25.2.08

21.2.08

L'effet Werther




Merci à Danila pour cette image de l'exposition "Le suicide en face" qui se tient à la Cité des Sciences & de l'Industrie jusqu'au 6 avril 2008.


LONDRES (AFP) - Les autorités du pays de Galles, alarmées par une série inexpliquée de 17 suicides de jeunes autour de la ville de Bridgend, accusent les médias de favoriser une contagion des suicides chez des adolescents influençables.La découverte mardi du corps de Jenna Parry, 16 ans, qui s'est apparemment pendue à un arbre près de son village de Cefn Cribwr, non loin de Bridgend, est la dernière d'une macabre série.

La semaine dernière, deux cousins, Nathaniel Pritchard, 15 ans et Kelly Stephenson, 20 ans, originaires de Bridgend se sont donnés la mort à quelques heures d'intervalle. Avant eux, 14 autres jeunes gens s'étaient suicidés dans cette région de moins de 130.000 habitants entourant Bridgend, à mi-chemin entre Cardiff et Swansea, depuis janvier 2007.

Au total 16 se sont pendus -- un mode opératoire inhabituel surtout chez les jeunes filles -- et l'un d'entre eux s'est fait volontairement écraser par un train.

La série avait commencé avec la découverte du corps de Dale Crole, 18 ans, dans un bâtiment désaffecté où il s'était pendu en janvier 2007. Un an et une dizaine de suicides plus tard dans cette région, la presse britannique a commencé à évoquer un "pacte suicidaire" sur internet, et à surnommer la région le "comté des suicides".

Mais la police réfute fermement l'existence d'un quelconque pacte, et pointe du doigt la responsabilité des médias dans cette série de suicides complètement inattendus pour les familles.

"Nous n'avons trouvé aucune preuve d'un pacte suicidaire", ni d'une influence des sites de socialisations, souligne Dave Morris, chef adjoint de la police du sud du Pays de Galles. "Nous parlons aux jeunes gens à Bridgend et ce qu'ils nous disent, c'est que les médias commencent à influer sur leurs pensées concernant la manière dont ils se sentent, la pression qui pèse sur eux, ou encore comment Bridgend est stigmatisée par les médias", note-t-il.

"La couverture des médias a mis l'idée (du suicide) dans la tête de Nathaniel", accuse aussi Sharon Pritchard, dont le fils âgé de 15 ans figure parmi les victimes. Dave Morris a cependant admis que toutes les jeunes victimes utilisaient des sites de socialisation qui pourraient être un facteur de contagion plus efficace sur cette tranche d'âge que les médias traditionnels.

Et tous les suicidés de Bridgend connaissaient ou avaient un lien de parenté avec un autre jeune qui s'était précédemment donné la mort, ce qui suggère un effet d'entraînement.

Les médias soulignent aussi que le pays de Galles détient le record du taux de suicide parmi les provinces du Royaume-Uni (19,4 pour 100.000 chez les hommes contre une moyenne britannique de 17,4 pour 100.000) et insistent sur le peu de distractions offertes aux jeunes dans la région. Pourtant, si Bridgend est située dans une ex-région minière, la ville n'est pas particulièrement défavorisée, ayant réussi à attirer des groupes étrangers comme Sony ou Ford.

Plusieurs journaux britanniques ont fait leur autocritique et ont rappelé "l'effet Werther", un phénomène de contagion des suicides chez les jeunes théorisé par David Phillips, un sociologue de l'université de San Diego en Californie. Cette étude fait référence à la parution en 1774 du roman de Goethe "Les Souffrances du jeune Werther", qui avait déclenché une vague de suicides en Europe chez des jeunes gens "romantiques".

En 2006, une commission britannique de contrôle de la presse avait préconisé, pour éviter toute contagion des suicides par les médias, d'éviter "les détails excessifs sur les méthodes" employées par les suicidés. En Norvège le code de la presse va plus loin et enjoint les médias "à ne mentionner aucun suicide ou tentative de suicide" pour éviter tout effet d'entraînement.

18.2.08

Tout un monde


« Une recherche totale construit un monde
imaginaire. Lorsqu'une recherche dévore
l'âme au point de remplir une vie
entière, la ligne, la frontière entre
le document et l'imaginaire peut
s'effacer. » (George Steiner)

17.2.08

The Girl with the Bee-Stung Lips



"Je suis amoureux de Mae Murray." (Jacques Rigaut)

13.2.08

Rigaut avec un T




" (...) Inutilement je lui répéterai que mon nom prend un "t", il l'écrira toujours avec un "d". (...)" (Jacques Rigaut)

Hier soir, alors que j'entre dans la gare Montparnasse, une annonce retentit : "Monsieur [R i g od] est demandé de toute urgence sur le quai N° 2"

Plus tard, j'ouvre le journal... Etrange journée.

10.2.08

Lectures



Jean Améry, rescapé de la Shoah n'a jamais pardonné à ses bourreaux. Pour cet intellectuel autrichien, la thèse de Primo Levi sur la réconciliation après Auschwitz est une imposture. L'expérience concentrationnaire ne l'a pas rendu plus humain. Pour lui, les victimes du nazisme peuvent revendiquer le droit au ressentiment et refuser la théorie de la "banalité du mal" développée par Hannah Arendt. Jean Améry a écrit "Porter la main sur soi" l'un des plus beaux livres sur le thème du suicide, avant de mettre fin à ses jours le 17 octobre 1978 dans un hôtel de Salzbourg. Dans une dernière lettre qu'il laissa, il écrivit cette phrase en anglais :" I was a bad investment."

5.2.08

Un oui



"Deux jours plus tard, comme j'allais revoir la maison complètement abandonnée, pas encore terminée et déjà délabrée au milieu du pré humide, il m'est venu à l'esprit que j'avais dit à la Persane, au cours d'une de nos promenades dans la forêt de mélèzes, que, de nos jours, tant de jeunes se suicident, et que la société dans laquelle ces jeunes sont forcés de vivre ne comprend absolument pas pourquoi, et il m'est revenu aussi que, sans transition, et avec toute la brutalité dont j'étais capable, j'avais demandé à la Persane si elle-même se tuerait un jour. Sur quoi elle s'était contentée de rire et elle avait dit Oui."

Thomas Bernhard, Oui, Gallimard, 1980, pp. 161-162.

Merci à Fabrice Lefaix qui m'a envoyé ce texte.

1.2.08

Jacques le magnifique


La silhouette de Jacques Rigaut dans "Emak Bakia"


"Un portrait, écrit Danièle Sallenave, n'a pas à résoudre énigmes et contradictions; encore moins à les ramener à l'unité d'une réponse. Les ombres sont essentielles pour lui donner du relief et de la vie. Un portrait se doit de les faire ressortir, non de les résorber." Biographe ou portraitiste? Ni l'un, ni l'autre. J'ai parfois plus de proximité avec un archéologue ou un profiler qu'avec un historien littéraire. Ai commencé à lire la biographie de F. Scott Fitzgerald par Matthew J. Bruccoli, fruit de quarante ans (ce chiffre devrait rassurer mon éditeur) de travail. J.R. et F.S.F. se trouvaient à Long Island au même moment...

29.1.08

Vendez tout!





