Merci à Luc Desportes qui m'a signalé cette référence au "Feu follet" dans le roman "Mélancholia" de l'écrivain japonais Ryu Murakami.
28.5.07
Japonaiseries
Merci à Luc Desportes qui m'a signalé cette référence au "Feu follet" dans le roman "Mélancholia" de l'écrivain japonais Ryu Murakami.
26.5.07
"Il avait une mère!"
Rigaut (à gauche) et Drieu (entre les jambes) au Canadel en 1921-22.
LE SUICIDE DE JACQUES RIGAUT
7 novembre 1929
À peine Jacques-Émile Blanche venait-il de m'annoncer la nouvelle que je vois apparaître Drieu :
— Mourir du désespoir de ne pouvoir être un écrivain, c'est un beau drame ! Je n'aurais jamais cru Rigaut capable d'un tel courage. Peut-être était-il né pour l'action et ne le savait-il pas ? C'est une action de se suicider... Ai-je précipité le dénouement lors de la dernière visite que je lui fis ? J'avisai sur sa table de chevet quelques papiers et comme son regard m'interrogeait : « Pas la peine, n'insistez pas, vous ne pourrez jamais écrire. » Et voilà. Je me sens un peu responsable.
C'est d'après ce pauvre garçon que Drieu créa le personnage de Gonzagues dans : La Valise vide, la meilleure nouvelle de Plainte contre Inconnu, et qui fit le succès subit du premier livre en prose, uniquement littéraire, qu'il publiait. Je vois Drieu frappé de cette mort de l'homme, de l'ami, et à la fois embarrassé soudain comme s'il devait dans ses bras prendre le personnage que son obsession, sa mémoire et la fiction ont mis naguère artistement au jour et qui, lui, continue de vivre. En 1921, j'avais connu Jacques Rigaut quand il tournait autour de Drieu, sachant qu'il l'intéressait et que rien n'amusait davantage le moraliste que de condamner un de ses amis; je le vis ensuite assez flatté de se reconnaître dans la nouvelle de Drieu, ayant d'ailleurs tout fait pour y entrer et affectant d'offrir, puis de taire, quelques secrets nouveaux sur sa personne avec une incroyable forfanterie, lorsque arrivant quelque part, il y trouvait son biographe et qu'on louait celui-ci d'avoir épuisé son sujet. Drieu se rappelait le manège.
Pour moi, depuis longtemps je l'avais perdu de vue. Il avait fini par se marier; une Américaine divorcée avec deux enfants. Sentimental, il joua la comédie du monsieur qui ne croit pas à ces balivernes. Selon Drieu, il la rendit malheureuse. Encore plus malheureux qu'elle, il l'attendait; elle tardait à revenir; il crut qu'elle ne reviendrait plus, et, comme l'inspiration littéraire, elle aussi, surtout elle, ne manifestait pas davantage, il s'est tué d'un coup de revolver. Et sa mère vivait, il avait une mère !
— Les surréalistes, m'a dit Drieu en partant, en feront un saint de leur Église. Ils l'en avaient chassé avec des injures.
pp. 712-713 in Les Mémorables II
Maurice Martin du Gard
21.5.07
Dans la ville de Tristan Hilar
"Nantes est une ville qui n'existe pas" écrit Philippe Forest. Nantes, pluvieuse et déserte. On comprend un peu mieux Jacques Vaché quand on arrive à Nantes. Ici, personne ne semble le connaître. Jacques Vaché? connais pas! Harry James? connais pas! Tristan Hilar? connais pas! Dans les archives de la presse locale, quelques articles datés du 7 janvier 1919 à la rubrique des faits divers : "Un drame de l'opium", "Les fumeurs d'opium. Deux morts", "L'Affaire de l'opium", "Qui a vendu l'opium?" Comment peut-on exister dans une ville qui n'existe pas? La ville la plus agréable de France, paraît-il. Bullshit! isn't it Jack?
Texte extrait du livre Les Solennels, Textes de Jacques Vaché et
Jean Sarment. Edité et présenté par Patrice Allain.Dilecta, 2007.
Le 2, place Graslin où se tenait le Grand Hôtel de France.
L'Apollo (en restauration) où Vaché et ses amis ont passé leur
dernière soirée avant d'aller s'enfermer
dans la chambre 34 du Grand Hôtel de France.
Livre : La mort de Jacques Vaché
par Stéphane Pajot.D'Orbestier, 2002.
L'Hôtel de France, rue Crébillon.
Ne pas confondre avec le
Grand Hôtel de France qui n'existe plus.
Remerciements à ma guide, Isabelle.
16.5.07
Pèlerinage
Devinez où? Vous avez plusieurs indices : deux images et une citation.
"L'ombre pâlit.
...Aux yeux de chat, la nuit s'en va de pas en pas..."
14.5.07
10.5.07
Epitáphios
Décidément, Jacques Rigaut inspire les musiciens. Je remercie Geoffroy D. du groupe Dernière Volonté qui m'a envoyé son dernier opus "Devant le Miroir". Geoffroy D. ne cache pas ses influences littéraires et cinématographiques avec la pochette de l'album, clin d'oeil avoué au "Feu follet". Le titre lui-même n'est pas sans rappeler l'univers rigaltien.
Extrait d'une interview de Geoffroy D.
Quelle est cette joie devant la mort dont tu parles ? Comment faut-il l’interpréter ? Est-ce l’expression ultime de l’amertume ou de la révolte ?
"Peut-être un peu les deux, mais je crois que cela m’a surtout permis de synthétiser les propos très forts de Jacques Rigaut ou de Drieu La Rochelle sur la question du suicide. J’ai eu envie de donner une autre dimension à cette idée de fin et de confronter deux sentiments paradoxaux que sont la "joie" et la "mort". En inscrivant cette expression dans un des derniers morceaux du disque j’ai eu le sentiment de donner une coloration moins définitive à "Devant le miroir". Cela n’enlève en rien le contexte dramatique du sujet mais, comme le disait Louis Malle à propos des indices littéraires dans son film, cela permet de "démystifier la solennité de la mort". Pour finir, le terme ne vient pas de moi mais de Georges Bataille dans ses écrits pour l’Acéphale de 39."
Un autre musicien s'est amusé à faire un petit hommage musical au film "Le Feu follet". Toujours aussi émouvant d'entendre la voix de Maurice Ronet...
30.4.07
"J'en ai ma claque de faire la queue" (Thiéfaine)
Encart publicitaire pour le Feu follet
dans Les Nouvelles littéraires du 23 mai 1931
Je suis retourné à la la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou pour consulter les microfilms des Nouvelles littéraires. A nouveau, deux heures d'attente! Dès mon entrée, je questionne une employée sur ce temps d'attente délirant. "C'est comme ça tous les jours, me dit-elle, ils n'arrivent pas à trouver de solution." Je pose une simple question au directeur de la bibliothèque, Thierry Grognet : "Est-ce que vous trouvez cette situation normale?" Je ferme la parenthèse.
Connaissez-vous Maurice Léon? Je viens de découvrir son existence. Il n'a écrit qu'un seul ouvrage, Le Livre du Petit Gendelettre, suite à cette parution, il mettra fin à ses jours, froidement. Dans la constellation des écrivains du Refus et de la Négation, Maurice Léon mériterait une place de choix. En 1900, dans la Revue Blanche, André Gide écrivit l'un des rares articles sur Maurice Léon : "Pour beaucoup l'intelligence a suffi; si Léon est mort c'est donc qu'elle commence à ne plus suffire. Le suicide de Léon est important; il y a peu de temps encore on ne se serait pas tué pour cela... Hélas! Léon n'avait pas moins à dire que plusieurs autres d'aujourd'hui et qui vivent. - Léon fut plus consciencieux." J'aime beaucoup la précision de la ponctuation de Gide. Il y a des italiques jouissives.
