19.4.09

Les abstentionnistes


Artistes sans oeuvres, édition 1997


Réédition salutaire d'Artistes sans oeuvres de Jean-Yves Jouannais : "Rigaut, héros dadaïste sans médaille, écrivain rare - dans au moins deux sens du terme -, se contenta d'incarner au mieux, jour après jour, l'idéal de subversion, de distinction qui l'habitait." Livre de référence, passionnant et instructif, sur ceux qui préfèrent s'abstenir, ceux qui inlassablement disent : "J'aimerais mieux pas." L'ouvrage est préfacé par Enrique Vila-Matas qui s'est souvent penché sur ces déserteurs de l'Art.

JLB




«"L’auteur, dans son œuvre, doit être […] présent partout, et visible nulle part", énonçait Flaubert. C’est l’inverse qui nous intéressera en ces pages : que l’œuvre, chez son auteur, soit présente partout, et visible nulle part.» D’abord paru en 1997 et réédité aujourd’hui avec une préface d’Enrique Vila-Matas - le travail de l’Espagnol et celui de Jean-Yves Jouannais étant évidemment liés, ne serait-ce qu’à travers la fameuse «communauté shandy», artistes réunis par leur œuvre légère et leur droit opposable au bonheur -, cet essai porte un double titre : Artistes sans œuvres, puisque le propos est de se consacrer à ces artistes qui ont fait de leur vie une œuvre d’art sans estimer considérer nécessaire de se démener plus pour faire gagner plus à cette œuvre, la rendre plus publique, et I would prefer not to («Je préférerais ne pas»), puisque la phrase de Bartleby, le copiste imaginé par Herman Melville, est le symbole d’une des stratégies les plus efficaces pour y parvenir («Commis aux écritures, n’est-ce pas la position idéale pour n’avoir pas à commettre d’écriture propre ?»). Le livre de Jean-Yves Jouannais commence avec une citation de Thomas Bernhard dans le Neveu de Wittgenstein, où l’écrivain autrichien rapproche Ludwig, qui «a publié son cerveau», et Paul, qui «a mis son cerveau en pratique», ne publiant par ailleurs rien. «Cette ligne qui partage la famille Wittgenstein traverse également l’histoire de l’art», écrit Jean-Yves Jouannais pour définir son projet et finissant par en arriver à Bouvard et Pécuchet. «Copistes, les deux compères de Chavignolles ont désiré se faire un nom dans quelque science ou dans la pratique d’un art, pour, échecs après débandades, s’en revenir à leur labeur premier. Poussière redevenant poussière sans avoir jamais cessé de l’être.» La poussière est un des thèmes d’Artistes sans œuvres, le livre se réclamant aussi de la double postérité des «héros de l’art brut» de Jean Dubuffet et de celles des «hommes infâmes» dont Michel Foucault rêva de rassembler les vies.

«Pourquoi Jacques Vaché [dont André Breton publia après sa mort une sommaire correspondance, ndlr] apparaît-il comme écrivain dans les histoires de la littérature tandis que Théodore Fraenkel n’est jamais considéré comme un artiste, mais comme un compagnon de route du surréalisme, un témoin, lui qui écrivit certes aussi peu de livres que le premier, c’est-à-dire précisément aucun, mais fut l’auteur d’une correspondance beaucoup plus nourrie ?» Comment Félix Fénéon s’y prit-il pour n’être qu’un «écrivain posthume», publiant sans les signer dans la presse des faits divers de trois lignes dont Jean-Yves Jouannais cite cet échantillon : «Quittée par Delorce, Cécile Ward refuse de le reprendre, sauf mariage. Il la poignarde, cette clause lui ayant paru scandaleuse» ? Quelle ambition animait Jorge Luis Borges, sinon celle de limiter la littérature comme le montre ses phrases : «Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l’on peut très bien exposer en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire »? Il y a bien, admet Jean-Yves Jouannais, une production de Borges, mais c’est une «production de prévention», une sorte de «coupe-feu, défrichage intelligemment conçu […] destiné à empêcher la propagation des incendies» et, en ce qui concerne l’écrivain argentin, des livres.

Humour et érudition sont les mamelles d’Artistes sans œuvres qui se permet des détours par la fiction (que serait A la Recherche du temps perdu si Félicien Marbœuf n’avait pas existé ?) tout en restant dans le domaine de l’essai. Mais la pensée de Jean-Yves Jouannais ne se veut pas une simple originalité à rebours, l’auteur n’est aucunement le soutien de l’impuissance ou du ressentiment.

Seulement, l’absence d’œuvres n’est pas nécessairement de ce côté-là non plus, à une époque où «bien des artistes véritables se passent de cette publicité souvent vulgaire», «cette publicité» étant l’œuvre elle-même. Loin d’être forcément un événement négatif, ne pas laisser de trace, pour Jean-Yves Jouannais, peut aussi être «plutôt la caution d’un projet hédoniste où la discrétion le dispute à la passion». «Pour faire pièce à ce que la mauvaise foi des tenants de l’art comme religion, la duplicité des marchands-gestionnaires de stocks, la crispation des théoriciens en mal de matériels», pour rester à l’écart de tout marché d’art, la «figure lumineuse et libre de l’artiste sans œuvres» serait le recours sans recours de certains «artistes véritables»

JEAN-YVES JOUANNAIS Artistes sans œuvres. I would prefer not to Verticales/phase deux, 212 pp., 17,90 euros.

Mathieu Lindon / Libération

13.4.09

En boucle



"Le Feu follet est un film qu'on peut voir cent fois, mille fois. On peut le voir en plein air, dans des salles vides, des ciné-clubs de province, sur des chaînes cablées, dans ses versions DVD. On peut le voir à plusieurs ou accompagné, en semaine ou le dimanche soir, vautré sur un canapé avec une boîte de Fingers Cadbury." (Eric Neuhoff in Les insoumis, Fayard, mars 2009)

7.4.09

"Une prise et la terre tourne." (Jacques Rigaut)




Les Cahiers de Libération sont à vendre. Plus exactement, quelques rares exemplaires de cette revue parue lors de la dernière guerre seront proposés demain à Paris chez Sotheby’s, lors la dispersion aux enchères de la bibliothèque de Christophe d’Astier (libraire, éditeur, bibliophile).

Cet ensemble inclut - pour un petit tiers - la bibliothèque du père de Christophe, Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969), le fondateur du mouvement de résistance «Libération Sud». Il édita le quotidien Libération première manière (le titre sera cédé en 1973 à Jean-Paul Sartre et Serge July), ainsi qu’une petite revue, les Cahiers de Libération, qui connut quatre numéros tirés à très peu d’exemplaires entre septembre 1943 et mars 1944. Y ont écrit, sous pseudonyme, Aragon, Bernanos, Camus, Eluard, Paulhan et Seghers, entre autres. Le numéro 1 contient la première publication du Chant des partisans, ainsi qu’un édito qui s’achève par ces mots : «Il faut que dans l’ombre, sous la menace, la pensée française cherche ses thèmes pour demain […]. Voilà pourquoi nous offrons à l’élite intellectuelle, contrainte à se taire, une tribune».

Le reste de la vente est composé principalement d’éditions originales des bons auteurs du XXe siècle, avec en particulier de nombreux ouvrages de Georges Bataille. Soit au total environ 400 lots évalués à plus de 500 000 euros.

Addiction. Il flotte sur cette bibliothèque un parfum d’érotisme et de drogues. Côté psychotropes, Opium de Jean Cocteau, Connaissance par les gouffres d’Henri Michaux, Toxique de Françoise Sagan (illustrations de Bernard Buffet), l’Opium d’Albert de Pourville, De la recherche toxicologique de la cocaïne du Dr Sonnié-Moret, etc. Emmanuel d’Astier fut lui-même fumeur d’opium, jusqu’à l’invasion allemande qui le fit partir dans le sud où il soigna son addiction à coups de bains chauds. Dans un registre connexe, quelques rares manuscrits de Jacques Rigaut, dont la toxicomanie puis le suicide ont inspiré à Pierre Drieu La Rochelle le Feu follet, la Valise vide et l’Adieu à Gonzague.

Au registre photos, car il y en a aussi, un peu de tout : des portraits par Lee Miller (dont celui d’Astier), par Man Ray (dont Drieu et d’Astier, qui furent amis avant de devenir ennemis politiques), un cliché fait par Lewis Carroll évalué entre 12 000 et 14 000 euros, et, plus récent, un recueil de Larry Clark sur les junkies à Tulsa dans les années 60.

Sacrifice. Le clou de la vente est le seul exemplaire connu de la plaquette A partir de maintenant…, réalisée par Georges Bataille pour les membres de la société secrète Acéphale. Il s’agissait, entre autres, d’aller faire un sacrifice humain dans la forêt. La plaquette comprend un plan des lieux. Faute de victime consentante, Bataille se proposa, mais les autres refusèrent. Estimation: entre 14 000 et 18 000 euros.

Edouard Launet / Libération du 7/04/09

2.4.09

Juliette tourne la page Flammarion



"Juliette Joste quitte Flammarion où elle occupait le poste d'éditeur pour la littérature française. Elle y a édité près de deux cents titres. Entrée en 1993 au département international après avoir été agent avec Olivier Nora au Bureau du livre français à New York, elle devient ensuite éditeur et travaille avec Raphaël Sorin, Frédéric Beigbeder, Teresa Cremisi et Gilles Haeri. Désireuse de mettre son expérience au service de nouveaux projets (accompagnement d'auteurs, élaboration et apport d'idées, partenariats.), Juliette Joste assurera également des missions spécifiques (événementiel, enquêtes prospectives...) dans le domaine éditorial."

J'ai publié deux livres chez Flammarion (période Raphaël Sorin) sous la responsabilité éditoriale de Juliette Joste : une anthologie de correspondance amoureuse et une compilation des romans d'Emmanuel Bove. Je garde un excellent souvenir de cette collaboration et souhaite à Juliette de nouvelles et belles aventures dans la République des Lettres.

