14.4.14

"Maintenant je suis Mort, je suis là, immobile, et j'avance, immobile, j'avance vers vous, qui commencez déjà à m'oublier."


Bertrand Delcour, sans date, pic by Jérôme Bouchet (?)


MONTMORILLON TERMINAL
L'écrivain Bertrand Delcour est mort à 52 ans chez lui à Montmorillon, dans son sommeil, dans la nuit du 7 au 8 avril 2014, quelques jours après la disparition de l'écrivain PierreAutin-Grenier. Je n'ai jamais rencontré Bertrand Delcour, mais nous nous considérions comme des amis. Depuis 2007, nous entretenions cette amitié par Myspace, puis Facebook, e-mails et de longues conversations téléphoniques nocturnes. Je savais qu'il se battait contre un cancer comme le guerrier farouche qu'il était. Devant la maladie, B.D. me faisait penser à Don Lope de Aguirre aka Klaus Kinski dans Aguirre, la colère de Dieu, le film de Werner Herzog. Il y a quelques mois, il avait hurlé victoire après une belle rémission. D'ailleurs, il n'est pas sûr que ce soit le crabe qui ait gagné, puisque B.D. s'est juste endormi sans se réveiller. Mourir dans son sommeil chez soi entouré de ses livres (B.D. possédait 5000 ouvrages…) n'est pas la même chose que crever seul médicalisé dans la lumière verdâtre d' une chambre d'hôpital. C'est toujours triste pour ceux qui restent, mais c'est une belle mort pour celui qui part. B.D. avait quitté Paris au début des années 2000 pour se mettre "au vert", un isolement volontaire, mais on n'est jamais seul avec les meilleurs livres et sa connaissance littéraire était immense, ses goûts en la matière étaient sûrs. Il s'était même battu pour faire sortir des oubliettes littéraires certains écrivains qui ne méritaient pas ces cachots de l'oubli, comme par exemple le magnifique Georges Hyvernaud, pour lequel il avait une tendresse particulière. Son érudition littéraire était totalement subjective et passionnée, comme devrait l'être toute érudition. Il aimait aussi les poètes toxiques écorchés vifs comme Jacques Rigaut ou Roger Gilbert-Lecomte, l'âme brûlante des Phrères simplistes du Grand Jeu, explorateur de l'hypersensible avec les stupéfiants pour véhicules. Lors d'un pèlerinage du côté de Pernety dans le bar de la sainte Mme Firmat qui avait recueilli Roger Gilbert-Lecomte à la fin de ses jours, B.D. m'avait raconté, que le téléphone sur le comptoir avait sonné plusieurs fois, et qu'à chaque fois que le patron du bar décrochait, il n'y avait personne au bout du fil. Quand B.D. m'avait raconté cette anecdote, des frissons m'avaient parcouru l'échine. Un jour, j'ai suivi le conseil de Lautréamont : « Allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire. » Le bar de Mme Firmat n'existait plus. Comme Roger Gilbert-Lecomte, B.D. ne cachait pas sa passion pour les opiacés. Il a écrit beaucoup de choses pertinentes sur un sujet rabâché, dont ces formidables rêveries d'un toxicomane solitaire parues chez Allia en 1997. Il s'est aussi penché sur l'Internationale situationniste, se permettant même de se moquer du pape situationniste Guy Debord, qui n'a pas bien compris l'insistance presque amoureuse de ce jeune homme halluciné. On le retrouvera alors en protagoniste actif du mystérieux mouvement de la Banalyse qui tenait ses congrès chaque année au mois de juin dans une gare presque désaffectée du Puy-de-Dôme. B.D. trouvait le temps d'écrire des romans noirs comme le beau Mezcal Terminal, objet littéraire non identifié dans l'univers très cloisonné du polar. Son plus beau livre paraît-il s'appelle Pourquoi nous sommes morts. J'ai la chance de ne pas l'avoir encore lu. Il est introuvable, épuisé ou pilonné. J'espère qu'un éditeur intelligent et audacieux lira ces lignes et entamera la réédition des livres et des textes inédits de B.D.. Ce serait lui rendre le plus bel hommage. Je n'ai jamais rencontré Bertrand Delcour, mais il fut pour moi un de mes amis les plus précieux. Ce soir, il me manque terriblement. Sans lui ce monde sera très probablement encore plus médiocre qu'il ne l'était auparavant.