Un sketch de Fellag dédié à Monsieur Thierry Grognet,
directeur de la BPI.
28.4.07
Lettre à...
Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue décapage m'a demandé de lui écrire un texte pour sa rubrique "A vos idoles" où un écrivain écrit à un auteur qu'il aime, et qui est, pour ménager toutes susceptibilités, parfois mort. J'ai toujours eu un faible pour le genre épistolaire et me suis donc prêté au jeu avec plaisir. Ma lettre à Jacques Rigaut (étonné de mon choix?) sera publiée dans le N°31 de cette revue à 5 euros reconnue d'inutilité publique. Parution prévue le 5 mai avec une petite soirée dans un bar parisien. Je vous tiendrai au courant.
23.4.07
21.4.07
Deux enquêtes
Deux heures d'attente hier après-midi pour accéder à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou. "Il faut être motivé!" me dira plus tard une amie. Et comment! Je n'ai pas regretté d'avoir patienté. La moisson fut bonne. Ai enfin pu photocopier la critique de la Valise vide par Edmond Jaloux, publiée en 1924 dans les Nouvelles Littéraires; mais également le numéro de la revue belge le Disque Vert de janvier 1925, consacré au suicide avec, entre autres, les interventions de René Crevel, d'Antonin Artaud et de Jacques Rigaut... En novembre 1924, à l'annonce de la prochaine parution de ce numéro du Disque Vert, les surréalistes s'interrogeaient sur la pertinence de lancer leur enquête sur le même sujet pour leur revue La Révolution surréaliste. L'enquête "Le suicide est-il une solution?" paraîtra aussi en janvier 1925 dans le deuxième numéro de la revue.
19.4.07
Critique
La Bibliothèque nationale étant en plein chantier de désamiantage, la communication des ouvrages devient de plus en plus aléatoire. Ce parcours du combattant est lassant. Dans le magazine de la BnF "Chroniques", j'apprends que le projet de la bibliothèque numérique européenne "a avancé". L'objectif est de rendre accessibles à distance 2 millions de documents d'ici à 2008 et de 6 millions d'ici à 2010. Chercheurs du futur, vous êtes des petits veinards. Dans 15 ans, nous apparaîtrons comme des galériens du passé malgré l'Internet qui nous fait gagner beaucoup beaucoup de temps. Je voulais aujourd'hui me rabattre sur la BPI (bibliothèque de Beaubourg) mais quand j'ai vu, derrière le centre Pompidou, les 500 personnes qui attendaient en plein cagnard dans un silence religieux, j'ai renoncé.
On trouve beaucoup de choses sur le Web, mais il y des documents introuvables on line comme la critique du Feu follet par Robert Brasillach publiée le 11 juin 1931 dans L'Action française. Un article étonnant dont certains passages résonnent comme une prémonition de ce qui arrivera à son auteur. En 1945, Robert Brasillach sera le seul écrivain français collaborateur exécuté à la Libération.
"La fin de l'après-guerre a sonné depuis quelques années déjà, M. Drieu La Rochelle. Il serait temps de s'en apercevoir. Lorsque le héros du Feu follet se suicide, peut-être fait-il disparaître avec lui tout un monde. Nous le souhaitions sincèrement. Et qui sait, d'ailleurs, si les dernières lignes de ce livre ne nous font pas quelques promesses? [extrait du livre] Nous ne demandons pas mieux que de croire à cette promesse. Nous ne demandons pas mieux que de voir dans le revolver d'Alain un symbole : l'apparition dans l'univers littéraire de la réalité, d'une réalité résistante et charnelle, vivant comme un homme vivant, - à la place des nuées. Mais il faudrait se hâter." (Robert Brasillach, L'Action française du 11 juin 1931)
16.4.07
Confinement
Note de bas de page du livre d'Elisabeth Quin
Bel de nuit, Gérald Nanty, Grasset, 2007.
Merci à mon ami Bernard M. qui m'a signalé cette mention dans le dernier livre d'Elisabeth Quin. J'aimerais bien connaître les sources d'Elisabeth concernant l'info du "petit cercle d'aficionados fervents, parmi lesquels Boris Vian." Ai passé la semaine dernière à la Bibliothèque nationale pour combler les "trous". J'ai de plus en plus de mal à supporter l'air confiné des bibliothèques. D'ailleurs, à la fin de cette semaine éprouvante, un malin virus m'a cloué au lit jusqu'à aujourd'hui. Quelques heureuses trouvailles tout de même : critiques de la Valise vide et du Feu follet à leur publication et le témoignage d'un ami de Drieu qui évoque Rigaut. Ai profité de ces journées de relâche involontaire pour achever la lecture du (merveilleux) Journal de Mireille Havet. Extrait : "L'amour au fond est bien ennuyeux. Les routes arrivent quelque part et les livres n'ont qu'un temps. Personne ne nous aime comme on le mérite, ni n'apprécie comme soi-même son propre visage dans le miroir. On est toujours plus intelligent que les autres, et la mort n'arrange rien."
7.4.07
Spéciale dédicace
Première page du poème "Swanee" de Soupault
publié dans le numéro mars-avril 1923
de la revue "Les feuilles libres",
illustration de Fernand Léger.
5.4.07
La vie, elle ne va pas assez vite en moi.
Extrait du film "Le Feu follet" de Louis Malle pour ceux qui hésiteraient encore à se le procurer. Pour info, je recherche une copie VHS du film "Raphaël ou le Débauché" réalisé par Michel Deville et sorti en 1971. Ce film dans lequel Maurice Ronet tient le rôle principal est introuvable en DVD. Merci.
3.4.07
Philippe nous parle
Merci à Fabrice qui m'a envoyé ce lien d'une passionnante interview de Philippe Soupault où il évoque entre autres "L'invitation au suicide" et Jacques Rigaut. Dans le générique de fin de ce documentaire réalisé par Bertrand Tavernier, on trouve le nom du deuxième assistant : Jean-Luc Rigaut...
31.3.07
"I'm going to kill myself tomorrow"
Extrait du film "The Royal Tenenbaums" (2001)
Musique Elliot Smith
27.3.07
"Jacques Rigaut" : le film
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Le musicien Tim Berry a réalisé un clip très "Roaring Twenties", tourné en super 8, pour la chanson "Jacques Rigaut" du groupe Venus Bogardus.
"Featuring the band's earlier line-up, with The Hysterical Injury's Annie Gardiner on drums, the film was shot on an old Super 8mm camera and paid homage to the dadaist poet of the title and the surrealist film-makers Réné Clair, Man Ray, Marcel Duchamp and Jean-Marie Drot, with whom Rigaut was largely associated up until his suicide in 1929." (Tim Berry)
21.3.07
Soupault et quelques amis...
Suzanne Muzard et ses deux chats, 1930.
