16.7.07

La femme sans rivale


Paris, jardins du Palais Royal, 14 juillet 2007.

"Vous êtes la femme sans rivale. Fin du règne du superlatif qui chasse l'autre." (Jacques Rigaut) La boucle est bouclée. Cette biographie sera probablement achevée dans le pays duquel Dada a surgi pour se propager dans le monde entier. Comprenne qui pourra. Bon été à toutes et à tous.

10.7.07

Un camarade




Philippe Hériat dans "L'Inhumaine" de Marcel L'Herbier


L'écrivain et acteur Philippe Hériat a connu Jacques Rigaut au lycée Louis-le-Grand. Ils étaient dans la même classe de Terminale en 1915.

9.7.07

Clin d'oeil (2)





"Moi je m'appelle Lolita
Lo ou bien Lola
Du pareil au même
Moi je m'appelle Lolita
Quand je rêve aux loups
C'est Lola qui saigne
Quand fourche ma langue
J'ai l'aphorisme,
Dadaïste de mon doux phénomène,
Moi je m'appelle Lolita
Lo de vie, lo aux amours diluviennes"

Julien Doré

Un jeune homme qui fait couler beaucoup d'encre
dans les forums :

"Julien Doré a réussi son coup.
Faire une référence à Dada, et le milieu intello-musical s’enflamme dans une pléthore de commentaires dans un quasi-surréalisme que ne renierait pas André Breton.
Ce dernier aurait pu écrire un essai sur le caractère du chanteur Doré, tant celui-ci soulève une certaine anarchie, chère à l’auteur, et dans la forme et dans le fond, des commentaires et réfléxions que suscitent son idée.
Humour ?
Autodérision ?
Du sublime au trivial, la nuance est parfois mince; nombre d’artistes ont travaillé sur cette ambivalence; Gaudi n’a-t-il pas construit tout une cathédrale, à Barcelone, à la gloire de Jésus, avec des matériaux de récupération colorés, dans un chatoiement quasi-mièvre de riche dentelles de pierres et métaux ?
En ayant accompli un sévère coup de promo pour lui et ses potes, Julien Doré a lui aussi assemblé sa “Sagrada Familia” avec du matériel de récup’ de bric et de broc, à savoir ici la protégée de Mylène et une émission Mainstream, saupoudré d’influence “vieux-mais-moderne-chanteur-français-ex-branché”.
Intellectualiser sur une prestation de la “nouvelle star”, n’est-ce pas un peu comme quand on faisait des blagues sur l’Ethiopie, un humour qui peut être considéré comme malsain, mais qui est là pour dédramatiser une sitation difficile en temps de crise ?
Car c’est bien d’une crise dont il s’agit, depuis plus de vingt ans maintenant que la musique est devenu un business à l’échelle mondiale, depuis l’apparition du vidéo-clip, en musique tout est possible, surtout le pire lorsqu’il s’agit d’overground.
Aussi, pour moi Julien Doré, c’est le show-business parvenu à son paroxysme, à l’heure d’Internet et du téléchargement, le consumérisme musical devient sa propre caricature. Personnellement, je vois là-dedans beaucoup d’autodérision, et finalement, ben je trouve ça plutôt sain."

Source le forum de Radio Libre.be

Clin d'oeil

8.7.07

Le facteur sonne toujours deux fois





Déballage impatient du très beau livre 4 Dada Suicides que m'a envoyé Martin Kay. Cet ouvrage publié par Atlas Press présente une compilation illustrée des textes de Cravan, Rigaut, Torma et Vaché.Quatre suicides? Rien de moins sûr... Cravan le noyé?, Torma une imposture littéraire? Vaché le suicide-accident? Reste Rigaut le seul suicidaire sérieux dont la mort volontaire ne laisse aucun doute. J'ai appris hier soir que Gallimard a décidé de publier l'oeuvre de Drieu dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade. Le premier tome est prévu pour 2010. La Valise vide fait partie des textes choisis. Drieu doit sourire dans sa tombe de cette tardive consécration. Sinon un article à propos du blog Rigaut dans la revue Infosurr, le surréalisme et ses alentours.

7.7.07

Chez "l'Amazone"...


Natalie Clifford Barney devant le Temple de l'Amitié

A l'instar de son ami Drieu, J.R. a fréquenté le salon de "l'Amazone", mais je n'ai pas réussi à trouver son nom parmi ceux des nombreux invités inscrits sur une carte du salon à la manière de L'Oeil Cacodylate. Louis Malle, dans une scène du "Feu follet", fait allusion au salon littéraire de Natalie Clifford Barney quand Jeanne Moreau et Maurice Ronet se rendent dans l'atelier-fumerie : "La désintoxication, drôle de chose..." On aperçoit, au début de cette scène, le célèbre et mystérieux Temple de l'Amitié dont Natalie Clifford Barney fut la propriétaire. Merci à Guillaume Demey.


Jeanne Moreau et Maurice Ronet dans "le Feu follet".
Au fond de l'image,on aperçoit les colonnes du Temple de l'Amitié

29.6.07

Le cachet de la Poste faisant foi





Grâce aux 7 millions de pixels de mon appareil photo numérique et de la fonction "zoom in" de mon logiciel image, j'ai pu enfin dater une carte postale envoyée par Jacques Rigaut. Une datation très importante car cette carte était suivie de plusieurs lettres de J.R. non datées également et sans enveloppes... Si le cachet de la Poste fait bien foi et si je n'ai pas de problèmes de vue, la carte a été envoyée le 21 juillet 1914 à 16H. Etes-vous de mon avis?

Dancing in Harlem


Annonce extraite du catalogue
du libraire Henri Vignes

J'alterne recherches et rédaction. Confronté à l'épineux problème de datation. Des lettres non datées qui me permettraient d'établir une chronologie plus précise. Je dois retourner à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet pour tenter de déchiffrer le cachet de la poste d'une carte postale.

Ai reçu un courriel de Massimiliano Mocchia di Coggiola qui a créé en Italie un très beau site sur les dandys dont une page consacrée à Jacques Rigaut. Il évoque dans ce courriel un possible hommage de Coppola dans "Cotton Club" à la figuration de J.R. dans le film de Man Ray : "Emak Bakia". Quelqu'un pourrait m'envoyer l'adresse e-mail de Francis Ford Coppola?

Extrait du courriel (traduit de l'italien par Babel altavista)

"Je m'intéresse au niveau professionnel d'art, histoire
de l'art et histoire du cinéma ; en relation à ce point
j'achève, les écrits pour vous signaler un
hommage à Jacques Rigaut présent dans le film "Cotton
Club" (de Francis Ford Coppola, 1984) ; dans une
scène, vers la fin du film, on voit le protagoniste
Richard Gere qui enlève le col amovible de la
chemise et il le jette par terre, c’est évidemment la
reprise fidèle de la même scène du film "Emak Bakia"
de Man Ray, dans lequel Rigaut enlève son faux col,
l'arrache et le jette sur le plancher. Dans le film il
est même présent un autre hommage dirigé à Man Ray :
dans une scène d’amour du film, l'actrice protagoniste
Diane Laines est encadrée d'épaules, nue, et sur le
dos ils s'entrevoient peintes sur son dos les deux "f"
de violon, exactement comme dans la célèbre photo le
Violon d'Ingres."