27.3.09

Mauvaises habitudes


Lettre de Jacques Rigaut à Emmanuel d’Astier de la Vigerie

Sotheby’s mettra en vente le 8 avril à Paris la collection de Christophe d’Astier de la Vigerie qui regroupe la bibliothèque personnelle de Christophe d’Astier - plus une bibliothèque de textes qu’une bibliothèque d’exemplaires - et de son père, Emmanuel d’Astier de la Vigerie - écrivain, homme politique et l’un des premiers résistants français – (environ 400 lots estimés 500.000 à 650.000 €). Centrée autour d’œuvres majeures du XXème siècle tant françaises (Aragon, Breton, Cohen, Char, Michaux, Gracq, …) qu’étrangères (Kafka, Irving, Joyce, Garcia Marquez, Lowry, Miller, …), la collection d’Astier regroupe également quelques auteurs du XIXème siècle comme Balzac, Gautier, Rimbaud et Lautréamont, de sublimes photographies aux signatures incontournables (Lewis Carroll, Man Ray, Lee Miller,…), un historique ensemble autour de la Résistance (de Gaulle, Kessel, Aubrac, Vercors,…), 10 lettres de guerre inédites de Jacques Vaché dont la toute première connue et enfin, dans un catalogue séparé, une des collections d’ouvrages de Georges Bataille les plus complètes, avec le seul exemplaire connu du petit fascicule destiné aux membres de la société secrète Acéphale ou l’exemplaire du Bleu du ciel dédicacé à André Breton.


LOT 268

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE INÉDITE À EMMANUEL D'ASTIER.
20 WEST 48TH ST., [NEW-YORK], 29 SEPT. 1928.
RIGAUT, JACQUES

2,000—2,500 EUR




CATALOGUE NOTE


« 20 West 48th Str.
Cher d'Astier, j'aurai besoin de quelques 5 à 7 et 11 à 3 pour vous faire part de trop d'épisodes, plus faits pour le plaisir de mes amis que pour le mien. Si vous vous décidez à écrire, mauvais ami, répondez 1) Grace 2) mauvaises habitudes. 3 [mot illisible] et mentionnez les acquisitions récentes. [...]
Entre autres moyens de gagner de l'argent, je vous signale celui de poursuivre en dommages et intérêts (entre $ 25. 000 et 50.000) un écrivain américain Louis Broomfield qui met en scène dans son dernier roman un R.P. d'Astier. [...] ».

1) Rigaut fait allusion à la première femme de d'Astier, Grace Temple Roosevelt (voir lot n° 18). Lui aussi a épousé une Américaine, qui le quitte un an après leur mariage.
2) Rigaut fait allusion ici à sa toxicomanie, cause de sa déchéance à New-York, qu'il quitte après deux ans seulement, un mois après la rédaction de cette lettre. De retour à Paris, il vit dans une maison que lui prête Chadourne (voir lot n° 66), il tente de se désintoxiquer, et se suicide un an après (voir lot n°114).
"Très proches dans les années 20, réunis tant par des amis communs (Chadourne, Drieu, etc.) que par leur pratique de l'opium, les deux hommes, racontera d'Astier, firent une tentative d'expérience homosexuelle qui « tourna court très vite dans un éclat de rire partagé ». Les lettres de Jacques Rigaut sont d'une insigne rareté : Jean-Luc Bitton qui travaille depuis plusieurs années sur sa biographie en a retrouvé moins d'une soixantaine sur les deux continents."

LOT 66


[CHADOURNE, PAUL -- DRIEU LA ROCHELLE, PIERRE -- RIGAUT, JACQUES].
ET PUIS MERDE !
PARIS, LES LIBRAIRES ENTRE LES LIGNES, 1998.


[CADAVRE EXQUIS]

150—180 EUR

DESCRIPTION


édition originale. In-8 (210 x 120 mm), broché.

illustration : 2 photographies hors texte contrecollées.

tirage : exemplaire n° 2, un des 2 sur Japon Hosokawa justifiés par une photo inédite de Chadourne, Drieu, Peignot et Rigaut (tirage de tête d'un tirage total de 152 ex.).

LOT 269

PAPIERS POSTHUMES AVEC UNE PHOTOGRAPHIE INÉDITE PAR MAN RAY.
PARIS, AU SANS PAREIL, 1934.
RIGAUT, JACQUES

200—300 EUR

DESCRIPTION




édition originale. In-8 (212 x 143 mm), broché.

illustration : photographie de l'auteur par Man Ray en frontispice.

tirage : un des 300 exemplaires sur vélin de Montgolfier.

pièce jointe : [Rigaut, Jacques]. Propos amorphes, in Action. N° 4, juillet 1920, in-8 (239 x 187 mm), broché.

CATALOGUE NOTE

Le premier feuillet blanc et le faux-titre des Papiers posthumes ont été lavés. Le faux-titre porte encore les très légères traces d'une inscription effacée.

LOT 267

LES MœURS – DIGESTION (ROMAN D'UN JEUNE HOMME PAUVRE).
PARIS, [LITTÉRATURE N°18, 1921].

RIGAUT, JACQUES

3,200—3,600 EUR

DESCRIPTION

épreuves corrigées, 2 pp. sur 2 ff. in-8 (206 x 134 mm), montés sous protections rhodoïdes. Chemise et étui de percaline verte, titre au palladium (Laurenchet).

pièce jointe : Rigaut, Jacques. Agence générale du suicide. (Roman d'un jeune homme pauvre). Paris, Jean-Jacques Pauvert, collection « Le Lycanthrope (4) », 1959. Edition en partie originale. Il n'a pas été tiré de grand papier.

CATALOGUE NOTE

Ces épreuves corrigées, destinées au n° 18 de Littérature, font apparaître pour la première fois, de la main de l'auteur, le titre définitif de ce texte.


LOT 114


LA VALISE VIDE IN LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE N° 119.
PARIS, N.R.F., 1923.


DRIEU LA ROCHELLE, PIERRE

400—500 EUR


DESCRIPTION


édition originale. In-8 (207 x 140 mm), broché.

tirage : un des 100 exemplaires de tête.

pièces jointes : -Drieu la Rochelle, Pierre. Le Feu follet. Paris, Gallimard, 1931. Edition originale. In-8 (188 x 110 mm), broché, un des 647 exemplaires sur pur fil.
-Drieu la Rochelle, Pierre. Le Feu follet suivi de Adieu à Gonzague. Paris, Gallimard, 1963. Edition en partie originale. In-8 (187 x 111 mm), broché, complet de sa jaquette illustrée.

CATALOGUE NOTE

Texte de 44 pages consacré à Jacques Rigaut (voir les lots 267 à 269) et dédié à Paul Eluard.
L'émouvant Adieu à Gonzague qui clôt la réédition du Feu follet complète et adoucit résolument, La Valise vide. La jaquette de l'ouvrage reproduit une photographie de Maurice Ronet, bouleversant interprète du film éponyme de Louis Malle.

L'intégralité du catalogue (avec les photos des lots) est en ligne ICI

25.3.09

Rigaut si é fermato a Amalfi


Hôtel Luna, Amalfi.

"L'été suivant, je me trouvais en Italie, sur le petit bateau d'un ami dans le golfe de Naples." (Ecrits, Jacques Rigaut) J.R. s'est arrêté à Amalfi... Il est descendu à l'Albergo della Luna, L'auberge de la Lune, un ancien couvent byzantin qui fut la demeure d'Ibsen et de saint François d'Assise.

Ce soir sur France 3, à 20H35, l'émission "Des racines et des ailes" propose : "L'Italie côté sud : Naples, Capri et Amalfi".

22.3.09

L'ami musicien



Qui était cet ami musicien avec lequel Soupault et Rigaut se promenaient à Montparnasse? Merci à François Buot (biographe de Crevel, Tzara et Nancy Cunard) et à François Martinet (directeur des Cahiers Soupault) pour m'avoir signalé cet envoi autographe de Philippe Soupault à Georges Hugnet inséré dans un exemplaire du roman Le Nègre (éditions Kra, 1927), un des lots de la vente d'ouvrages surréalistes proposée par le libraire Claude Otorelo à Drouot le 27 mars 2009 à 14H.


"Un court roman de Philippe Soupault, Le Nègre (1927) fournit un remarquable exemple de cette vision. Son héros, « nègre d’origine inconnue », maquereau, bookmaker, trafiquant de drogue, assassin, sait rire de tout. Il est cruel mais il est libre « parce qu’il n’a pas voulu accepter les “menottes forgées par l’esprit’’ ». Après avoir tué une prostituée nommée Europe, il finit par aller à l’Afrique, ce continent « qui lui est encore inconnu et que seul son sang appelle ». Présenté comme un « réquisitoire contre la civilisation européenne », Le Nègre brode en une langue extraordinaire les espoirs impossibles de la régénération par l’Autre, l’insatisfaction qui sourd de l’incapacité à se perdre vraiment." (Denis-Constant Martin)

10.3.09

Le noir était sa couleur

Accueil à la chapelle du cimetière des Rois

Tombe de Grisélidis Réal

Tombe de Grisélidis Réal

Tombe de l'écrivain argentin José Luis Borges

Grisélidis Réal


L'écrivain suisse Grisélidis Réal est décédée en 2005, à l'âge de 75 ans. Elle consacra sa vie à la défense et à la reconnaissance des droits des "travailleurs et travailleuses du sexe" et à lutter contre l'hypocrisie générale face à la prostitution. Sa dernière volonté (ou dernier pied de nez) d'être inhumée au prestigieux cimetière des Rois à Genève n'avait pas été respectée. Il faudra attendre le 9 mars 2009 pour que ses cendres soient enfin exhumées du cimetière du Petit-Saconnex et transférées au Panthéon genevois. Une reconnaissance tardive de la part de ses compatriotes qui n'a pas été appréciée par quelques notabilités locales et bien-pensantes. La reine des putes dans un cimetière de Rois, ça fait désordre dans le très lisse cimetière helvète qui habituellement n'accepte que des femmes de... Le jour du transfert des cendres, le quotidien la Tribune de Genève titrait en Une "La colère gronde", comme si une foule de féministes hystériques allait déferler sur le cimetière. Prudentes, les autorités avaient même prévu quelques policiers au cas où ça tournerait mal. La cérémonie se déroula finalement dans le calme et l'émotion devant environ 200 personnes qui écoutèrent attentivement les témoignages de ceux qui avaient connu celle qui fut avant tout une femme de lettres (et de coeur), dont entre autres l'ami écrivain Jean-Luc Hennig mais aussi son dernier éditeur Yves Pagès. Puis, sous un ciel pluvieux, les cendres furent descendues en terre accompagnées de quelques roses, à une dizaine de mètres de l'endroit où reposent les restes de l'écrivain argentin José Luis Borges. Une rencontre posthume qui faillit ne pas avoir lieu puisqu'à l'initiative des autorités argentines, la dépouille du célèbre écrivain devait subir également un transfert dans son pays d'origine. La polémique fut de courte durée, Borgès pourra continuer à reposer en paix aux côtés de la "putain révolutionnaire", une compagnie qui ne doit pas lui déplaire. Parfois, les vivants font bien rire les morts.