J'ai assisté à la première partie de la vente Soupault, jusqu'au lot 113 exactement, qui a été cité comme "non vendu". "Tout le monde s'en fout de Soupault" me confie Bernard Morlino avant la vente. Effectivement, peu de gens dans la salle 1 où se déroule la vente. Je n'ai rien acheté. Les documents qui m'intéressaient ont été achetés par des amis. L'un d'entre eux, présent dans la salle, a affronté un Américain au téléphone, pour une photo du groupe surréaliste au Cyrano en 1953, sur laquelle curieusement Breton est coupé en deux. L'Américain a remporté les enchères : 4900 euros l'image. Quant à "L'invitation au suicide", l'énigme n'est pas résolue. Morlino me dit que ce texte était peut-être un pacte entre Soupault et sa deuxième femme, un suicide romantique en duo. Ayant abandonné l'idée de ce suicide, Soupault aurait décidé de détruire les exemplaires pour en garder deux, un pour lui et un pour sa femme. Pour répondre au courriel d'Isabelle publié ci-dessous, la destruction des exemplaires par Soupault ne veut pas dire qu'il aurait refusé de rééditer ce texte. Et puis, on se souvient du Journal de Kafka sauvé de la destruction par Max Brod. Pour rassurer Isabelle, les manuscrits inédits de Soupault qui étaient en vente cet après-midi sont ce soir entre de bonnes mains.
"Bonjour,
J'ai lu tous vos regrets concernant l'invitation au suicide de Soupault. Mais je me demande quand même si ce n'est pas mieux ainsi. Je ne sais pas qui détient ce manuscrit, mais tout de même, si Ph. Soupault en avait refusé la publication, pourquoi le rendre public ? Bien sûr, moi aussi, j'aurai bien aimé lire ce texte ou le trouver, et je pense que cela doit être un texte de valeur ; mais pas dans ces conditions. Cette vente aux enchères me choque. J'ai été voir au musée du Montparnasse tout ce qui était exposé. Et pourquoi cette vente ? pour de l'argent ? Pourquoi avoir choisi de tout disperser et ne pas avoir essayé de constituer "des archives Soupault" ? Quel est l'intérêt de vendre des cartes postales privées ? A plusieurs reprises Soupault s'était élevé contre la publication de correspondances. Quant aux manuscrits inédits, que faut-il en penser ? qu'ils resteront enfouis chez un collectionneur ? J'ai hésité à aller demain à Drouot, par simple curiosité. Mais finalement, cela me rend mal à l'aise. A la place de la fille de Soupault ou de ses amis qui peuvent encore exister, ou simplement en tant que lectrice, je trouve navrant et assez écoeurant de penser - entre autre - qu'une carte postale écrite par Soupault à sa mère sera vendue aux enchères.... Comme disait Soupault (je crois que c'est dans le livre de Bernard Morlino) quand on venait le prendre en photo ou lui demander un autographe "pourtant je ne suis pas bien beau", et il se demandait ce que les gens pouvait faire de sa signature.... Finalement, on a la réponse... : de l'argent !
Bien à vous
Isabelle
PS. : cela ne m'empêche pas de lire des biographies (!)... quand elles sont terminées et publiées....."
20.3.07
Le lot 113
Hôtel Drouot, vitrine de l'exposition publique des objets de la vente
"Philippe Soupault, le surréalisme & quelques amis.
Ce matin, à Drouot, avec l'espoir que "L'invitation au suicide" soit dans l'exposition publique avant la vente aux enchères de demain. L'assistant du commissaire-priseur m'annonce que l'ouvrage n'est pas exposé car le vendeur n'est pas revenu sur sa décision. Le lot 113 ne sera pas mis en vente. L'un des experts me propose de me mettre en contact avec le vendeur par son intermédiaire. C'est la procédure habituelle, envoyer une lettre au vendeur ou à l'acheteur via l'expert. J'ai déjà fait une semblable démarche lors d'une vente aux enchères des manuscrits de Jacques Rigaut. Le ou les acheteurs n'ont jamais répondu à ma demande de consultation.
17.3.07
En attendant Rigaut
L'unique enregistrement de la voix de Samuel Beckett, film réalisé, le 13 mars 2007, lors du vernissage de l'exposition Beckett au Centre Pompidou à Paris.
9.3.07
Invitation déclinée
Philippe Soupault, Tunisie, 1940.
Photo Ré Soupault.
Ai reçu par courriel de Maître David Nordmann la confirmation que le lot 113, correspondant à l'ouvrage "L'invitation au suicide" a été retiré de la vente.
A suivre...
3.3.07
Appel à publication
"[...] Je traversai une crise de désenchantement. C'est alors que j'écrivis L'invitation au suicide, un texte en prose d'une cinquantaine de pages, qui était réellement un appel à se supprimer. Je le fis imprimer chez Mme Birault (qui avait déjà imprimé pour moi Aquarium) à trente exemplaires, dont je détruisis vingt-huit sur le champ. Des deux exemplaires restant, j'en conservai un pour moi et j'offris l'autre à celle pour qui j'avais écrit ce texte. Elle me demanda d'attendre un peu, et de vivre quelque temps - avec elle. Elle me convainquit. Je brûlais mon exemplaire. [...] (Philippe Soupault, Mémoires de l'Oubli, 1914-1923, Lachenal & Ritter, 1981)
"Morlino : Pourquoi "votre invitation au suicide" est-elle introuvable?
Soupault : Je l'ai détruite. C'était pour dire à quoi bon vivre, ou pas demander à naître. C' était le thème, une cinquantaine de pages. J'ai bien fait de le détruire. Ce livre augmenterait mon ridicule: je viens d'avoir 90 ans et je ne me suis toujours pas suicidé!
Morlino : En fait, n'avez vous pas toujours eu envie de vous suicider?
Soupault : C'est ça qui est terrible."
("Entretiens Philippe Soupault / Bernard Morlino" in Philippe Soupault, Qui êtes-vous?, La Manufacture, 1987)
"J'ai eu entre les mains le manuscrit de L'invitation au suicide : c'était une trentaine de feuillets (une cinquantaine, disait mon père) d'une écriture serrée, rassemblés dans une couverture gris-bleu, avec le titre bien lisible sur une étiquette jaune. Peu de temps après la mort de ma mère, en avril 1955, Philippe Soupault m'a parlé de ce manuscrit. Je l'ai retrouvé facilement. Malgré les séparations, les voyages, les années, ma mère l'avait toujours gardé. Je n'ai pas lu le manuscrit avant de lui rendre : il appartenait à mes parents, à eux seuls; il était la preuve, encore vivante du choix de leur vie passée. [...] H.J. Dupuy dans sa présentation de Philippe Soupault chez Seghers en 1957, révèle la première phrase de ce manuscrit : "J'étais dans votre chambre, vous avez allumé la lampe." Je ne crois pas que cette Invitation au suicide parle d'un suicide comme l'entendait un Jacques Rigaut ou un René Crevel. Ma mère ne l'aurait pas gardée aussi précieusement." (Christine Chemetov-Soupault in Portraits de Philippe Soupault, BNF, 1997)
APPEL A PUBLICATION
D'après le catalogue de la vente aux enchères publiques "SOUPAULT, le surréalisme et quelques amis" organisée par la maison ADER, un exemplaire de cette légendaire "Invitation au suicide" a été miraculeusement sauvegardé. Ce bref ouvrage écrit par Soupault en 1921, serait préfacé par sept membres du mouvement Dada Paris dont Jacques Rigaut. Il serait regrettable pour la littérature et l'histoire littéraire que ce document exceptionnel disparaisse à jamais dans le coffre d'un collectionneur, sans que son contenu soit dévoilé, c'est-à-dire publié.