24.6.07

Hommages & etc.


Merci à Bertrand Delcour
pour cette couverture
de l'édition 1964

Poème hommage de Thomas Roussot

"Un trente décembre en déshérence
Apparaît vers deux heures
Ce silence hostile aux yeux
Montaigne/Louis-Le-Grand en impasses figées
La Baule et l'Artillerie pour horizon déclinant
Puis fait front en Lorraine
Les idées sombres à l'affût
Fausse armistice posée sur l'épaule
Battant d'un coeur résolument démobilisé
Il sera sérieux
Et même brillant sujet
Drieu en reflet sur la Côte Basque
Lune de fiel à Palm Beach
Héroïne et vie clinique
Un six novembre il visera l'absence
Une saveur de mortalité aux tempes
Et cette détonation opaque et rapide
Pour testament inhérent"

18.6.07

Quand la réalité dépasse...



Tristan Ranx m'a envoyé aujourd'hui ce courrier. Il y relate une (récente) anecdote entièrement véridique qui aurait pu tourner au fait divers. Méfiez-vous si une Suédoise commence à vous parler du "Feu follet".


"Mon ami l’écrivain Pascal Guy m’a raconté cette mésaventure qui lui est arrivé dernièrement. De sortie dans un pub, il rencontre une suédoise. La conversation est facile, les corps se rapprochent, et les pintes de bière s’enchaînent vers un dénouement connu par des millions de couples dans le monde. C’est une nuit carpe diem, et les anges passent et susurrent des mots doux. Pascal invite alors la charmante scandinave à venir chez lui. Elle accepte effrontément avec cette manière crue des filles du nord, à qui on ne la fait pas... Le tempérament latin de Pascal s’échauffe, la nuit parisienne est un sentier qui conduit vers les plaisirs du septième ciel. Arrivé dans l’appartement situé à quelques encablures de l’appartement d’Hemingway, il se sent soudain investi d’une mission étrange en proposant à la sauvage Viking de regarder l’extrait du « Feux follet » sur le blog de Jean Luc Bitton. L’idée parait étrange, comme une forme particulière de préliminaire dadaïste. Ne connaissant ni l’œuvre de Jacques Rigaut, ni celle de Drieu la Rochelle, la belle sensuelle accepte l’invitation – « C’est sur le suicide », lui explique Pascal. Elle acquiesce, curieuse. Pascal, à cet instant, sait il que le suicide est une activité suédoise à part entière ? Sait-il que le fantôme de Stig Dagerman et son inconsolable besoin de consolation rôde dans les combles de son immeuble de la Renaissance ? Le film s’enclenche, faisant perdre la notion du temps aux deux tourtereaux, noyés dans les arpèges de Satie et les déambulations de Maurice Ronet. Puis, comme une incantation hypnotique « le demain je me tue » du protagoniste clôt la séquence. Silence de mort. La Suédoise ne dit rien, les minutes passent comme ne point de non retour ou le suicidé décide d’appuyer sur la gâchette. C’est l’émotion qui submerge deux êtres que tout réunis dans la croisée d’ogive entre Eros et Thanatos... « c’est comme ça que je veux finir » dit-elle soudain, en regardant son pygmalion dadaïste dans les yeux. Pascal se sent soudain propulsé vers un destin qui lui échappe. « Comme ça ? » dit –il » espérant secrètement n’avoir pas compris... « oui, dit-elle, je veux mourir avec toi ». Un fond de romantisme noir, puisé dans la lecture de Mishima submerge Pascal et il répond par un téméraire, « Oui, suicidons-nous ! ». L’invitation au suicide est lancée. Deux shots de vodka sont bus pour sceller la folie des amants. « Tu as un couteau ? lui demande-t-elle ». C’est le côté pragmatique, realpolitik des nordiques qui vient demander son dû. En homme du sud sanguin comme un espagnol, Pascal s’empare d’ un magnifique couteau à couper le saucisson. « Taillade-moi, tue-moi » lui, crie t’elle en se jetant au sol . Dans le grand miroir Pascal aperçoit alors son reflet avec un visage blafard, un couteau à la main, une walkyrie à ses pieds et la dernière image du Feux Follet gelée sur l’Ecran. Croyez moi, d’après ce que Pascal ma dit, il n’en faut pas plus pour qu’un homme s’écroule et perde définitivement la raison, mais les choses ne s’arrêtèrent pas là... La Raison cartésienne s’impose impérativement à Pascal dont la rue porte de nom de Descartes. Il jette un dernier regard effaré vers cette image baroque d’une femme offerte au bourreau. L'homme dit non... La femme gémit à ses pieds. « Non ! hurle t-il, Non ! je ne peux pas ! » , « Vas y lui répond-t-elle, fais moi mal, tue-moi ! » Les choses vont trop loin, Rigaut ricane dans son coin d’écran, mais plus personne ne rit. Pascal jette le couteau sur le sol. La furie en sursis s’empare soudain de l’arme blanche et la brandissant devant elle, les yeux inondés par les images de Rigaut, elle abat la lame sur le bras de Pascal, entaillant l’avant bras sur trente centimètres dans le sens de la longueur. Le sang gicle. Pascal hurle. La fille se tait, se lève et disparaît dans la nuit."


17.6.07

L'ANPS






Merci à Franck de m'avoir signalé ce court métrage qui met en scène l'ANPS et ses services...Un établissement qui n'est pas sans rappeler l'AGS, "L'agence générale du suicide", dont Jacques Rigaut était l'administrateur principal.

15.6.07

Avez-vous lu Emmanuel Bove?


Emmanuel Bove et sa fille Nora au jardin
du Luxembourg à Paris, vers 1924


Je tenais à rendre hommage à l'écrivain et journaliste Paul Morelle qui vient de disparaître (voir l'article du Monde ci-dessous). Je l'avais rencontré lors de mes recherches sur l'écrivain Emmanuel Bove qu'il avait défendu dès les premières rééditions en 1977. Alors journaliste littéraire au Monde, il avait publié dans le "Monde des livres" un article mémorable intitulé : "Avez-vous lu Emmanuel Bove?" Ce ne fut pas une mince affaire : "Quand j'ai annoncé à la conférence de rédaction que je voulais faire un article sur Emmanuel Bove, tous m'ont regardé avec des yeux ronds..." Finalement, l'article paraîtra en première page du "Monde des livres" le 3 décembre 1977.