JLB




COMMUNIQUE DE SON AMI JÉRÔME BOUCHET
"Bertrand est mort dans son sommeil dans la nuit du 7 au 8 avril .Je lui avais parlé l'après-midi il était de très bonne humeur, c'est donc une "consolation" plutôt qu'une affreuse agonie à l'hosto. La crémation a eu lieu ce matin, j'ai fait jouer "sad song" de Berlin et la 7ème de Beethoven deux de ses musiques fétiches.Ca a été très dur évidemment...Son urne sera mise au caveau familial de Vendeuvre du Poitou à 16h ce lundi. Le même cimetière que Foucault!!!! Voilà je sais qu'il a beaucoup d'amis à Paris, je vous engage à vous réunir pour faire une soirée joyeuse et punk comme il aimait. Voilà heureusement il y a ses livres et son souvenir marquant d'intelligence, d'érudition et de gentillesse entre autres. Bien sur nous allons faire en sorte que ces notes, écrits divers, conférences, etc...soient gardés et accessibles en une forme encore à définir avec sa famille. N'hésitez pas à me laisser des messages. Amitiés à tous."


E-MAILS DE BD. à JLB
"ce 6 novembre 2009 ...
J'y pense tous les jours.
J'ai revu le "Feu Follet" il y a 4 jours, j'ai été malheureux comme les pierres : c'est une "hypothèse de moi"; que je ne connais que trop; mais dont j'ai bifurqué.
Le suicide reste à la boutonnière, mais j'ai froid, elle est retournée.
B*D*"


t'es toujours vivant ????
...je voudraIS avoir de tes nouvelles.
bertrandelcour@aol.fr
à la boutonnière,
B*D*


"...comment on fait pour écrire sur ton mur.....
....espèce de Préservé, va.
Avec tout mon Amour,
El Hombre Invisible.
ps - My next Opus is down maybe chez Allia in June. Enjoy."



Mon cher J.LB.
...si tu savais ne serait-ce qu'un dixième de ce QUE J'AI APPRIS à SAVOIR sur Parvulesco, et dont le gros dossier dort chez un mien avocat, tu serais moins enthousiaste....
ce qui est fort plaisant.....
...c'est que pour un conspirateur chevronné qu'il prétendait être, il m'a fallu 15 jours pour avoir son adresse, son numéro de code, et sa ligne privée. Idem pour Debord, du reste."
...pour Debord, c'était du Courteline : le FACTEUR du centre-ville d'Arles était alcoolique ( comme celui de Van Gogh je suppose ) et amoureux de ma belle-sœur de l'époque, laquelle briefée par mes soins l'a saoulé et enturbanné.... Le lendemain, Papy Debord j'avais ses 4 numéros de téléphone, ses adresses multiples et variées.... Et pendant UN AN il a demandé à Martos si j'émargeais à la DGSE ou à la CIA.
J'émargeais à l'anisette.
...pour sûr que ce genre d'élément "qu'on ne saurait négliger" (etc...etc...) ne se trouve ni dans un Kriegspiel, ni au Jeu d'Echec, ni au Go, ni à queue ni caisse.
Ca fait trop Second Empire et/ou Général Boulanger.
.beaucoup trop, hélas. S'il avait été moins génétiquement OAS, il aurait été totalement génial dans ses esciptzs.
Mais ceci est, naturellement, une autre paire de couilles.



Mon Cher J.L.B.
Puisque vous achevez cet Ouvrage "essentiel" sur J. Rigaut, prenez bien GARDE d'une chose, que j'ai constaté parfois en ces Revisites Extrèmes :
N'allez pas imiter votre Héros jusqu'au bout !!!
Sur Quatre individus qui voulurent écrire une Bio de BOVE, 2 se sont sioucidé et un 3e est fou. Le 4e a pu survivre.
Du CALME cependant -je ne Veux Point vous terroriser : J'ai moi-même écrit un Essai (tjrs Non Publié) sur F. Augiéras; et je ne suis ni à l'Hospice ni Cardiaque au dernier degré.
Avez-vous lu l'Autobiographie de Ronet ? (publiée dans années 70, invendu total).
Enfin, gare... N'oubliez pas de VOUS EJECTER de la "Trajectoire" au BON moment -et vous aurez Réussi...
Cordialement Vôtre,
B*D**