1.3.07
Soupault à l'encan
Philippe Soupault prend congé, 1986,
par Monique Dupont-Sagorin.
Après Breton, c'est Philippe Soupault qui se retrouve en vente aux enchères publiques. Ironie du sort dont il se serait amusé, lui qui se foutait éperdument de la postérité, lui qui réclamait de son vivant "Ni fleurs, ni couronnes", lui qui écrivit "Plutôt le silence que le trottoir", lui, qui avec son ami Rigaut, se moquait de ses amis surréalistes qui entre deux envolées poétiques s'adonnaient au déjà fructueux commerce de l'art, lui qui toute sa vie refusa l'argent de la bourgeoisie d'où il était issu. Après la mort de Soupault, me confiait son biographe Bernard Morlino, sa femme a découvert que son mari n'avait jamais touché à un modeste héritage de son père. La vente aura lieu le 21 mars prochain à Drouot. Des amoureux de Soupault comme François Martinet et Morlino seront dans la salle pour assister à la dispersion. Question: Morlino va-t-il racheter ses propres photos mises en vente aux enchères? Cette nuit, j'ouvre au hasard un recueil de textes de "l'indomptable Soupault" et lis cette simple phrase : " Les sentiments sont gratuits."
Pour le plaisir des yeux, vous pouvez consulter le catalogue en ligne.
P.S. (1) : Il y un "lot" (N°113) dont j'aimerais bien connaître le contenu (je dois pas être le seul), c'est la fameuse "invitation au suicide" écrite par Soupault et dont tous les exemplaires, selon la légende, ont été détruits par ses soins à l'exception d'un seul. Ai envoyé un courriel aux organisateurs de la vente pour savoir si je pouvais avoir accès à ce livre qui reste aujourd'hui encore une énigme littéraire.
P.S.(2) : Très étrangement, deux personnes m'ont appelé pour me dire que le lot N° 113 a disparu du menu déroulant du catalogue en ligne. Bizarre, vous avez dit bizarre...
Félix Labisse Deux lithographies pour le roman En Joue ! de Ph. Soupault, 2e édition, 1980, par Lachenal et Ritter. 135 x 200 mm.Impression en couleurs, l une noir et bleu, l autre noir et violet. Deux belles épreuves de tiré à part sur vélin, justifiées E. A. et signées à la mine de plomb.Léger empoussiérage aux bords du feuillet. Toutes marges. Ens. 2 p. Estimation : 300 / 350 €
Anonyme Suzanne Muzard et son chien danois, 1928.Tirage argentique d époque. 18 x13 cm. Estimation : 200 / 300 €
28.2.07
Des (bonnes) nouvelles d'Oyster Bay
Ceux qui suivent mes péripéties se souviendront qu'en juin 2005, lors de mes recherches à New York, j'avais tenté en vain de retrouver la maison de Cecil Parker Stewart à Oyster Bay, où, un soir d'été 1924, J.R. se jeta dans un miroir...Je pensais avoir trouvé le propriétaire de cette maison à qui j'avais envoyé un courrier resté sans réponse. Il y a deux jours, je trouve dans ma bal le courriel d'un résident de Centre Island qui m'envoie une photo de ladite maison avec le nom et l'adresse de l'actuel propriétaire. Ce dernier n'était pas celui que je croyais avoir identifié. Hier, ce même résident (merci à lui) m'envoie l'adresse postale de la petite-fille de Cecil Parker Stewart. Ces nouvelles pistes sont capitales, car il est fort probable que dans les archives de la famille Stewart se trouvent des lettres et des photographies inédites de Jacques Rigaut...
24.2.07
Du nouveau
"Lecture à Orvès" Huile sur toile,
Pierre Deval, ami de Jacques Rigaut.
Cédric M. m'envoie un courriel dans lequel il me dit avoir des informations sur les activités de J.R. pour la période de l'après-guerre. Nous devons nous rencontrer jeudi prochain. Visite prévue lundi aux Archives Départementales du Val-de-Marne pour tenter de retrouver la trace d'une parenté de J.R.
Courriel également de Tristan Ranx:
"Cher Jean Luc
Utiliser le présent pour raconter la vie de JR est une idée formidable.
C'est le temps dada par excellence. Comme l'acte de Pierre Pinoncelli...
C'est aussi ce que faisait l'écrivain autrichien Thomas Bernhard avec "le
naufragé" sorte de roman biographique sur Glenn Gould, mais aussi avec
"le neveu de wittgenstein". Dans les deux cas les redondances et les répétitions ( plusieurs fois dans une même page...) donnent un côté "hypnotique" à la prose. Paradoxe : ce qui est considéré comme une faute pour un écrivain, devient une véritable musique... puisque la musique est en grande partie composée de répétitions...
A bientôt"
20.2.07
Relié-Collé
D'une bibliothèque l'autre. De la Nationale à l'Arsenal. La rédaction est aussi le moment où l'on s'aperçoit des manques, des absences...Il faut donc retourner au charbon! Une journée moyennement productive à cause des dysfonctionnements habituels de la Bibliothèque nationale. Aujourd'hui, je n'ai pu consulter un périodique suite à une panne du robot, appelé "vertimag", qui se saisit des microfilms. Impossible de le faire manuellement (enfin c'est ce qu'on m'a répondu) et personne n'est capable de me dire quand le robot reprendra du service. Je voulais aussi photocopier quelques extraits de deux livres, mais l'employé à la photocopie sourcilleux sur le règlement a tranché : "Tss tss, ça va pas être possible, c'est du relié-collé ça". L'un des livres (consultable à la BPI mais en cours de traitement) était "Les Oubliés des Avant-Gardes", un intéressant recueil de textes universitaires sur les effacés de l'avant-garde des années 20-30 dont Céline Arnauld et son mari poète dadaïste Paul Dermée. Finalement, je décide de me rendre à la bibliothèque de l'Arsenal pour y consulter la publication de la correspondance entre André Gide et Pierre de Massot que la BN ne possède pas... Ai dîné avec Jean-Pierre Baril qui me raconte, avec de nouveaux détails, l'incroyable épopée de l'écrivain Henri Calet à Montevideo en Uruguay. Jean-Pierre travaille en ce moment sur l'établissement de la correspondance des lettres de Henri Calet à Luis-Eduardo Pombo, un poète uruguayen dont Calet était tombé amoureux lors de son exotique séjour.
Extrait :
Calet à Pombo (Puteaux, 16 juillet 1933)
Pombo ! Mon cher Pombo ! Mon ami. Il faut que tu me répondes. Sois humain. Mon esprit - trop logique sans doute - se refuse à admettre qu’il soit possible qu’on soit oublieux à ce point. Il me faut des suites... Je n’ai pas de goût pour les histoires inachevées. Ici le français transparaît qui veut que le mot "Fin" soit suivi d’un point. Je dois te dire Pombo et c’est un confession - que je ne t’ai pas oublié. Depuis plus de deux ans - déjà - tu restes présent à mes côtés. Il faut me répondre. Mon cher je ne puis pas t’écrire . Il m’est douloureux ce retour dans le passé. Des mots pour toi ce n’est pas assez . Il faut te serrer fortement le bras jouer avec toi (nous étions deux chiens) te mordre (nous étions deux hommes). Mille déboires et un grand malheur de tous les jours, mais Pombo, cela n’est rien. Je suis resté droit et pur et ma peau est toujours blanche et mon torse est toujours d’un adolescent. Une grande misère Pombo. Mais toujours un rayon de soleil dans l’oeil. Tu es mon ami. Mon unique ami. Ami. Je suis pauvre. Ne me laisse pas. Je n’écris pas davantage. Petit Pombo. Tu m’as donné de la joie. (...) Ecris-moi. J’ai soif de nouvelles.