Avant de mourir, Grisélidis Réal avait écrit son propre éloge funèbre :

"En écoutant de la musique (sud américaine) et du Chianti à portée des lèvres. Et d’abord, je vous interdit de pleurer !! Riez, oui, souriez, gueulez, ou taisez-vous à cette évocation de cette vie qui fut mienne et qui restera, à jamais, enterrée… l’heure venue. Oui j’ai vécu, et j’ai surtout CREVE, bien avant l’heure, de tout : crevé de faim, de l’absence de père, d’une mère trop sévère et pourtant trop aimante, crevé de tuberculose, d’échecs scolaires, d’angoisse devant la police, des marches la nuit pour trouver du fric, crevé d’amour (oh mes amours ratées, assassinées par la morale, par la soif immense du manque de l’autre et de soi-même, mutilées par l’inconnaissance…). Oui j’ai eu quatre enfants, par hasard car à l’époque la pilule n’existait pas, et j’ai été onze fois enceinte, et toutes les larmes du monde ne ressusciteront pas ces pauvres embryons innocents massacrés à coup d’avortements et de fausses couches plus ou moins officiels et sanglants, le dernier en prison. Qu’on me pardonne : la planète est déjà surpeuplée, 40’000 enfants meurent chaque jour de faim ou de mauvais traitements, sauvez-les donc au nom de Dieu !! Ce Dieu auquel je ne crois plus, il y a trop d’horreurs, de guerres, de tueries… Moi qui ai 70 ans, qui vais donc bientôt crever d’avoir trop crever, et trop vécu sans doute… Trente ans de prostitution, ça marque, ça use le corps et l’âme et vous donne pourtant un immense amour de la vie, et du respect humain des souffrances de l’Autre, de sa solitude, de son désespoir d’être privé de femme et de tendresse, de ses propres échecs qui rejoignent les vôtres, et si l’Au-delà existe, je souhaite y danser sur des musiques tziganes, boire des alcools merveilleux, et retrouver mes hommes, ceux que j’ai aimés, ceux que j’ai haïs, aidés, soulagés, espérés, attendus, refusés, réconfortés et portés par dessus tous les préjugés, les tabous, les hypocrisies de cette morale malade et inhumaine dont je n’ai pas crevé, je m’en suis simplement évadée vers plus de liberté au péril de ma vie. AMEN "


Reportage vidéo :

Témoignage de Jean-Luc Hennig


Témoignage de Yves Pagès




Inhumation


8.3.09

"Love to be sold"


Jacques Rigaut au début des années 20.

ROMAN D'UN JEUNE HOMME PAUVRE

On n'a fait tant de place à l'amour que parce qu'il dépassait en utilité le reste des choses. A mesure que l'argent se fait plus nécessaire, plus exigeant, il devient plus admirable, plus aimable, comme l'amour. - On pourra soutenir le contraire avec autant de bonheur. - Je supporte plus facilement ma misère dès que je songe qu'il y a des gens qui sont riches. L'argent des autres m'aide à vivre, mais pas seulement que comme on suppose. Chaque Rolls Royce que je rencontre prolonge ma vie d'un quart d'heure. Plutôt que de saluer les corbillards, les gens feraient mieux de saluer les Rolls Royce.

Penser est une besogne de pauvres, une misérable revanche. Quand je suis seul, je ne pense pas. Je ne pense que quand on m'y force ; les contraintes, le petit examen à préparer, les exigences paternelles, ce métier qu'il va falloir subir, tout effort salarié me mènent à penser, c'est-à-dire à décider de me tuer, ce qui revient au même. Il n'y a pas 36 façons de penser ; penser, c'est considérer la mort et prendre une décision. - Autrement, je dors. Eloge du sommeil ! pas seulement le magnifique mystère de chaque nuit, mais l'imprévoyante torpeur. Mes compagnons de sommeil, c'est près de vous que j'imagine une existence satisfaisante. Nous dormirons derrière le clapotis de nos cylindres, nous dormirons les skis aux pieds, nous dormirons devant les villes fumantes, dans le sang des ports, au-dessus des déserts, nous dormirons sur les ventres de nos femmes, nous dormirons à la poursuite de la connaissance, armés de tubes de Crookes et de syllogismes, - les chercheurs de sommeil.

Quand je roule dans ma n HP, que les poètes prennent garde, qu'ils ne s'attardent pas sur les refuges des avenues, sans quoi je pourrais bien en faire quelques faits-divers ! Ce penseur dédaigne les dollars, bien sûr ! il tient dans sa main des réalités aussi immédiates, bien sûr ! En attendant, il est là, sur un trottoir, un numéro à la main, sollicitant une place dans un autobus, P. 11 et comme je passe près de lui dans ma voiture et que je souris de plaisir en l'éclaboussant, lui et quelques autres mal nourris, il murmure :

- Imbécile !

- Toi même ! je dors. Toi, dans ton bureau, tu t'irrites ou tu t'ennuies, tu penses à la mort, sale victime ! L'amour, ton intelligence ! tout de même, on se laisser aller à quelque indulgence pour ces femmes, quand on se rappelle quels rivaux elles ont donnés à leurs poètes d'amants ! Attendez un peu que je sois l'homme le plus riche du monde et vous verrez qui sera préposé aux ignobles besognes chez moi ! Taisez-vous ! Les penseurs panseront mes autos ! Riez maintenant ! Ne sentez-vous pas le mérite de mes millions ; qu'ils sont la grâce ? J'aurai enfin la première balance exacte ; je sais le prix des choses, tous les plaisirs sont tarifés. Consultez la carte. Love to be sold. Me voici assuré contre les passions ! Le consentement des gens, je m'en passe, et si les sacrifices et l'à contre-coeur le remplacent, je me frotte les mains.

Un homme qui me veut du bien, mais qui a vingt ans de plus que moi, m'offrait comme moyens d'existence, afin de ne pas m'écarter de cette vie spéculative pour quoi j'avais témoigné tant de dispositions, tu parles ! de classer des fiches dans une bibliothèque et de composer une anthologie des pensées d'un grand capitaine ou d'un monarque. D'effarement, je ne pus répondre à ce brave homme que j'espérais bien passer en Cour d'Assises avant d'en être réduit à de pareils travaux. Dieu soit loué ! il y a la Bourse, dont l'accès est libre même à nous qui ne sommes pas juifs. Il y a d'ailleurs bien d'autres façons de voler. Il est honteux de gagner de l'argent. Comment les médecins peuvent-ils ne pas rougir quand un client pose un billet sur leur table. Dès qu'un monsieur se met dans le cas d'accepter d'un autre quelque argent, il peut s'attendre à ce qu'on lui demande de baisser son pantalon. Si on ne rend pas de service bénévolement, pourquoi en rendrait-on ? Je vois bien que je volerais par délicatesse.

La petite V vient d'épouser un riche garçon ; elle l'aime. Ce n'est pas son argent qu'elle aime, elle l'aime parce qu'il est riche. La richesse est une qualité morale. Les yeux, les fourrures, la santé, les jambes, les mains, la 12 Packard, la peau, la démarche, la réputation, les perles, les parti-pris, le parfum, les dents, l'ardeur, les robes qui sortent de chez le grand couturier, les seins, la voix, l'hôtel Avenue du Bois, la fantaisie, le rang dans la société, les chevilles, les fards, la tendresse, l'adresse au tennis, le sourire, les cheveux, la soie, je ne fais pas de différence entre ces choses, et aucune d'entre elles n'est moins capable de me séduire que les autres.

P. 12 On n'a jamais vécu que de possibilités et c'était tout de même autre chose que le balcon de Juliette, ce petit cube bleu qui circulait - à des épaisseurs variables - d'un joueur à l'autre sur le tapis vert de la salle de Baccara. Un gros coup. Autour de la table, les visages fonctionnaient au ralenti, les sourires se déclanchaient avec peine, puis s'immobilisaient des doigts qui tremblaient. J'ai deviné ce qu'était le respect quand j'ai vu, au petit matin, cette femme qui emportait dans son sac plusieurs années d'insolence, rencontrer sur la route, en sortant du casino, les pêcheuses de crevettes, qui revenaient de la mer, mouillées, chargées de filets, les pieds nus.

Jeune homme pauvre, médiocre, 21 ans, mains propres, épouserait femme, 24 cylindres, santé, érotomane ou parlant l'Annamite. Ec. Jacques Rigaut, 73, bld Montparnasse, Paris VIe.

Jacques RIGAUT.


Texte publié dans la revue Littérature en mars 1921

3.3.09

Vertige


Le saut dans le vide by Yves Klein, 1960.

Il jubile. Une brune aux lèvres, une blonde à la main, Yukio Shige se pose quelques instants. Assis face à un minuscule téléviseur, il boit les paroles d’un député qui interpelle le Premier ministre japonais, Taro Aso. «Avez-vous l’intention d’écouter les bénévoles qui travaillent à Tojimbo ?» harponne le parlementaire. Tojimbo ? Un site superbe de majestueuses falaises qui s’abîment dans une mer du Japon écumante, à 400 km au nord-ouest de Tokyo. Tous les ans, 900 000 touristes se pressent sur ces hauteurs glissantes fouettées par les embruns, avant de regagner leur bus.

Pour d’autres, Tojimbo est un terminus. Ils attendent le crépuscule, puis se jettent dans le précipice quand le soleil sombre dans les flots noirs. En dix ans, 257 personnes ont fait le saut fatal. Le «bénévole» Yukio Shige n’a pas pu les rattraper. Et la colère qui anime depuis cet ancien policier reconverti en vigie tenace alimente un activisme communicatif. «C’est un homme précieux dans la prévention du suicide, qui a su se bouger tout seul dans son coin. Un type que les collectivités locales devraient soutenir», salue Yasuyuki Shimizu, le directeur de l’ONG Life Link qui fait autorité au Japon.

Trop longtemps, autorités locales et gouvernement japonais ont refusé de voir que Tojimbo, petit port de pêche paisible, était devenu une destination morbide dans ce pays qui bat de funestes records : 33 000 suicides en 2007 (trois fois plus qu’en France), 90 par jour en moyenne ! Alors aujourd’hui, Yukio Shige n’est pas mécontent d’entendre le nom de Tojimbo résonner dans les travées de la Diète, le Parlement nippon. Le mérite lui en revient.

