi, je n’avais pas envie d’avoir de père parce que je n’aimais pas mon père. […] Tous les deux, on n’a pas de continuité, ni rien à transmettre. Nous n’avions pas de famille à fonder pour transmettre quoi que ce soit, puisque nous n’avions jamais eu de famille nous-mêmes. Si nous avions eu des enfants, j’aurais été jaloux de Dorine. Je préférais l’avoir pour moi tout seul.»
(1) Editions Galilée.
Frédérique Roussel (Libération du 25 septembre 2007)
André Gorz, le philosophe et sa femme
Arrivé à un âge où il ne se sent plus la force d'entreprendre un livre de longue haleine, André Gorz se retourne sur sa vie, se rend compte qu'il n'en a jamais écrit l'essentiel, sa relation avec sa femme, et il commence à lui écrire, à elle, directement : "Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien."
Très peu de livres accrochent ainsi, en quelques phrases qui donnent le ton, le tempo, la musique et l'émotion, la qualité d'une vie. On lit cette lettre d'amour à une femme vivante, malade et qui souffre et qui va mourir un jour, lointain peut-être encore mais de toute façon trop proche, et cette mort devient aussi inacceptable pour celui qui lit que pour celui qui écrit. Dans les dernières lignes, qui reprennent les premières sur un ton qui étreint le coeur encore plus, cette mort est envisagée. Un tel livre, court, exact, poli comme un galet sans effort apparent, vient rappeler ce que peut la littérature quand elle sonne vraie parce qu'elle sonne juste.
Racontant un amour singulier, il tombe à pic dans un débat encore une fois en cours sur le couple. A un extrême, Sartre et Beauvoir, que Gorz et Dorine ont bien connus : l'expérience de l'ouverture, la fidélité au pacte conclu d'engagement à vie et du tout se dire des autres relations amoureuses que l'on s'autorise sans trahir la relation fondatrice, priorité des priorités. A l'autre extrême, Gorz et Dorine, le même pacte mais cette fois dans l'engagement exclusif, corps et âme, puisque l'âme est le corps vécu. La fidélité devient réciprocité éthique : je ne te fais pas ce que je ne voudrais pas que tu me fasses. Entre ces deux paradigmes, toute la gamme des aménagements possibles, contrats tacites, compromis, mensonges, omissions, frustrations, réussites affichées, échecs cachés, ou l'inverse, arrangements qui sont le lot plus ou moins choisi de tant de couples quand ils durent.
Le magnifique, dans Lettre à D., n'est pas de donner un exemple - Gorz, philosophe du social, ne prétend pas établir une norme à partir d'une entreprise à deux qu'il sait exceptionnelle et en quelque sorte voulue par l'histoire, la grande, celle qui tranche les vies - mais de donner un sens politique à l'amour. Non pas sécession et refuge mais réalisation de quelque chose qui le dépasse en le confirmant et en s'affrontant au monde. En l'occurrence une oeuvre, philosophique, littéraire, journalistique dont l'un et l'autre puissent être fiers ensemble parce qu'elle agit. Ce n'est pas tout de rencontrer l'âme soeur, encore faut-il trouver un projet qui pérennise la rencontre et la rende productive d'autre chose que la relation elle-même. Gorz, quand il rencontre Dorine, écrit un essai philosophique qui doit fonder une hiérarchie des conduites humaines face à la finitude, à la précarité, à la vie collective, à l'histoire, à tout ce que Sartre appelle la "situation".
CONFIANCE SANS FAILLE
Une telle entreprise ne peut se réaliser pratiquement que si quelqu'un la valide en la reprenant à son compte. C'est ce que fait Dorine avec une confiance sans faille. Ils ont connu l'un et l'autre l'expérience fondatrice de l'insécurité ; ils bâtiront ensemble, en se protégeant mutuellement, le socle sur lequel écrire sur l'insécurité qui est la vie même. Ecrire est sa vocation. Elle l'aide, professionnellement aussi, devient sa documentaliste, son interlocutrice, sa première lectrice, sa seule critique, armée d'une capacité de jugement imparable. Galère d'abord, longue, décourageante parfois, pour lui, après l'inaboutissement de l'essai philosophique ; joie partagée, quand Le Traître paraît, de voir leur vie s'ouvrir aux autres et ceux-ci l'accueillir parce qu'à eux deux ils illuminent, affectivement autant qu'intellectuellement. Dorine est sociable, spontanée ; Gorz est intelligent, extrêmement, introverti, rétractile. Il va changer. Dans Lettre à D., il explique l'effet de la publication d'un livre quand celui-ci est reconnu : "Tu as souvent dit que ce livre ( Le Traître) m'a transformé à mesure que je l'écrivais. (...) Ce n'est pas de l'écrire qui m'a permis de changer ; c'est d'avoir produit un texte publiable et de le voir publié. (...) Magie de la littérature : elle me faisait accéder à l'existence en tant même que je m'étais décrit, écrit dans mon refus d'exister. Ce livre était le produit de mon refus, était ce refus et, par sa publication, m'empêchait de persévérer dans ce refus. C'est précisément ce que j'avais espéré et que seule la publication pouvait me permettre d'obtenir : être obligé de m'engager plus avant que je ne le pouvais par ma solitaire volonté, et de me poser des questions, de poursuivre des fins que je n'avais pas définies tout seul."
Ils reçoivent ensemble, dans un village de l'Aube, au seuil de la belle maison simple pour laquelle ils ont quitté Paris dans les années 1980. Du pré d'un hectare autour d'elle, ils ont fait un jardin avec deux cents arbres. Il est comme d'habitude, amical, discret, chaleureux ; elle aussi. Ils ont vieilli, lui moins qu'elle dont la pâleur frappe et les maux se taisent ; lui a pour elle toutes sortes d'attentions ; elle aussi pour lui. Il est en pleine santé, l'air fragile comme il l'a toujours eu, mais le corps mince et musclé, on le devine à sa démarche. Elle est diaphane et souriante, précautionneuse : la douleur guette un geste de trop pour bondir sur elle. Ils sont accueillants, posent des questions ; on est venu pour leur en poser sans les mettre sur le gril. Elle ne veut pas participer à l'entretien : c'est son livre à lui, il est le peintre, elle le modèle ; c'est lui qu'on est venu voir, dit-elle, pas le sujet du tableau à qui le tableau suffit bien et dans lequel elle ne se reconnaît pas tout à fait, même s'il dit la vérité, sa vérité à lui. Une subjectivité reste une subjectivité.
Celle de Gérard Horst (son vrai nom) est pleinement assumée sous le nom d'auteur d'André Gorz. Quand il a écrit ce texte, au printemps 2006, il n'était pas sûr de le publier, par discrétion à son égard, et puis il se demandait qui il pourrait intéresser. Michel Delorme, son éditeur chez Galilée, n'a pas hésité : il fallait que ce livre paraisse, car c'en est un, à tous les sens du mot, un livre beau, un livre nécessaire, un livre qui délivre. De quoi ? Gorz n'en est pas sûr mais écoute ce qu'on lui en dit : il délivre de la crainte d'exprimer à la première personne des sentiments pour les comprendre en philosophe existentialiste.