NECROLOGIE

"L'écrivain et journaliste Paul Morelle, mort à La Seyne-sur-Mer (Var) à l'âge de 89 ans, faisait partie de la première équipe du "Monde des livres" dirigée par Jacqueline Piatier, puis par François Bott. Engagé en 1969, il y resta jusqu'à sa retraite, en 1980. Ceux qui l'ont connu, promenant sa silhouette un peu voûtée, pipe à la bouche, dans les anciens locaux du journal, rue des Italiens, se souviennent de sa voix éraillée, de son humour un peu caustique et de sa grande liberté d'esprit.Né dans l'Oise, Paul Morelle milite très jeune à la SFIO et côtoie l'élite intellectuelle de l'époque - il fut notamment l'ami de Victor Serge. "Ce furent mes "universités"", dira-t-il. Après un engagement résolu dans la Résistance qui lui vaudra d'être plusieurs fois décoré, il commence sa carrière de journaliste à Franc-Tireur, puis à Oran-Soir. De 1948 à 1964, il dirige le service culturel de l'ancien Libération. Critique de théâtre, il se lie d'amitié avec Jean Vilar, Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe... A 61 ans, en 1978, il publie son premier roman, La Douceur de vivre (éd. Le Sagittaire), puis, deux ans plus tard, un second, L'Embusqué (Stock). Dans ces deux livres, il se fait le chroniqueur alerte et peu conformiste des époques qu'il a traversées, celle du Front populaire puis celle de la guerre.En 1984, c'est à Aragon qu'il s'en prend, dans un pamphlet virulent, Un nouveau cadavre, Aragon (La Table ronde). Ni la vie ni l'oeuvre de celui qu'il nomme "l'homme-caméléon" ne trouvent grâce à ses yeux. "La mort n'est pas une excuse", avance-t-il, citant Georges Darien, pour justifier son geste iconoclaste. A la même époque, Paul Morelle relance le Prix du roman populiste, qui, créé en 1931, avait eu ses heures de gloire, avant de tomber en désuétude au début des années 1960."

Patrick Kéchichian, le Monde du 7 juin 2007

11.6.07

Son Harrar



7 décembre 1923

61 Washington Square
N.Y.C.


Mon cher Monsieur Blanche,

Vous aimeriez New York. Du matin jusqu’au soir, c’est un spectacle. Tout est plus. Les boutiques sont plus belles, les femmes sont plus jolies, il est plus facile de traverser les rues, les gens riches sont plus riches, les pauvres sont plus misérables, et les juifs, les juifs plus nombreux, etc. [...]

(Extrait d'une lettre de Jacques Rigaut à Jacques-Emile Blanche)

5.6.07

Lettre à Jacques Rigaut



Lettre publiée dans le N°31 (juin 2007) de "décapage", une revue littéraire indépendante à 5 euros reconnue d'inutilité publique.

2.6.07

Un suicide fleuri



Jacques Rigaut a eu plusieurs éditeurs posthumes : Au Sans Pareil, Eric Losfeld, Jean-Jacques Pauvert, Christian Bourgois, Gallimard et les éditions Cent Pages qui ont publié un florilège des "Ecrits". Cette iconoclaste maison d’édition grenobloise (on se souvient du vibrant "J’emmerde Le Monde", un (premier) discrédit jeté alors sur le célèbre quotidien du soir, rédigé par Olivier Gadet, directeur de Cent Pages) vient de m'envoyer l'ouvrage d'un certain André Baillon, écrivain belge dont j'ignorais l'existence. Voici un extrait de sa biographie trouvé sur un site qui lui ait consacré :

"À sa sortie d’hôpital, il s’installe dans une maison modeste du village de Marly-le-Roi, à une vingtaine de kilomètres de Paris, où il écrit et vit en ermite pendant quelques années. En 1930, il noue une liaison dévorante avec un écrivain bruxellois, Marie de Vivier, une admiratrice de son œuvre qui est sa cadette de vingt-quatre ans et cherchait à le rencontrer. Ils échangent des centaines de lettres qu’ils brûlent dans leurs moments de crise et tentent ensuite de reconstituer. Ils essayent de se tuer l’un l’autre, organisent en duo leur suicide mais se ratent, puis tentent en vain de se suicider séparément. Marie de Vivier entre finalement dans un hôpital psychiatrique. Baillon inonde sa propre chambre de fleurs et absorbe une overdose de somnifère Dial. Il ne se réveillera pas: le 10 avril 1932, il meurt à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye où Germaine l’a fait transporter. Après sa mort, son œuvre tombe rapidement dans l’oubli. Ce n’est qu’à la fin des années septante que plusieurs critiques en viennent à le considérer comme le plus grand écrivain que la Belgique francophone ait connu dans la première moitié du XXe siècle."


31.5.07

Fortuite et nécessaire



Parmi les cent quarante réponses à cette enquête, une personne a mentionné Jacques Rigaut comme l'une des rencontres les plus importantes de sa vie...

28.5.07

Japonaiseries




Merci à Luc Desportes qui m'a signalé cette référence au "Feu follet" dans le roman "Mélancholia" de l'écrivain japonais Ryu Murakami.

26.5.07

"Il avait une mère!"


Rigaut (à gauche) et Drieu (entre les jambes) au Canadel en 1921-22.



LE SUICIDE DE JACQUES RIGAUT

7 novembre 1929

À peine Jacques-Émile Blanche venait-il de m'annoncer la nouvelle que je vois apparaître Drieu :
— Mourir du désespoir de ne pouvoir être un écrivain, c'est un beau drame ! Je n'aurais jamais cru Rigaut capable d'un tel courage. Peut-être était-il né pour l'action et ne le savait-il pas ? C'est une action de se suicider... Ai-je précipité le dénouement lors de la dernière visite que je lui fis ? J'avisai sur sa table de chevet quelques papiers et comme son regard m'interrogeait : « Pas la peine, n'insistez pas, vous ne pourrez jamais écrire. » Et voilà. Je me sens un peu responsable.

C'est d'après ce pauvre garçon que Drieu créa le personnage de Gonzagues dans : La Valise vide, la meilleure nouvelle de Plainte contre Inconnu, et qui fit le succès subit du premier livre en prose, uniquement littéraire, qu'il publiait. Je vois Drieu frappé de cette mort de l'homme, de l'ami, et à la fois embarrassé soudain comme s'il devait dans ses bras prendre le personnage que son obsession, sa mémoire et la fiction ont mis naguère artistement au jour et qui, lui, continue de vivre. En 1921, j'avais connu Jacques Rigaut quand il tournait autour de Drieu, sachant qu'il l'intéressait et que rien n'amusait davantage le moraliste que de condamner un de ses amis; je le vis ensuite assez flatté de se reconnaître dans la nouvelle de Drieu, ayant d'ailleurs tout fait pour y entrer et affectant d'offrir, puis de taire, quelques secrets nouveaux sur sa personne avec une incroyable forfanterie, lorsque arrivant quelque part, il y trouvait son biographe et qu'on louait celui-ci d'avoir épuisé son sujet. Drieu se rappelait le manège.