Il s’amuse devant les volontaires de son ONG réunis en communion silencieuse devant le petit écran : «Vous croyez que je dois maintenant me rendre à Tokyo pour aller convaincre les élus ?» Raillerie et défiance. Shige tient presque une revanche. Lui qui a déboursé de sa poche 3,3 millions de yens (27 000 euros) - «sans un yen d’aide publique» - pour créer son ONG dans un modeste deux pièces. Lui qui parcourt avec ses jumelles le kilomètre et demi de crêtes pour dissuader les candidats au suicide. Lui qui s’enorgueillit d’avoir sauvé du gouffre «175 personnes depuis quatre ans et neuf mois». Le dernier en date, il l’a récupéré au bord de la falaise le 26 janvier. «Il neigeait, il faisait froid, la mer était démontée, la nuit tombait.» Cet homme de 38 ans venait d’être remercié de son emploi d’intérimaire. Shige a appelé ses parents et l’a remis dans le train avec quelques yens en poche et une bonne dose de réconfort. Trois jours plus tôt, «Monsieur Attends-Une-Minute» - le surnom de Shige, qui use de cette expression pour empêcher les suicides - avait ferré un autre déboussolé, de 23 ans. Seul et pareillement viré à la fin de son contrat. Il est aujourd’hui dans les murs de l’association, en quête d’un toit et d’un job. Shige le couve du regard sans condescendance, ni misérabilisme. Pour lui, Shige est d’abord l’un des 77 volontaires de son association.

A 65 ans, l’ex-policier à l’allure altière n’est pas du genre à se morfondre. «Il n’est jamais dans la complainte ou l’attente, juge Yasuyuki Shimizu. Par ses actions, il a encouragé beaucoup de gens à s’engager.» Cet amateur de saké, père de quatre enfants, est un jouisseur revendiqué de plaisirs simples : randonnée, escalade en altitude, repas en famille ou entre amis. Capable de s’octroyer chaque mercredi un jour de «respiration» pour enchaîner longueurs de piscine, parties de jeu de go ou marches sur son saxophone ténor. C’est peut-être l’une des forces de ce sage respecté par un bon nombre de Japonais.

On s’étonne de voir un policier métamorphosé en travailleur social. Inclination philosophique ? Démarche spirituelle ? Shige balaye tout d’un revers de main, comme il nie tout passif familial douloureux. Une lettre d’un couple âgé reçue en 2003 l’a bouleversé. Il s’agissait d’un mot d’adieu adressé à celui qui les avait sauvés à Tojimbo cinq jours plus tôt en les remettant aux autorités. Puis le couple avait rebondi de bureaux en guichets, de villes en villages, avant de s’entendre dire : «Si vous voulez mourir, allez-y, mourrez.» Ils s’étaient pendus. Shige n’a «jamais pardonné».

Retraité, il fonde son association en mai 2004. L’ange gardien aux larges épaules ramassées dans une chemise de bûcheron n’a pas troqué ses quarante-deux années de service contre un repos bien mérité, synonyme de mort lente. «Je m’active un peu pour éviter de devenir sénile», rit-il. Le portable pendu autour du cou sonne sans arrêt. Il reçoit déchaussé sur un tatami qui fait office de bureau, impressionnant de calme et d’écoute. Sans donner l’impression qu’il charrie à longueur de journée de la souffrance. Le gâteau de riz, traditionnellement servi chaud avec du radis blanc, attend dans l’arrière-cuisine. C’est le plat qu’il offre à ceux qu’il ramène du gouffre, après les avoir approchés doucement. «Tous sont dans l’attente d’une aide, d’un mot. Souvent, quand je leur dis bonjour, ils éclatent en sanglots.»

Yukio Shige tient un agenda précis de ses activités tous azimuts, sans jamais jouer au comptable fataliste de l’hécatombe nationale. Il enrage surtout contre «les administrations qui portent une responsabilité criminelle». Comprenez les autorités municipales qui ont «refusé l’installation de signaux et l’organisation de tours de garde pour ne pas nuire à l’image de Tojimbo. Les électeurs ont eu le dernier mot», note perfidement Shige, qui ne boude pas pour autant le chemin des urnes. Il est aussi véhément avec les agences touristiques qui exploitent sans vergogne le filon malsain du «circuit mystérieux». Lisez : sur la piste des suicidés. Et combat «les pousse-au-suicide : les usuriers, les managers, les enseignants, les patrons qui abusent de leur pouvoir».

Ce discours porte à peine dans un pays qui, vaille que vaille, persiste à ériger la valeur travail en indépassable raison d’être. Depuis dix ans, le Japon ne trouve pas la parade aux suicides massifs dont les causes ont moins à voir avec la tradition du seppuku - le rituel suicidaire des samouraïs - qu’avec les effets délétères d’une crise économique qui s’aggrave et mine une société par ailleurs en désarroi existentiel. La crise fournit déjà de nouveaux bataillons de suicidés que Shige voit débarquer.

Resté dans l’âme un fonctionnaire méticuleux, cet homme issu d’une famille ouvrière de Fukui (ouest) défend l’idée d’un service public à la personne. On dira que c’est son côté boy-scout. «La vie des Japonais est un atout précieux, c’est le trésor de ce pays, dit Yukio Shige. On ne peut pas tolérer ce qui se passe. Une partie du travail de la police consiste à protéger les gens.» Inutile de préciser que l’ex-responsable du poste de police n’entretient «pas vraiment de bonnes relations» avec ses anciens collèges. Ils n’ont pas été mécontents de voir partir l’empêcheur de tourner en rond qui les avait plongés dans l’embarras en rendant public les statistiques policières des suicidés à Tojimbo. Mais ils ne se doutaient pas que Shige les enquiquinerait encore plus une fois retraité.

Arnaud Vaulerin / Libération 03/03/2009

27.2.09

Des nouvelles de l'AGS : Final Exit Network VS Not Dead Yet



Le débat sur le suicide assisté aux Etats-Unis a été relancé par l'arrestation de quatre membres d'un groupe américain prônant le droit de mourir, soupçonnés d'avoir aidé un homme de 58 ans à mettre fin à ses jours en Géorgie.

Thomas Goodwin, président du groupe "Final Exit Network" (Réseau Issue Finale), et Claire Blehr, ont tous deux été arrêtés mercredi à Atlanta, avant d'être remis en liberté contre une caution de 66.000 dollars chacun.

Les autorités du Maryland ont pour leur part arrêté le directeur médical de l'organisation, le Dr. Lawrence Edbert, et Nicholas Alec Sheridan, un habitant de Baltimore, coordinateur régional pour le groupe. Ils ont comparu vendredi devant un tribunal du Maryland pour déterminer s'ils pourront être jugés en Géorgie.

La majorité des Etats américains prévoient de lourdes sanctions pour les personnes jugées coupables d'assistance au suicide. En Géorgie, la peine peut aller jusqu'à 5 ans de prison. L'Oregon et l'Etat de Washington ont en revanche légalisé le suicide avec assistance médicale.

Les autorités géorgiennes ont commencé leur enquête sur "Final Exit Network" après le suicide en juin dernier de John Celmer, 58 ans, atteint d'un cancer de la gorge et de la bouche. Selon elles, l'organisation pourrait être impliquée dans près de 200 autres décès aux Etats-Unis.

Les membres du réseau contestent le terme de suicide assisté, affirmant qu'en réalité, ils n'aident pas concrètement la personne à se suicider mais soutiennent et guident ceux qui ont décider de mettre fin à leur propre vie.

Selon le dossier judiciaire, Claire Blehr a détaillé chaque étape du procédé à un enquêteur qui avait secrètement infiltré le groupe en faisant semblant d'être intéressé par le suicide assisté.

Elle lui a dit qu'il devrait placer un sac sur sa tête et le gonfler grâce à une bonbonne d'hélium. Après quelques inspirations, "les lumières s'éteindraient", lui a-t-elle décrit.

Le parquet de Géorgie va chercher à prouver que les quatre personnes arrêtées ont violé une loi géorgienne de 1994 sur le suicide assisté, qui condamne toute personne faisant publiquement la promotion ou proposant d'"aider intentionnellement et activement une autre personne" à se donner la mort.

Selon Jerry Dincin, vice-président du groupe "Final Exit Network", les membres n'ont pas aidé activement les personnes à se suicider, mais les ont dirigé vers un manuel intitulé "The Final Exit" pour les guider étape par étape. "Si cette affaire va au tribunal, nous débattrons de la notion d'aide", a-t-il déclaré. "Si nous conseillons un livre à quelqu'un, peut-être est-ce considéré comme de l'aide par les tribunaux. Mais nous ne le pensons pas".

Les défenseurs du suicide assisté se sont emparés de l'affaire, estimant qu'il s'agissait d'une occasion pour relancer le débat sur la fin de vie.

Barbara Coombs Lee, présidente du groupe Compassion et Choix, affirme que les parlementaires devraient saisir l'occasion pour permettre aux personnes atteintes de maladies en phase terminale de "mourir paisiblement".

"Nous ne devrions pas rendre les gens honteux de vouloir une fin paisible à l'issue de leur vaillant combat", explique-t-elle.

Les opposants, eux, soulignent que ces arrestations mettent en évidence les problèmes liés aux organisations favorables au suicide assisté.

"Comment pourrait-ce ne pas être un meurtre?" s'interroge Stephen Drake, du groupe Not Dead Yet, opposé au suicide assisté et à l'euthanasie. "C'est de la prédation". "Ce sont des gens qui tirent satisfaction d'être présents lors de la mort. Ils ciblent un certain type de personnes", s'indigne-t-il.

Source : AP

25.2.09

Les parfums Rigaud





Belle haleine, eau de voilette, New York 1921

Lors de la vente aux enchères de la collection Saint Laurent-Bergé, ce flacon dessiné par Lalique et revisité par Marcel Duchamp (époque dada, une pièce unique) était estimé à 1,5 million d'euros, il a été vendu à 8,91 millions d'euros, un prix "record mondial" selon les spé-cia-lis-tes, ce qui en fait assurément le parfum le plus cher du monde. Son contenu initial était "Un Air embaumé" des parfums Rigaud...La vente de la collection a réalisé un chiffre d'affaires de 373,5 millions d'euros. Crise, vous avez dit crise? "L'art est une sottise!", s'exclamait Jacques Vaché. Selon Pierre Bergé l'argent de la vente ira à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent "reconnue d'utilité publique". La boucle est bouclée.

Nouvelles du front rigaltien : croisé Marc Dachy au théâtre de la Bastille lors d'une représentation de "Listen to me", une pièce d'Emma Morin, une adaptation remarquable d'un texte de Gertrude Stein qu'avait publié Marc dans sa revue "Luna Park". Il me confie avoir trouvé dans un fonds d'archives de revues de presse, un article avec une photo de Jacques Rigaut. Hâte de connaître le contenu de cet article et de savoir si cette image est inédite ou pas. To be continued...