"J'avais déjà employé le "tu" dans Le Traître, en m'adressant à moi, pour m'objectiver, me voir tel que je pouvais apparaître à autrui, me décrire dans mes manies, dans cette fuite devant l'existence qui m'avait amené à la pensée théorique et m'y enfermait comme dans une bulle. Le Traître était un travail de libération, mais je n'y donnais aucune place à l'amour, et même je le trahissais. Mais, après avoir pris la mesure de ma position existentielle - singulière comme celle de chacun -, j'ai pu porter ma pensée sur le monde social et y décrypter l'aliénation des producteurs à leur propre produit. Dans cette lettre à Dorine, le "tu" me sert à prendre une vue vraie sur ma vie avec elle. Dans Le Vieillissement déjà, à 38 ans, j'avais compris que, vieillir c'est accepter ce fait d'expérience : on ne fait jamais ce qu'on veut et on ne veut jamais ce qu'on fait. De sorte que chacun est hétéronome. Et pourtant, on fait ce que l'on juge devoir faire parce qu'on se sent et donc se rend capable de le faire. Ainsi s'étend, si peu que ce soit, notre sphère d'autonomie. Il faut donc accepter d'être fini, d'être ici et pas ailleurs, de faire ça et pas autre chose, d'avoir cette vie seulement. LeSocrate de Valéry le disait justement : "Je suis né plusieurs, et je suis mort, un seul. L'enfant qui vient est une foule innombrable, que la vie réduit assez tôt à un seul individu, celui qui se manifeste et meurt." Vivre avec Dorine, l'aimer et aimer notre vie ensemble m'a appris cela, mais je ne le disais pas, car je ne comprenais pas encore combien j'avais besoin d'elle pour écrire, plus qu'elle n'avait besoin de moi pour vivre."
ECOUTER SANS JUGER
Quand on a connu Gorz et Dorine dans les années 1970, rencontré chez eux Ivan Illich, Herbert Marcuse, Rossana Rossanda, William Klein, et des intellectuels plus jeunes et actifs dans le mouvement social comme Marc Kravetz, Tiennot Grumbach, on se souvient de leur façon absolument non mondaine de recevoir des gens qui avaient quelque chose à apprendre les uns des autres et de leur présence discrète à eux, de sa façon à lui de vous interroger sans ambages sur l'essentiel, de sa façon à elle de vous écouter sans juger quand vous aviez des difficultés personnelles. Le monde extérieur existait très fort chez eux, à Paris. Aujourd'hui leur viennent encore, plus espacées, des visites de jeunes gens que le travail de Gorz inspire dans leur action, syndicale, politique, sociale. Des universitaires aussi qui travaillent sur son oeuvre. Ainsi le monde ne vient-il pas à eux dans leur campagne seulement par les publications qu'il lit assidûment et discute avec elle pour écrire dans des revues comme Multitudes ou EcoRev. Il y publie des articles toujours très clairs, ardus seulement parce qu'ils expriment une pensée radicalement différente de celle qui règne sur l'économie politique.
Votera-t-il pour la présidentielle ? "Probablement, mais sans croire au discours des candidats qui promettent le plein emploi et l'emploi à vie. Tous mentent sur cette question et le pire est que tous le savent. L'avenir ne se joue pas au niveau de la politique d'Etat, il se construit en réalité dans les petites collectivités, au niveau communal, par des comportements sociaux qui rompent avec la logique du profit financier. C'est là que les luttes ont un sens." Sur ce sujet, il peut parler des heures, animé d'une conviction entière. Sa critique radicale du capitalisme n'a pas désarmé. Ses livres la développent de façon de plus en plus fine, acérée. Mais on n'est pas venu pour parler de théorie, il le sait. On a une question sur les lèvres, une fois la Lettre à D. refermée sur ces mots : "Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la vivre ensemble." Un exit commun à la façon d'Arthur Koestler et de sa femme Cynthia ? "Nous avons parlé de ce suicide à deux quand nous l'avons appris. Mais c'était leur histoire, presque leur combat. Je n'y pense pas et elle non plus. Dorine et moi vivons dans l'infini de l'instant en sachant qu'il est fini et c'est très bien ainsi. Pour nous, le présent suffit."
On sourit à leur chance, elle n'est pas donnée à tous ; eux se la sont donnée ; ils l'ont construite. A quel prix ? Elle seule pourrait le dire. Mais rien dans son regard ne trahit le sacrifice, "si démoralisant pour la personne à qui l'on se sacrifie", disait Oscar Wilde. Un beau couple sans enfant mais avec oeuvre, ses livres, et en tout cas celui-ci, qui restera.
Michel Contat (Le Monde du 27 octobre 2006)
20.9.07
A lire
« Drieu », de Victoria Ocampo, notes et avant-propos
de Julien Hervier (Bartillat, 152 pages)
Quand Drieu en février 1929 rencontre Victoria Ocampo, au même moment la santé de son ami Rigaut se délite entre stupéfiants et cures de désintoxication. «Telle était la manière de Drieu de reconnaître que quelque chose lui plaisait : il se sentait obligé de faire des compliments en dénigrant.» (Victoria Ocampo)
La dernière liberté
Le Cabaret Voltaire au 1er de la petite Spiegelgasse, à Zurich (Suisse)
"Je suis un homme. Je suis maître de ma peau. Je le prouve." (Le Feu follet, Drieu la Rochelle)
"Le dadaïste aime la vie parce qu'il peut s'en débarrasser à tout moment, la mort étant pour lui une affaire dadaïste." (En avant dada, Richard Huelsenbeck)
Suicide médicalement assisté pour l'actrice Maïa Simon
La comédienne s'est rendue en Suisse pour "abréger ses souffrances". Atteinte d'un cancer, elle n'a pas voulu attendre d'être emportée par la maladie.
C'est son dernier coup de théâtre. La comédienne française Maïa Simon a décidé de mettre en scène jusqu'à ses derniers instants.
L'actrice, qui s'est éteinte hier à l'âge de 67 ans, avait rejoint la Suisse deux jours plus tôt pour pouvoir avoir recours à un « suicide médicalement assisté » afin d'« abréger ses souffrances », a indiqué l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).
La comédienne est morte « mercredi matin à 11 h 30, entourée de ses amis » à Zurich, a précisé le président de l'ADMD, Jean-Luc Romero, à l'AFP. Elle a choisi de « vivre sa fin de vie selon sa propre acception de la dignité ». « Elle a pris d'elle-même un médicament, le penthotal, qui lui avait été prescrit» afin de mettre fin à ses jours, a-t-il ajouté.
Un geste qu'elle a souhaité expliquer de vive voix. Avant de mourir, l'actrice a enregistré une interview où elle explique sa décision de recourir à l'aide au suicide. Cet enregistrement a été diffusé par la radio RTL aujourd'hui. L'un des médecins de l'actrice devrait aussi s'exprimer sur l'antenne.
Le suicide de la comédienne replace sur le devant de la scène le débat sur l'euthanasie, lancé par la mort médicalement assistée de Vincent Humbert. En Suisse, l'assistance au suicide est légale lorsqu'il s'agit d'assistance passive et après que la personne a certifié son accord.
Née le 10 novembre 1939 à Marseille, Maïa Simon avait débuté au théâtre, jouant sous la direction de Maurice Béjart, Jean-Louis Barrault ou Jorge Lavelli à la fin des années 1960, avant d'apparaître dans de nombreux téléfilms et feuilletons. Au cinéma, elle jouait aux côtés de Jean Rochefort et Claude Brasseur sous la direction d'Yves Robert, dans la comédie Nous irons tous au paradis (1977), et tenait un petit rôle dans Les Témoins d'André Téchiné (2007).
(Source : Le Figaro du 20/09/07)
15.9.07
D'un blog l'autre
C'est l'ami Claro (traducteur entre autres de William T. Vollmann, Thomas Pynchon, Marc Z. Danielewski, Kathy Acker, Hubert Selby Jr.) qui ouvre le b.a.l en m'envoyant un courriel pour me prévenir qu'on parle (en bien) du Feu follet ici. Alors commence une belle partie de ping-pong virtuelle avec J.R. au centre de la table...