Pour moi, depuis longtemps je l'avais perdu de vue. Il avait fini par se marier; une Américaine divorcée avec deux enfants. Sentimental, il joua la comédie du monsieur qui ne croit pas à ces balivernes. Selon Drieu, il la rendit malheureuse. Encore plus malheureux qu'elle, il l'attendait; elle tardait à revenir; il crut qu'elle ne reviendrait plus, et, comme l'inspiration littéraire, elle aussi, surtout elle, ne manifestait pas davantage, il s'est tué d'un coup de revolver. Et sa mère vivait, il avait une mère !

— Les surréalistes, m'a dit Drieu en partant, en feront un saint de leur Église. Ils l'en avaient chassé avec des injures.

pp. 712-713 in Les Mémorables II
Maurice Martin du Gard

21.5.07

Dans la ville de Tristan Hilar

"Nantes est une ville qui n'existe pas" écrit Philippe Forest. Nantes, pluvieuse et déserte. On comprend un peu mieux Jacques Vaché quand on arrive à Nantes. Ici, personne ne semble le connaître. Jacques Vaché? connais pas! Harry James? connais pas! Tristan Hilar? connais pas! Dans les archives de la presse locale, quelques articles datés du 7 janvier 1919 à la rubrique des faits divers : "Un drame de l'opium", "Les fumeurs d'opium. Deux morts", "L'Affaire de l'opium", "Qui a vendu l'opium?" Comment peut-on exister dans une ville qui n'existe pas? La ville la plus agréable de France, paraît-il. Bullshit! isn't it Jack?





Texte extrait du livre Les Solennels, Textes de Jacques Vaché et
Jean Sarment. Edité et présenté par Patrice Allain.Dilecta, 2007.



Le 2, place Graslin où se tenait le Grand Hôtel de France.


L'Apollo (en restauration) où Vaché et ses amis ont passé leur
dernière soirée avant d'aller s'enfermer
dans la chambre 34 du Grand Hôtel de France.
Livre : La mort de Jacques Vaché
par Stéphane Pajot.D'Orbestier, 2002.


L'Hôtel de France, rue Crébillon.
Ne pas confondre avec le
Grand Hôtel de France qui n'existe plus.

Remerciements à ma guide, Isabelle.

16.5.07

Pèlerinage




Devinez où? Vous avez plusieurs indices : deux images et une citation.

"L'ombre pâlit.
...Aux yeux de chat, la nuit s'en va de pas en pas..."

14.5.07

Jaques



Extrait d'une interview d'Elisabeth Quin publiée dans le magazine A Nous Paris.

10.5.07

Epitáphios



Décidément, Jacques Rigaut inspire les musiciens. Je remercie Geoffroy D. du groupe Dernière Volonté qui m'a envoyé son dernier opus "Devant le Miroir". Geoffroy D. ne cache pas ses influences littéraires et cinématographiques avec la pochette de l'album, clin d'oeil avoué au "Feu follet". Le titre lui-même n'est pas sans rappeler l'univers rigaltien.

Extrait d'une interview de Geoffroy D.

Quelle est cette joie devant la mort dont tu parles ? Comment faut-il l’interpréter ? Est-ce l’expression ultime de l’amertume ou de la révolte ?

"Peut-être un peu les deux, mais je crois que cela m’a surtout permis de synthétiser les propos très forts de Jacques Rigaut ou de Drieu La Rochelle sur la question du suicide. J’ai eu envie de donner une autre dimension à cette idée de fin et de confronter deux sentiments paradoxaux que sont la "joie" et la "mort". En inscrivant cette expression dans un des derniers morceaux du disque j’ai eu le sentiment de donner une coloration moins définitive à "Devant le miroir". Cela n’enlève en rien le contexte dramatique du sujet mais, comme le disait Louis Malle à propos des indices littéraires dans son film, cela permet de "démystifier la solennité de la mort". Pour finir, le terme ne vient pas de moi mais de Georges Bataille dans ses écrits pour l’Acéphale de 39."

Un autre musicien s'est amusé à faire un petit hommage musical au film "Le Feu follet". Toujours aussi émouvant d'entendre la voix de Maurice Ronet...

30.4.07

"J'en ai ma claque de faire la queue" (Thiéfaine)


Encart publicitaire pour le Feu follet
dans Les Nouvelles littéraires du 23 mai 1931

Je suis retourné à la la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou pour consulter les microfilms des Nouvelles littéraires. A nouveau, deux heures d'attente! Dès mon entrée, je questionne une employée sur ce temps d'attente délirant. "C'est comme ça tous les jours, me dit-elle, ils n'arrivent pas à trouver de solution." Je pose une simple question au directeur de la bibliothèque, Thierry Grognet : "Est-ce que vous trouvez cette situation normale?" Je ferme la parenthèse.

Connaissez-vous Maurice Léon? Je viens de découvrir son existence. Il n'a écrit qu'un seul ouvrage, Le Livre du Petit Gendelettre, suite à cette parution, il mettra fin à ses jours, froidement. Dans la constellation des écrivains du Refus et de la Négation, Maurice Léon mériterait une place de choix. En 1900, dans la Revue Blanche, André Gide écrivit l'un des rares articles sur Maurice Léon : "Pour beaucoup l'intelligence a suffi; si Léon est mort c'est donc qu'elle commence à ne plus suffire. Le suicide de Léon est important; il y a peu de temps encore on ne se serait pas tué pour cela... Hélas! Léon n'avait pas moins à dire que plusieurs autres d'aujourd'hui et qui vivent. - Léon fut plus consciencieux." J'aime beaucoup la précision de la ponctuation de Gide. Il y a des italiques jouissives.



Un sketch de Fellag dédié à Monsieur Thierry Grognet,
directeur de la BPI.

28.4.07

Lettre à...



Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue décapage m'a demandé de lui écrire un texte pour sa rubrique "A vos idoles" où un écrivain écrit à un auteur qu'il aime, et qui est, pour ménager toutes susceptibilités, parfois mort. J'ai toujours eu un faible pour le genre épistolaire et me suis donc prêté au jeu avec plaisir. Ma lettre à Jacques Rigaut (étonné de mon choix?) sera publiée dans le N°31 de cette revue à 5 euros reconnue d'inutilité publique. Parution prévue le 5 mai avec une petite soirée dans un bar parisien. Je vous tiendrai au courant.

23.4.07

L'entre-deux tours



J'ai trouvé cette image sur un blog polémiste.