16.2.09

"Il n'y a rien à faire, vous pouvez compter sur moi, je m'en charge"


Image by Patrick Hospital

S’il fallait le faire
J’arrêterais la Terre
J’éteindrais la lumière
Que tu restes endormi

S’il fallait pour te plaire
Lever les vents contraires
Dans un désert sans vie
Je trouverais la mer

Et s’il fallait le faire
J’arrêterais la pluie
On fera demi-tour
Le reste de nos vies

S’il fallait pour te plaire
T’écouter chaque nuit
Quand tu parles d’amour
J’en parlerais aussi

Que tu regardes encore
Dans le fond de mes yeux
Que tu y vois encore
Le plus grand des grands feux

Et que ta main se colle
Sur ma peau où elle veut
Un jour si tu t’envoles
Je suivrai si je peux

Et s’il fallait le faire
Je repouss’rais l’hiver
A grands coups de printemps
Et de longs matins clairs

S’il fallait pour te plaire
J’arrêterais la terre
Que tous tes mots d’hier
Restent à moi maintenant

Que je regarde encore
dans le bleu de tes yeux
Que tes deux mains encore
Se perdent dans mes cheveux

Je ferais tout plus grand
Et si c’est trop ou peu
J’aurais tort tout le temps
Si c’est ça que tu veux

Je veux bien tout donner
si seulement tu y crois
Mon cœur veut bien saigner
Si seulement tu le vois

Jusqu’à n’être plus rien
Que l’ombre de tes nuits

Jusqu’à n’être plus rien
Qu’une ombre qui te suit

Et s’il fallait le faire…

8.2.09

La-ti-ni-sm & dantzigisme




Merci aux latinistes qui pourraient me confirmer la traduction de cette citation évoquée par Jacques Rigaut dans une lettre : « Dillectissimae Rosae Jlus, cujus per dulce auspicium et benignam autoritaterm nihi concessum fruit non esse alteri ameris » Traduction proposée : "Julius à sa rose la plus délicieuse pour laquelle le doux espoir et sa bienveillante autorité ne concèdent rien d'amer pour autrui." (Merci à Sophie)

Lecture picorette cette nuit dans le Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig que je conseille pour lutter contre les insomnies. A la lettre B comme "Biographies", Dantzig donne son avis sur le genre :

" On n'a pas le temps de lire toutes ces biographies de 800 pages. Il faut vivre, tout de même." ça dépend de la vie en question, même si je suis d'accord sur le fait de privilégier la vie vraie et qu'il vaut mieux ne pas tirer à la ligne quand on écrit une biographie.

"Si les biographies étaient des romans, on arrêterait bien souvent de les lire à la page 12." ça manque de clarté, les meilleures biographies sont surtout celles qui se lisent comme des romans.

"Si la critique littéraire, c'est le mariage forcé, la biographie, c'est le mariage interminable." amusante et pertinente métaphore, mais le divorce vient à la parution.

"Et le plaisir de la vengeance : je me tue depuis des années à accumuler de la documentation au fond des bibliothèques à éclairage tuberculeux, et je ne la resservirais pas en entier ? Ils [les biographes] ressemblent aux parents qui laissent leurs enfants hurler dans les trains pour que les autres subissent autant qu'eux." hilarante comparaison finale, mais un peu de respect tout de même pour la partie ingrate du travail de biographe. Il faut bien que quelqu'un retrousse ses manches et mette les mains dans le cambouis comme on dit. Qui le ferait sinon? Il faut être très passionné et un peu fou d'ailleurs pour le faire. Quant à l'édition intégrale des documents, c'est au biographe de juger de leur importance pour le lecteur qui peut aussi sauter des pages.

"Les biographes d'écrivains se privent trop de l'analyse littéraire." ça dépend de l'analyse, certaines sont littéralement assomantes, terrain glissant, dans le doute on s'abstiendra, biographe et essayiste ne font pas forcément bon ménage.

"Que les biographes ont souvent un tempérament de détective privé, on le voit à l'indifférence avec laquelle ils reproduisent les plus dégoûtants détails, comme, dans la vie de Rimbaud par Lefrère, l'expertise médicale consécutive à l'arrestation de Verlaine qui venait de tirer sur Rimbaud à Bruxelles : elle précise le diamètre de sa dilatation anale. Quelle précision dans l'enquête!" flagrant délit d'injustice (et de mauvaise foi) pour le monumental travail de Lefrère, j'ai lu les 1200 pages de la biographie de Rimbaud et ne me souviens pas de cette précision certes scabreuse, comme quoi on ne retient que ce qu'on veut bien retenir.

"La biographie d'un biographe serait triste, car, à côté de la banalité de la vie propre à tout homme excepté quelques aventuriers, il manquerait cette chose enthousiasmante que laissent les bons écrivains, leurs livres." je ne me permettrai pas de généraliser ma propre vie, de plus il y a des vies d'écrivains plates et ennuyeuses et vice versa. On m'a annoncé hier soir qu'une biographie de Frédéric Beigbeder était en préparation...

Bref, la lecture de Dantzig est jouissive et en même temps irritante. Jouissive pour le côté érudit de l'entreprise et sa tonalité impertinente. Irritante parce que le lecteur sensible se rend compte au fil des pages que l'auteur "fait le malin". A malin, malin et demi.

P.S. : Henri Michaux ne souhaitait pas que ses livres soient publiés en poche. La parution du Dictionnaire égoïste de la littérature française en poche lui donne raison. Il faut être motivé ou courageux pour lire ce pavé de 1142 pages imprimé avec une très petite police et une encre qui semble disparaître une page sur deux. On ne félicite pas Le Livre de Poche & Grasset, ni l'auteur qui a validé cette impression. Le lecteur désargenté mérite plus de respect.

30.1.09

Biographie & BD



Quoi de plus cohérent que de raconter la vie tumul-tueuse d'un auteur culte de BD via la bande dessinée? Jean Teulé et Florence Cestac se sont associés pour enquêter, questionner, fouiller les archives, puis dessiner et scénariser la "life" de Charlie Schlingo, décédé en 2005, qui s'était auto-intronisé "monarque de la lose", une vie de cartoon avec ses hauts et souvent ses bas. Bel hommage posthume.

27.1.09

Punk vs Dada


Johnny Rotten


Jacques Rigaut

22.1.09

20.1.09

Pièce jointe



Montage/ Collage / Patrick Hospital / 2009

19.1.09

Bleu nuit



Montage de Jonathan

14.1.09

"Debout sur la cime du monde"


"Idole Moderne" Boccioni, 1911.

Les musées ont souvent sur moi un effet anxiogène. J'en sors toujours épuisé et irrité. Je les traverse au pas de course. Je n'ai jamais compris ces personnes qui peuvent rester des heures en contemplation devant un tableau. Mais je ne pouvais pas rater l'exposition consacrée au "futurisme à Paris" qui se tient actuellement au Centre Pompidou jusqu'au 26 janvier. Une TERRIBLE exposition qui m'a littéralement emporté. J'ai parcouru plusieurs fois à toute vitesse (hommage futuriste) les dix salles de l'exposition avec la sensation physique que les murs du musée avaient disparu, détruits par la force des peintres futuristes. Réconcilié par la violence. L'impression aussi que dadaïsme et futurisme ont raté leur rendez-vous.

"Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l'audace, et la révolte." (Filippo Tommaso Marinetti, Manifeste du futurisme, Le Figaro, 1909)

"Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles !" (Le Manifeste du futurisme, dernière phrase.)

"Qu'on cesse de bafouer le désir, cette attirance à la fois subtile et brutale de deux chairs qui se veulent, tendant vers l'unité. [...] Ce n'est pas la luxure qui désagrège et dissout et annihile, ce sont les hypnotisantes complications de la sentimentalité, les jalousies artificielles, [...] tout le cabotinage de l'amour."(Valentine de Saint Point, égérie futuriste)



11.1.09

Poésie de merde


Le poète Christophe Tarkos (1964-2004)
Photographie : Olivier Roller





Dans la série "quand nos amis font des choses bien, il faut en parler", je conseille aux Parisiens d'aller voir le spectacle de la Compagnie Udre-Olik, une mise en scène musicale des textes du poète Tarkos mort en 2004, ça se passe dans un lieu chaleureux comme on en fait plus à Paris, avec feu de cheminée et sourires à l'accueil. On est aux antipodes de l'institutionnelle "Maison de la Poésie"...et Tarkos est grand : "Poésie de merde, c'est-à-dire poésie qui ne fait pas (dans le sens : ne refait pas). Où l'on entend (outre que cette poésie ne tient pas à répéter ce qui fut déjà fait) une poésie qui ne la ramène pas (contre la pose poétique inspirée, ses profondeurs sensibles, ses vertiges métaphysiques ou son pathos pulsionnel); et une poésie qui ne trompe pas son monde : qui sait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait, exactement étalé sous les yeux." (Note de bas de page de la préface de Christian Prigent aux Ecrits poétiques de Tarkos, P.O.L, novembre 2008)

"Je reviendrai." (Christophe Tarkos)

3.1.09

J.R. & le surréalisme












Première découverte de l'année, dans le catalogue de l'exposition "Grand jeu et surréalisme", organisée par le musée des beaux-arts de la ville de Reims (décembre 2003 - mars 2004). Un portrait de J.R. faisant partie d'une composition de croquis de têtes réalisée par le peintre Maurice Henry publiée en 1950 dans l'Almanach du demi-siècle sous la direction d'André Breton. Ceux qui figurent dans cet assemblage sont censés représenter les références du surréalisme ou ceux qui l'ont inspiré, à l'instar de J.R. Selon Nelly Feuerhahn qui présente le dessin, la présence ou l'absence des pointillés sur les visages marque "le degré de fidélité à André Breton". Le visage sans point de Jacques Vaché occupe le centre de l'assemblage des portraits. On notera que sept personnes n'ont pas été identifiées...

1.1.09

Voeux




Jacques se joint à moi pour vous souhaiter le meilleur pour 2009 : "Pour aussi peu qu'elle me concerne, j'apprécie cette visite."