Fin de l'article
"Ces mots, sobres et violents, closent le livre. La puissance de ce petit roman a pour raison principale la parfaite adéquation du style et du contenu. L’ambiance créée par Drieu la Rochelle est lourde, triste et ses phrases courtes, saccadées contribuent à créer cette ambiance sinistre. Les métaphores, seules fantaisies stylistiques de ce livre, sont elles-mêmes empreintes d’une poésie mélancolique que certains trouveront peut-être aujourd’hui un peu trop convenue (« Le jour glissait sur la nuit comme un chiffon mouillé sur un carreau sale »). Quoi qu’il en soit, il faut lire et relire le Feu follet."
10.9.07
Un silence assourdissant
Environ 3.000 personnes se suicident chaque jour dans le monde, soit une victime toutes les 30 secondes en moyenne, a alerté lundi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide.
Pour chaque personne qui met fin à ses jours, au moins 20 autres font une tentative de suicide, a encore indiqué l'OMS qui relève que le traumatisme émotionnel subi par l'entourage d'une personne suicidée ou qui a tenté de porter atteinte à sa vie «peut durer de nombreuses années».
«Le taux de suicide a augmenté de 60% dans le monde au cours des 50 dernières années et la hausse la plus marquée a été relevée dans les pays en développement», selon l'OMS. Le suicide est désormais la troisième cause de mortalité parmi les jeunes âgés de 15 à 34 ans, mais la majorité des suicides sont commis par des adultes.
De plus en plus de personnes âgées mettent en outre fin à leurs jours, a indiqué l'OMS qui appelle à faire tomber les tabous afin que le sujet puisse être abordé ouvertement et permettre ainsi la mise en place de stratégies de prévention.
Pour l'agence de l'ONU, «il faut que le suicide ne soit plus considéré comme un tabou ou le résultat acceptable de crises personnelles ou sociales, mais un indicateur de santé relevant de risques psycho-sociaux, culturels et environnementaux qui peuvent faire l'objet de politiques de prévention».
(Source : Libération du 10 septembre 2007)
4.9.07
La question
J.R. par Marjolaine Siriex
" (...) la plus grande illusion à propos du suicide réside dans cette croyance qu'il existe une réponse clef, unique et immédiate - voire même un faisceau de réponses - quant aux raisons susceptibles d'expliquer l'acte." (Face aux ténèbres, William Styron)
1.9.07
28.8.07
Les préférences de J.R.
En consultant un numéro de la revue Littérature paru en avril 1922, dans lequel étaient publiées les réponses du noyau dur du mouvement Dada au questionnaire " Quelques préférences de", je m'aperçois (non sans effroi) qu'à la question "13 Age", J.R. a répondu : 29. Piqûre de rappel pour le lecteur novice : Jacques Rigaut mettra fin à ses jours à l'âge de 29 ans en 1929. L'éditorialiste (Breton ou Soupault) de la revue n'a pas tort, on ne voit pas de quel droit les détectives privés (ou biographes) continueraient à se passer de ces éléments... d'autant plus qu'aux questions "28 Divinité" et "29 Heure", J.R. répond Fatalitas et 10H... Quant à la réponse à la question 37, c'est encore une autre histoire...
13.8.07
Le goût des autres
LIVES OF OTHERS
The biography business.
by Louis Menand
At a time when instruments for recording and disseminating information about people’s intimate behavior are cheap and easy to use, and when newspapers and magazines and television programs and Web sites purvey that kind of information without restraint, and when even ordinary people apparently can’t do enough to tell the world everything about themselves, a defense of the professional biographer’s right to pry does not seem something that civilization stands in dire need of. Just in case, though, two such defenses have recently been published.
Meryle Secrest is a biographer who has nine lives so far, all of figures in the arts, including Kenneth Clark, Leonard Bernstein, Frank Lloyd Wright, Richard Rodgers, and Salvador Dali. Her memoir, “Shoot the Widow” (Knopf; $25.95), is candid about the commercial bones of the enterprise. She started out as a reporter for local papers, in Canada and England, a job calling for a continual sacrifice of literary refinement in the interests of filling the page and meeting the deadline, and she approaches biography in something of the same spirit. “Deciding on a subject is mostly a cold-blooded business of weighing the subject against potential markets, timeliness, the availability of material, and the likelihood of getting the story, the kinds of factors publishers have to worry about,” she explains. Many of her stories about getting the story involve figuring out ways to maximize her advances from publishers and to massage the relatives, friends, ex-friends, lovers, ex-lovers, work associates, lawyers, dealers, executors, and agents—the many “widows” whom, as her title suggests, only semi-facetiously, she would like to shoot—who obscure a clear view into the private world of famous people.
What those uncoöperative witnesses want—and what the famous people themselves want, too, when, as has sometimes been the case for Secrest, they are still alive and competent to make trouble—is what everybody wants in life: to control the narrative. Secrest is either touchingly ingenuous or carefully disingenuous about this central fact of the biographical transaction: in her account, she is repeatedly astonished by the efforts people make to gerrymander the story to suit their interests—although, she says, she has grown wiser. “The older I get the more sympathy I have for families who discover that some stranger has decided to write about their famous member without, as it were, so much as a by-your-leave,” she admits. “Prurience titillates, the more the better, leading to bigger sales and better royalties for the writer who is, not to put too fine a point on it, making money from others’ misfortunes.”
Still, her collisions with her subjects and the people around them seem never to have prevented her from deciding that her next project will somehow please everyone (and earn back a nice advance). Not all the reactions she had to cope with involved hurt feelings or wounded egos. In the course of her research on Richard Rodgers, she learned about a possible connection with organized crime, and interviewed a person she identifies as “an old Broadway hand” on the matter. “If you quote me, I won’t kill you but I’ll get you killed,” he explained. “I won’t do it myself but I’ve good connections. One day they will find you somewhere with your manuscript.”
On the other hand, what were her subjects and their families and heirs and attendants thinking when they agreed to submit to her attentions? Secrest is, basically, a tell-all biographer—not Kitty Kelley, as she insists, not someone who would look to make her subjects feel ridiculed or humiliated, but she is interested mainly in the private lives of public people. She says that Kenneth Clark, who was a very wealthy man, the heir to a fortune made in the cotton industry, surreptitiously underwrote the publisher’s advance in order to insure that Secrest would write his biography, and then seems to have imagined that he would be able to edit what she said about his wife’s alcoholism and his own affairs. He tried, but he was not entirely successful, and Secrest claims that his son Alan, a powerful right-wing political figure in Britain, made sure that the reviews of her book there were vicious. (As she points out, Alan Clark went on to publish his own best-selling tell-all diary.)
“It seems to me that to invite someone’s confidences and then betray that person is a kind of treachery,” Secrest says. But she is in business because people like to confide. They want their stories told, and they somehow persuade themselves that in the right sympathetic hands their most embarrassing moments will be redeemed, and readers will appreciate the challenge, the complexity, the sheer human variousness of what it is like to be them. This is not on the theory that “there is no such thing as bad publicity.” That theory is a canard; just ask Barry Bonds. It’s on the theory that, at the end of the day, one’s moral account will not only balance but be in the black. Probably most people believe this, deep down, about themselves. The unlucky get biographies.