On se souvient de la pharamineuse vente de la collection André Breton (4100 lots) en avril 2003 qui avait rapporté 46 millions d'euros et une polémique nationale. La maison Calmels Cohen qui organisait la vente avait eu la bonne idée de numériser l'ensemble des lots pour en faire un DVD que les chercheurs peuvent aujourd'hui consulter. Je pense qu'on devrait légiférer toute dispersion d'archives historiques en obligeant les acteurs d'une vente à procéder à la numérisation (aux frais de l'Etat) des précieux documents avant qu'ils ne disparaissent définitivement dans le coffre d'un collectionneur. Aujourd'hui, c'est la famille de la première femme de Breton qui met en vente des manuscrits appartenant à l'histoire du surréalisme. La vente aux enchères aura lieu le 20 mai à Paris chez Sotheby’s. Seront proposés aux acheteurs fortunés les lots suivants : le manuscrit final de Poisson soluble (édité par Simon Kra en 1924), un assemblage de textes et de collages estimé entre 200 000 et 300 000 euros; le manuscrit du Manifeste du surréalisme (1924), 21 pages estimées entre 300 000 et 500 000 euros.

28.1.08

Retrouvailles avec Madame Rigaut


Sans titre, Allemagne,
1911, collection Gérard Lévy.

Voici une image rigaltienne (et parfaite pour illustrer ce nouveau post) envoyée par mon ami poète Jacques Barbaut dont je n'avais plus de nouvelles depuis longtemps. Comme quoi, ce blog sert aussi à resserrer les liens d'amitié. Du nouveau dans mes recherches. En envoyant, comme une bouteille à la mer, une lettre aux Etats-Unis , j'ai reçu en réponse le courriel d'un membre de la famille de Gladys Barber, la riche américaine qu'épousa Jacques Rigaut en 1926. En 2005, lors de mon voyage de recherches à New York, j'avais trouvé quelques informations sur cette femme capitale dans la vie de J.R., mais je n'avais pas réussi à localiser des membres de sa famille, hormis une arrière-petite-fille qui savait très peu de choses. La personne qui m'a envoyé ce courriel possède deux photos de Gladys qui datent de 1915, mais également des informations sur la personnalité de Madame Rigaut. Bref, une importante pièce du puzzle qui viendra s'emboîter dans les autres...

25.1.08

Le choix de Jean

Octobre 2003, Jean Aebischer, 59 ans, est atteint de tumeurs cérébrales incurables. En stade terminal du cancer, certes, mais pas diminué. Excepté des moments de grande fatigue, il ne ressent aucun symptôme. Il vit presque normalement dans sa maison à Fribourg, en Suisse. Il sort un peu avec sa jeune compagne, Dan, et passe beaucoup de temps en consultation à l’hôpital. Sans espoir de guérison, Jean a pris sa décision : il veut choisir le moment de mourir. Mourir avant de perdre connaissance ou de tomber dans le coma. Mourir avec l’aide d’une association, puisqu’en Suisse l’assistance au suicide a été dépénalisée. Un nouveau diag­nostic de ses médecins, prévoyant l’altération prochaine de ses fonctions vitales, va accélérer la mise en œuvre de sa décision.
Il y a dans cette poignante chronique des derniers mois de la vie de Jean des scènes surréelles comme celle du calendrier : avec le Dr Sobel de l’association Exit qui l’accompagne dans cette démarche, Jean fixe la date de son suicide sur un calepin. Après les fêtes de Noël, mais pas trop tard non plus : le 6 janvier 2004. Et bien sûr sa mort, dans la douceur, avec ses derniers mots à Dan : « J’aurais jamais cru que c’était aussi bien. » Acte militant ? Oui, même si Jean ne cherche à convaincre personne. Dignité extrême, liberté et courage surtout. Sans voyeurisme, Stephan Villeneuve et Stéphanie Malphettes ont filmé la fin de la vie et la mort de Jean, mais aussi son amour de la vie quand elle est belle… Ce magnifique film, sobre et bouleversant, aurait mérité d’être accompagné d’un débat.
(Emmanuelle Skyvington)



22.1.08

Rigaut in rubber sheets





Montage en hommage à Jacques Rigaut
pour la soirée PAN du 20 janvier 2008

20.1.08

Death Be Not Proud




Death Be Not Proud
by John Donne
(1572-1631)


DEATH be not proud, though some have called thee
Mighty and dreadfull, for, thou art not so,
For, those, whom thou think'st, thou dost overthrow,
Die not, poore death, nor yet canst thou kill me.
From rest and sleepe, which but thy pictures bee,
Much pleasure, then from thee, much more must flow,
And soonest our best men with thee doe goe,
Rest of their bones, and soules deliverie.
Thou art slave to Fate, Chance, kings, and desperate men,
And dost with poyson, warre, and sicknesse dwell,
And poppie, or charmes can make us sleepe as well,
And better then thy stroake; why swell'st thou then;
One short sleepe past, wee wake eternally,
And death shall be no more; death, thou shalt die.


Ne sois pas fière, ô Mort


Ne t’enorgueillis point, ô Mort, bien que parfois
Dite grande et terrible, car telle tu n’es point ;
Ceux sur lesquels tu t’imagines triompher
Ne meurent, pauvre Mort ; tu ne peux me tuer.
Nous tirons du repos, du sommeil, tes images,
Grand plaisir ; de toi-même en doit sortir bien plus ;
Et nos meilleurs sont les premiers à te rejoindre –
Tu soulages leurs os, tu délivres leurs âmes !
Tes maîtres sont : destin, hasard, rois, furieux ;
Tu demeures avec poison, maladie, guerre ;
Un charme, ou le pavot, peuvent nous endormir
Autant, mieux que ton dard. Pourquoi donc tant d’orgueil ?
Un somme, et nous nous éveillerons éternels ;
Et la Mort ne sera plus ; Mort, tu mourras !

17.1.08

PAN!



Carte Blanche à Tristan Ranx pour la soirée PAN 08

Musique, littérature, performances, peinture, photographie, films, vidéo...

Une soirée sous le signe des confins (interzone) : dadaïsme, poèmes étranges, guerres lointaines, langues exotiques, villes oubliées, zones grises ... Et bal des ardents !


Performances : Cédric Attias, Gamin Rary, Jean-Luc Bitton

Film & vidéo : "voice of the moon" documentaire poétique de Richard Stanley ( Hardware & Dust Devil), vidéo de Pierre Escot

Expos : Mathilde Tixier, Franck Knight, Cédric Attias, Milan Neuman, Vincent Gigot, PiF

Concert : Askan- groupe de gothique norvégien
Gaïa (pop rock )

Lectures : Mathilde tixier, Automne Lajeat, Pierre Escot, Pascal Guy, Tristan Ranx

Mix : Cédric Attias, Franck Knight


VERNISSAGE 15H00/23H00

LECTURES ET CONCERT 18H00

14.1.08

Spéciale dédicace




Daniel Darc sort aujourd'hui son dernier disque "Amours suprêmes". Il l'a dédié à Jacques Rigaut ou plus précisément pour Jacques Rigaut. Pour c'est beaucoup plus fort que à. "Amours suprêmes" est une réussite. Totale.




13.1.08

Quelques mondanités à venir



Francis Picabia
Dessins pour Littérature
Exposition du 10 janvier au 16 février 2008
Un catalogue illustré bilingue sera édité à l'occasion de cette exposition.
Galerie 1900-2000 (David & Marcel Fleiss)
8, rue Bonaparte
75006 Paris
Tél. 01 43 25 84 20
http://www.galerie1900-2000.com



Unconcerned but not indifferent : rétrospective Man Ray
Du 5 mars au 1er juin 2008 de 10:30 à 18:00
La Pinacothèque de Paris présente une rétrospective inédite des oeuvres de Man Ray. Pour la première fois, toutes les facettes de la création de l'artiste seront dévoilées. Une sélection exceptionnelle de près de 250 oeuvres comprenant : dessins, photographies, peintures, sculptures, objets et images personnels provenant directement du Man Ray Trust (Long Island, New York). La plupart d'entre elles seront présentées au public pour la première fois.
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine
75008 PARIS
Tarifs
Gratuit (enfants de moins de 12 ans)
Tarif de base - Adulte plein tarif : de 0 EUR à 7 EUR
Tarif réduit : de 0 EUR à 5 EUR
Accès bus : 42, 52, 24, 84, 94
Accès Métro : Madeleine



René Daumal centenaire 1908-2008
Halle Saint Pierre
Montmartre
2, rue Ronsard - 75018 Paris
M° : Anvers, Abbesses, Barbès
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
http://www.hallesaintpierre.org/

10.1.08

Des nouvelles de Daniel (3)





Extrait de l'entretien de Daniel Darc avec Christophe Honoré.
Magic Revue Pop Moderne N° 116 janvier 2008





L'ex-chanteur de Taxi Girl n'en finit pas de ressusciter : son nouvel album, une merveille, en témoigne. Rencontre avec le plus classique des rockeurs.