21.4.07

Deux enquêtes




Deux heures d'attente hier après-midi pour accéder à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou. "Il faut être motivé!" me dira plus tard une amie. Et comment! Je n'ai pas regretté d'avoir patienté. La moisson fut bonne. Ai enfin pu photocopier la critique de la Valise vide par Edmond Jaloux, publiée en 1924 dans les Nouvelles Littéraires; mais également le numéro de la revue belge le Disque Vert de janvier 1925, consacré au suicide avec, entre autres, les interventions de René Crevel, d'Antonin Artaud et de Jacques Rigaut... En novembre 1924, à l'annonce de la prochaine parution de ce numéro du Disque Vert, les surréalistes s'interrogeaient sur la pertinence de lancer leur enquête sur le même sujet pour leur revue La Révolution surréaliste. L'enquête "Le suicide est-il une solution?" paraîtra aussi en janvier 1925 dans le deuxième numéro de la revue.

19.4.07

Critique



La Bibliothèque nationale étant en plein chantier de désamiantage, la communication des ouvrages devient de plus en plus aléatoire. Ce parcours du combattant est lassant. Dans le magazine de la BnF "Chroniques", j'apprends que le projet de la bibliothèque numérique européenne "a avancé". L'objectif est de rendre accessibles à distance 2 millions de documents d'ici à 2008 et de 6 millions d'ici à 2010. Chercheurs du futur, vous êtes des petits veinards. Dans 15 ans, nous apparaîtrons comme des galériens du passé malgré l'Internet qui nous fait gagner beaucoup beaucoup de temps. Je voulais aujourd'hui me rabattre sur la BPI (bibliothèque de Beaubourg) mais quand j'ai vu, derrière le centre Pompidou, les 500 personnes qui attendaient en plein cagnard dans un silence religieux, j'ai renoncé.

On trouve beaucoup de choses sur le Web, mais il y des documents introuvables on line comme la critique du Feu follet par Robert Brasillach publiée le 11 juin 1931 dans L'Action française. Un article étonnant dont certains passages résonnent comme une prémonition de ce qui arrivera à son auteur. En 1945, Robert Brasillach sera le seul écrivain français collaborateur exécuté à la Libération.

"La fin de l'après-guerre a sonné depuis quelques années déjà, M. Drieu La Rochelle. Il serait temps de s'en apercevoir. Lorsque le héros du Feu follet se suicide, peut-être fait-il disparaître avec lui tout un monde. Nous le souhaitions sincèrement. Et qui sait, d'ailleurs, si les dernières lignes de ce livre ne nous font pas quelques promesses? [extrait du livre] Nous ne demandons pas mieux que de croire à cette promesse. Nous ne demandons pas mieux que de voir dans le revolver d'Alain un symbole : l'apparition dans l'univers littéraire de la réalité, d'une réalité résistante et charnelle, vivant comme un homme vivant, - à la place des nuées. Mais il faudrait se hâter." (Robert Brasillach, L'Action française du 11 juin 1931)

16.4.07

Confinement


Note de bas de page du livre d'Elisabeth Quin
Bel de nuit, Gérald Nanty, Grasset, 2007.

Merci à mon ami Bernard M. qui m'a signalé cette mention dans le dernier livre d'Elisabeth Quin. J'aimerais bien connaître les sources d'Elisabeth concernant l'info du "petit cercle d'aficionados fervents, parmi lesquels Boris Vian." Ai passé la semaine dernière à la Bibliothèque nationale pour combler les "trous". J'ai de plus en plus de mal à supporter l'air confiné des bibliothèques. D'ailleurs, à la fin de cette semaine éprouvante, un malin virus m'a cloué au lit jusqu'à aujourd'hui. Quelques heureuses trouvailles tout de même : critiques de la Valise vide et du Feu follet à leur publication et le témoignage d'un ami de Drieu qui évoque Rigaut. Ai profité de ces journées de relâche involontaire pour achever la lecture du (merveilleux) Journal de Mireille Havet. Extrait : "L'amour au fond est bien ennuyeux. Les routes arrivent quelque part et les livres n'ont qu'un temps. Personne ne nous aime comme on le mérite, ni n'apprécie comme soi-même son propre visage dans le miroir. On est toujours plus intelligent que les autres, et la mort n'arrange rien."

7.4.07

Spéciale dédicace


Première page du poème "Swanee" de Soupault
publié dans le numéro mars-avril 1923
de la revue "Les feuilles libres",
illustration de Fernand Léger.

5.4.07

La vie, elle ne va pas assez vite en moi.



Extrait du film "Le Feu follet" de Louis Malle pour ceux qui hésiteraient encore à se le procurer. Pour info, je recherche une copie VHS du film "Raphaël ou le Débauché" réalisé par Michel Deville et sorti en 1971. Ce film dans lequel Maurice Ronet tient le rôle principal est introuvable en DVD. Merci.

3.4.07

Philippe nous parle



Merci à Fabrice qui m'a envoyé ce lien d'une passionnante interview de Philippe Soupault où il évoque entre autres "L'invitation au suicide" et Jacques Rigaut. Dans le générique de fin de ce documentaire réalisé par Bertrand Tavernier, on trouve le nom du deuxième assistant : Jean-Luc Rigaut...

31.3.07

"I'm going to kill myself tomorrow"



Extrait du film "The Royal Tenenbaums" (2001)
Musique Elliot Smith

27.3.07

"Jacques Rigaut" : le film



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Le musicien Tim Berry a réalisé un clip très "Roaring Twenties", tourné en super 8, pour la chanson "Jacques Rigaut" du groupe Venus Bogardus.

"Featuring the band's earlier line-up, with The Hysterical Injury's Annie Gardiner on drums, the film was shot on an old Super 8mm camera and paid homage to the dadaist poet of the title and the surrealist film-makers Réné Clair, Man Ray, Marcel Duchamp and Jean-Marie Drot, with whom Rigaut was largely associated up until his suicide in 1929." (Tim Berry)

21.3.07

Soupault et quelques amis...


Suzanne Muzard et ses deux chats, 1930.

J'ai assisté à la première partie de la vente Soupault, jusqu'au lot 113 exactement, qui a été cité comme "non vendu". "Tout le monde s'en fout de Soupault" me confie Bernard Morlino avant la vente. Effectivement, peu de gens dans la salle 1 où se déroule la vente. Je n'ai rien acheté. Les documents qui m'intéressaient ont été achetés par des amis. L'un d'entre eux, présent dans la salle, a affronté un Américain au téléphone, pour une photo du groupe surréaliste au Cyrano en 1953, sur laquelle curieusement Breton est coupé en deux. L'Américain a remporté les enchères : 4900 euros l'image. Quant à "L'invitation au suicide", l'énigme n'est pas résolue. Morlino me dit que ce texte était peut-être un pacte entre Soupault et sa deuxième femme, un suicide romantique en duo. Ayant abandonné l'idée de ce suicide, Soupault aurait décidé de détruire les exemplaires pour en garder deux, un pour lui et un pour sa femme. Pour répondre au courriel d'Isabelle publié ci-dessous, la destruction des exemplaires par Soupault ne veut pas dire qu'il aurait refusé de rééditer ce texte. Et puis, on se souvient du Journal de Kafka sauvé de la destruction par Max Brod. Pour rassurer Isabelle, les manuscrits inédits de Soupault qui étaient en vente cet après-midi sont ce soir entre de bonnes mains.