The purpose of biography, Secrest says, is “not just to record but to reveal.” That’s what many people would say: that there’s no point in writing, or reading, the life of a famous person if it doesn’t uncover some previously unpublicized piece of personal information. This is because the premise of biographies is that the private can account for the public, that the subject’s accomplishments map onto his or her psychic history, and this premise is the justification for digging up the traumatic, the indefensible, and the shameful and getting it all into print. How centrally that kind of information figures in the biographical account depends on the tact and ingenuity of the biographer, but a biography that did not use events in its subject’s personal life to explain his or her renown is almost unimaginable. Still, the premise poses a few problems.
Article publié dans le magazine The New Yorker du 6 août 2007
9.8.07
Jacques Rigaut de retour à Paris?
"Bonjour!
S'il vous plaît m'excuser, mon vocabulaire français est limité. Mais j'essaie d'apprendre! J'espère que vous pouvez comprendre cette lettre.Nous avons écrit au Human Toyz et elles ont dit : contacter la Fleche D'Or "And you can contact Aurore and Alexis from neo pop art, they set up a lot of Parties in several clubs in Paris.
Dou vous pensez que vous pouvez nous aider, s'il vous plaît ?
Vénus Bogardus sera en tournée à Paris. Novembre sixième est l'anniversaire de la mort de Jacques Rigaut. Nous avons relâché notre premier vinyle 7" ce jour en 2006. C'était une collaboration avec Jean-Luc Bitton (Paris), le biographe de Rigaut, et Stanley Donwood (Radiohead). Peut-être, avec Jean-Luc et n'importe quels amis à Paris, nous pouvons organiser un parti/concert pour l'anniversaire de Rigaut? J'enverrai cet e-mail à Jean-Luc. J'inclurai son contact ici. Le premier septembre, nous relâchons notre nouveau 'Motorman' de CD -une collaboration avec David Ohle, un associé de William Burroughs (Naked Lunch etc). L'art est par Laurent Collobert (Cassius, Alex Gopher). Il est merveilleux. Peut-être il peut nous aider aussi ? Cette année, Vénus Bogardus a joué au Festival de Glastonbury. Vénus Bogardus était aussi dans 'The Wire' la revue et CD pendant mai.S'il vous plaît écouter Vénus Bogardus. Je vous ai envoyé un lien. Nous serions très heureux de jouer pour vous. Ce sera notre seul concert en France cette année. Merci pour votre attention. Avoir un bon jour.
Amities,
James, Hannah, et Obaro
bonjour jean-luc! bonjour laurent! xx"
Vidéo by Tim Berry for Venus Bogardus' single Jacques Rigaut (2006)
2.8.07
Bring your flask
Quand J.R. débarque à New York en novembre 1923, la prohibition bat son plein. Il fréquente alors les fameux speakeasies, bars clandestins où l'on servait plus ou moins discrètement des boissons alcoolisées.
1.8.07
Bave et éternité
PARIS (AFP) - L'écrivain français d'origine roumaine Isidore Isou, fondateur du mouvement lettriste, est décédé samedi à Paris à l'âge de 82 ans, a-t-on appris mardi dans son entourage. Né le 29 janvier 1925 à Botosani (Roumanie), Isidore Isou Goldstein lance le mouvement littéraire lettriste à son arrivée à Paris en 1946. Dans la tradition des poètes futuristes et dadaïstes, il proclame la fin de la poésie des mots, au profit d'une poésie des lettres et des signes.
Contestataire radical, souvent d'une grande agressivité verbale, Isou théorise le mouvement dans "La dictature lettriste" (1946), "Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique" (1946) et "Essai sur la définition et le bouleversement total de la prose et du roman" (1950).
Au delà de la poésie, le Lettrisme se veut un mouvement de novation global. Dans un "Traité d'économie nucléaire" (1949), Isou développe des théories sur le potentiel révolutionnaire de la jeunesse comme base de changement de l'économie et compte alors parmi ses proches l'écrivain Guy Debord, qui devait ensuite être l'un des fondateurs de l'internationale situationniste.
Isidore Isou est l'auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages touchant de nombreux domaines du savoir --comme des traités de philosophie, de physique ou de mathématiques--, de pièces de théâtre et de films expérimentaux. Son "Initiation à la haute volupté", publiée en 1960, fut censurée jusqu'en 1977.
Son oeuvre, notamment des toiles et des textes lettristes, a notamment fait l'objet d'expositions en France, aux Etats-Unis, en Italie et en Allemagne.
Pour un dernier hommage à Isidore Isou et au lettrisme, rendez-vous vendredi 3 août au crématorium du cimetière du Père-Lachaise à partir de 9H30 AM.
30.7.07
24.7.07
Quiz cinématographique
Devinette pour cinéphiles : à quel film de Marcel L'Herbier fait allusion Lise Deharme dans son témoignage? Merci infiniment à celui ou celle qui me donnera la (bonne) réponse.
“(...) voilà Jacques Rigaut et c’est l’homme qui me disait à moi en m’emmenant voir un film de Marcel L’Herbier qui s’appelait…enfin je sais que c’est parce qu’il y avait beaucoup de femmes nues, et moi j’aime beaucoup Marcel L’Herbier que je connaissais aussi très bien, et y avait un lustre qui était fait tout en femmes nues, c'est-à-dire au lieu qu’il y ait des ampoules tout ça, c’était éclairé, mais y avait des femmes complètement à poil, le lustre était comme ça, alors je lui dis tout bas à l’oreille, c’est comme ça Jacques dans la vie ? (...)“
21.7.07
Jacques Rigaut LIVE
Bon, le son et l'image de cette captation sont pourris mais la violence et l'énergie sont là. Les témoignages se recoupent, J.R. avait une certaine violence en lui, une violence dont le point final a été son suicide par une balle dans le coeur. Pas une balle perdue.. Ne pas confondre violence et brutalité. Jean Genet a remarquablement expliqué cette distinction dans un texte publié en 1977 : « Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme »
19.7.07
16.7.07
La femme sans rivale
Paris, jardins du Palais Royal, 14 juillet 2007.
"Vous êtes la femme sans rivale. Fin du règne du superlatif qui chasse l'autre." (Jacques Rigaut) La boucle est bouclée. Cette biographie sera probablement achevée dans le pays duquel Dada a surgi pour se propager dans le monde entier. Comprenne qui pourra. Bon été à toutes et à tous.
10.7.07
Un camarade
Philippe Hériat dans "L'Inhumaine" de Marcel L'Herbier
L'écrivain et acteur Philippe Hériat a connu Jacques Rigaut au lycée Louis-le-Grand. Ils étaient dans la même classe de Terminale en 1915.
9.7.07
Clin d'oeil (2)
"Moi je m'appelle Lolita
Lo ou bien Lola
Du pareil au même
Moi je m'appelle Lolita
Quand je rêve aux loups
C'est Lola qui saigne
Quand fourche ma langue
J'ai l'aphorisme,
Dadaïste de mon doux phénomène,
Moi je m'appelle Lolita
Lo de vie, lo aux amours diluviennes"
Julien Doré
Un jeune homme qui fait couler beaucoup d'encre
dans les forums :
"Julien Doré a réussi son coup.
Faire une référence à Dada, et le milieu intello-musical s’enflamme dans une pléthore de commentaires dans un quasi-surréalisme que ne renierait pas André Breton.
Ce dernier aurait pu écrire un essai sur le caractère du chanteur Doré, tant celui-ci soulève une certaine anarchie, chère à l’auteur, et dans la forme et dans le fond, des commentaires et réfléxions que suscitent son idée.
Humour ?
Autodérision ?