C'est un survivant. Personne ne comprend par quel miracle il est encore là. Des proches affirment que la mort le fuit : il a survécu à tout. Overdoses, ouvertures des veines en direct sur la scène du Palace dès l'époque Taxi Girl, pancréas en loque, misère, vie dans la rue, clochardisation. Son corps, hier à la Noureïev, est désormais cassé en mille morceaux. Le regard est à moitié mort, la silhouette, celle d'un vieillard.

Daniel Darc n'est pas « staracadémique ». Il ferait une bonne pub pour les Narcotiques et (ou) les Alcooliques anonymes. Mais, « dans l'obscurité de ses jours », comme il le dit lui-même, cet homme-là concocte une musique sans équivalent. Des textes d'une perfection humiliante pour tous les auteurs français. Des textes dont la puissance évocatrice est décuplée par la musique idéale d'un Fréderic Lo, déjà coauteur de Crèvecoeur (2004), premier chef-d'oeuvre d'un homme ayant accouché jusque-là d'albums réalisés à la va-vite dans l'unique but d'empocher l'argent nécessaire à l'entretien de ses vices.

Les deux hommes ont réédité l'exploit avec Amours suprêmes, nouveau chef-d'oeuvre inespéré. Les deux albums auraient été conçus afin de « pouvoir enfin entendre quelque chose de digne à la radio, et non pas la nouvelle chanson française », explique Daniel Darc. D'où un immense effort de concentration. « C'est vrai que ces deux albums sont concis, pensés, pas bâclés. Les deux sont composés de 10 morceaux. J'aime les oeuvres qui laissent chacun sur sa faim. C'est pour ça que mes deux auteurs français préférés sont Jacques Rigaud [sic]et Roger-Gilbert Lecomte. On les lit et on se dit : "Pourquoi n'ont-ils écrit que ça ?" C'est ainsi que je conçois les choses. Pas de détails superflus, il faut aller à l'essentiel, comme le faisaient Selby et Bukowski, pour moi les plus grands. »

C'est que Daniel Darc n'est pas le rockeur basique à peine capable, généralement, de citer son petit manuel du Che, Kerouac ou Burroughs. Tout le monde connaît sa vénération pour Drieu (« C'était un salaud, mais enfin pas tant que ça, puisqu'il s'est suicidé ! »), mais moins son amour de Céline et de Benjamin Constant ou de Charles Péguy. « Péguy est mon préféré avec Verlaine. C'est ainsi : je préfère Verlaine à Rimbaud et Tzara à Breton, qui ne m'intéresse pas du tout. »

De même ne soupçonne-t-on pas sa passion du jazz et de la musique classique. « Le rock, c'est trop étroit, il faut voir plus loin. J'aime les compositeurs russes et slaves, Rachmaninov, Lutoslawski, Rimski-Korsakov, Penderecki, mais aussi Mahler, Fauré et Satie. J'aime aussi le jazz, qui fait partie de ma vie depuis si longtemps : John Coltrane (auquel Amours suprêmes fait directement allusion, ndlr), Albert Ayler, Charlie Parker, Don Cherry, Mal Waldron. Ce sont des géants. Mais je pourrais tout aussi bien parler de la country, que j'adore, et dont je suis en train de revenir un peu après l'overdose Johnny Cash de ces derniers mois, même si je le vénère, bien sûr.»

Et puis, il y a le Daniel Darc mystique, que les gens connaissent encore moins, même s'ils ont sans doute vibré en écoutant son adaptation du Psaume 23 sur son précédent album : « Je suis juif à l'origine, enfin à moitié, et je me suis récemment converti au protestantisme. Ça a été quelque chose d'incroyable, et ça l'est toujours, parce que, pour moi, le baptême, c'est chaque jour, chaque seconde. » A celui-là, on demande pourquoi il se détruit autant, aussi méticuleusement, depuis tant d'années, avec l'alcool et l'héroïne. La réponse ne tarde pas : « On me dit que j'ai des problèmes de drogue et d'alcool. J'affirme que j'ai des solutions de drogue et d'alcool. Sans ces solutions, je serais mort. La vie est trop dure pour moi, parfois. » Pourtant, depuis le succès de Crèvecoeur, les choses doivent aller mieux ? « Non. L'argent n'est pas une réponse. D'ailleurs, une fois que j'ai eu remboursé mes dettes, il ne restait plus grand-chose ! Là, je vais en avoir un peu et j'ai envie de me faire plaisir, de m'acheter une guitare et d'aller vivre à l'hôtel, parce que je n'en peux plus du taudis dans lequel j'habite. Et puis, je me dis que, pour mon prochain album, je ferais bien un exercice, à la manière de Perec avec La Disparition : un album entièrement composé de sonnets ! C'est très dur, mais ça me tente beaucoup. » Nicolas Ungemuth dans le Figaro 18/01/2008

9.1.08

What else?



Mon cher éditeur est "ennuyé" par ma demande de rallonge financière concernant mes frais et me fait remarquer (injustement) que j'ai du retard dans la remise de mon texte. Nul besoin d'une calculette pour comprendre qu'en dépit de généreux a-valoirs, dans le cas d'un travail éditorial au long cours, c'est principalement l'auteur qui finance son ouvrage. Aux Etats-Unis, certains éditeurs salarient les biographes, mais nous ne sommes pas aux Etats-Unis et c'est tant mieux pour la plupart d'entre nous. Réaliser la biographie d'un écrivain qui n'a presque rien laissé derrière lui est une gageure mais également un combat long et difficile qui demande un engagement total. Avec mon regretté ami Raymond Cousse, nous avions déjà combattu pour Emmanuel Bove dont on ne savait rien. Je me souviens qu'un "journaliste parisien connu" avait eu l'éphémère velléité de réaliser cette biographie de Bove. Raymond l'avait malicieusement invité à venir lui rendre visite dans sa campagne. L'autre n'avait pas eu la politesse de se déplacer, comprenant avec effroi qu'il aurait fallu qu'il se donne corps et âme à de laborieuses recherches pendant plusieurs années. On me pose souvent la question : pourquoi Jacques Rigaut? pourquoi lui? Souvent ma réponse est une question : pourquoi pas lui? Mon cher éditeur me demande de le rassurer alors que je lui demandais de me soutenir. João Pinto de Figueiredo (1917-1984) a attendu d'avoir soixante ans pour publier deux biographies dont il avait accumulé les matériaux pendant toute son existence. La première s'intitule "La vie de Cesário Verde", un poète portugais. Quant au second et dernier livre, "La Mort de Mário de Sá-Carneiro", il s'agit également d'une biographie d'un autre poète portugais, ami de Pessoa. Bref, une vie d'auteur qui s'achève sur deux livres magnifiques d'une évidente chronologie. Mário de Sá-Carneiro est né à Lisbonne en 1890. Le 26 avril 1916, dans un hôtel parisien, il enfile son smoking, avale de la strychnine et attend la mort. Extrait de "La Mort de Mário de Sá-Carneiro" : " (...) son bref passage sur la terre, aussi dramatique que celui d'un Vaché, d'un Rigaut, ces spectateurs désenchantés de la folie de leur époque, qui n'ont vécu que pour se détruire." What else? Merci à Bertrand Delcour qui m'a conseillé cette lecture.