Mon Cher J.L.B.
Avez-vous lu le magnifique livre de Joao Pinto de Figueiredo : "La Mort de Mario de Sà-Carneiro" (Ed; de la Différence - "Latitudes" -1992). Bcp de similarités dans l'obsession, bcp de points communs dans "L'Esprit du Suicide" avec J.R. C'est même un livre assez terrifiant.
Vous trouverez à peu près tout Sà Carneiro mort en 1916 à 26 ans, Grand Ami de Pessoa, (dont la Mort a BRISé la Vie...) chez La Différence....
(au cas Où...évidemment!)
B*D**

Mon Cher J.L.B.
Vous savez que j'ai "failli" écrire un Livre sur Gilbert-Lecomte. J'ai pu connaître le Café vers Pernety où il a fini ses jours, avant sa Destruction...Et il s'est passé des "Phénomènes Paranormaux" assez Gigantissimes... Ca m'a choqué - j'ai Tout arrêté (du livre sur)...
B*D**




QUELQUES STA-TUES FB DE B*D** + OU - CHRONOLOGIQUES
"Quand j'écoute du Chostakovitch, j'ai envie d'envahir la Crimée..." (25 mars 2014)

Je remercie cordialement tous ceux et celles qui ont bien voulu se souvenir que j'avais atteint l'âge canonique de 52 ans..... (15 octobre 2013)

Si vous souffrez d'un cancer vous êtes confrontés à deux types de toubibs.
1 - Les Waffen S.S., qui détiennent le pouvoir et dont le rôle est de vous écraser la gueule, et c'est très facile.
2 - Les êtres humains, dont le job consiste à vous maintenir vivant le plus possible, et à vous comprendre.
Vous oscillerez toujours entre ces deux partis, l'essentiel étant de passer de l'un à l'autre le plus rapidement possible." (22 février 2013)

"Les deux premières chimios ont été excellentes. Les marqueurs sont tombés de 500 à 180. Venceremos !!!" (9 avril 2013)

"Au fond, tout ceci n'a aucune espèce d'importance sur Facebook." (6 mars 2013)
"J'aime par dessus tout les chats, parce qu'il n'y a pas de chats policiers." (statut du 15 janvier 2013)

"recherche un éditeur pour republier "Pourquoi nous sommes morts". S'adresser ici, à la maison mère..." (statut du 15 janvier 2013)

"Je me suis amusé à mettre 6 ou 7 morceaux de musique pure pour voir où Facebook en était avec ses oreilles. J'ai volontairement choisi des pièces extraordinaires : l'adagio assai du concerto en sol, le 9 eme quatuor de Chostakovitch, La Muse et le Poète de Saint-Saens etc... Le résultat est un triple zéro. Je suis ravi. Vous êtes tous des porcs et méritez de finir comme des cochons. Mangez vos patates et soyez sourds." (statut du 29 janvier 2013)

"La France, en tête des suicides par tête de pipe en Europe et des consommations de neuroleptiques. Avec ça la prise d'alcool qui fait plus de 40.000 morts par an. Mais Dieu merci, les drogues sont interdites. Circulez, il y a rien à voir." (statut du 8 février 2013)

"Maintenant je suis dans ma tombe d'un cimetière de village.

Maintenant je suis Mort, je suis là, immobile, et j'avance, immobile, j'avance vers vous, qui commencez déjà à m'oublier.

Mais je suis déjà si près de vous que je pourrais encore vous toucher." (statut 7 janvier 2013)

"Je suis fatigué que mes meilleurs livres disparaissent des plate-forme de vente. La vérité est qu'ils n'ont pas été réédités. Mais c'est une chose qui n'aura qu'un temps. On sait bien à partir de quand on réédite les ouvrages d'auteurs momentanément oubliés." (statut du 7 janvier 2013)

"Depuis trois mois que je bois comme un Templier et fume comme un pompier, je passe au scanner hier, et j'ai strictement RIEN, ça va même mieux qu'avant, proportions gardées. Moralité : immoralité totale, Sadienne & tutti quanti..." (statut du 25 octobre 2012)

"Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre." (statut du 28 aout 2012)
"POUR le moment je suis toujours vivant, caramba !" (18 aout 2012)