Au revoir H. Calet. chez Bordier - 4 rue Changarnier - Paris 12e
16.2.07
@work
Ai toujours préféré le présent aux temps du passé pour raconter une vie. Peu de biographes utilisent le présent. Pourtant, il donne au récit une proximité immédiate et apporte l'énergie nécessaire afin que le personnage qui se dessine au fil des pages soit VIVANT. Les répétitions et autres redondances sont également justifiées voire indispensables, comme par exemple pour les dates. Que le lecteur ne soit pas obligé de remonter au début du chapitre pour savoir en quelle année il se trouve...
9.2.07
Dépêche
PARIS (Reuters) - Pierre Pinoncelli, 78 ans, a été condamné à trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour avoir dégradé à coups de marteau un urinoir de l'artiste Marcel Duchamp, oeuvre emblématique du courant dada exposée au Centre Pompidou à Paris.
La cour d'appel de Paris a ainsi confirmé la peine prononcée en première instance en janvier 2006. Elle a en outre condamné le prévenu a payer au Centre Pompidou les frais de réparation de l'oeuvre, soit 14.352 euros.
En revanche, elle a annulé sa condamnation à verser 214.000 euros de dommages et intérêts à l'institution, prononcée en première instance, en raison d'un problème de droit. L'Etat est propriétaire de l'oeuvre et non le Centre Pompidou.
Le 4 janvier 2006, Pierre Pinoncelli avait frappé à coups de marteau l'urinoir baptisé "Fontaine", imaginé en 1917 par Marcel Duchamp, qui se réclamait du dadaïsme. Huit versions en ont été réalisées. La céramique a été légèrement fendue mais l'oeuvre figure toujours dans les collections d'art contemporain du Centre Pompidou.
Le prévenu, déjà auteur d'un attentat similaire en 1993 sur la même oeuvre, a défendu son acte devant ses juges en expliquant qu'il relevait justement de la philosophie dada. Après l'arrêt de la cour, il a déploré vendredi devant les journalistes la "non-reconnaissance de son acte artistique".
Il s'est réjoui de voir le Centre Pompidou débouté de ses demandes financières. Il a expliqué qu'il ne recommencerait plus de telles performances en France mais n'a pas exclu de récidiver à l'étranger.
"C'était un clin d'oeil au dadaïsme, j'ai voulu rendre hommage à l'esprit dada", avait-il expliqué à l'audience.
Le mouvement dada, né pendant la Première Guerre mondiale en Suisse, rassemblait des pacifistes révoltés contre les valeurs esthétiques morales, politiques et religieuses de leur époque.
4.2.07
...et à la guitare : Jacques Rigaut
Dada Suicides, un groupe anglais dont le guitariste se nomme Jacques Rigaut, le batteur Jacques Vaché et le bassiste Kurt Schwitters...
"Jacques Rigaut - Guitar &Vocals
Jacques is jealous because his suicide was never as infamous as Jacques Vaché’s. What was the point? He did nothing in exactly the right way. After a wild life he exited this world with some style, yet no one actually joined the Suicide Agency (although its praises will be sung). As a spectator at Dada events in Paris he took nihilism to heart, and went through with what, in most cases, turned out to be idle threats. Before shooting himself he burnt his notebooks so no one could publish them posthumously. His resurrection is timely; Jacques finds the opportunity to express himself, and he joins the band to let the world know what he currently thinks."
La suite ici.
Merci à Jasper pour l'info.
28.1.07
25.1.07
La chute d'un ange
Solveig Dommartin dans "Les Ailes du désir"
de Wim Wenders (1987)
Il y a des disparitions qui vous touchent plus que d'autres. Celle de la comédienne Solveig Dommartin par exemple, décédée le 11 janvier dernier, à 45 ans, des suites d'une crise cardiaque. Peu d'hommages dans la presse, quelques dépêches lapidaires, c'est tout. Je me souviens d'elle, en 1991, lors de la sortie du film "Jusqu'au bout du monde", lumineuse, elle écoutait ma conversation avec Wim Wenders, au sujet d'Emmanuel Bove. Une dizaine d'années plus tard, je la croisai dans une rue de Paris, méconnaissable. Elle m'apparut ce jour-là, seule, désemparée. J'ai lu qu'elle avait réalisé un court-métrage : "Il suffirait d'un pont". Beau titre. Les clefs de cette disparition prématurée sont peut-être dans les extraits d'un entretien qu'elle avait donné à cette occasion :"L'origine c'est simplement de l'amour, il n'y a que ça qui m'intéresse dans la vie, c'est de l'amour et je sais pas comment le montrer, et j'ai tout fait pour essayer que ça existe. [...] Je vous aime, aimez-moi"
20.1.07
Le spectateur suicidé
Merci à Florence B. qui m'a envoyé cette photo extraite du film "Spellbound" (1945) d'Alfred Hitchcock, en VF : "La maison du Docteur Edwardes". Dans cette séquence filmée de façon subjective, l'arme du Docteur Murchison qui menace Constance Petersen se retourne lentement vers le spectateur. Ce dernier d'abord effrayé, comprend dans le plan final que le Docteur Murchison s'est suicidé. Cette image me fait penser au texte que Paul Eluard écrivit après la mort de J.R : "L'arme braquée par le suicide contre la vie en a toujours raison. Nuls débris, nulles ruines ne peuvent subsister après le passage de cette volonté qui brûle de tout détruire. Mais un tel attentat laisse entière la force de celui qui l'a commis.[...]"
14.1.07
13.1.07
8.1.07
La bonne résolution
Les premiers mots, la première phrase...après toutes ces années de laborieuses mais passionnantes recherches, voici le temps de la mise en scène, du montage, de la reconstitution du puzzle. Je laisse les pièces manquantes aux chercheurs du futur. C'est dans l'ombre que brillent les plus beaux diamants.
31.12.06
30.12.06
"Jean Eustache aimait le rien"
Portrait de Jean Eustache
J'ai déjà évoqué ici l'admiration du cinéaste Jean Eustache pour Jacques Rigaut. Dans son film mythique "La maman et la putain" Eustache rend un hommage à J.R. dans une scène où Jean-Pierre Léaud mentionne "la secte d'hérétiques dont parle Borges, je crois, et dont la qualité essentielle est dans l'ennui. Pas dans la foi, l'enthousiasme : dans l'ennui, le nul". Léaud sort ensuite une feuille manuscrite de sa poche en disant "d'ailleurs j'ai fait mon autoportrait". Les phrases qu'on peut voir sur cette page sont celles du texte de J.R., le "passeport idéal" : "Cheveux....cheveux, front...front, etc." (Merci à Greg qui m'avait signalé cet hommage pour initiés.)
L'écrivain Jean-Jacques Schuhl, ami du cinéaste, dans le journal Libération du 6 septembre 2005, faisait le lien entre le suicide d'Eustache et celui de J.R. : ""...dans le coeur comme Jacques Rigaut..." A l'occasion de la rétrospective des films d'Eustache à Beaubourg, Schuhl cite à nouveau Rigaut (merci à Jefferson Selve qui m'a envoyé l'info), dans un bel article publié dans le Libération du 13 décembre 2006. Je me dis que je devrais rencontrer l'auteur d'"Ingrid Caven"...