1.1.08

30.12.07

Signes





Merci à Jesus Alvarez et Jean-Pierre Hérant qui m'ont envoyé ces "signes".

23.12.07

Un pressentiment

J'espérais naïvement qu'il vive jusqu'à la parution de la biographie de J.R. qu'il aurait aimé lire. L'écrivain Julien Gracq vient de mourir à l'âge de 97 ans. Etrangement, je relisais avec émotion, hier soir, la lettre qu'il m'avait envoyée, dans laquelle il répondait à mes interrogations au sujet du personnage de son roman, Un beau ténébreux. Son écriture en pattes de mouche ressemble à celle de Beckett. Une écriture ramassée, fine et régulière, discrète, comme si son auteur s'excusait de vous écrire. Pour écrire à Julien Gracq, il suffisait de mettre son nom accolé à celui de Saint-Florent-le-Vieil (où il était né et vivait retiré) et le code postal. Le facteur ne se trompait jamais. D'après une dépêche, Gracq aurait succombé à une hémorragie digestive. Dernier clin d'oeil ironique, lui qui écrivit un essai sur la déliquescence du milieu littéraire, intitulé : La Littérature à l'estomac.




" (...) Je ne saurais guère vous dire plus là-dessus, d'autant plus que le temps efface pour l'auteur les origines du livre. Nul doute que votre biographie m'apprendra beaucoup, je vous en remercie d'avance. Julien Gracq" (Lettre du 25 août 2005 à JLB)




"Le jour se lève, ça vous apprendra."



"Il avait ce sens terrible de la destinée."
(Philippe Soupault à propos de Rigaut,
extrait d'un entretien inédit)

Bonne fêtes à toutes et à tous.

22.12.07

Une histoire (hénaurme) d'archives


Jacques Doucet par Cappiello

"Le succès de la dispersion d’une collection René Char par l’étude Renaud-Giquello à Drouot, le 5 décembre, cache une réalité moins reluisante. Jamais ces «aphorismes» et «dialogues», cette suite de manuscrits, livres rares, lettres, dessins, aquarelles ou gravures n’auraient dû être mis à l’encan : ils avaient été donnés par la compagne du poète, disparu en 1988, à la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. «Cette vente est l’histoire d’un don dédaigné» : Anne Favre-Reinbold avait écrit un texte liminaire destiné au catalogue, finalement abandonné par pudeur. Elle a bien voulu nous en confier le récit.

Fin 2000, elle a offert, sans contrepartie, la totalité des archives accumulées durant les vingt ans partagés à l’Isle-sur-la-Sorgue. Le don «est accepté avec reconnaissance» par cette bibliothèque prestigieuse qui dépend de l’université de Paris. Elle est reçue par un directeur, Yves Peyré, charmant et mondain. Mais il n’ira jamais la voir.

Listes. Anne Reinbold attend une aide pour inventorier cette masse, d’autant qu’elle redoute un peu l’émotion de cette plongée. Rien ne vient. Elle finit par s’y mettre, dressant des listes, dont chaque feuillet sera signé par le directeur, sans voir aucun document. Elle empaquette tout. En novembre, onze mois après son offre, elle reçoit un courrier d’acceptation, dans lequel le recteur, René Blanchet, la remercie de son «précieux concours», lui assurant que, comme requis, sa collection «ne sera jamais divisée, ni séparée de la bibliothèque Doucet». «La bibliothèque est objectivement enrichie et Char ne peut qu’y gagner», s’enthousiasme Yves Peyré, quelques jours plus tard. Mais personne ne vient prendre livraison des cartons. Yves Peyré semble toujours débordé. «Tout a été réglé concernant votre donation, il ne s’agit que de prendre possession au mieux des documents», écrit-il en juillet 2002.

Bobards. Sans nouvelles, cet été, elle rouvre les cartons, et remet les ouvrages en place. Elle en avertit la bibliothèque. En mars 2003, le directeur la prie de tout remettre en caisses. Ce qu’elle fait. Le 8 avril, il promet le transport pour septembre. Toujours rien. On lui raconte des bobards, allant jusqu’à lui parler d’un transporteur qui ne s’est jamais manifesté. Finalement, plus personne ne répondra à ses appels ou courriers. Lassée de tant d’«impéritie des institutions», elle se résigne à une vente, qui rapportera plus de 500 000 euros. «Il s’agissait d’un ensemble particulièrement cohérent», se désole-t-elle. On pouvait y retrouver le parcours du poète, de la notule jetée à l’aube, reformulée en carte postale, jusqu’aux épreuves corrigées. Une eau-forte de Giacometti accompagne une édition originale de Poème des deux années, avec cet envoi : «Pour Anne, des années que les dieux n’ont pas compté pour nous, R.» "


"Suite au récit, paru hier dans Libération, de la compagne de René Char, révélant comment elle s’était résignée à mettre en vente à Drouot les archives de vingt années de vie commune avec le poète, après les avoir offertes en vain à la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, la ministre de la Culture Christine Albanel a exprimé son émotion en «déplorant cette perte pour le patrimoine». Le ministère de l’Education, qui a la tutelle de cette bibliothèque de l’Université de Paris, n’avait cependant pas réagi hier.

Contacté avant la parution de l’article, l’ancien directeur de Doucet s’explique aujourd’hui, en confirmant que cette donation avait été, en 2001, «facilement acceptée». Déménagé depuis à la bibliothèque Sainte-Geneviève, Yves Peyré souligne qu’une de ses collaboratrices est allée aider Anne Reinbold à inventorier ce fonds d’archives. Le fait n’est pas contesté, même si apparemment cette assistance a tourné court.

Yves Peyré reporte son échec sur l’imprévoyance d’un chauffeur-livreur qui aurait «oublié» d’aller chercher les cartons. Contrariée, et «amplifiant» cet incident au-delà du raisonnable, Anne Reinbold aurait alors annoncé que ses projets «étaient changés et défait les cartons». En dépit de «trois à quatre lettres envoyées en 2002 et en 2003 pour dissiper le malentendu et reprendre le fil d’une donation qui était précieuse», Yves Peyré assure n’avoir «pas une seule fois obtenu de réponse».

L’intéressé, qui n’est pas très sûr du nombre de courriers et se trompe de plusieurs années sur les dates, a dû garder une mémoire embrouillée des événements. Libération dispose d’une copie des courriers envoyés pendant des années par Anne Reinbold afin de concrétiser sa donation, et des réponses espacées, cavalières et dilatoires, du directeur de la bibliothèque, qui se plaint constamment d’être débordé dans son travail. Il a raison néanmoins de juger «cette histoire aussi triste que curieuse dans ses développements»."