"Bonjour,

J'ai lu tous vos regrets concernant l'invitation au suicide de Soupault. Mais je me demande quand même si ce n'est pas mieux ainsi. Je ne sais pas qui détient ce manuscrit, mais tout de même, si Ph. Soupault en avait refusé la publication, pourquoi le rendre public ? Bien sûr, moi aussi, j'aurai bien aimé lire ce texte ou le trouver, et je pense que cela doit être un texte de valeur ; mais pas dans ces conditions. Cette vente aux enchères me choque. J'ai été voir au musée du Montparnasse tout ce qui était exposé. Et pourquoi cette vente ? pour de l'argent ? Pourquoi avoir choisi de tout disperser et ne pas avoir essayé de constituer "des archives Soupault" ? Quel est l'intérêt de vendre des cartes postales privées ? A plusieurs reprises Soupault s'était élevé contre la publication de correspondances. Quant aux manuscrits inédits, que faut-il en penser ? qu'ils resteront enfouis chez un collectionneur ? J'ai hésité à aller demain à Drouot, par simple curiosité. Mais finalement, cela me rend mal à l'aise. A la place de la fille de Soupault ou de ses amis qui peuvent encore exister, ou simplement en tant que lectrice, je trouve navrant et assez écoeurant de penser - entre autre - qu'une carte postale écrite par Soupault à sa mère sera vendue aux enchères.... Comme disait Soupault (je crois que c'est dans le livre de Bernard Morlino) quand on venait le prendre en photo ou lui demander un autographe "pourtant je ne suis pas bien beau", et il se demandait ce que les gens pouvait faire de sa signature.... Finalement, on a la réponse... : de l'argent !

Bien à vous

Isabelle

PS. : cela ne m'empêche pas de lire des biographies (!)... quand elles sont terminées et publiées....."

20.3.07

Le lot 113


Hôtel Drouot, vitrine de l'exposition publique des objets de la vente
"Philippe Soupault, le surréalisme & quelques amis.

Ce matin, à Drouot, avec l'espoir que "L'invitation au suicide" soit dans l'exposition publique avant la vente aux enchères de demain. L'assistant du commissaire-priseur m'annonce que l'ouvrage n'est pas exposé car le vendeur n'est pas revenu sur sa décision. Le lot 113 ne sera pas mis en vente. L'un des experts me propose de me mettre en contact avec le vendeur par son intermédiaire. C'est la procédure habituelle, envoyer une lettre au vendeur ou à l'acheteur via l'expert. J'ai déjà fait une semblable démarche lors d'une vente aux enchères des manuscrits de Jacques Rigaut. Le ou les acheteurs n'ont jamais répondu à ma demande de consultation.

17.3.07

En attendant Rigaut





L'unique enregistrement de la voix de Samuel Beckett, film réalisé, le 13 mars 2007, lors du vernissage de l'exposition Beckett au Centre Pompidou à Paris.

9.3.07

Invitation déclinée


Philippe Soupault, Tunisie, 1940.
Photo Ré Soupault.

Ai reçu par courriel de Maître David Nordmann la confirmation que le lot 113, correspondant à l'ouvrage "L'invitation au suicide" a été retiré de la vente.
A suivre...

3.3.07

Appel à publication



"[...] Je traversai une crise de désenchantement. C'est alors que j'écrivis L'invitation au suicide, un texte en prose d'une cinquantaine de pages, qui était réellement un appel à se supprimer. Je le fis imprimer chez Mme Birault (qui avait déjà imprimé pour moi Aquarium) à trente exemplaires, dont je détruisis vingt-huit sur le champ. Des deux exemplaires restant, j'en conservai un pour moi et j'offris l'autre à celle pour qui j'avais écrit ce texte. Elle me demanda d'attendre un peu, et de vivre quelque temps - avec elle. Elle me convainquit. Je brûlais mon exemplaire. [...] (Philippe Soupault, Mémoires de l'Oubli, 1914-1923, Lachenal & Ritter, 1981)


"Morlino : Pourquoi "votre invitation au suicide" est-elle introuvable?

Soupault : Je l'ai détruite. C'était pour dire à quoi bon vivre, ou pas demander à naître. C' était le thème, une cinquantaine de pages. J'ai bien fait de le détruire. Ce livre augmenterait mon ridicule: je viens d'avoir 90 ans et je ne me suis toujours pas suicidé!

Morlino : En fait, n'avez vous pas toujours eu envie de vous suicider?

Soupault : C'est ça qui est terrible."

("Entretiens Philippe Soupault / Bernard Morlino" in Philippe Soupault, Qui êtes-vous?, La Manufacture, 1987)


"J'ai eu entre les mains le manuscrit de L'invitation au suicide : c'était une trentaine de feuillets (une cinquantaine, disait mon père) d'une écriture serrée, rassemblés dans une couverture gris-bleu, avec le titre bien lisible sur une étiquette jaune. Peu de temps après la mort de ma mère, en avril 1955, Philippe Soupault m'a parlé de ce manuscrit. Je l'ai retrouvé facilement. Malgré les séparations, les voyages, les années, ma mère l'avait toujours gardé. Je n'ai pas lu le manuscrit avant de lui rendre : il appartenait à mes parents, à eux seuls; il était la preuve, encore vivante du choix de leur vie passée. [...] H.J. Dupuy dans sa présentation de Philippe Soupault chez Seghers en 1957, révèle la première phrase de ce manuscrit : "J'étais dans votre chambre, vous avez allumé la lampe." Je ne crois pas que cette Invitation au suicide parle d'un suicide comme l'entendait un Jacques Rigaut ou un René Crevel. Ma mère ne l'aurait pas gardée aussi précieusement." (Christine Chemetov-Soupault in Portraits de Philippe Soupault, BNF, 1997)

APPEL A PUBLICATION

D'après le catalogue de la vente aux enchères publiques "SOUPAULT, le surréalisme et quelques amis" organisée par la maison ADER, un exemplaire de cette légendaire "Invitation au suicide" a été miraculeusement sauvegardé. Ce bref ouvrage écrit par Soupault en 1921, serait préfacé par sept membres du mouvement Dada Paris dont Jacques Rigaut. Il serait regrettable pour la littérature et l'histoire littéraire que ce document exceptionnel disparaisse à jamais dans le coffre d'un collectionneur, sans que son contenu soit dévoilé, c'est-à-dire publié.