23.12.08

Palindromes & Inventaire & Football


Parc de la Vallée-aux-Loups


"Jean-Luc TU AGIRAS A RIGAUT aussi TU AGIRAS IVRE. MALSTROM ! MORTS, L'AMER VISA RIGAUT" Patrick Hospital


"Ci-dessous un inventaire composé par Ben Vautier à partir de google, "à lire d'un trait comme un poème ready made".
Bonnes fêtes de fin d'année !
Grégory


Antigone, condamnée à être emmurée, préféra se pendre.
Arthur Cravan, écrivain dadaïste, boxeur,
et neveu d'Oscar Wilde, sans doute suicidé par noyade
au cours d'une tentative de traversée de l'Atlantique à la rame.
Arthur Koestler, atteint de la maladie de Parkinson
et d'une leucémie, met fin à ses jours
par absorption de médicaments en 1983,
conjointement avec sa troisième épouse Cynthia.
Il défendait depuis longtemps l'euthanasie
volontaire et était vice-président de l'association « Exit ».
Alain Gibertie artiste peintre et Fluxus se suicide au fusil
en responsabilisant de ce suicide dans une lettre envoyée à ses amis,
sa copine de l'époque qui venait de rompre.
Alan Ladd fut trouvé mort dans son appartement en 1964,
à l'âge de 51 ans. Une expertise attribua la cause du décès
à un mélange d'alcool et de sédatifs.
Arshile Gorky se pend le 21 juillet 1948 à l'âge de 44 ans
par manque d'argent.
Benjamin Walter, le philosophe, se suicide le 26 septembre 1940,
la nuit de son arrivée en Espagne,
en absorbant une dose mortelle de morphine.
Bernard Buffet met fin à ses jours le 4 octobre 1999,
dans sa propriété du Midi.
Son nom est imprimé sur toute la surface du sac en
plastique noir qui recouvre son visage.
Ultime signature, dernière touche
à sa prochaine exposition sur la mort.
Bernard Lamarche-Vadel, écrivain et critique d'art,
se donne la mort le 2 mai 2000 dans son château de la Rongère,
en Mayenne où il vivait entouré de livres rares et d'animaux empaillés.
Bernard Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé,
se suicide après sa rétrogradation de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau,
dans la nuit du 4 décembre 1961.
Quarante huit heures avant le vernissage de son exposition,
à la Galerie Daniel Cordier à Paris,
Bernard Réquichot se jette par la fenêtre de son atelier.
Bruno Bettelheim s'est étouffé avec un sac en plastique
à Silver Spring dans le Colorado, le 13 mars 1990.
Il avait 86 ans.
Cesare Pavese le grand écrivain Italien,
se suicide le 26 août 1950 dans une chambre d'hôtel à Turin.
Son dernier texte : La mort viendra et elle aura tes yeux.
Charles Boyer s'est tué le 26 août 1978,
anniversaire de ses 81 ans, deux jours après que sa femme,
Pat Paterson, soit décédée des suites d'un cancer.
Chaval décida d'en finir à Paris, le 22 janvier 1968,
en ouvrant le gaz.
Christine Pascal, actrice et réalisatrice, se jette, en 1996,
par la fenêtre de sa clinique psychiatrique.
Cléopâtre, la reine d'Egypte, à l'âge de 39 ans,
s'est fait livrer un panier de figues contenant un aspic
à la piqûre mortelle.
Constance Mayer, femme peintre de l'École française,
s'est tranché la gorge avec le rasoir de son amant,
le peintre Pierre-Paul Prud'hon, le 26 mai 1821.
Dalida disparut par absorption de barbituriques et de whisky,
le 3 mai 1987, dans sa maison de Montmartre.
Diane Arbus, photographe américaine dépressive,
s'est donné la mort le 26 Juillet 1971 à New York (Down Town)
en avalant une quantité importante de barbituriques
et en s'ouvrant les veines.
Didon, princesse légendaire, Après l'assassinat de son époux
et ayant fait vœu de ne plus se remarier,
elle se jeta dans un bûcher pour échapper au mariage qui lui était imposé.
Edouard Levé, écrivain photographe -
« Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que de la vivre »
il dépose chez son éditeur son dernier manuscrit, Suicide,
trois jours avant de se donner la mort, en 2007, à l'âge de 42 ans.
Ernest Hemingway, se sentant devenir aveugle
et touché par la folie, se suicida en 1961,
alors qu'il avait toujours blâmé l'acte suicidaire de son père,
considérant cela comme une lâcheté.
Empédocle, médecin et philosophe grec,
banni de sa ville natale, se serait jeté dans l'Etna en fusion,
laissant au bord du cratère,
une de ses chaussures comme preuve de sa mort.
Ernst Ludwig Kirchner, en pleine ascension du nazisme,
voyant son art qualifié de "dégénéré" et ses oeuvres détruites,
se suicida à Davos en 1938.
Ernst Toller, l'écrivain allemand,
entré dans une profonde dépression à la suite du départ de son épouse,
s'est pendu dans sa chambre d'hôtel, le 22 mai 1939.
François Vatel, le fameux cuisinier du Grand Condé,
se suicida en 1671, en se transperçant le corps de trois coups d'épée,
car le poisson qu'il devait préparer n'était pas arrivé
pour le repas de la grande fête ducale.
Gabrielle Wittkop, écrivain à scandale,
se suicide le 22 décembre 2002.
Sur la couverture de ses éditions posthumes on peut lire :
« J'ai voulu mourir comme j'ai vécu : en homme libre ».
George Sanders L'acteur britannique s'est suicidé le 25 avril 1972
en ingérant un cocktail de Nembutal et de vodka
pour abréger les souffrances d'une longue maladie.
Il a laissé ce simple mot pour expliquer son geste :
« Je m'en vais parce que je m'ennuie.
Je sens que j'ai vécu suffisamment longtemps.
Je vous abandonne à vos soucis
dans cette charmante fosse d'aisances. »
Georgette Agutte, peintre fauve et sculpteur,
se donne la mort le 5 septembre 1922 à Chamonix,
après la mort de son mari, Marcel Sembat :
« Voilà douze heures qu'il est parti. Je suis en retard ».
Ce sont ses derniers mots sur un billet avant de se suicider.
Gérard de Nerval, l'écrivain poète,
a été retrouvé le 26 janvier 1855,
pendu aux barreaux d'une grille, rue de la Vieille-Lanterne à Paris.
(Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche).
Ghérasim Luca, poète roumain d'expression française
s'est suicidé, en 1994.
« Pas de place dans le monde pour la poésie »
disait-il. Il s'est jeté dans la Seine à l'âge de 81 ans.
Gilles Deleuze, philosophe français,
s'est défenestré le 4 novembre 1995.
« Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie ».
Il était tuberculeux et acceptait quand même que pendant ses cours,
à Vincennes, les étudiants fument.
Guy Debord s'est tiré une balle dans le cœur,
le 30 novembre 1994.
Il semble n'avoir laissé aucun message pour justifier son geste.
Heinrich Von Kleist Après l'échec de sa dernière pièce,
le Prince de Hambourg,
se donna la mort le 21 Novembre 1811 avec sa compagne Henriette Vogel,
atteinte d'un cancer, sur l'île aux Paons du lac de Wann,
près de Potsdam.
Henri de Montherlant se suicide en 1972
par crainte de devenir aveugle :
« Le suicide est le dernier acte par lequel un homme
puisse montrer qu'il a dominé sa vie ».
Ian Curtis, le chanteur de Joy division,
s'est pendu le 18 mai 1980, chez son épouse Deborah Woodruffe.
Jackson Pollock, le grand peintre abstrait américain,
ayant à nouveau sombré dans l'alcool,
et alors qu'il n'avait plus rien produit depuis des années,
meurt dans un accident de voiture le 11 août 1956
dans la petite ville de Springs.
Accident dont certains proches pensent qu'il était un suicide.
Jacques Rigaut, « l'excentré magnifique »,
se suicide en 1929 d'une balle tirée en plein cœur