Source : Libération du 20 et 21 décembre 2007

20.12.07

Suicidés de la littérature

Lever aux aurores hier pour prendre le train Paris-Caen où se trouve l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) qui abrite des fonds d'archives d'auteurs, d'éditeurs et des acteurs de la vie littéraire contemporaine. C'est à l'IMEC que j'ai créé le fonds Emmanuel Bove. Les auteurs devraient de leur vivant déposer leurs archives dans ce genre d'institut, accompagnées de directives précises quant à l'exploitation éditoriale de leur oeuvre. Cela éviterait bien des imbroglios posthumes où les ayants droit se déchirent autour de manuscrits et autres artefacts littéraires. J'ai passé donc ma journée dans cette imposante abbaye d'Ardenne qui abrite la salle de lecture. Les précieuses archives se trouvent dans un autre bâtiment souterrain qui communique également souterrainement avec l'abbaye. Je n'ai malheureusement pas trouvé ce que j'étais venu y chercher : la fiche d'abonné du lecteur J.R. En revanche, j'y ai trouvé une émouvante lettre de Martin Kay qui raconte sa découverte en 1965 d'autres archives, celles de Jacques Rigaut, quelques feuilles manuscrites et correspondances qu'avait conservées le frère de J.R. qui venait de décéder dans un accident de voiture. Pour finir, j'aimerais rendre hommage à l'éditeur et ex-président de l'IMEC, Christian Bourgois qui vient de disparaître. En 1974, avec Eric Losfeld, il publia dans sa fameuse collection 10/18 le recueil des textes de Cravan, Rigaut et Vaché sous le titre : Trois suicidés de la société.





Entre Paris et Caen


L'abbaye au petit matin


La salle de lecture dans l'abbaye

17.12.07

J.R : l'homme de l'année 2007

3:AM NOVEL OF THE YEAR 2007
Our novel of the year could have been Tom McCarthy’s Men in Space, Matthew De Abaitua’s The Red Men or Steven Hall’s Raw Shark Texts, but we had to choose only one and that one is David Lalé’s remarkable but strangely-overlooked Last Stop Salina Cruz (Alma Books).

3:AM NON-FICTION BOOK OF THE YEAR 2007
Tom Bradley’s Fission Among the Fanatics.
A literary giant among pygmies.

3:AM ALBUM OF THE YEAR 2007
Puerto Merto’s Heaven & Dirt: Requiem For the Texas Chainsaw Massacre (Fire Records).
Divine sleaze.

3:AM MAGAZINE OF THE YEAR 2007
Bad Idea
Everyday life, extraordinary tales. Indie publishing at its most ambitious.

3:AM PUBLISHER OF THE YEAR
Akashic Books
A decade of reverse-gentrification of the literary world.

3:AM WEBSITE OF THE YEAR
Dazed Digital
At long bloody last.

3:AM BLOG OF THE YEAR 2007
L’Excentré Magnifique
Jean-Luc Bitton’s site dedicated to his work-in-progress on literary suicide Jacques Rigaut.

Source : 3:AM MAGAZINE

16.12.07

Bday


My Gladys gave me a flask...

15.12.07

Hasard objectif

Bonjour Jean-Luc,

Je découvre, ce matin, qu'E. Breton, marbrier de son état, figure dans la liste des Breton abonnés aux réseaux téléphoniques de Paris en 1917-1918, qu'André Breton utilisa pour sa lettre-collage à Jacques Vaché (Cf. L'imprononcable jour de sa mort - Jacques Vaché - Editions Jean-Michel Place).Nord.... 13.40 Breton (E.) mon. funèb., av Cimetière-Parisien, 23, Pantin. On ne sort jamais du cercle...

La liste en question n'est pas reproduite dans la lettre-collage à Vaché, mais dans la revue Cannibale (mai 1920) sous le titre PSST.

La famille de Crevel n'y pouvait rien, la messe était dite, la réalisation du caveau étant antérieure à sa mort. Une nouvelle "visite" s'impose pour préciser la date de l'ouvrage d'E. Breton (probablement en 1914, année du suicide du père de Crevel). On est saisi d'un certain malaise lorsque l'on découvre le nom de René gravé sur un caveau de famille, à proximité d'une grande croix. Étrange compagnie en égard à sa vie (rejet du cercle familial), à ses écrits, ses engagements. La mort a des outrages, mesquins.

à suivre donc.

Renseignements pris, l'ouvrage du marbrier Breton date probablement de juillet 1914, à l'heure du décès du père de Crevel, Paul. En mai 1920, André Breton passe donc en revue ses "homonymes" dans la revue Cannibale et rencontre Crevel en novembre 1921. Hasard plus ou moins objectif, donc. Breton ne craignait pas d'enfiler les raisons sociales (je pense au [Bois&Charbons] avec Soupault). Alors pourquoi pas celle-ci, malgré lui.



ps. Michel Carassou nous livre, dans sa biographie de Crevel, les derniers instants:[...] puis griffonne quelques mots sur un papier qu'il épingle au revers de sa veste "Prière de m'incinérer. Dégoût". Nul n'aura entendu cette ultime adresse. Les fiches du conservatoire du cimetière de Montrouge indiquent que Crevel ne l'a pas été.

Nouvel élément troublant qui m'avait échappé. Au rez-de-chaussée de l'Hôtel des Grands Hommes (résidence de Breton de septembre 1918 à juillet 1920) la Maison Borniol... pompes funèbres (il y a semble-t-il une expression "va te faire voir chez Borniol" pour va au diable). Sur le forum Languefrançaise.net on peut lire: Je confirme l'origine de borniol (mais je ne connais pas son orthographe exact) comme venant des pompes funèbres du même nom et qui, dans le milieu théâtral et audiovisuel, représente un morceau de coton gratté (en général)noir utilisé pour masquer une source lumineuse, un élément indésirable (pied de caméra sur un plateau par ex) etc... Vraiment troublant au plan de l'occultation, non? Georges Sebbag résume fort bien dans [l'imprononçable jour de sa mort] le don d'André Breton (dans le cas de la lettre-collage à Vaché, mais qui fonctionne ici): pressentir un passé qu'on ignore (E.Breton « constructeur de l'ultime « demeure » de Crevel).

Cordialement,

Emmanuel


9.12.07

Rigaut si é fermato a Amalfi

Travelling sur la côte d'Amalfi (Italie)




"L'été suivant, je me trouvais en Italie, sur le petit bateau d'un ami dans le golfe de Naples." (Ecrits, Jacques Rigaut) J.R. s'est arrêté à Amalfi...Il est decendu à l'Albergo della Luna où j'espère bientôt faire un pélerinage. L'auberge de la Lune est un ancien couvent byzantin qui fut la demeure d'Ibsen et de saint François d'Assise. Si vous voulez voir la vue qu'avait Jacques Rigaut de sa chambre, cliquez ici. (Merci à Emmanuel pour la vidéo de la côte amalfienne)

Ai revu hier, lors d'une soirée, le réalisateur Philippe Collin qui a été l'assistant à la mise en scène sur le Feu follet de Louis Malle. Il y fait également une figuration, dans la scène des toxicomanes on le voit (fugitivement) caché dans un placard comme allongé dans un cercueil. Il m'apprend qu'une édition américaine du Feu follet est en cours avec un bonus différent de l'édition française dont des entretiens avec Alexandra Stewart et lui-même.

7.12.07

Arrêt sur image





Jacques Rigaut en 1926
dans le film "Emak Bakia" de Man Ray

Alliance ou pas alliance?
Marque du costume?
Lord Patchogue en arrière-plan?
Le tableau accroché au mur?
Etc.

29.11.07

Rimbaud & Rigaut sont dans un bateau...


Rimbaud à New York par David Wojnarowicz

"Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée." (Arthur Rimbaud)

"J'ai trouvé un jour ma chemise assise sur mes genoux, je l'ai appelée Beauté. Je suis depuis un peintre de chemises." (Jacques Rigaut)

Drieu ne se rappelait pas si Rigaut lui avait parlé de Rimbaud. Une chose est sûre, il l'avait lu. J'ai déjà évoqué ici mon admiration pour le travail de Jean-Jacques Lefrère, le biographe de "l'homme aux semelles de vent" qui vient de publier une nouvelle édition de la correspondance de Rimbaud chez Fayard.

A lire, un entretien de Jean-Jacques Lefrère sur Florilettres où il raconte quelques anecdotes de recherches...