"Je me souviens de l'an 1984. La schnouffe, le champagne et les top models amies au Café Costes. Les longues nuits dans le délire des libertés grandes. Les rencontres hautement situationnistes; jusqu'au bout de la nuit. Le speed, l'opium, les flics complices sur la place des Innocents. J'ai eu mon compte de Liberté Libre." (statut du 12 décembre 2012)

"Je ne vous souhaite pas une "bonne année", ça ne sert à rien. Certains d'entre vous feront des choses abjectes, d'autres mourront, d'autres survivront mais pire que morts, enfin le monde continuera dans sa folie ploutocrate, et vous serez les pantins plus ou moins heureux de cette folie misérable. ainsi soit-il." (30 décembre 2011)

"s'est encore foutu sur la gueule avec un jeune paire de famille dans un bar, pour des raisons de haine sociale totalement évidentes. Et ainsi de suite. Je pense pas qu'on cesse jamais d'être punk, même cinquantenaire." (30 décembre 2011)

- "Connais-tu quelque chose de l'imbécile qui signe B. Delcour ? Il vient d'essayer TROIS FOIS, malgré des refus très offensants, de me téléphoner à Champot. Et comment peut-il avoir le numéro ? Classe cet insistant taré dans tes archives" - Guy Debord, lettre à JF Martos de 1989." (16 décembre 2011)

"- j'ai sonné, et quand Hubert Selby Jr m'a ouvert la porte c'était, voyez-vous, VRAIMENT comme si Dostoievski ou Nerval m'ouvraient; et là, j'ai tout à fait cru que j'allais me trouver mal." (15 décembre 2011)

"se souvient de la chambre de Jean Genet à l'Hôtel du Banquier, quand il allait lui ramener du Nembutal, l'hiver. C'était il y a fort longtemps, ailleurs, et presque partout -hors du monde." (4 décembre 2011)

"....dormir...nous dormirons les skis aux pieds (Jacques Rigaut )." (3 décembre 2011)

"....quand je sors dans la rue, "génocide" est le premier mot qui me vient à l'esprit." (14 janvier 2011)

"est mort demain, raide mort." (14 avril 2009)

"........je crois que la dévaluation du mot, sa pourriture, n'a jamais été aussi flagrante que sur FaceBook. J'étais venu pour vérifier ça. J'en repars plein de documents précieux sur tout et tous. J'ai comme Zola mes dossiers. Continuez à manger votre merde en "faisant des mines". Now, j'appuie sur le siège éjectable avant le crache; bastante; ******************" (8 avril 2009)

"se complait comme Lacenaire en la plus détestable compagnie : Soi même." (22 aout 2009)
"C'est une chose fameuse que d'être infâme dans un monde abject" -- B*D* (22 février 2009)
"Dans un sfumato propice j'aiguise mes textes délétères et répugnants , non-politiquement corrects... Juin 2008." (22 novembre 2008)

17.3.14

L'âme transparente



"J'ai avancé un gros roman, publié deux ou trois longs poèmes, écrit une nouvelle dont le héros est Jacques Rigaut, vous rappelez-vous ce personnage, au corps opaque et à l'âme transparente."
(Lettre de Pierre Drieu la Rochelle à Jean Boyer du 13 janvier 1923)

28.2.14

Un an et (presque) un jour



Daniel Darc au Paléo Festival Nyon (Suisse) le 25 juillet 2008

24.2.14

Nouvelle formule



"Je ne voudrais pas qu’on me tînt pour un personnage cynique." (Jacques Rigaut)
France Culture et les cyniques 


21.2.14

Reflets



Kiev, 2013. Photo : Kostyantyn Chernichkin.

« Et maintenant, réfléchissez, les miroirs » (Jacques Rigaut)

18.2.14

In love


Extrait d'une lettre inédite de Pierre Drieu la Rochelle

3.2.14

Dead at 46, Philip Seymour Hoffman



"Les stupéfiants se passent de justification." (Jacques Rigaut)

29.1.14

Humour noir


Bertrand Beyern (Photographie : Geoffrey Le Guilcher)

Bertrand Beyern : “L’humour noir est un humour de résistance”
"Cela part de Jacques Rigaut ou Jacques Vaché, des types qui se firent sauter la cervelle à 25 ans. Ils vont accéder à une sorte de notoriété avec André Breton qui les évoque dans son Anthologie de l’humour noir. Son texte paraît en 1939 et se trouve censuré par Vichy. Ce bouquin présente une trentaine de grands noms majoritairement du début du XXe siècle. Pour la première fois, il y a dans un titre ce concept d’humour noir. Après, on peut discuter pendant des mois, on tombera toujours sur la phrase de Desproges : “On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui.”"