Jacques Vaché, écrivain et ami d'André Breton,
se suicide par absorption d'une trop forte dose d'opium.
Breton rapporte les propos tenus par Vaché
quelques heures avant sa mort
: « Je mourrai quand je voudrai mourir…
Mais alors je mourrai avec quelqu'un…
de préférence un de mes meilleurs amis ».
Jean Eustache Le cinéaste
se tire une balle en plein cœur en 1981.
Sur la porte de sa chambre, il avait punaisé une carte :
« Frappez fort. Comme pour réveiller un mort. »
Jean-Louis Bory, écrivain et critique de cinéma l français,
se suicide dans la nuit du 12 juin 1979.
Jean Seberg, actrice et femme de Romain Gary,
s'est suicidée aux barbituriques en 1971.
Jocaste, mère et épouse d'Œdipe,
prenant conscience de son crime, se pendit.
Judy Garland, actrice américaine et chanteuse,
se suicide d'une overdose de barbituriques.
Jules Pascin (Julius Mordecai Pincas, dit Pascin),
peintre d'origine bulgare, naturalisé américain,
appelé aussi « le Prince de Montparnasse »,
s'ouvre les veines le 2 juin 1930 à Paris puis,
la mort n'arrivant pas assez vite, se pend.
Karel Svoboda, compositeur tchèque des musiques
des dessins animés Maya l'abeille et Vic le Viking,
se suicide d'un coup de feu,
dans le jardin de sa maison près de Prague, en 2007.
Karen Lancaume, actrice française de films X,
de son vrai nom Karine Bach,
meurt d'un suicide par médicaments le 29 janvier 2005,
à l'âge de trente-deux ans.
Elle était apparue une dernière fois en 2 000
dans le film Baise-moi de Virginie Despentes.
Klaus Mann, écrivain, exilé aux Etats-Unis,
en proie à de graves difficultés matérielles
et désespéré par le suicide de son ami Stefan Zweig,
met fin à ses jours à Cannes le 21 mai 1949
par une forte dose de somnifères.
Kurt Cobain, le chanteur du groupe Nirvana,
s'est suicidé d'une balle dans le palais,
associée à une triple dose mortelle d'héroïne.
Leslie Cheung, chanteur et acteur chinois de Hong Kong,
est mort le 1er avril 2003, après avoir laissé
une note dans laquelle il déclarait souffrir de dépression mentale.
Lolo Ferrari, danseuse et actrice de films X,
née Eve Valois, vraisemblablement décédée
d'une surdose de médicaments en mars 2000.
Louis II, Roi de Bavière, protecteur des arts
et bâtisseur de châteaux extraordinaires,
se suicida après avoir étranglé son médecin
dans le lac de Starnberg, près de Munich.
Maria Callas meurt seule dans son appartement
de Paris, en septembre 1977,
officiellement d'une embolie pulmonaire.
Selon une légende, pour le moins controversée,
sa mort aurait été volontaire,
Marilyn Monroe étant alternativement sous calmants et excitants
et des comprimés de Mandrax ayant été retrouvés
sur sa table de chevet.
est morte dans la nuit du 4 au 5 août 1962.
L'enquête conclut à un suicide aux barbituriques.
Mark Rothko, peintre américain,
s'est entaillé les veines dans son studio à New York en 1970.
Marta Lynch, écrivaine argentine, se suicide en 1985 en affirmant :
« Je ne peux plus supporter tout ça ».
Max Linder, l'acteur français, rongé par la jalousie et la dépression,
tue sa femme avant de se suicider
dans la nuit du 30 octobre au 1er novembre 1925, à Paris.
Michael Hutchence, chanteur de INXS et ex-mari de Kylie Minogue,
se suicide le 22 novembre 1997 par pendaison avec sa ceinture.
Mike Brandt a sauté du sixième étage de son appartement, en 1975.
Nick Drake mourut en 1974 d'une overdose d'antidépresseurs,
les médicaments qui lui permettaient de dormir.
Nicolas de Staël, est mort par soif d'absolu
en se jetant par la fenêtre de son atelier à Antibes, en 1955.
Nino Ferrer s'est tué d'un coup de fusil dans un champ de blé,
le 13 août 1998, à l'âge de 60 ans.
Osamu Dazai, écrivain japonais désespéré,
publia La Déchéance d'un homme avant de se jeter à l'eau,
le 13 juin 1948.
Patrick Dewaere met subitement fin à ses jours le 16 juillet 1982,
à Paris, d'un coup de carabine dans la bouche,
une 22 long rifle offerte par Coluche. Il avait 35 ans.
Paul Celan s'est jeté dans la Seine le 20 avril 1970.
Il avait dans sa poche deux billets de théâtre
non utilisés pour En attendant Godot.
Paul Lafargue, auteur du Droit à la paresse,
se suicida avec sa femme, Laura Marx, le 27 novembre 1911,
à Draveil. Ils avaient 70 ans.
Paul Lafargue laissa cette lettre :
« Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable vieillesse
qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence
et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles
ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une
charge à moi et aux autres ».
Philippe Lemaire, acteur Français,
s'est jeté sous une rame de métro, en 2004.
Pierre Drieu la Rochelle, écrivain de droite
ami des surréalistes, refuse l'exil et se donne la mort.
Pierre Molinier se tue d'une balle dans la bouche,
le 3 mars 1976, en laissant deux lettres :
« Je déclare me donner volontairement la mort,
et j'emmerde tous les connards qui m'ont fait chier
dans toute ma putain de vie.
En foi de quoi je signe. P. Molinier. »
et « Ça me fait terriblement chier de vivre
et je me donne volontairement la mort,
mais ça me fait bien rigoler. »
Piotr Tchaïkovski, compositeur russe,
poussé au suicide en 1893 par son entourage,
à cause de son homosexualité.
Primo Levi, écrivain italien déporté et survivant de la Shoa,
meurt en tombant dans sa cage d'escalier.
La concierge qui venait de lui apporter le courrier,
a entendu sa chute.
A t-il été déséquilibré dans cet escalier à la rampe très basse ?
Est-ce un acte incontrôlé ?
La plupart de ses biographes concluent au suicide.
Ray Johnson, peintre américain membre du groupe Fluxus,
plongea du pont de Sag Harbor à New York,
le 13 janvier 1995, et nagea à contre sens.
Reinhard Drenkhahn, ce jeune peintre n'a connu qu'une brève évolution.
Son suicide, en 1959, à l'âge de 33 ans, interrompit
le processus perceptible du développement d'un vrai « peintre ».
Rembrandt Bugatti, sculpteur animalier et frère d'Ettore,
le créateur automobile,
se suicide au gaz en 1916,
après l'abattage des animaux du Zoo d'Anvers
dont beaucoup avaient été ses modèles.
René Crevel, poète surréaliste et dadaïste,
se suicida au gaz dans son appartement,
en 1935. Son dernier message : « Dégoût ».
Richard Chamfray, plus connu sous son pseudo
Comte de Saint Germain, et dernier compagnon de Dalida,
SE suicida en 1983 à Saint-Tropez, en reliant un tuyau
au pot d'échappement de sa voiture.
Robert Malaval, harcelé par les impôts,
22 long rifle dans le palais, le 20 août 1980,
seul dans ce qu'il appelait son « atelier-bunker ».
Romain Gary, le 2 décembre 1980, à Paris,
se donna lui-même la mort par arme à feu,
un an après le suicide de son ex-épouse,
Jean Seberg.
Rudolf Schwarzkogler, l'artiste performeur,
meurt en 1969, en se jetant par la fenêtre de son appartement à Vienne.
Sarah Kane, écrivain et dramaturge britannique,
se suicide le 20 février 1999, à l'âge de 28 ans,
peu après la sortie de 4.48 Psychosis,
référence à 4h 48 du matin où le désespoir était extrême.
Elle s'est pendue avec les lacets de ses chaussures
dans l'hôpital psychiatrique où elle venait d'être internée.
Savannah, de son vrai nom Shannon Michelle Wilsey,
était une actrice porno américaine qui, le 11 juillet 1994
à deux heures du matin, après avoir échappé
à un grave accident automobile
- première tentative ? -
se réfugie dans son garage et se tire une balle en pleine tête.
Sénèque, En 65 avant Jésus-Christ,
l'homme d'affaires et philosophe stoïcien
qui avait si librement vanté le suicide dans ses Lettres à Lucilius,
s'ouvre les veines sur l'ordre de l'empereur Néron.
Sergueï Éssenine, poète russe et compagnon d'Isadora Duncan,
se pend à un tuyau de sa chambre d'hôtel, le 28 décembre 1925.
Sigmund Freud, le père de la psychanalyse,
préféra la mort aux souffrances de son cancer de la gorge.
Il se fit euthanasier par un ami médecin en 1939.
Socrate bien que Criton lui aurait proposé de s'enfuir
plutôt que de mourir par empoisonnement,
fit le libre choix de boire le poison.
Est-ce un suicide ?
Sœur Sourire, de son état civil Jeanine Deckers,
vraie nonne et chanteuse de l'énorme tube Dominique, nique, nique...,
s'est pendue, en 1985, avec son amie Annie Pescher,
à cause parait il de problèmes d'argent
Stefan Zweig, ce grand écrivain autrichien
trop affecté de voir la Seconde Guerre mondiale
détruire ses rêves d'humanisme et d'une Europe pacifiée,
se suicide avec Lotte, son épouse, à Pétropolis,
près de Rio de Janeiro, le 23 février 1942.
Stig Dagerman, écrivain anarchiste et pessimiste suédois,
se suicide dans son garage, en1954, au gaz d'échappement.
Sylvia Plath, poète et écrivaine américaine,
se suicide en 1939 au gaz du four de sa cuisinière.
Tadeusz Borowski, écrivain polonais survivant de la Shoa,
se suicide par le gaz, en 1951 à l'âge de 28 ans.
Thomas Chatterton, poète anglais connu pour sa poésie
d'inspiration médiévale, s'empoisonna à l'arsenic en 1770,
à l'âge de 17 ans après avoir lutté plusieurs jours contre la faim.
Vincent Van Gogh, rongé par l'angoisse et atteint de démence,
s'est suicidé dans un champs de blé à Auvers-sur-Oise,
le 27 juillet 1890, en se tirant une balle en pleine poitrine.
Virginia Woolf, le 28 mars 1941, a rempli ses poches de galets
avant de se jeter dans l'eau de la rivière l'Ouse.
Vladimir Maïakovski, déçu dans sa vie sentimentale,
trompé par la révolution à laquelle il avait activement
participé et sévèrement hué par la presse littéraire,
se suicide à Moscou, à l'âge de 37 ans, le 14 avril 1930,
d'une balle de revolver en plein cœur.
L'écrivain et philosophe allemand,
Walter Benjamin se suicide le 26 septembre 1940,
la nuit de son arrivée clandestine en Espagne,
de peur d'être reconduit en France et livré à la Gestapo.
Wilhelm Lehmbruck, sculpteur allemand profondément tourmenté,
se suicide au cours d'une grave dépression, en 1919.
Yasunari Kawabata, écrivain prix Nobel de littérature,
choisit le gaz pour mettre fin à ses jours, le 16 avril 1972,
dans la solitude d'un petit appartement au bord de la mer.
En 1970, Yukio Mishima, âgé de 45 ans,
se donne la mort par le rituel « seppuku »,
hara-kiri puis décapitation,
au quartier général du Ministère de la défense japonais.
Il avait au préalable écrit le récit du spectacle minutieusement
préparé de sa mort."


Le meilleur pour la fin. Mon ami Bernard Morlino, biographe de Soupault et d'Emmanuel Berl ne s'est pas suicidé. Il est vivant et de retour sur le web avec son blog sous-titré "Un journaliste n'est pas un speaker des infos" où il nous fait partager sa passion pour le foot et la littérature...

16.12.08

L'appel du 16 décembre



Les lecteurs assidus du blog Rigaut se souviennent probablement de la rocambolesque affaire de l'ouvrage "L'invitation au suicide" écrit par Philippe Soupault et dont tous les exemplaires, selon la légende, ont été détruits par l'auteur à l'exception de quelques-uns. En mars 2007, lors de la vente aux enchères publiques "SOUPAULT, le surréalisme et quelques amis" organisée par la maison ADER, un exemplaire de cette légendaire "Invitation au suicide" a miraculeusement resurgi, puis retiré au dernier moment de la vente. Depuis, plus rien. Aujourd'hui, je lance un appel à toute personne qui a ou aurait eu un exemplaire de cette "Invitation au suicide" entre les mains, à me donner des informations sur son contenu. A savoir : est-ce que le livre est préfacé par sept membres du mouvement Dada à Paris dont Jacques Rigaut? est-ce que l'incipit ("J'étais dans votre chambre, vous avez allumé la lampe.") donné par Henri-Jacques Dupuy est bien le bon? Merci d'avance à tous ceux qui pourront me fournir des renseignements sur ce livre. En vous souhaitant de Joyeuses Fêtes.

13.12.08

Final Sale



Au moment de payer mes mitaines, le vendeur insiste pour que je lui donne mon nom. "C'est obligatoire, pour la facture" me dit-il. Impossible donc de rester anonyme chez Marc Jacobs, même pour une somme de trois euros en espèces. "Très bien, je m'appelle Jacques Rigaut, R.I.G.A.U.T"

11.12.08

Ne pas écrire est considéré comme une trahison






"André Laude, écrivait dans l'urgence. Il cite - pas un hasard! - cette phrase de Jacques Rigaut, en exergue du recueil Un temps à s'ouvrir les veines : "Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort." "

Extrait du blog de Stéphane Vallet

10.12.08

Biathanatos



La chaîne privée britannique Sky Real Lives va diffuser, mercredi 10 décembre, Right to Die ?, un documentaire montrant le suicide assisté de Craig Ewert, un Américain de 59 ans vivant en Grande-Bretagne, atteint d'une maladie neurologique évolutive. Pour mettre fin à son "cauchemar" , il s'était donné la mort en septembre 2006 dans une clinique spécialisée près de Zurich, en Suisse, avec l'aide de l'association Dignitas. Avec son épouse Mary, ils avaient accepté que ce suicide assisté soit filmé jusqu'au bout par un réalisateur canadien, John Zaritsky. En Grande-Bretagne, l'affaire relance le débat sur la mort assistée. Peter Saunders, le directeur du groupe Care not killing, qui milite contre la légalisation du suicide assisté au Royaume-Uni, dénonce une "tentative cynique de faire grimper l'audience". Cette émission "glorifie le suicide assisté alors qu'a lieu une campagne très active du lobby pro-suicide pour relancer le débat au Parlement", dit-il. "En choisissant de diffuser ce film, Sky Television a franchi d'une façon irresponsable une nouvelle étape sur la pente glissante du voyeurisme de l'euthanasie", estime l'association dans un communiqué.Cette décision visait à "affronter la fin de vie en toute honnêteté", explique Mary Ewert dans une tribune publiée par The Independent. Dans le Daily Mail, elle estime que ce film est un "hommage formidable" à son mari. "Je n'ai absolument aucun regret d'avoir laissé la caméra tourner lorsque Craig est mort. C'est ce que nous souhaitions tous les deux", ajoute-t-elle. La chaîne Sky a défendu sa décision de diffuser le documentaire à une heure de grande audience (21 heures). "Il est important que les chaînes de télévision, et notamment Sky Real Lives, puissent provoquer un débat par le biais d'histoires individuelles fortes", a déclaré la responsable de Sky Real Lives, Barbara Gibbon.