Extrait :

[...] suivre les dernières pistes pour tenter de retrouver des lettres inédites ; donner, non seulement les lettres de Rimbaud, mais celles de ses correspondants, souvent révélatrices et contributives à la connaissance sur le poète (ou l’ancien poète) ; vérifier, chaque fois que cela était possible, sur le manuscrit, le texte de toute lettre, et ce même si la fidélité au texte original était « garantie » par les précédents éditeurs. J’ai eu pas mal de surprises dans ce domaine : ainsi, dans le Fonds Doucet — c’est-à-dire dans une des plus grandes et des plus accessibles bibliothèques publiques parisiennes — seules la première et la quatrième pages d’une lettre adressée à Rimbaud avaient été publiées, avec un texte donné comme s’il s’agissait d’un ensemble : or les deux pages centrales étaient restées inédites parce que le scholiaste qui copia jadis le texte — ou plus probablement le fit copier — omit simplement d’ouvrir le feuillet. Et au cours des quatre ou cinq dernières décennies, nul ne s’était donné la peine d’aller vérifier... [...]

25.11.07

A tribute to Maurice Ronet





J'ai lu que Maria Pacôme venait de publier ses Mémoires sous la forme d'une fiction autobiographique. Je serais curieux de savoir si elle évoque dans ses souvenirs Maurice Ronet avec qui elle a été mariée durant six ans.

22.11.07

Pot pourri




Une biographie n’est jamais achevée. Maurice Thorez n’aurait pas pu dire :”Il faut savoir finir une biographie !”. Voilà pourquoi l’expression même de “biographie définitive” est absurde. (citation extraite du blog de Pierre Assouline)

Cher Jean-Luc,
Vous m'oubliez, vous m'oubliez!
Quelques nouvelles de vous me feraient plaisir.
Où en êtes-vous?
Bien amicalement.

Olivier Rubinstein

17.11.07

Saint Jacques


Jacques Rigaut crucifié par Man Ray

"De nombreux martyrs suspendus à des croix vivent de longs jours; et les larrons étaient encore en vie, si bien que Pilate s'étonne que le Christ fut mort. Son âme, expliquait saint Augustin, n'a pas quitté son corps sous la contrainte, mais parce qu'il l'a voulu, quand il l'a voulu et comme il l'a voulu."
(Biathanatos, John Donne)

Encore un après-midi fructueux à la BN... Quelques belles découvertes dont deux citations inédites de J.R, l'une quelques jours avant sa mort. Des citations rapportées par son ami Soupault, habitué de la tradition orale, à qui l'on doit la célèbre phrase de J.R. mise en exergue de ce blog : " Mon livre de chevet, c'est un revolver." J'imagine Soupault notant dans son carnet les aphorismes cinglants de son ami Jacques.

Index

13.11.07

Miroir & Revolver


Petite annonce dans le carnet du "Monde" du 9 novembre 2007


À la Closerie des Lilas, Alfred Jarry, pour aborder une dame, sortit son revolver, tira dans un miroir, puis déclara : « Madame, maintenant que la glace est rompue, nous pouvons causer... »

12.11.07

Des nouvelles de Daniel (2)




("Le Feu follet" album NIJINSKY, 1994)

11.11.07

Une valise pleine de livres


Dédicace de Crevel à Jacques Rigaut

La valise n'était pas si vide que ça. Après-midi fructueux hier à la BN. En suivant une piste, je découvre que Rigaut faisait partie d'un des plus prestigieux cabinets de lecture parisien. Je dispose de son numéro d'abonné et ai localisé les archives de ce cabinet de lecture où avec un peu de chance je pourrais y trouver sa fiche d'abonné avec la liste détaillée des livres que Rigaut a lus. Autre découverte : Maurice Barrès était obsédé par le suicide. On comprend mieux la réponse de Rigaut lors du procès Barrès...

6.11.07

La dernière nuit (2)





Le lendemain à midi, une infirmière de la clinique le trouve étendu sur son lit, un revolver à ses côtés et une règle avec laquelle il mesura méticuleusement l’endroit du cœur. Un oreiller pour amortir la détonation et un drap de caoutchouc pour éviter les taches : « J’avais armé le chien, je sentis le froid de l’acier dans ma bouche. » Jacques Porel prévenu du suicide de son ami se rend après de lui : « Il était très beau sur son lit. Calme et simple. Sur son visage, l’expression de celui qui a, enfin, atteint l’étape ou qui a trouvé la solution au problème. Il avait l’air de me dire : - Pardonne-moi, mon Coco, mais c’était si fatiguant de vivre ! Souvent, je pense à lui. Il m’arrive même de le voir, la nuit, quelque part, dans l’air…Et qui me fait des signes, de grands signes d’amitié. » On trouvera à côté du lit de Rigaut, dans une valise soigneusement rangée, une liasse de manuscrits. En 1931, Raoul de Roussy de Sales et Théodore Fraenkel envoient des bulletins de souscription pour financer une publication des écrits de Rigaut, sans succès. Il faudra attendre 1934 pour que paraisse aux éditions « Au sans pareil » Papiers Posthumes de Jacques Rigaut : « Splendeur de ma voix qui s'élève seule, seule, dédaigneuse de toute oreille, faite pour aucune (...) Je frémis au sommet du mot seul, sur une limite aussi pathétique que le tournoiement du derviche hurleur, ou du chancellement du boxeur avant qu'il s'écroule, ou de l'avion qui pique en flammes. »
("Salut à Jacques Rigaut", NRF, octobre 2004)

5.11.07

La dernière nuit (1)


Le 5 novembre 1929, Rigaut quitte la clinique pour Paris. Il va au théâtre avec les Porel, dîne avec eux , puis s’engouffre dans un taxi « pour un rendez-vous important avec des amis ». Personne ne sait ce qu’a fait Lord Patchogue pendant ses dernières heures.

1.11.07

Jean Jacques



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J'ai déjà évoqué l'admiration de Jean Eustache pour Jacques Rigaut auquel il rendit hommage très discrètement dans son film culte "La maman et la putain". Après Paris, c'est la cinémathèque de Toulouse qui propose une rétrospective intégrale des films d'Eustache.

TOULOUSE (AFP) - La Cinémathèque de Toulouse propose en novembre une rétrospective intégrale de l'oeuvre de Jean Eustache, dans le cadre d'une programmation entamée en octobre et intitulée "France années 70". Douze films de ce réalisateur marqué par la Nouvelle vague mais extrêmement indépendant seront projetés, dont "La maman et la putain" avec Jean-Pierre Léaud, prix spécial du jury au festival de Cannes, qui lui apporta la célébrité en 1973. Jean Eustache, qui s'est donné la mort en 1981 à 43 ans, a construit en une quinzaine d'années une oeuvre originale, alternant très longs et courts métrages, passant d'un double récit de voyeurisme avec Michaël Lonsdale ("Une sale histoire" en 1977) à un documentaire sur l'art de transformer le cochon en charcuterie ("Le cochon" en 1970)."Obsédé par l'idée d'enregistrement, il n'a jamais fait que les films qu'il voulait, tous plus ou moins autobiographiques, entre fiction et document, toujours à la recherche de l'équilibre parfait et précaire entre le réel et sa représentation", écrit la déléguée générale de la Cinémathèque Natacha Laurent dans la présentation de la rétrospective. Une trentaine de films emblématiques de cette période sont projetés dans le cadre de "France années 70".

"Merci. Je pars."