Du sublime au trivial, la nuance est parfois mince; nombre d’artistes ont travaillé sur cette ambivalence; Gaudi n’a-t-il pas construit tout une cathédrale, à Barcelone, à la gloire de Jésus, avec des matériaux de récupération colorés, dans un chatoiement quasi-mièvre de riche dentelles de pierres et métaux ?
En ayant accompli un sévère coup de promo pour lui et ses potes, Julien Doré a lui aussi assemblé sa “Sagrada Familia” avec du matériel de récup’ de bric et de broc, à savoir ici la protégée de Mylène et une émission Mainstream, saupoudré d’influence “vieux-mais-moderne-chanteur-français-ex-branché”.
Intellectualiser sur une prestation de la “nouvelle star”, n’est-ce pas un peu comme quand on faisait des blagues sur l’Ethiopie, un humour qui peut être considéré comme malsain, mais qui est là pour dédramatiser une sitation difficile en temps de crise ?
Car c’est bien d’une crise dont il s’agit, depuis plus de vingt ans maintenant que la musique est devenu un business à l’échelle mondiale, depuis l’apparition du vidéo-clip, en musique tout est possible, surtout le pire lorsqu’il s’agit d’overground.
Aussi, pour moi Julien Doré, c’est le show-business parvenu à son paroxysme, à l’heure d’Internet et du téléchargement, le consumérisme musical devient sa propre caricature. Personnellement, je vois là-dedans beaucoup d’autodérision, et finalement, ben je trouve ça plutôt sain."
Source le forum de Radio Libre.be
8.7.07
Le facteur sonne toujours deux fois
Déballage impatient du très beau livre 4 Dada Suicides que m'a envoyé Martin Kay. Cet ouvrage publié par Atlas Press présente une compilation illustrée des textes de Cravan, Rigaut, Torma et Vaché.Quatre suicides? Rien de moins sûr... Cravan le noyé?, Torma une imposture littéraire? Vaché le suicide-accident? Reste Rigaut le seul suicidaire sérieux dont la mort volontaire ne laisse aucun doute. J'ai appris hier soir que Gallimard a décidé de publier l'oeuvre de Drieu dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade. Le premier tome est prévu pour 2010. La Valise vide fait partie des textes choisis. Drieu doit sourire dans sa tombe de cette tardive consécration. Sinon un article à propos du blog Rigaut dans la revue Infosurr, le surréalisme et ses alentours.
7.7.07
Chez "l'Amazone"...
Natalie Clifford Barney devant le Temple de l'Amitié
A l'instar de son ami Drieu, J.R. a fréquenté le salon de "l'Amazone", mais je n'ai pas réussi à trouver son nom parmi ceux des nombreux invités inscrits sur une carte du salon à la manière de L'Oeil Cacodylate. Louis Malle, dans une scène du "Feu follet", fait allusion au salon littéraire de Natalie Clifford Barney quand Jeanne Moreau et Maurice Ronet se rendent dans l'atelier-fumerie : "La désintoxication, drôle de chose..." On aperçoit, au début de cette scène, le célèbre et mystérieux Temple de l'Amitié dont Natalie Clifford Barney fut la propriétaire. Merci à Guillaume Demey.
Jeanne Moreau et Maurice Ronet dans "le Feu follet".
Au fond de l'image,on aperçoit les colonnes du Temple de l'Amitié
29.6.07
Le cachet de la Poste faisant foi
Grâce aux 7 millions de pixels de mon appareil photo numérique et de la fonction "zoom in" de mon logiciel image, j'ai pu enfin dater une carte postale envoyée par Jacques Rigaut. Une datation très importante car cette carte était suivie de plusieurs lettres de J.R. non datées également et sans enveloppes... Si le cachet de la Poste fait bien foi et si je n'ai pas de problèmes de vue, la carte a été envoyée le 21 juillet 1914 à 16H. Etes-vous de mon avis?
Dancing in Harlem
Annonce extraite du catalogue
du libraire Henri Vignes
J'alterne recherches et rédaction. Confronté à l'épineux problème de datation. Des lettres non datées qui me permettraient d'établir une chronologie plus précise. Je dois retourner à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet pour tenter de déchiffrer le cachet de la poste d'une carte postale.
Ai reçu un courriel de Massimiliano Mocchia di Coggiola qui a créé en Italie un très beau site sur les dandys dont une page consacrée à Jacques Rigaut. Il évoque dans ce courriel un possible hommage de Coppola dans "Cotton Club" à la figuration de J.R. dans le film de Man Ray : "Emak Bakia". Quelqu'un pourrait m'envoyer l'adresse e-mail de Francis Ford Coppola?
Extrait du courriel (traduit de l'italien par Babel altavista)
"Je m'intéresse au niveau professionnel d'art, histoire
de l'art et histoire du cinéma ; en relation à ce point
j'achève, les écrits pour vous signaler un
hommage à Jacques Rigaut présent dans le film "Cotton
Club" (de Francis Ford Coppola, 1984) ; dans une
scène, vers la fin du film, on voit le protagoniste
Richard Gere qui enlève le col amovible de la
chemise et il le jette par terre, c’est évidemment la
reprise fidèle de la même scène du film "Emak Bakia"
de Man Ray, dans lequel Rigaut enlève son faux col,
l'arrache et le jette sur le plancher. Dans le film il
est même présent un autre hommage dirigé à Man Ray :
dans une scène d’amour du film, l'actrice protagoniste
Diane Laines est encadrée d'épaules, nue, et sur le
dos ils s'entrevoient peintes sur son dos les deux "f"
de violon, exactement comme dans la célèbre photo le
Violon d'Ingres."
24.6.07
Hommages & etc.
Merci à Bertrand Delcour
pour cette couverture
de l'édition 1964
Poème hommage de Thomas Roussot
"Un trente décembre en déshérence
Apparaît vers deux heures
Ce silence hostile aux yeux
Montaigne/Louis-Le-Grand en impasses figées
La Baule et l'Artillerie pour horizon déclinant
Puis fait front en Lorraine
Les idées sombres à l'affût
Fausse armistice posée sur l'épaule
Battant d'un coeur résolument démobilisé
Il sera sérieux
Et même brillant sujet
Drieu en reflet sur la Côte Basque
Lune de fiel à Palm Beach
Héroïne et vie clinique
Un six novembre il visera l'absence
Une saveur de mortalité aux tempes
Et cette détonation opaque et rapide
Pour testament inhérent"
18.6.07
Quand la réalité dépasse...
Tristan Ranx m'a envoyé aujourd'hui ce courrier. Il y relate une (récente) anecdote entièrement véridique qui aurait pu tourner au fait divers. Méfiez-vous si une Suédoise commence à vous parler du "Feu follet".