JEAN EUSTACHE AIMAIT LE RIEN
"Tu as bien connu Eustache, tu devrais écrire sur lui !" Celle-là, je l'ai pas mal entendue. Qu'est-ce que ça veut dire ? Les meilleurs nous restent opaques... On apprend après des choses : à 20 ans, il récitait ivre mort des poèmes dans des bars, il se promenait avec un flingue à Pigalle où il se faisait appeler Robert et allait guincher au musette... Une suite de reflets... On n'en sait pas plus après dix ans, vingt ans... On se trompe toujours... Il rêvait d'un penthouse sur la Cinquième Avenue, il était royaliste, à la fin il croyait à l'au-delà, il avait acheté à Genet un scénario, titre : La plus belle ville du monde ne peut donner que ce qu'elle a, et il lui avait filé un chèque sans provision ! Je le revois, c'est comme si c'était hier, il est là, il arrive, son pas chaloupé, la Gauloise bleue au coin des lèvres, mains dans les poches, il aimait bien Gabin, Jean, Gueule d'amour . Son Burberry... Il aimait bien Bogey aussi... et sa Gauloise bleue qu'il allume en plissant les yeux, bleus.
«J'file à Narbonne demain... T'sais... Ils s'apprêtent à détruire le café... Faut que j'tourne vite avant que...» Il avait gardé un peu l'accent de là-bas. [...]
J'ai peine à imaginer deux personnes aussi passives et capables de ne rien faire si longtemps, strictement rien, une longue torpeur dans les bars, que Jean Eustache et moi, du moins en Occident. Non ! C'est pas juste : il jouait, au baccara, beaucoup ! Et puis les filles... beaucoup... de tout : des belles, des moches, des travelos du Bois... N'importe... En rentrant fauché du baccara... Et il a fini par faire un ou deux films. Moi, très longtemps, j'ai continué à ne rien faire. Là-dessus, c'était quand même moi le plus fort, qui ai tenu le plus longtemps. C'est ce qu'il appréciait en moi, je crois, cet aspect ascétique, plus nul que lui. Et puis j'ai cédé à mon tour : il a bien fallu que je commence à vaguement m'y mettre moi aussi... Il n'était plus là, quelques autres non plus, j'étais un peu seul alors à ne rien faire, c'est difficile, je ne suis pas un héros quand même ! Je n'avais plus personne avec qui ne rien dire, ou alors parler pour ne rien dire ! Alors autant un peu travailler, comme les autres.
De toute façon il aimait le rien, le nul, le beaucoup de bruit et puis rien, les foirades, quoi ! Ça devait bien finir comme ça : une annulation. Et bien sûr j'étais complice un ou deux autres, aussi. On voulait lancer un mouvement, nous si immobiles ! Le nullisme ! Il était allé raconter ça au Nouvel Observateur au Festival de Cannes le nul, le nullisme... n'être rien ! quand il a présenté la Maman et la Putain . Au fait, j'y pense : j'y suis dans la Maman et la Putain l'ami d'Alexandre, Charles, aucun doute, c'est moi ! Il fait des trucs de potache, de carabin, débiles, décadents... Non, même pas, juste un simulacre, une velléité : il vole un fauteuil chromé de paralytique dans une cage d'escalier et l'amène chez lui où il y a sur une table un bras artificiel dans la main duquel Charles a placé une rose or terni en plastique... Oh ! So kitsch ! So camp ! So chic !... L'espèce de morbide décadent que j'étais à l'époque... Et Alexandre et Charles reprennent mot pour mot les conversations idiotes à n'en plus finir que j'avais avec Jean : vaut-il mieux manger chaud et boire froid ou manger tiède et boire chaud ou dur et froid ou tout mou... ? Ils finissent après très longtemps par trouver la conclusion : il faut manger mou et boire tiède !
Je revois le sourire éclatant sous les flashs à Cannes au palais, Jeanne d'Arc-Ingrid Bergman remettant le trophée à Jean de France, l'ajusteur électricien... Car s'il se voyait en cloche, nul, ruiné... il aurait, je pense, aimé être cloche nulle ruinée dans un palace «Au Carlyle, t'sais ! Sur Madison Av... Le Russian Tea Room t'sais ! »
Ce n'était pas un caractère... fuyant... pas net... lâche... recherchant l'inconsistance... c'est pas facile... Etait-il même cinéaste ? ! Je n'ose qu'à peine écrire ce mot, il ne lui convient pas. Il me fait sourire, si chargé d'importance, de prestige prométhéen... Il a fait des films, oui... mais... Je lui avais suggéré : «Tu devrais avoir une boutique avec sur la plaque : "Jean Eustache, cinéaste pour Noces et Banquets"» ... Alors là maintenant... quoi faire ? De la pointe mal taillée du crayon ébaucher quelques phrases qui tracent le contour d'une forme plutôt vide, presque une ombre blanche... A quoi ça avance, les souvenirs, la vie... tout ça ? ! Face à son cinéma si neutre, si blanc, toute anecdote semble un effet de mauvais goût, un rien devient haut en couleurs, pittoresque. Ses films si discrets en un sens appellent le retrait. Ou bien alors, comme il l'a fait, laisser parler les autres ?
Cher Jean-Jacques,
Voici quelques raisons pour lesquelles j'ai dédié mon film Broken Flowers à Jean Eustache : Ici, dans ma maison située au milieu d'une épaisse forêt des montagnes des Catskill, il y a la petite pièce où j'écris, et dans cette pièce se trouve une vieille table en bois dont on m'a dit qu'elle a été fabriquée il y a plus d'un siècle comme table de travail d'un cartographe, et c'est là-dessus que j'ai assemblé chacun de mes scripts ( Dead Man , Ghost Dog et plus récemment Broken Flowers ). Au mur sont épinglées des coupures de journaux (nécrologies de William Burroughs, Fela Kuti, et Jean Rouch) et quelques petites photographies (Joe Louis, Robert Mitchum, Geronimo, et Buster Keaton). Mais la seule qui est encadrée, c'est une photo de Jean Eustache sur le tournage de la Maman et la Putain que j'ai découpée dans l'article nécrologique du New York Times remontant à l'automne de 1981. Elle est accrochée tout près du coin où je travaille.
Cette photo jaunie est la raison immédiate qui m'a fait dédier mon film à Jean Eustache. Le script a été écrit très vite en deux semaines et demie, et Jean Eustache semblait, alors plus que jamais, être présent, veillant sur moi pendant que je griffonnais tout le long des nuits (j'écris à la main dans des carnets à dessins et, cette fois, la première chose que j'ai écrite a été : «Pour Jean Eustache») [...].
Pendant que je t'écris ce fax, je suis à nouveau dans ma petite pièce dans les Catskill, et là, tout près de moi sur le mur, il y a cette image d'Eustache accroupi juste à côté d'un tourne-disque aujourd'hui démodé, la cigarette dans une main tandis qu'il fait doucement un geste de l'autre, son visage en partie caché par des lunettes noires et de fins cheveux longs, toute son énergie absorbée par le beau film compliqué qu'il est en train de créer.