Pour lire l'article cliquez ici

16.1.14

Petite visite à des amis




 Tombe Jacques Rigaut, cimetière Montmartre, jeudi 16 janvier 2014.
 Quelqu'un(e) a eu la délicate attention de fleurir la dernière demeure de JR.





 Tombe Daniel Darc, cimetière Montmartre, jeudi 16 janvier 2014.
 "Quand on est mort /Que reste t-il ?/quelques bouquets de roses inutiles/ bien trop fragiles"
  La pluie qui tombe, album "Crève-cœur", 2004.

23.12.13

Les vœux de bonne année



Bonnes fêtes à toutes et à tous.

JLB


Les vœux de bonne année
D’année en année
Sont moins long à rédiger
Moins nombreux à poster
À poster

Embrasés autrefois
Nos cœurs presque froids
De battre hésitent parfois
Une prière s’élève et croît
Je crois

Le chemin est étroit
On s’y blesse parfois
On peut y voir du bas
Immobile bien droit
Un homme il pense à quoi
Personne ne le saura

Les vœux de bonne année
D’année en année
Font de nous des damnés
Comment pourrions-nous résister ?
Résister

Alors écoute bien
C’est l’histoire je crains
Pourtant comment faire
Pour éviter l’enfer
L’enfer

Le chemin est étroit
On s’y blesse parfois
On peut y voir du bas
Un homme il pense à quoi
Immobile bien droit
Jamais personne ne le saura

Les vœux de bonne année
D’année en année
Sont moins long à rédiger
Les vœux de bonne année
D’année en année

Sont moins long à rédiger

30.11.13

Les amants du Lutetia




"De quel droit empêcher une personne n'ayant plus de charges, en règle avec le fisc, ayant travaillé toutes les années voulues et exercé ensuite des activités de bénévolat dans des services sociaux, de quel droit la contraindre à des pratiques cruelles quand elle veut sereinement quitter la vie?" (Georgette et Bernard Cazes)





29.11.13

Battements



Cette année, je n'ai pas eu le cœur à faire mon pèlerinage habituel du 6 novembre au cimetière Montmartre. Le dernier album de Daniel Darc reste silencieux sur mon bureau. Pas eu le cœur non plus de l'écouter. 2013 restera une année sans cœur.

 "Ce cœur, mon cœur qui ne bat que pour quoi !" (Jacques Rigaut)

27.10.13

Lou RIP



"Les stupéfiants se passent de justification." (Jacques Rigaut) 


16.10.13

Précision









Bonjour,

Dans votre billet du 12.9.13 sur Love on the Left Bank à la galerie Vu, vous écrivez : « Pour l'anecdote, certaines photographies témoignent même des dissensions internes au sein de ces mouvements, comme le détail reproduit ci-dessus du pantalon de Jean-Michel [Mension] où l'on peut lire : "L'internationale lettriste ne passera pas". »
En fait ce message n'est pas un signe de dissension interne mais un jeu de mots (no passaran !) car il faut plutôt comprendre ici que (le temps de) l'Internationale lettriste ne passera pas !
J'en veux pour preuve l'enregistrement en décembre 1956 d'Histoire de l'Internationale lettriste au cours duquel on entend les lettristes reprendre en chœur (et sept fois plutôt qu'une !) ce slogan – cf. Guy Debord, Enregistrements magnétiques (1952-1961), Gallimard 2010, page 68, et écouter vers deux minutes avant la fin de cet enregistrement sur le CD.