"Mon ami l’écrivain Pascal Guy m’a raconté cette mésaventure qui lui est arrivé dernièrement. De sortie dans un pub, il rencontre une suédoise. La conversation est facile, les corps se rapprochent, et les pintes de bière s’enchaînent vers un dénouement connu par des millions de couples dans le monde. C’est une nuit carpe diem, et les anges passent et susurrent des mots doux. Pascal invite alors la charmante scandinave à venir chez lui. Elle accepte effrontément avec cette manière crue des filles du nord, à qui on ne la fait pas... Le tempérament latin de Pascal s’échauffe, la nuit parisienne est un sentier qui conduit vers les plaisirs du septième ciel. Arrivé dans l’appartement situé à quelques encablures de l’appartement d’Hemingway, il se sent soudain investi d’une mission étrange en proposant à la sauvage Viking de regarder l’extrait du « Feux follet » sur le blog de Jean Luc Bitton. L’idée parait étrange, comme une forme particulière de préliminaire dadaïste. Ne connaissant ni l’œuvre de Jacques Rigaut, ni celle de Drieu la Rochelle, la belle sensuelle accepte l’invitation – « C’est sur le suicide », lui explique Pascal. Elle acquiesce, curieuse. Pascal, à cet instant, sait il que le suicide est une activité suédoise à part entière ? Sait-il que le fantôme de Stig Dagerman et son inconsolable besoin de consolation rôde dans les combles de son immeuble de la Renaissance ? Le film s’enclenche, faisant perdre la notion du temps aux deux tourtereaux, noyés dans les arpèges de Satie et les déambulations de Maurice Ronet. Puis, comme une incantation hypnotique « le demain je me tue » du protagoniste clôt la séquence. Silence de mort. La Suédoise ne dit rien, les minutes passent comme ne point de non retour ou le suicidé décide d’appuyer sur la gâchette. C’est l’émotion qui submerge deux êtres que tout réunis dans la croisée d’ogive entre Eros et Thanatos... « c’est comme ça que je veux finir » dit-elle soudain, en regardant son pygmalion dadaïste dans les yeux. Pascal se sent soudain propulsé vers un destin qui lui échappe. « Comme ça ? » dit –il » espérant secrètement n’avoir pas compris... « oui, dit-elle, je veux mourir avec toi ». Un fond de romantisme noir, puisé dans la lecture de Mishima submerge Pascal et il répond par un téméraire, « Oui, suicidons-nous ! ». L’invitation au suicide est lancée. Deux shots de vodka sont bus pour sceller la folie des amants. « Tu as un couteau ? lui demande-t-elle ». C’est le côté pragmatique, realpolitik des nordiques qui vient demander son dû. En homme du sud sanguin comme un espagnol, Pascal s’empare d’ un magnifique couteau à couper le saucisson. « Taillade-moi, tue-moi » lui, crie t’elle en se jetant au sol . Dans le grand miroir Pascal aperçoit alors son reflet avec un visage blafard, un couteau à la main, une walkyrie à ses pieds et la dernière image du Feux Follet gelée sur l’Ecran. Croyez moi, d’après ce que Pascal ma dit, il n’en faut pas plus pour qu’un homme s’écroule et perde définitivement la raison, mais les choses ne s’arrêtèrent pas là... La Raison cartésienne s’impose impérativement à Pascal dont la rue porte de nom de Descartes. Il jette un dernier regard effaré vers cette image baroque d’une femme offerte au bourreau. L'homme dit non... La femme gémit à ses pieds. « Non ! hurle t-il, Non ! je ne peux pas ! » , « Vas y lui répond-t-elle, fais moi mal, tue-moi ! » Les choses vont trop loin, Rigaut ricane dans son coin d’écran, mais plus personne ne rit. Pascal jette le couteau sur le sol. La furie en sursis s’empare soudain de l’arme blanche et la brandissant devant elle, les yeux inondés par les images de Rigaut, elle abat la lame sur le bras de Pascal, entaillant l’avant bras sur trente centimètres dans le sens de la longueur. Le sang gicle. Pascal hurle. La fille se tait, se lève et disparaît dans la nuit."
17.6.07
15.6.07
Avez-vous lu Emmanuel Bove?
Emmanuel Bove et sa fille Nora au jardin
du Luxembourg à Paris, vers 1924
Je tenais à rendre hommage à l'écrivain et journaliste Paul Morelle qui vient de disparaître (voir l'article du Monde ci-dessous). Je l'avais rencontré lors de mes recherches sur l'écrivain Emmanuel Bove qu'il avait défendu dès les premières rééditions en 1977. Alors journaliste littéraire au Monde, il avait publié dans le "Monde des livres" un article mémorable intitulé : "Avez-vous lu Emmanuel Bove?" Ce ne fut pas une mince affaire : "Quand j'ai annoncé à la conférence de rédaction que je voulais faire un article sur Emmanuel Bove, tous m'ont regardé avec des yeux ronds..." Finalement, l'article paraîtra en première page du "Monde des livres" le 3 décembre 1977.
NECROLOGIE
"L'écrivain et journaliste Paul Morelle, mort à La Seyne-sur-Mer (Var) à l'âge de 89 ans, faisait partie de la première équipe du "Monde des livres" dirigée par Jacqueline Piatier, puis par François Bott. Engagé en 1969, il y resta jusqu'à sa retraite, en 1980. Ceux qui l'ont connu, promenant sa silhouette un peu voûtée, pipe à la bouche, dans les anciens locaux du journal, rue des Italiens, se souviennent de sa voix éraillée, de son humour un peu caustique et de sa grande liberté d'esprit.Né dans l'Oise, Paul Morelle milite très jeune à la SFIO et côtoie l'élite intellectuelle de l'époque - il fut notamment l'ami de Victor Serge. "Ce furent mes "universités"", dira-t-il. Après un engagement résolu dans la Résistance qui lui vaudra d'être plusieurs fois décoré, il commence sa carrière de journaliste à Franc-Tireur, puis à Oran-Soir. De 1948 à 1964, il dirige le service culturel de l'ancien Libération. Critique de théâtre, il se lie d'amitié avec Jean Vilar, Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe... A 61 ans, en 1978, il publie son premier roman, La Douceur de vivre (éd. Le Sagittaire), puis, deux ans plus tard, un second, L'Embusqué (Stock). Dans ces deux livres, il se fait le chroniqueur alerte et peu conformiste des époques qu'il a traversées, celle du Front populaire puis celle de la guerre.En 1984, c'est à Aragon qu'il s'en prend, dans un pamphlet virulent, Un nouveau cadavre, Aragon (La Table ronde). Ni la vie ni l'oeuvre de celui qu'il nomme "l'homme-caméléon" ne trouvent grâce à ses yeux. "La mort n'est pas une excuse", avance-t-il, citant Georges Darien, pour justifier son geste iconoclaste. A la même époque, Paul Morelle relance le Prix du roman populiste, qui, créé en 1931, avait eu ses heures de gloire, avant de tomber en désuétude au début des années 1960."
Patrick Kéchichian, le Monde du 7 juin 2007
12.6.07
11.6.07
Son Harrar
7 décembre 1923
61 Washington Square
N.Y.C.
Mon cher Monsieur Blanche,
Vous aimeriez New York. Du matin jusqu’au soir, c’est un spectacle. Tout est plus. Les boutiques sont plus belles, les femmes sont plus jolies, il est plus facile de traverser les rues, les gens riches sont plus riches, les pauvres sont plus misérables, et les juifs, les juifs plus nombreux, etc. [...]
(Extrait d'une lettre de Jacques Rigaut à Jacques-Emile Blanche)
5.6.07
Lettre à Jacques Rigaut
Lettre publiée dans le N°31 (juin 2007) de "décapage", une revue littéraire indépendante à 5 euros reconnue d'inutilité publique.