1.3.07

Soupault à l'encan


Philippe Soupault prend congé, 1986,
par Monique Dupont-Sagorin.

Après Breton, c'est Philippe Soupault qui se retrouve en vente aux enchères publiques. Ironie du sort dont il se serait amusé, lui qui se foutait éperdument de la postérité, lui qui réclamait de son vivant "Ni fleurs, ni couronnes", lui qui écrivit "Plutôt le silence que le trottoir", lui, qui avec son ami Rigaut, se moquait de ses amis surréalistes qui entre deux envolées poétiques s'adonnaient au déjà fructueux commerce de l'art, lui qui toute sa vie refusa l'argent de la bourgeoisie d'où il était issu. Après la mort de Soupault, me confiait son biographe Bernard Morlino, sa femme a découvert que son mari n'avait jamais touché à un modeste héritage de son père. La vente aura lieu le 21 mars prochain à Drouot. Des amoureux de Soupault comme François Martinet et Morlino seront dans la salle pour assister à la dispersion. Question: Morlino va-t-il racheter ses propres photos mises en vente aux enchères? Cette nuit, j'ouvre au hasard un recueil de textes de "l'indomptable Soupault" et lis cette simple phrase : " Les sentiments sont gratuits."

Pour le plaisir des yeux, vous pouvez consulter le catalogue en ligne.

P.S. (1) : Il y un "lot" (N°113) dont j'aimerais bien connaître le contenu (je dois pas être le seul), c'est la fameuse "invitation au suicide" écrite par Soupault et dont tous les exemplaires, selon la légende, ont été détruits par ses soins à l'exception d'un seul. Ai envoyé un courriel aux organisateurs de la vente pour savoir si je pouvais avoir accès à ce livre qui reste aujourd'hui encore une énigme littéraire.

P.S.(2) : Très étrangement, deux personnes m'ont appelé pour me dire que le lot N° 113 a disparu du menu déroulant du catalogue en ligne. Bizarre, vous avez dit bizarre...


Félix Labisse Deux lithographies pour le roman En Joue ! de Ph. Soupault, 2e édition, 1980, par Lachenal et Ritter. 135 x 200 mm.Impression en couleurs, l une noir et bleu, l autre noir et violet. Deux belles épreuves de tiré à part sur vélin, justifiées E. A. et signées à la mine de plomb.Léger empoussiérage aux bords du feuillet. Toutes marges. Ens. 2 p. Estimation : 300 / 350 €


Anonyme Suzanne Muzard et son chien danois, 1928.Tirage argentique d époque. 18 x13 cm. Estimation : 200 / 300 €

28.2.07

Des (bonnes) nouvelles d'Oyster Bay



Ceux qui suivent mes péripéties se souviendront qu'en juin 2005, lors de mes recherches à New York, j'avais tenté en vain de retrouver la maison de Cecil Parker Stewart à Oyster Bay, où, un soir d'été 1924, J.R. se jeta dans un miroir...Je pensais avoir trouvé le propriétaire de cette maison à qui j'avais envoyé un courrier resté sans réponse. Il y a deux jours, je trouve dans ma bal le courriel d'un résident de Centre Island qui m'envoie une photo de ladite maison avec le nom et l'adresse de l'actuel propriétaire. Ce dernier n'était pas celui que je croyais avoir identifié. Hier, ce même résident (merci à lui) m'envoie l'adresse postale de la petite-fille de Cecil Parker Stewart. Ces nouvelles pistes sont capitales, car il est fort probable que dans les archives de la famille Stewart se trouvent des lettres et des photographies inédites de Jacques Rigaut...

24.2.07

Du nouveau


"Lecture à Orvès" Huile sur toile,
Pierre Deval, ami de Jacques Rigaut.

Cédric M. m'envoie un courriel dans lequel il me dit avoir des informations sur les activités de J.R. pour la période de l'après-guerre. Nous devons nous rencontrer jeudi prochain. Visite prévue lundi aux Archives Départementales du Val-de-Marne pour tenter de retrouver la trace d'une parenté de J.R.


Courriel également de Tristan Ranx:

"Cher Jean Luc

Utiliser le présent pour raconter la vie de JR est une idée formidable.
C'est le temps dada par excellence. Comme l'acte de Pierre Pinoncelli...
C'est aussi ce que faisait l'écrivain autrichien Thomas Bernhard avec "le
naufragé" sorte de roman biographique sur Glenn Gould, mais aussi avec
"le neveu de wittgenstein". Dans les deux cas les redondances et les répétitions ( plusieurs fois dans une même page...) donnent un côté "hypnotique" à la prose. Paradoxe : ce qui est considéré comme une faute pour un écrivain, devient une véritable musique... puisque la musique est en grande partie composée de répétitions...

A bientôt"

20.2.07

Relié-Collé



D'une bibliothèque l'autre. De la Nationale à l'Arsenal. La rédaction est aussi le moment où l'on s'aperçoit des manques, des absences...Il faut donc retourner au charbon! Une journée moyennement productive à cause des dysfonctionnements habituels de la Bibliothèque nationale. Aujourd'hui, je n'ai pu consulter un périodique suite à une panne du robot, appelé "vertimag", qui se saisit des microfilms. Impossible de le faire manuellement (enfin c'est ce qu'on m'a répondu) et personne n'est capable de me dire quand le robot reprendra du service. Je voulais aussi photocopier quelques extraits de deux livres, mais l'employé à la photocopie sourcilleux sur le règlement a tranché : "Tss tss, ça va pas être possible, c'est du relié-collé ça". L'un des livres (consultable à la BPI mais en cours de traitement) était "Les Oubliés des Avant-Gardes", un intéressant recueil de textes universitaires sur les effacés de l'avant-garde des années 20-30 dont Céline Arnauld et son mari poète dadaïste Paul Dermée. Finalement, je décide de me rendre à la bibliothèque de l'Arsenal pour y consulter la publication de la correspondance entre André Gide et Pierre de Massot que la BN ne possède pas... Ai dîné avec Jean-Pierre Baril qui me raconte, avec de nouveaux détails, l'incroyable épopée de l'écrivain Henri Calet à Montevideo en Uruguay. Jean-Pierre travaille en ce moment sur l'établissement de la correspondance des lettres de Henri Calet à Luis-Eduardo Pombo, un poète uruguayen dont Calet était tombé amoureux lors de son exotique séjour.