Jim Jarmusch
«Comme le bouchon de liège au fil de l'eau», une métaphore qu'Eustache avait un jour employée pour m'expliquer son affinité avec Jean Renoir. Et lui c'était pareil. Il a toujours filmé selon... «Donc tu te dégages/Des humains suffrages/Des communs élans ! Tu voles selon» les circonstances, les commandes, les phrases en vol, les récits effilochés des autres, les soubresauts de la mémoire. «Les choses sont là. Pourquoi les manipuler ?» Il suffit de les recomposer un peu, les rythmer, c'est tout. Cinéma de poésie ! Scribe des autres, ethnologue de lui-même. «Jamais l'espérance Pas d'orietur. Plus de lendemain Braises de satin.»
C'est Rimbaud qui continue. Et le mélange, chez Eustache, de son côté évangélique, catéchisme même, douce France, p'tits clochers, royauté, Jean de France, avec son goût pour le clandestin un peu louche m'évoque l'Enfance, Rimbaud dont le poème Mes petites amoureuses , titre d'un film d'Eustache, commence comme ça : «Un hydrolat lacrymal lave/Les cieux vert-chou...» L'enfant du film va au cinéma voir Pandora , le passage où Ava Gardner sort de l'eau, et je m'autorise cet innocent détournement en sampling : «un hydrolat lacrymal lave Ava Gardner mouillée».
Ça a été Jean le premier. Après, tout de suite, il y a eu Fassbinder et puis très vite Rassam le producteur, que j'ai nommé Mazar dans un roman, je dis ces trois-là parce qu'il se trouve qu'ils ont été proches de moi et que pour eux la vie et le cinéma ne faisaient qu'un, autant dire le réel et le rêve... Et aussi qu'ils ont fini pareil, cloîtrés chez eux sur un lit, au tournant du siècle et moi j'ai gardé, persistante, l'image, comme celle, décomposée, de l'Homme qui court de Etienne-Jules Marey, de ces trois-là, à peu de temps de distance, comme le même trois fois, mais ils ne courent plus : à plat ventre demi-nus sur le lit, les yeux vides encore rivés à un petit écran par terre, ça a été exactement ainsi, tous les trois, comme une parabole dont le titre serait : «Le Cinéma rendant les armes devant la Télévision» . Et c'est vrai, c'est de ce moment-là, j'ai songé, que le cinéma, ça n'a plus été pareil, de l'Art, des fois, sans doute, mais plus un art de vivre, un style de vie.
Louxor j'adore ! Quel rapport ce clip en tube techno-pop interprété par un chanteur dansant en collants et justaucorps pastel que les télés avaient montré et remontré ces derniers temps pouvait bien avoir avec un cinéaste janséniste qui refusait toute imagination et se reconnaissait comme maîtres Bresson et Dreyer ? je me demandais en allant à mon rendez-vous de l'hôtel Montalembert. Tout récemment alors que je préparais cet article, j'étais tombé sur une interview de Philippe Katerine, il avouait une passion pour le cinéma de Jean Eustache. Alors je lui ai téléphoné pour le rencontrer... Et sur Eustache il savait tout... Et sur ce monde d'avant et sur les films : des dialogues par coeur, et des phrases bêtes vite dites il y a longtemps, des surnoms de gens anonymes totalement oubliés étaient passés, grâce au regard, à l'oreille et à la caméra de quelqu'un, dans la tête d'une vedette electro-pop de notre ère colorée ultracellulaire. Et moi, sans doute stimulé par ce court-circuit dans le temps... je parlais... je parlais... d'Eustache... de Picq... son inspirateur, son comparse... et puis de Biaggi... qui, lui aussi, est évoqué dans la Maman et la Putain «Je suis en vert et contre tout» , il dit, vêtu de vert... enfin les bêtises qu'aimait Eustache. Philippe Katerine me regardait un peu sidéré : c'était moi qui faisais le récital...
«C'est pas tout ça, j'ai dit, mais vous ne m'avez pas soufflé mot sur Eustache.
Mais vous n'avez pas arrêté de par...
Oui d'accord mais, pour mon article, j'ai rien de vous alors j'ai une idée... Puisque vous êtes chanteur-compositeur, vous pourriez écrire une chanson sur Eustache, lui, ses films, comme vous voulez, ou même un début de chanson.» Je la collerai dans mon truc, je me disais, comme j'ai collé le fax de Jarmusch... Il a eu une expression curieuse entre l'intérêt amusé et le scepticisme. Et puis il a quitté le Montalembert avec sa valise à roulettes.
Le lendemain j'ai appelé Philippe Katerine et j'ai laissé un message, je regrettais d'avoir trop parlé : «Je suis désolé, j'ajoutais, et en plus j'ai l'impression d'avoir mis trop la pression pour obtenir de vous une chanson sur Eustache...» et que peut-être, à défaut, il pourrait me dire quel genre de chanson il imaginait, même s'il ne l'écrivait pas !
Le jour d'après, j'ai écouté mon répondeur :
«Allô, c'est Philippe Katerine. J'ai eu votre message hier... Je suis à Nantes... J'ai essayé d'écrire un peu mais en vain... Sans la musique... noir sur blanc c'est un peu difficile... Le sujet aussi est difficile... J'étais parti quand même sur ses yeux bleus... Plutôt une chanson d'amoureux sur son physique, ses cheveux longs, ses yeux bleus délavés, ses habits... Quelque chose de plutôt sensuel comme si j'étais une de ses petites amoureuses... J'étais parti là-dessus, sur quelque chose de presque érotique... Comme sur une rock star... J'étais sur ce registre... Si j'écrivais une chanson sur lui, ce serait une chanson d'amour sur son physique, ses yeux, et ce qui en émane...»
Ce qui en émane ? Son «coup du regard», comme on appelait ça avec Picq, et qui en faisait en effet craquer pas mal... La séduction. Mais il y avait un autre regard, celui qu'il avait au tournage et dont m'avait parlé Ingrid Caven qu'il avait dirigée dans Mes petites amoureuses . «Jean était là sur le plateau. On ne l'avait pas entendu venir. Il corrigeait des petits détails ici et là, presque silencieux. Regard à travers la caméra... Chuchotement à Nestor. Il semblait s'absenter, le regard s'éloignait, il nous écoutait depuis un lointain, s'abandonnant à quoi ? Nous abandonnant au "silence, on tourne" de l'assistant.» Il l'avait choisie pour incarner la mère du petit garçon (lui à 13 ans) sans la connaître, pour l'avoir vue au cinéma, c'était la Paloma , elle était Viola, chanteuse d'un cabaret interlope, phtisique diaphane et pâle comme le drap où dans le temps on projetait. Sa mère était Viola. Le petit garçon voulait, face à sa mère, retrouver les sensations éprouvées devant l'écran.