2.6.07
Un suicide fleuri
Jacques Rigaut a eu plusieurs éditeurs posthumes : Au Sans Pareil, Eric Losfeld, Jean-Jacques Pauvert, Christian Bourgois, Gallimard et les éditions Cent Pages qui ont publié un florilège des "Ecrits". Cette iconoclaste maison d’édition grenobloise (on se souvient du vibrant "J’emmerde Le Monde", un (premier) discrédit jeté alors sur le célèbre quotidien du soir, rédigé par Olivier Gadet, directeur de Cent Pages) vient de m'envoyer l'ouvrage d'un certain André Baillon, écrivain belge dont j'ignorais l'existence. Voici un extrait de sa biographie trouvé sur un site qui lui ait consacré :
"À sa sortie d’hôpital, il s’installe dans une maison modeste du village de Marly-le-Roi, à une vingtaine de kilomètres de Paris, où il écrit et vit en ermite pendant quelques années. En 1930, il noue une liaison dévorante avec un écrivain bruxellois, Marie de Vivier, une admiratrice de son œuvre qui est sa cadette de vingt-quatre ans et cherchait à le rencontrer. Ils échangent des centaines de lettres qu’ils brûlent dans leurs moments de crise et tentent ensuite de reconstituer. Ils essayent de se tuer l’un l’autre, organisent en duo leur suicide mais se ratent, puis tentent en vain de se suicider séparément. Marie de Vivier entre finalement dans un hôpital psychiatrique. Baillon inonde sa propre chambre de fleurs et absorbe une overdose de somnifère Dial. Il ne se réveillera pas: le 10 avril 1932, il meurt à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye où Germaine l’a fait transporter. Après sa mort, son œuvre tombe rapidement dans l’oubli. Ce n’est qu’à la fin des années septante que plusieurs critiques en viennent à le considérer comme le plus grand écrivain que la Belgique francophone ait connu dans la première moitié du XXe siècle."
31.5.07
Fortuite et nécessaire
Parmi les cent quarante réponses à cette enquête, une personne a mentionné Jacques Rigaut comme l'une des rencontres les plus importantes de sa vie...
28.5.07
Japonaiseries
Merci à Luc Desportes qui m'a signalé cette référence au "Feu follet" dans le roman "Mélancholia" de l'écrivain japonais Ryu Murakami.
26.5.07
"Il avait une mère!"
Rigaut (à gauche) et Drieu (entre les jambes) au Canadel en 1921-22.
LE SUICIDE DE JACQUES RIGAUT
7 novembre 1929
À peine Jacques-Émile Blanche venait-il de m'annoncer la nouvelle que je vois apparaître Drieu :
— Mourir du désespoir de ne pouvoir être un écrivain, c'est un beau drame ! Je n'aurais jamais cru Rigaut capable d'un tel courage. Peut-être était-il né pour l'action et ne le savait-il pas ? C'est une action de se suicider... Ai-je précipité le dénouement lors de la dernière visite que je lui fis ? J'avisai sur sa table de chevet quelques papiers et comme son regard m'interrogeait : « Pas la peine, n'insistez pas, vous ne pourrez jamais écrire. » Et voilà. Je me sens un peu responsable.
C'est d'après ce pauvre garçon que Drieu créa le personnage de Gonzagues dans : La Valise vide, la meilleure nouvelle de Plainte contre Inconnu, et qui fit le succès subit du premier livre en prose, uniquement littéraire, qu'il publiait. Je vois Drieu frappé de cette mort de l'homme, de l'ami, et à la fois embarrassé soudain comme s'il devait dans ses bras prendre le personnage que son obsession, sa mémoire et la fiction ont mis naguère artistement au jour et qui, lui, continue de vivre. En 1921, j'avais connu Jacques Rigaut quand il tournait autour de Drieu, sachant qu'il l'intéressait et que rien n'amusait davantage le moraliste que de condamner un de ses amis; je le vis ensuite assez flatté de se reconnaître dans la nouvelle de Drieu, ayant d'ailleurs tout fait pour y entrer et affectant d'offrir, puis de taire, quelques secrets nouveaux sur sa personne avec une incroyable forfanterie, lorsque arrivant quelque part, il y trouvait son biographe et qu'on louait celui-ci d'avoir épuisé son sujet. Drieu se rappelait le manège.
Pour moi, depuis longtemps je l'avais perdu de vue. Il avait fini par se marier; une Américaine divorcée avec deux enfants. Sentimental, il joua la comédie du monsieur qui ne croit pas à ces balivernes. Selon Drieu, il la rendit malheureuse. Encore plus malheureux qu'elle, il l'attendait; elle tardait à revenir; il crut qu'elle ne reviendrait plus, et, comme l'inspiration littéraire, elle aussi, surtout elle, ne manifestait pas davantage, il s'est tué d'un coup de revolver. Et sa mère vivait, il avait une mère !
— Les surréalistes, m'a dit Drieu en partant, en feront un saint de leur Église. Ils l'en avaient chassé avec des injures.
pp. 712-713 in Les Mémorables II
Maurice Martin du Gard
21.5.07
Dans la ville de Tristan Hilar
"Nantes est une ville qui n'existe pas" écrit Philippe Forest. Nantes, pluvieuse et déserte. On comprend un peu mieux Jacques Vaché quand on arrive à Nantes. Ici, personne ne semble le connaître. Jacques Vaché? connais pas! Harry James? connais pas! Tristan Hilar? connais pas! Dans les archives de la presse locale, quelques articles datés du 7 janvier 1919 à la rubrique des faits divers : "Un drame de l'opium", "Les fumeurs d'opium. Deux morts", "L'Affaire de l'opium", "Qui a vendu l'opium?" Comment peut-on exister dans une ville qui n'existe pas? La ville la plus agréable de France, paraît-il. Bullshit! isn't it Jack?
Texte extrait du livre Les Solennels, Textes de Jacques Vaché et
Jean Sarment. Edité et présenté par Patrice Allain.Dilecta, 2007.
Le 2, place Graslin où se tenait le Grand Hôtel de France.
L'Apollo (en restauration) où Vaché et ses amis ont passé leur
dernière soirée avant d'aller s'enfermer
dans la chambre 34 du Grand Hôtel de France.
Livre : La mort de Jacques Vaché
par Stéphane Pajot.D'Orbestier, 2002.
L'Hôtel de France, rue Crébillon.
Ne pas confondre avec le
Grand Hôtel de France qui n'existe plus.
Remerciements à ma guide, Isabelle.
16.5.07
Pèlerinage
Devinez où? Vous avez plusieurs indices : deux images et une citation.
"L'ombre pâlit.
...Aux yeux de chat, la nuit s'en va de pas en pas..."
14.5.07
10.5.07
Epitáphios
Décidément, Jacques Rigaut inspire les musiciens. Je remercie Geoffroy D. du groupe Dernière Volonté qui m'a envoyé son dernier opus "Devant le Miroir". Geoffroy D. ne cache pas ses influences littéraires et cinématographiques avec la pochette de l'album, clin d'oeil avoué au "Feu follet". Le titre lui-même n'est pas sans rappeler l'univers rigaltien.
Extrait d'une interview de Geoffroy D.
Quelle est cette joie devant la mort dont tu parles ? Comment faut-il l’interpréter ? Est-ce l’expression ultime de l’amertume ou de la révolte ?
"Peut-être un peu les deux, mais je crois que cela m’a surtout permis de synthétiser les propos très forts de Jacques Rigaut ou de Drieu La Rochelle sur la question du suicide. J’ai eu envie de donner une autre dimension à cette idée de fin et de confronter deux sentiments paradoxaux que sont la "joie" et la "mort". En inscrivant cette expression dans un des derniers morceaux du disque j’ai eu le sentiment de donner une coloration moins définitive à "Devant le miroir". Cela n’enlève en rien le contexte dramatique du sujet mais, comme le disait Louis Malle à propos des indices littéraires dans son film, cela permet de "démystifier la solennité de la mort". Pour finir, le terme ne vient pas de moi mais de Georges Bataille dans ses écrits pour l’Acéphale de 39."