Cordialement,

Alexis

4.10.13

Cravan bande encore! (2)



Nous étions très impatients de nous rendre à cette soirée Arthur Cravan organisée par la revue La Règle du jeu à l'occasion de leur numéro d'octobre consacré intégralement au mythique poète-boxeur. Nous n'allions pas bouder notre plaisir, même si le choix de la revue de Bernard-Henri Lévy nous paraissait quelque peu incongru voire oxymorique, pour accueillir ce légendaire rebelle des Lettres. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, écrivait Alfred de Musset. D'autant plus que ledit numéro avait été concocté par l'ami Bertrand Lacarelle, dont nous avions déjà lu avec beaucoup d'intérêt le dossier consacré à Cravan publié dans la NRF (N° 587) en octobre 2008, mais également ses essais pertinents sur Jacques Vaché et Arthur Cravan. Notre première surprise fut de constater ce soir-là la présence d'un public très clairsemé, mais assurément des fidèles lecteurs et admirateurs du neveu d'Oscar Wilde. Parmi les trois (quatre) pelés et un tondu, nous repérons l'ex (?) éditeur Raphaël Sorin, Olivier Corpet ex-directeur de l'Imec, Stéphane Bonnefoi, biographe de Marc Bernard. Malgré tout, on sent une tension dans l'air, comme si l'esprit de Cravan était prêt à cogner à nouveau sur Paris. Après quelques raclements de gorge et hésitations, la soirée commence avec Yann Moix qui semble lui-même très tendu. L'auteur de Podium, tente alors de donner aux spectateurs son interprétation de Cravan dans un long discours alambiqué qui laisse de marbre la maigre mais fervente assemblée des cravanologues. Une femme se lève pour partir en claquant la porte et en lançant : "Boxez les bavards!" Puis un deuxième inopportun annonce son départ bruyamment en criant : "Bonne soirée Bertrand!" Malgré ces tentatives de déstabilisation, Moix, un peu énervé tout de même, continue le fil de sa démonstration oiseuse devant une salle quasi assoupie. Au point final de son discours, Moix relève le défi que lui a lancé l'inopportun : "Il est où le connard de toute à l'heure, j'aimerais lui foutre mon poing dans la gueule", avant de disparaître lui-même dans l'ombre de l'arrière-salle. Cette fois-ci l'esprit de Cravan semble souffler sur la salle qui se réveille. Las, le scandale attendu n'aura pas lieu. Prudente, l'écrivaine Cécile Guilbert reprend le flambeau en évitant l'écueil de l'intellectualisme pour Cravan, préférant à juste titre s'interroger sur le décalage entre la monstruosité du corps de Cravan et la délicatesse d'esprit qui caractérise le poète-boxeur. S'ensuivit la projection de quelques extraits du documentaire "CravanVSCravan"de Isaki Lacuesta que nous avions déjà vu, mais qui a le mérite de montrer quelques émouvantes et seules images filmées de Cravan flirtant et boxant. A l'ouverture de la deuxième partie de la soirée, un monsieur qu'on tente mollement de repousser s'empare du micro : " J'ai les preuves qui démontrent que Cravan n'était qu'un immense charlatan!!!." Le public retient son souffle, le voici enfin le vrai scandale, Cravan ne serait qu'un vulgaire imposteur. Le mythe s'effondrerait-il sous nos yeux? Magnanimes, les organisateurs de la soirée invitent l'agité à s'asseoir et décident de lui donner la parole. Ce dernier devient subitement calme et se présente avec un accent britannique prononcé comme l'unique petit-fils d'Oscar Wilde! Incroyable coup de théâtre, l'animateur au visage cramoisi confirme que l'intervenant intempestif s'appelle Merlin Holland, et que son grand-père est bel et bien l'auteur du Portrait de Dorian Gray. En observant le petit-fils, on peut apercevoir effectivement le grand-père, une coupe de cheveux dandyesque, la même mollesse désinvolte dans le visage, mais surtout le même esprit caustique. La soirée commence alors à devenir intéressante, voire passionnante. Merlin évoque la visite de son grand-père chez Gide, et du texte qui en découla, publié par Cravan dans sa revue Maintenant, reproduit partiellement dans La Règle du Jeu, avec la version inédite et vengeresse de Gide qui relate à son tour la visite du trouble-fête Cravan. Puis, Bertrand Lacarelle interroge le collectionneur et galeriste Marcel Fleiss, grâce auquel aujourd'hui on peut admirer quelques précieuses reliques et manuscrits du poète-boxeur. La soirée s'achève avec une discussion très animée autour de la vie incroyablement romanesque de Cravan qui mériterait une nouvelle biographie [je laisse la place aux jeunes passionnés] dont l'écrivain pataphysicien Bastiaan Van Der Velden nous offre de nombreux détails inédits dans une brillante chronologie publiée dans la revue. Avant de disparaître dans la nuit germanopratine, je salue Bertrand Lacarelle et ses invités. Raphaël Sorin m'accoste pour me demander des nouvelles de l'achèvement de la biographie de Rigaut. "J'espère que je ne serai pas mort avant sa parution", me lance-t-il en souriant. 2016, c'est demain et vous me semblez en pleine forme Monsieur Sorin. Si vous avez raté la soirée Cravan, précipitez-vous dans une librairie pour acheter ou voler ce numéro cravanesque de La Règle du jeu (20 euros). Vous ne serez pas déçu : une belle présentation d'Arthur par Bertrand Hylarius Lacarelle, un entretien avec l'ange gardien de Cravan, Marcel Fleiss, un texte de Sollers qui pour une fois ne parle pas de lui, l'impressionnante chronologie par Bastiaan Van Der Velden, une amusante conversation autour de Cravan avec Enrique Vila-Matas, le texte Cravan VS Wilde de Merlin Holland, mais aussi ceux de Sébastien Lapaque, Eduardo Arroyo, Marcelin Pleynet, sans oublier les textes de Cravan himself dont des lettres inédites à son père, à sa mère et à ses "trois femmes"… La parution d'une correspondance avec l'une d'entre elles (Sophie Treadwell) est annoncée prochainement aux éditions Cent pages. La petite fille de Cravan apporte aussi un témoignage émouvant sur sa grand-mère Mina Loy et sa mère Jemima Fabienne Cravan Benedict qui avant de se suicider en 1997 enverra les archives concernant son père à tous ses anges gardiens. On trouvera également dans ce riche numéro des documents inédits dont de surprenantes photographies de Cravan en train de s'entraîner ou de combattre sur le ring. Définitivement, oui, Arthur Cravan est vivant! bien plus vivant que certains soi-disant vivants. 