Source : Le Monde.fr et AFP

8.12.08

Rectificatif



Règle d'or : toujours vérifier et recouper ses sources d'informations. Le "Binet-Sanglé" a été réédité chez l'Harmattan et donc disponible à l'achat. Merci à JCN.

6.12.08

Censure, mode d'emploi



Bonjour,

Je vous renouvelle mes félicitations pour votre travail et mon impatience à tenir votre ouvrage entre les mains.

Je ne sais pas si ça peut vous intéresser mais après avoir relu ce que vous disiez à propos de Suicide mode d'emploi
(à savoir ceci:
"A ma connaissance, "Suicide, mode d'emploi. Histoire, technique, actualité" de Claude Guillon et Yves Le Bonniec reste le seul livre en France, vingt-quatre ans après sa parution en 1982, a être interdit de réédition et de diffusion sous peine de poursuites judiciaires grâce à la loi d'exception (supposée réprimer la "provocation au suicide") votée par le parlement en 1987, suite aux batailles juridiques engagées par les adversaires de l'ouvrage. En 2004, Claude Guillon racontait dans un livre passionnant (Le droit à la mort. Suicide mode d'emploi, ses lecteurs et ses juges) toutes les coulisses de cette affaire.")
je pense qu'il y a un autre livre considéré comme génant sur le sujet:
L'Art de mourir, défense et technique du suicide secondé publié par Albin Michel (je vous ai mis un scan en pièce jointe)

Je ne sais pas si juridiquement ce livre est toujours interdit de publication (je sais qu'il fut retiré de la vente quelques années après sa parution), mais je viens de le mettre en vente sur ebay et mon annonce a tout simplement été supprimée par ebay qui m'a envoyé un message type :
"Nous vous remercions d'avoir choisi eBay pour la diffusion de votre(vos) annonce(s).
Malheureusement, votre(vos) annonce(s) enfreint(enfreignent) notre règlement : Matériel violent et a(ont) dû être supprimée(s). Nous avons informé tous les utilisateurs impliqués dans la transaction de la suppression de cette annonce.
Il s'agit de l'annonce ou des annonces suivante(s) :
370117765952 - L'art de mourir défense et technique du suicide secondé
Conformément aux Conditions d'utilisation d'eBay, les vendeurs et les meilleurs enchérisseurs/acheteurs ne peuvent pas finaliser de transactions en infraction avec la loi ou avec le Règlement sur les objets interdits d'eBay.
eBay a toujours exercé son libre arbitre en autorisant ou en rejetant certaines annonces, conformément à l'esprit d'une communauté mondiale. Par conséquent, eBay rejette systématiquement sur l'ensemble de ses sites les annonces ou objets qui encouragent ou glorifient la haine, la violence ou le racisme et les objets qui font la promotion d'organisations exprimant de telles opinions.
eBay peut, à son entière discrétion, retirer des objets de la vente et rembourser les frais de mise en vente chaque fois qu'un objet ou sa description présente de façon crue des actes de violence ou des victimes de la violence et est dénué de toute valeur sociale, artistique ou politique. Par exemple, eBay pourra interdire la vente de photographies de crimes explicites, mais autoriser les documentaires militaires. eBay pourra aussi, à sa discrétion et par respect pour les familles des victimes d'actes criminels, retirer les annonces d'objets étroitement associés à des individus réputés avoir commis de tels actes au cours des cent dernières années, notamment les effets personnels de ces criminels, leurs écrits ou œuvres ou les objets nouveaux présentant leurs noms ou leurs images.
Pour plus d'informations au sujet de Matériel violent veuillez vous rendre à la page d'aide suivante:
http://pages.ebay.fr/help/policies/offensive.html "

Bref, il y a encore des progrès à faire sur la liberté d'expression dans ce pays...

Bonne continuation dans votre travail,

Cordialement

Florian Vigneron

http://aucarrefouretrange.blogspot.com/

24.11.08

Dada is not dead



« Grimpé sur mon piano, je suis l’Antéchrist coiffé d’un entonnoir de gramophone." (Jacques Rigaut)

Mort d'un biographe




François Caradec, né à Quimper en 1924, disait de sa jeunesse: «Je suis d'une génération difficile, celle qui a eu 16 ans en 1940 et 20 ans en 1944. J'ai passé ma jeunesse sous l'Occupation. J'ai été obligé d'abandonner mes études à un moment où on se faisait rafler trop facilement, je suis devenu typographe» («Le Matricule des anges», n° 20). A la Libération, il reprend ce métier et fréquente la librairie de Maurice Saillet, l'associé d'Adrienne Monnier. C'est là qu'il rencontre Queneau, Leiris, Nadeau...Il travaille ensuite pour plusieurs maisons d'édition, dirigeant la collection «Classiques du rire», chez Garnier, collaborant aux «Guides noirs», édités par Tchou. Il est le biographe passionné et érudit de Lautréamont, Raymond Roussel, Alfred Jarry ou Willy. Mais son maître, c'est Alphonse Allais, dont il disait, dans la même interview: «Alphonse Allais est un très grand écrivain et l'on refuse de s'en apercevoir parce qu'il est humoriste.» En revanche, Colette ne trouve pas grâce à ses yeux. Expliquant qu'il a dû lire toute son œuvre pour sa bio de Willy, il se plaint: «Ça me tombe des bras! Son style, c'est du sirop de groseille, sirop d'orgeat avec des girandoles et des astragales. C'est ce qu'il y a de pire dans le déchet du symbolisme. De la mauvaise littérature» (id.). On le voit, Caradec avait aussi la dent dure.

Grand amateur de pastiches et de canulars, il était membre de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle, dont ont fait partie Queneau et Perec) et du Collège de Pataphysique, dont il fut l'un des Régents: Régent Toponome et Celtipète pour ses recherches sur Jarry et la Bretagne et même Régent d'Alcoolisme éthique. Comme tous les membres de la prestigieuse assemblée, Caradec avait fait sienne la devise: «Le vrai pataphysicien ne doit pas se prendre soi-même au sérieux. [La pataphysique] le met ainsi à l'abri d'une tentation à laquelle cèdent tant, hélas, de ses contemporains!»

En dehors des biographies, il a aussi publié un «Dictionnaire du français argotique» et populaire; une histoire du café-concert; un ouvrage sur les bistrots qu'il a beaucoup fréquentés («La Compagnie des zinc»).

Son premier - et dernier - roman est un polar, qui vient de paraître chez Fayard Noir. «Le Doigt coupé de la rue du Bison» - peut-être en souvenir de Gaston Leroux et du «pied gauche de la rue Oberkampf», mais aussi en hommage à Boris Vian, dont l'anagramme du nom était Bison ravi - est une plongée dans le Paris des années 1950. Le commissaire Pauquet - «Avec Pauquet, in the pocket!» - enquête sur la disparition partielle d'un individu de sexe féminin. Les personnages y sont souvent accoudés au zinc; on croise Léautaud bouquinant au jardin du Luxembourg; et Pierre, l'un des protagonistes, fouinant au cimetière Montparnasse, découvre dans un caveau humide le cartouche suivant: «La mort seule guérit de la vie». François Caradec est guéri.

Sylvie Prioul

23.11.08

N.P.A.I





Depuis longtemps, je recherche des informations biographiques sur la comédienne Marcelle Chantal qui fut inhumée en 1960 dans la tombe de Jacques Rigaut. Selon un témoignage, elle aurait un lien de parenté avec J.R. Mais à quel niveau? Marcelle Chantal apparaît brièvement dans quelques encyclopédies cinématographiques et des revues de l'époque. Malgré son importante filmographie (une trentaine de films), hormis son mariage avec un homme très riche, Jefferson-Cohn, on ne sait rien de sa vie privée. A-t-elle des descendants? Qui étaient ses parents? Une chose est sûre, personne ne s'occupe de sa tombe et la lettre que j'ai envoyée aux propriétaires de la concession m'est revenue avec le tampon : "N'habite plus à l'adresse indiquée".

21.11.08

Coquille


"Propos Amorphes", premier texte publié par Jacques Rigaut
dans le N° 4 de la revue Action, juillet 1920.

17.11.08

Mauvais sang


Arthur Rimbaud à Harar vers 1883

"Les gens ne veulent rien perdre. Tout le monde voudrait avoir une vie nouvelle, mais personne ne veut perdre la cohésion de sa pensée. Ils parlent de magie, mais si tu as une activité magique, ils la dénigrent. On ne fait pas de recherche sans finir par se perdre. C'est vrai qu'il faut chercher pour trouver. J'aurais voulu être chercheur comme profession éternelle." (Jean-Pierre Rassam)

13.11.08

Le Feu follet vs Le voleur de Tibidabo





En 1965, lors d'un entretien avec Denise Glazer, Maurice Ronet évoque "le Feu follet" mais également son film "le voleur de Tibidabo". Tendez l'oreille, le son n'est pas très bon...

12.11.08

Pingouin ou manchot?



HUGNET Georges. HUIT JOURS A TREBAUMEC. COLLAGE ORIGINAL. Circa 1947 ; 21 x 15cm, sous encadrement. Beau collage original de Hugnet représentant une femme dont la robe semble soulevée par un pingouin. Reproduit dans l'ouvrage Huit jours à Trebaumec édité en 1969 (estimation : 4500 euros)


Pour les (riches) amateurs, rendez-vous à Drouot pour la vente de la collection surréaliste d'un (bientôt encore plus riche) "amateur parisien", qui aura lieu les lundi 17 et mardi 18 novembre 2008. Personnellement, je me contente du catalogue qu'on peut admirer ici.