"Comme dans le film Le Feu follet : le passage avec Jeanne Moreau, où Maurice Ronet la revoit et lui dit : "Qu’est-ce qu’il sont devenus, nos amis ?". C’est devenu Mes Amis, dans l’album : "Oh, tu sais, ils se marient, ils se suicident, ils font n’importe quoi !". Avec la voix de Jeanne Moreau qui est sublime."(Extrait d'une interview de Daniel Darc)





Extrait du film "Le Feu follet"

31.10.07

My last minute



Merci à Julien Chabot qui m'a envoyé ce lien où l'on voit Léos Carax mettre en scène sa "dernière minute". Un moment ultime dont l'humour noir n'aurait pas déplu à J.R.
Sur son blog, Julien nous fait également partager sa découverte du roman de Drieu : Le Feu follet.

27.10.07

Dans la ville du boxeur-poète

Après Nantes pour Jacques Vaché, je me devais de réaliser un modeste pélerinage littéraire dans la ville qui a vu naître "le poète aux cheveux les plus courts du monde" et neveu d'Oscar Wilde : le mythique et génial Arthur Cravan, troisième "suicidé de la société" (selon la formule d'Artaud au sujet de Van Gogh, reprise par Eric Losfeld pour Cravan Vaché Rigaut). Comme d'habitude le son est pourri, le phrasé maladroit et l'image hésitante, mais peu nous importe! Je dédie ce petit film amateur à Martin Kay et remercie les lecteurs du blog Rigaut qui m'ont envoyé des messages de soutien et de sympathie suite à sa disparition.





Texte : Autobiographie par Arthur Cravan

23.10.07

"La vie est dangereuse : la preuve c'est qu'on finit par en mourir."


Martin Kay à l'exposition Dada, Paris le 10 novembre 2005.

L'automne par Martin Kay.

"Feuille de vigne" par Martin Kay.


Le fils de Martin Kay vient de m'apprendre le décès de son père. Martin Kay est mort dans la nuit de dimanche à lundi d'un cancer foudroyant. Il y a un mois à peine, Martin m'avait appelé pour bavarder de notre ami commun J.R. Il m'avait promis de lire mon manuscrit. Martin me soutenait dans mon travail biographique et ce soutien m'était précieux. Il me manque déjà. C'est grâce à lui qu'on peut lire aujourd'hui les "Ecrits" de Jacques Rigaut parus chez Gallimard en 1970. C'est aussi grâce à lui que j'ai décidé de me lancer dans cette folle biographie de Lord Patchogue. Martin Kay sera incinéré ce jeudi. Ayez une pensée pour lui.


"Prénom : Martin
Nom : Kay
Né en 1941 à Kendal près de Liverpool
Signe particulier : toujours dadaïste au XXI ème siècle

Rendons hommage à Martin Kay sans qui rien ne serait arrivé. Avant d'être expulsé de France en mai 68, Kay a passé plusieurs années à travailler sur la vie et l'oeuvre de Jacques Rigaut. En stop, à vélo, il a parcouru Paris et l'Hexagone pour rencontrer les derniers témoins du mouvement Dada : Ribemont-Dessaignes, Soupault, Pierre de Massot, Georges Auric, Man Ray, Jacques Baron, Marcel Duchamp, Paul Chadourne... Il s'est également rendu chez le frère de Jacques Rigaut (qui venait de mourir) pour déchiffrer et retranscrire des manuscrits inédits de J.R., disparus aujourd'hui. L'éditeur (entre autres de Jean-Pierre Duprey et Stanislas Rodanski) François Di Dio (récemment décédé) lui confie alors la liasse de manuscrits qu'a laissée J.R à sa mort. L'aboutissement de ce travail de sauvegarde littéraire sera l'édition intégrale des écrits de Jacques Rigaut chez Gallimard en février 1970. Sur la page de garde de mon exemplaire, Martin Kay m'a écrit cette dédicace : "La vie est dangereuse : la preuve c'est qu'on finit par en mourir." " (Post du 11 novembre 2005)

18.10.07

Did you see my cane?



Ceux qui suivent ce blog se souviendront de l'énigme linguistique à laquelle j'avais consacré en juillet 2005 (deux ans déjà!) plusieurs posts pour conclure (avec l'aide de quelques lecteurs fidèles) que le mot "cane" en argot américain signifiait cocaïne... Ce soir alors que je m'installe confortablement pour regarder le documentaire culte "Don’t Look Back" de Pennebaker, qui filme Bob Dylan en 1965 lors d'une tournée en Angleterre, je sursaute dès les premières images en entendant (et en lisant les sous-titres) Robert Zimmerman prononcer le mot "cane" A voir ci-dessous... Merci à Daniel Darc qui m'a procuré ce DVD.



Lectures





"Il n'y a que les routes pour calmer la vie." (Roger Nimier)

"L’écrivain Roger Nimier s’est tué vendredi soir en voiture, à l’âge de 36 ans, sur l’autoroute de l’ouest. Dans son Aston Martin qui s’est écrasée à très grande vitesse sur le parapet du pont qui enjambe le carrefour des RN 307 et 311, à la Celle Saint Cloud, avait pris place la jeune romancière Sunsiaré de Larcône, 27 ans, qui est morte elle aussi. La voiture, qui roulait à plus de 150 à l’heure en direction de la province, se trouvait sur la gauche de la chaussée, lorsqu’elle vira brusquement à droite en amorçant un « freinage à mort ». Elle faucha sept énormes bornes de béton avant d’aller s’écraser contre le parapet du pont... Nimier avait eu déjà une Jaguar et une Delahaye. Ses voitures étaient ses jouets préférés. Il en parlait longuement. Il écrivait à leur propos. Dans un de ses livres, il décrit un accident d’auto." (Le Journal du Dimanche du 30 septembre 1962)

17.10.07

Singulier




Françoise Sagan nous parle d'Alain, le héros du Feu follet... (Merci à Seryeuse) On trouve l'intégralité de cet entretien dans le bonus du DVD du film de Louis Malle. Henri Graetz, musicien dadaïste belge, m'apprend qu'Edouard Levé était le protagoniste du livre de Valérie Mréjen : L'agrume, publié chez Allia en 2002. J'avais beaucoup aimé ce petit livre qui racontait une "histoire" amoureuse du début à la fin dans laquelle l'Autre est toujours nommé à la troisième personne du singulier masculin.

16.10.07

Un village


Entrée d'Angoisse par Edouard Levé

"L'écrivain plasticien Edouard Levé se serait suicidé
lundi 15 octobre en soirée. Peu de temps auparavant,
il a remis à son éditeur P.O.L. (qui aurait beaucoup
aimé) un manuscrit retraçant un suicide dont tous les
détails se sont révélés volontairement prémonitoires
donc précisément mis en acte..." (courriel de F.C.)

"Adolescent, je croyais que La Vie mode d'emploi m'aiderait à vivre, et Suicide mode d'emploi à mourir. " (Edouard Levé)


Presque simultanément, deux amis ce soir m'apprennent le suicide d'Edouard Levé. Je l'avais croisé plusieurs fois sans oser lui dire que son travail me plaisait. Il avait entre autres réalisé une série de portraits homonymes d'artistes et d'écrivains avec prénoms et noms trouvés dans l'annuaire comme celui d'Emmanuel Bove...