Un autre musicien s'est amusé à faire un petit hommage musical au film "Le Feu follet". Toujours aussi émouvant d'entendre la voix de Maurice Ronet...
30.4.07
"J'en ai ma claque de faire la queue" (Thiéfaine)
Encart publicitaire pour le Feu follet
dans Les Nouvelles littéraires du 23 mai 1931
Je suis retourné à la la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou pour consulter les microfilms des Nouvelles littéraires. A nouveau, deux heures d'attente! Dès mon entrée, je questionne une employée sur ce temps d'attente délirant. "C'est comme ça tous les jours, me dit-elle, ils n'arrivent pas à trouver de solution." Je pose une simple question au directeur de la bibliothèque, Thierry Grognet : "Est-ce que vous trouvez cette situation normale?" Je ferme la parenthèse.
Connaissez-vous Maurice Léon? Je viens de découvrir son existence. Il n'a écrit qu'un seul ouvrage, Le Livre du Petit Gendelettre, suite à cette parution, il mettra fin à ses jours, froidement. Dans la constellation des écrivains du Refus et de la Négation, Maurice Léon mériterait une place de choix. En 1900, dans la Revue Blanche, André Gide écrivit l'un des rares articles sur Maurice Léon : "Pour beaucoup l'intelligence a suffi; si Léon est mort c'est donc qu'elle commence à ne plus suffire. Le suicide de Léon est important; il y a peu de temps encore on ne se serait pas tué pour cela... Hélas! Léon n'avait pas moins à dire que plusieurs autres d'aujourd'hui et qui vivent. - Léon fut plus consciencieux." J'aime beaucoup la précision de la ponctuation de Gide. Il y a des italiques jouissives.
Un sketch de Fellag dédié à Monsieur Thierry Grognet,
directeur de la BPI.
28.4.07
Lettre à...
Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue décapage m'a demandé de lui écrire un texte pour sa rubrique "A vos idoles" où un écrivain écrit à un auteur qu'il aime, et qui est, pour ménager toutes susceptibilités, parfois mort. J'ai toujours eu un faible pour le genre épistolaire et me suis donc prêté au jeu avec plaisir. Ma lettre à Jacques Rigaut (étonné de mon choix?) sera publiée dans le N°31 de cette revue à 5 euros reconnue d'inutilité publique. Parution prévue le 5 mai avec une petite soirée dans un bar parisien. Je vous tiendrai au courant.
23.4.07
21.4.07
Deux enquêtes
Deux heures d'attente hier après-midi pour accéder à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou. "Il faut être motivé!" me dira plus tard une amie. Et comment! Je n'ai pas regretté d'avoir patienté. La moisson fut bonne. Ai enfin pu photocopier la critique de la Valise vide par Edmond Jaloux, publiée en 1924 dans les Nouvelles Littéraires; mais également le numéro de la revue belge le Disque Vert de janvier 1925, consacré au suicide avec, entre autres, les interventions de René Crevel, d'Antonin Artaud et de Jacques Rigaut... En novembre 1924, à l'annonce de la prochaine parution de ce numéro du Disque Vert, les surréalistes s'interrogeaient sur la pertinence de lancer leur enquête sur le même sujet pour leur revue La Révolution surréaliste. L'enquête "Le suicide est-il une solution?" paraîtra aussi en janvier 1925 dans le deuxième numéro de la revue.
19.4.07
Critique
La Bibliothèque nationale étant en plein chantier de désamiantage, la communication des ouvrages devient de plus en plus aléatoire. Ce parcours du combattant est lassant. Dans le magazine de la BnF "Chroniques", j'apprends que le projet de la bibliothèque numérique européenne "a avancé". L'objectif est de rendre accessibles à distance 2 millions de documents d'ici à 2008 et de 6 millions d'ici à 2010. Chercheurs du futur, vous êtes des petits veinards. Dans 15 ans, nous apparaîtrons comme des galériens du passé malgré l'Internet qui nous fait gagner beaucoup beaucoup de temps. Je voulais aujourd'hui me rabattre sur la BPI (bibliothèque de Beaubourg) mais quand j'ai vu, derrière le centre Pompidou, les 500 personnes qui attendaient en plein cagnard dans un silence religieux, j'ai renoncé.
On trouve beaucoup de choses sur le Web, mais il y des documents introuvables on line comme la critique du Feu follet par Robert Brasillach publiée le 11 juin 1931 dans L'Action française. Un article étonnant dont certains passages résonnent comme une prémonition de ce qui arrivera à son auteur. En 1945, Robert Brasillach sera le seul écrivain français collaborateur exécuté à la Libération.
"La fin de l'après-guerre a sonné depuis quelques années déjà, M. Drieu La Rochelle. Il serait temps de s'en apercevoir. Lorsque le héros du Feu follet se suicide, peut-être fait-il disparaître avec lui tout un monde. Nous le souhaitions sincèrement. Et qui sait, d'ailleurs, si les dernières lignes de ce livre ne nous font pas quelques promesses? [extrait du livre] Nous ne demandons pas mieux que de croire à cette promesse. Nous ne demandons pas mieux que de voir dans le revolver d'Alain un symbole : l'apparition dans l'univers littéraire de la réalité, d'une réalité résistante et charnelle, vivant comme un homme vivant, - à la place des nuées. Mais il faudrait se hâter." (Robert Brasillach, L'Action française du 11 juin 1931)
16.4.07
Confinement
Note de bas de page du livre d'Elisabeth Quin
Bel de nuit, Gérald Nanty, Grasset, 2007.
Merci à mon ami Bernard M. qui m'a signalé cette mention dans le dernier livre d'Elisabeth Quin. J'aimerais bien connaître les sources d'Elisabeth concernant l'info du "petit cercle d'aficionados fervents, parmi lesquels Boris Vian." Ai passé la semaine dernière à la Bibliothèque nationale pour combler les "trous". J'ai de plus en plus de mal à supporter l'air confiné des bibliothèques. D'ailleurs, à la fin de cette semaine éprouvante, un malin virus m'a cloué au lit jusqu'à aujourd'hui. Quelques heureuses trouvailles tout de même : critiques de la Valise vide et du Feu follet à leur publication et le témoignage d'un ami de Drieu qui évoque Rigaut. Ai profité de ces journées de relâche involontaire pour achever la lecture du (merveilleux) Journal de Mireille Havet. Extrait : "L'amour au fond est bien ennuyeux. Les routes arrivent quelque part et les livres n'ont qu'un temps. Personne ne nous aime comme on le mérite, ni n'apprécie comme soi-même son propre visage dans le miroir. On est toujours plus intelligent que les autres, et la mort n'arrange rien."
7.4.07
Spéciale dédicace
Première page du poème "Swanee" de Soupault
publié dans le numéro mars-avril 1923
de la revue "Les feuilles libres",
illustration de Fernand Léger.
5.4.07
La vie, elle ne va pas assez vite en moi.
Extrait du film "Le Feu follet" de Louis Malle pour ceux qui hésiteraient encore à se le procurer. Pour info, je recherche une copie VHS du film "Raphaël ou le Débauché" réalisé par Michel Deville et sorti en 1971. Ce film dans lequel Maurice Ronet tient le rôle principal est introuvable en DVD. Merci.
3.4.07
Philippe nous parle
Merci à Fabrice qui m'a envoyé ce lien d'une passionnante interview de Philippe Soupault où il évoque entre autres "L'invitation au suicide" et Jacques Rigaut. Dans le générique de fin de ce documentaire réalisé par Bertrand Tavernier, on trouve le nom du deuxième assistant : Jean-Luc Rigaut...
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