Jemima Fabienne Cravan [Lloyd] Benedict (1919-1997) en décembre 1937, fille de Mina Loy et d'Arthur Cravan, photographie de Carl Van Vechten.








12.9.13

L'amour lettriste sur la rive gauche



Jean-Michel et Fred "internationale lettriste", Paris, 1951,
 tirage N°5/20 par Hans Bol en 2002, format 27,8 X 27,7 cm, 1150 €


 
Détail de Jean-Michel et Fred "internationale lettriste", Paris, 1951.


Love on the Left Bank exposé rive droite

On se précipite immédiatement à la galerie Vu pour y voir (jusqu'au 31 octobre 2013) les sublimes images du photographe hollandais Ed van der Elsken (1925-1990) issues de son livre mythique Love on the Left Bank paru en 1956. Ces photographies relatent une virée amoureuse (avec pour fil conducteur la fascinante muse Vali Myers) au début des années 50 dans un Saint-Germain-des-Prés qui ressemblait encore à quelque chose.  Ce qu'on dit rarement, c'est que dans ces images, on retrouve ceux et celles qui furent les acteurs principaux du lettrisme, de l'Internationale lettriste et de l'Internationale situationniste. Pour l'anecdote, certaines photographies témoignent même des dissensions internes au sein de ces mouvements, comme le détail reproduit ci-dessus du pantalon de Jean-Michel [Mension] où l'on peut lire : "L'internationale lettriste ne passera pas". Dans les reflets des miroirs du café "chez Moineau" (quartier général des lettristes) on aperçoit également Guy Debord, Michèle Bernstein, Gabriel Pomerand, Serge Berna, Joël Berlé et bien d'autres aujourd'hui disparus. Jean-Michel Mension raconte cette époque merveilleusement agitée dans un livre La Tribu paru aux éditions Allia en 1998. Il est conseillé de le lire avant de se rendre à l'exposition pour mieux comprendre les coulisses des images d'Ed van der Elsken. Les visiteurs les plus aisés pourront s'offrir pour quelques milliers d'euros les tirages originaux des superbes instantanés de cette oisive jeunesse rebelle sans le sou, à tout asservie... aux stupéfiants, à l'alcool et à l'amour.      

9.9.13

Arthur Cravan bande encore!



“Qu'il vienne celui qui se dit semblable à moi, que je lui crache à la gueule.”
(Arthur Cravan)


“Il faut remettre une fois par an son avenir en jeu.” (Arthur Cravan)