"Cherchant son chemin sur un atlas routier, une amie remarque un village nommé Angoisse. L'atlas refermé, elle ne parvient pas à le retrouver.Un mois plus tard, je me rends dans un bureau de poste. Je retrouve Angoisse. Je m'y rends. J'y passe trois jours. Je photographie les lieux : l'entrée d'Angoisse, l'école d'Angoisse, les maisons d'Angoisse. Le terrain de sports d'Angoisse, la base de loisirs d'Angoisse, la discothèque d'Angoisse...Rien d'extraordinaire si ce n'est le nom. Ce village français est moyen : un archétype sans qualités comme en traversent souvent les routes départementales.Pourtant, à regarder de plus près ces rues vides, ces maisons aux façades muettes, ces abords neutres, il suffit de prononcer "Angoisse" pour que les choses se parent d'une inquiétante étrangeté.
Le village entier obéirait-il à son nom comme une injonction ?" [Edouard Levé)

13.10.07

Admiration



D'une tempe à l'autre
le sang de mon suicide virtuel
s'écoule

noir, vitriolant et silencieux

Comme si je m'étais réellement suicidé

les balles traversent jour et nuit
mon cerveau

(L'inventeur de l'amour, Ghérasim Luca)

11.10.07

Attendons un peu...

PHILIPPE SOUPAULT ET LE SURREALISME
série, Témoins de Bertrand Tavernier
documentaire (1982)avec Jean AURENCHE.




J'avais déjà posté cet extrait du film de Tavernier où Soupault s'explique sur son "Invitation au suicide". Le lien d'avant étant inactif, je remets en ligne cet extrait. Merci à Eric pour la piqure de rappel.

7.10.07

Tiroir




C'est rageant de savoir que quelque part dans Paris dort dans le tiroir d'un collectionneur l'unique exemplaire peut-être de L'invitation au suicide qui a survécu à l'autodafé organisé par son auteur.

29.9.07

Dans le texte (2)



Ce texte paru dans Littérature en mars 1921 est la troisième publication de J.R.

"On n’a fait tant de place à l’amour que parce qu’il dépassait en utilité le reste des choses. A mesure que l’argent se fait plus nécessaire, plus exigeant, il devient plus admirable, plus aimable, comme l’amour. – On pourra soutenir le contraire avec autant de bonheur. – Je supporte plus facilement ma misère dès que je songe qu’il y a des gens qui sont riches. L’argent des autres m’aide à vivre, mais pas seulement comme on suppose. Chaque Rolls Royce que je rencontre prolonge ma vie d’un quart d’heure. Plutôt que de saluer les corbillards, les gens feraient mieux de saluer les Rolls Royce.

Penser est une besogne de pauvres, une misérable revanche. Quand je suis seul, je ne pense pas. Je ne pense que quand on m’y force ; les contraintes, le petit examen à préparer, les exigences paternelles, ce métier qu’il va falloir subir, tout effort salarié me mènent à penser, c’est-à-dire à décider de me tuer, ce qui revient au même. Il n’y a pas trente-six façons de penser ; penser, c’est considérer la mort et prendre une décision. – Autrement, je dors. Eloge du sommeil ! pas seulement le magnifique mystère de chaque nuit, mais l’imprévoyante torpeur. Mes compagnons de sommeil, c’est près de vous que j’imagine une existence satisfaisante. Nous dormirons derrière le clapotis de nos cylindres, nous dormirons les skis aux pieds, nous dormirons devant les villes fumantes, dans le sang des ports, au-dessus des déserts, nous dormirons sur les ventres de nos femmes, nous dormirons à la poursuite de la connaissance, armés de tubes de Crookes et de syllogisme, – les chercheurs de sommeil.

Quand je roule dans ma n HP, que les poètes prennent garde, qu’ils ne s’attardent pas sur les refuges des avenues, sans quoi je pourrais bien en faire quelques faits divers ! Ce penseur dédaigne les dollars, bien sûr ! il tient dans sa main des réalités aussi immédiates, bien sûr ! En attendant, il est là, sur un trottoir, un numéro à la main, sollicitant une place dans un autobus, et comme je passe près de lui dans ma voiture et que je souris de plaisir en l’éclaboussant, lui et quelques autres mal nourris, il murmure :

– Imbécile !

– Toi même ! je dors. Toi, dans ton bureau, tu t’irrites ou tu t’ennuies, tu penses à la mort, sale victime ! L’amour, ton intelligence ! tout de même, on se laisser aller à quelque indulgence pour ces femmes, quand on se rappelle quels rivaux elles ont données à leurs poètes d’amants ! Attendez un peu que je sois l’homme le plus riche du monde et vous verrez qui sera préposé aux ignobles besognes chez moi ! Taisez-vous ! Les penseurs panseront mes autos ! Riez maintenant ! Ne sentez-vous pas le mérite de mes millions ; qu’ils sont la grâce ? J’aurai enfin la première balance exacte ; je sais le prix des choses, tous les plaisirs sont tarifés. Consultez la carte. Love to be sold. Me voici assure contre les passions ! Le consentement des gens, je m’en passe, et si les sacrifices et l’à contre-coeur, le remplacent, je me frotte les mains.

Un homme qui me veut du bien, mais qui a vingt ans de plus que moi, m’offrait comme moyens d’existence, afin de ne pas m’écarter de cette vie spéculative pour quoi j’avais témoigné tant de dispositions, tu parles ! de classer des fiches dans une bibliothèque et de composer une anthologie des pensées d’un grand capitaine ou d’un monarque. D’effarement, je ne pus répondre à ce brave homme que j’espérais bien passer en Cour d’Assises avant d’en être réduit à de pareils travaux. Dieu soit loué ! il y a la Bourse, dont l’accès est libre même à nous qui ne sommes pas juifs. Il y a d’ailleurs bien d’autres façons de voler. Il est honteux de gagner de l’argent. Comment les médecins peuvent-ils ne pas rougir quand un client pose un billet sur leur table. Dés qu’un monsieur se met dans le cas d’accepter d’un autre quelque argent, il peut s’attendre à ce qu’on lui demande de baisser son pantalon. Si on ne rend pas de service bénévolement, pourquoi en rendrait-on ? Je vois bien que je volerais par délicatesse.

La petit V vient d’épouser un riche garçon ; elle l’aime. Ce n’est pas son argent qu’elle aime, elle l’aime parce qu’il est riche. La richesse est une qualité morale. Les yeux, les fourrures, la santé, les jambes, les mains, la 12 Packard, la peau, la démarche, la réputation, les perles, les partis-pris, le parfum, les dents, l’ardeur, les robes qui sortent de chez le grand couturier, les seins, la voix, l’hôtel Avenue du Bois, la fantaisie, le rang dans la société, les chevilles, les fards, la tendresse, l’adresse au tennis, le sourire, les cheveux, la soie, je ne fais pas de différence entre ces choses, et aucune d’entre elles n’est moins capable de me séduire que les autres.

On n’a jamais vécu que de possibilités et c’était tout de même autre chose que le balcon de Juliette, ce petit cube bleu qui circulait – à des épaisseurs variables – d’un joueur à l’autre sur le tapis vert de la salle Baccara. Un gros coup. Autour de la table, les visages fonctionnaient, les sourires se déclenchaient avec peine, puis s’immobilisaient des doigts qui tremblaient. J’ai deviné ce qu’était le respect quand j’ai vu, au petit matin, cette femme qui emportait dans son sac plusieurs années d’insolence, rencontrer sur la route, en sortant du casino, les pêcheuses de crevettes, qui revenaient de la mer, mouillées, chargées de filets, les pieds nus.



Jeune homme pauvre, médiocre, 21 ans, mains propres, épouserait femme, 24 cylindres, santé, érotomane ou parlant l’annamite. Ec. Jacques Rigaut, 73, boulevard du Mont-parnasse, Paris (6e)."

("Roman d'un jeune homme pauvre", Jacques Rigaut)

28.9.07

Cachez ce cercueil que je ne saurais voir



Jacques Rigaut, créateur et administrateur principal de « L’agence générale du suicide », une société reconnue d’utilité publique au capital de 5 000 000 francs, qui offrait aux indigents le suicide à 5 fr. par pendaison, aurait souri de cette dépêche publiée dans le quotidien 20 minutes Genève du 27 septembre 2007.