Extrait :


Calet à Pombo (Puteaux, 16 juillet 1933)

Pombo ! Mon cher Pombo ! Mon ami. Il faut que tu me répondes. Sois humain. Mon esprit - trop logique sans doute - se refuse à admettre qu’il soit possible qu’on soit oublieux à ce point. Il me faut des suites... Je n’ai pas de goût pour les histoires inachevées. Ici le français transparaît qui veut que le mot "Fin" soit suivi d’un point. Je dois te dire Pombo et c’est un confession - que je ne t’ai pas oublié. Depuis plus de deux ans - déjà - tu restes présent à mes côtés. Il faut me répondre. Mon cher je ne puis pas t’écrire . Il m’est douloureux ce retour dans le passé. Des mots pour toi ce n’est pas assez . Il faut te serrer fortement le bras jouer avec toi (nous étions deux chiens) te mordre (nous étions deux hommes). Mille déboires et un grand malheur de tous les jours, mais Pombo, cela n’est rien. Je suis resté droit et pur et ma peau est toujours blanche et mon torse est toujours d’un adolescent. Une grande misère Pombo. Mais toujours un rayon de soleil dans l’oeil. Tu es mon ami. Mon unique ami. Ami. Je suis pauvre. Ne me laisse pas. Je n’écris pas davantage. Petit Pombo. Tu m’as donné de la joie. (...) Ecris-moi. J’ai soif de nouvelles.

Au revoir H. Calet. chez Bordier - 4 rue Changarnier - Paris 12e

16.2.07

@work



Ai toujours préféré le présent aux temps du passé pour raconter une vie. Peu de biographes utilisent le présent. Pourtant, il donne au récit une proximité immédiate et apporte l'énergie nécessaire afin que le personnage qui se dessine au fil des pages soit VIVANT. Les répétitions et autres redondances sont également justifiées voire indispensables, comme par exemple pour les dates. Que le lecteur ne soit pas obligé de remonter au début du chapitre pour savoir en quelle année il se trouve...

9.2.07

Dépêche



PARIS (Reuters) - Pierre Pinoncelli, 78 ans, a été condamné à trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour avoir dégradé à coups de marteau un urinoir de l'artiste Marcel Duchamp, oeuvre emblématique du courant dada exposée au Centre Pompidou à Paris.

La cour d'appel de Paris a ainsi confirmé la peine prononcée en première instance en janvier 2006. Elle a en outre condamné le prévenu a payer au Centre Pompidou les frais de réparation de l'oeuvre, soit 14.352 euros.

En revanche, elle a annulé sa condamnation à verser 214.000 euros de dommages et intérêts à l'institution, prononcée en première instance, en raison d'un problème de droit. L'Etat est propriétaire de l'oeuvre et non le Centre Pompidou.

Le 4 janvier 2006, Pierre Pinoncelli avait frappé à coups de marteau l'urinoir baptisé "Fontaine", imaginé en 1917 par Marcel Duchamp, qui se réclamait du dadaïsme. Huit versions en ont été réalisées. La céramique a été légèrement fendue mais l'oeuvre figure toujours dans les collections d'art contemporain du Centre Pompidou.

Le prévenu, déjà auteur d'un attentat similaire en 1993 sur la même oeuvre, a défendu son acte devant ses juges en expliquant qu'il relevait justement de la philosophie dada. Après l'arrêt de la cour, il a déploré vendredi devant les journalistes la "non-reconnaissance de son acte artistique".

Il s'est réjoui de voir le Centre Pompidou débouté de ses demandes financières. Il a expliqué qu'il ne recommencerait plus de telles performances en France mais n'a pas exclu de récidiver à l'étranger.

"C'était un clin d'oeil au dadaïsme, j'ai voulu rendre hommage à l'esprit dada", avait-il expliqué à l'audience.

Le mouvement dada, né pendant la Première Guerre mondiale en Suisse, rassemblait des pacifistes révoltés contre les valeurs esthétiques morales, politiques et religieuses de leur époque.

4.2.07

...et à la guitare : Jacques Rigaut



Dada Suicides, un groupe anglais dont le guitariste se nomme Jacques Rigaut, le batteur Jacques Vaché et le bassiste Kurt Schwitters...

"Jacques Rigaut - Guitar &Vocals

Jacques is jealous because his suicide was never as infamous as Jacques Vaché’s. What was the point? He did nothing in exactly the right way. After a wild life he exited this world with some style, yet no one actually joined the Suicide Agency (although its praises will be sung). As a spectator at Dada events in Paris he took nihilism to heart, and went through with what, in most cases, turned out to be idle threats. Before shooting himself he burnt his notebooks so no one could publish them posthumously. His resurrection is timely; Jacques finds the opportunity to express himself, and he joins the band to let the world know what he currently thinks."

La suite ici.

Merci à Jasper pour l'info.

25.1.07

La chute d'un ange




Solveig Dommartin dans "Les Ailes du désir"
de Wim Wenders (1987)

Il y a des disparitions qui vous touchent plus que d'autres. Celle de la comédienne Solveig Dommartin par exemple, décédée le 11 janvier dernier, à 45 ans, des suites d'une crise cardiaque. Peu d'hommages dans la presse, quelques dépêches lapidaires, c'est tout. Je me souviens d'elle, en 1991, lors de la sortie du film "Jusqu'au bout du monde", lumineuse, elle écoutait ma conversation avec Wim Wenders, au sujet d'Emmanuel Bove. Une dizaine d'années plus tard, je la croisai dans une rue de Paris, méconnaissable. Elle m'apparut ce jour-là, seule, désemparée. J'ai lu qu'elle avait réalisé un court-métrage : "Il suffirait d'un pont". Beau titre. Les clefs de cette disparition prématurée sont peut-être dans les extraits d'un entretien qu'elle avait donné à cette occasion :"L'origine c'est simplement de l'amour, il n'y a que ça qui m'intéresse dans la vie, c'est de l'amour et je sais pas comment le montrer, et j'ai tout fait pour essayer que ça existe. [...] Je vous aime, aimez-moi"

20.1.07

Le spectateur suicidé



Merci à Florence B. qui m'a envoyé cette photo extraite du film "Spellbound" (1945) d'Alfred Hitchcock, en VF : "La maison du Docteur Edwardes". Dans cette séquence filmée de façon subjective, l'arme du Docteur Murchison qui menace Constance Petersen se retourne lentement vers le spectateur. Ce dernier d'abord effrayé, comprend dans le plan final que le Docteur Murchison s'est suicidé. Cette image me fait penser au texte que Paul Eluard écrivit après la mort de J.R : "L'arme braquée par le suicide contre la vie en a toujours raison. Nuls débris, nulles ruines ne peuvent subsister après le passage de cette volonté qui brûle de tout détruire. Mais un tel attentat laisse entière la force de celui qui l'a commis.[...]"

14.1.07

The single "Jacques Rigaut"



Article consacré au groupe "Venus Bogardus" dans lequel Jacques Rigaut est mentionné.

13.1.07

8.1.07

La bonne résolution



Les premiers mots, la première phrase...après toutes ces années de laborieuses mais passionnantes recherches, voici le temps de la mise en scène, du montage, de la reconstitution du puzzle. Je laisse les pièces manquantes aux chercheurs du futur. C'est dans l'ombre que brillent les plus beaux diamants.

31.12.06