Jacques Rigaut, le poète surréaliste rédigeait ainsi sa fiche anthropométrique : «Nez : Nez ; OEil : OEil ; Bouche : Bouche ; Barbe : Barbe ; Teint : Teint» ... Il écrivait quelque temps avant de se tuer, à 30 ans, d'une balle au coeur : «Je vais vous dire une bonne chose, la perte de la personnalité, c'est la seule émotion qu'il me reste.» Ça peut se dire autrement : Jean Eustache, quelque temps avant de se tuer d'une balle au coeur, vit reclus chez lui, couché, souvent déprimé, devant la télé. Il téléphone à Maurice Pialat qu'il n'a pas vu depuis assez longtemps : «Allô ! Maurice, salut, c'est Jean... Salut ! Ecoute, je vais faire un film, et j'aimerais que tu joues le rôle de moi. Mon pauvre Jean, tu n'y penses pas ! Je vis reclus chez moi, couché, déprimé, devant la télé !» «J'essaie, disait-il, d'une réalité qui existe et qui existe indépendamment de moi, de faire non pas une fiction mais un film.» La vie devenue film ? Sa vie un film, une fine pellicule que, presque comme une décalcomanie, on détacherait de sa peau et qui en garderait la marque ? J'imagine que ce que le film lui restituait, la projection plutôt, un peu immatérielle, fantomatique, c'était sa vie, détachée, immatérielle à son tour, moins pesante, et ailleurs... Le téléphone dans une main, le revolver à deux coups dans l'autre, le magnéto, avec lequel il a enregistré tout et tout le monde, à côté... Et puis les deux coups de feu, la dernière bande continue... Le monde enfin sans lui : il avait dû souvent essayer de s'imaginer cette chose impensable : voir le monde sans soi, pur, enfin lavé de son regard.
En quittant le cimetière, la belle mystérieuse qui avait filé trop vite m'a fait penser au jeu et au hasard, à Eustache et à la roulette... «Non, c'était le baccara...» , m'a fait Picq tandis que nous marchions dans la lumière d'après-midi d'un mois de novembre. A la table de baccara, Gauloise en coin, entre ces petites vieilles habituées qu'il affectionnait... «Banco ! Carte !...» Même à 7 il tirait toujours ! Je crois qu'il aimait dire «Carte !» et puis se retrouver juste off limits ... Et souvent retour d'Enghien, seul dans le vieux car brinquebalant à quatre heures du mat', ruiné ! Oui, il m'avait dit un jour : «C'est quand je rentre après avoir tout perdu que je bande le mieux... !» «C'est quand même un sacré dilemme !» j'ai ajouté, mon vieux fond huguenot qui revenait. «Non ! m'a dit Picq sagement, comme une leçon, il faut perdre ! - Oui ! Voilà ! Toujours tirer à 7 !»
Jean-Jacques Schuhl
23.12.06
Cadeau de Noël
Jacques Rigaut au début des années 20.
Ce détail d'une photographie inédite où se trouve J.R. est un document extraordinaire qui a failli être perdu à jamais. Cette photographie non tirée se trouvait dans un sac avec d'autres négatifs, la personne qui possédait ces précieux négatifs allait tout jeter au moment de mon arrivée... Un document qui, malheureusement, ne sera peut-être pas publié dans la bio si je n'arrive pas à convaincre les ayants droit des personnes qui se trouvent aux côtés de J.R., de m'accorder leur autorisation de publication. Je trouve ce portrait de J.R. fascinant. C'est l'unique photo où on peut le voir sourire. On retrouve son regard malicieux et provocateur à l'instar de celui d'un enfant en train de faire une bêtise.
Ai retrouvé l'un des fils de Victor Crastre qui m'a indiqué où se trouvaient les archives de son père. Des archives inédites dans lesquelles j'ai pu retrouver les lettres de Jacques-Emile Blanche adressées à Victor Crastre où Blanche parle de son secrétaire Rigaut... Je remercie le journaliste et éditeur qui m'a envoyé cette correspondance.
Je vous souhaite à toutes et à tous de Joyeuses Fêtes!
15.12.06
Coup de foudre littéraire
Reçu courrier des ayants droit d'un poète surréaliste. A ma demande ils ont fouillé leurs archives et ont découvert une correspondance dans laquelle J.R. risque d'être mentionné. Un rendez-vous est pris pour début janvier. J'ai déjà évoqué ici le fantastique Journal de Mireille Havet publié par Claire Paulhan. Une biographie de Mireille Havet est en préparation. J'échange des informations avec sa biographe qui hier m'envoie par mail un précieux document qui confirme que J.R et M.H. se fréquentaient. Une brève amitié sous l'influence des stupéfiants.
Les critiques des écrits de J.R. de son vivant sont rares. La plupart des articles de presse sont posthumes. J'ai réussi tout de même à localiser un article (quelques lignes ironiques) dans "le Journal du Havre" en 1921. La Bibliothèque nationale possède la collection originale de ce quotidien régional, malheureusement incommunicable même exceptionnellement : "papier brûlé". Le papier journal vieillit très mal, il jaunit, s'émiette puis finit par tomber en morceaux. La numérisation est le seul moyen de sauvegarder ces journaux qui renferment des pépites pour les chercheurs. Reste à trouver les budgets pour réaliser cet immense chantier de numérisation. Heureusement les Archives municipales du Havre avaient microfilmé ce quotidien et viennent de m'envoyer une photocopie de l'article en question. Les instituts d'archives en province sont souvent plus souples que leurs confrères parisiens. Le chercheur en province ou à l'étranger, même pour un document, devra venir à Paris pour le consulter.
Les recherches permettent de faire des rencontres littéraires en annexe de son sujet principal. Par exemple, en m'intéressant à l'opium, je suis tombé par hasard sur la critique d'un ouvrage d'un certain Maurice Magre : Confessions sur les femmes, l'amour, l'opium, l'idéal, etc... En 1924, à propos de Maurice Magre, le Figaro écrivait : " Magre est un anarchiste, un individualiste, un sadique, un opiomane. Il a tous les défauts, c'est un très grand écrivain. Il faut lire son oeuvre." Voilà quelqu'un qui gagne à être connu.
Autre coup de coeur littéraire, plus proche de nous, l'écrivain Frédéric Berthet (1954-2003) dont j'ai parcouru les premières pages de son Journal de Trêve. Ai ressenti une proximité immédiate et foudroyante avec ses textes. Trop rare pour ne pas le remarquer.
7.12.06
Le feu sous la glace
Il y a des semaines fastes pour un biographe. Grâce à une correspondance inédite je viens de découvrir un article de Victor Crastre qui relate les derniers moments de Jacques Rigaut. Crastre est également l'auteur d'un autre article-hommage intitulé "Sur le suicide de Jacques Rigaut" publié dans la N.R.F du 1er août 1930. Suite à cet article, Crastre fut injustement et violemment pris à partie par les surréalistes qui saluèrent la disparition de leur ami J.R. par un silence assourdissant.
Pour vous lecteurs du blog Rigaut, voici un extrait de cet article : " (...) Son esprit, sa lucide, sa dure intelligence lui restaient; sa vie gardait un aliment : pur comme de la glace, mais le feu brûlant sous la glace. (...)"
Je n'avais pas lu "Jacques Rigaut est vivant!" l'article de Tristan Ranx en réaction à mon hommage filmé du 6 novembre dernier sur la tombe de J.R. au cimetière Montmartre. Ce blog d'érudit qui ne se prend pas au sérieux est à ajouter à vos favoris...
1.12.06
29.11.06
Date limite
La cour du lycée Louis-le-Grand par Franck Chevalier
"Choisir, c'est vieillir."
(Citation de Soupault
en exergue du premier chapitre)
"Quand on est jeune c'est pour la vie" disait Soupault. Définitivement, j'aime beaucoup Soupault. C'est François Martinet qui m'a conseillé de lire Les Dernières Nuits de Paris en précisant qu'un personnage du roman pouvait bien être Jacques Rigaut. J'ai trouvé (encore un petit miracle) un exemplaire du roman à la librairie Henri Vignes sise au 57, rue Saint-Jacques dans le cinquième. Chaque fois que je passe dans cette librairie, je suis sûr d'y trouver un livre qui m'intéresse. Effectivement dans ce roman un personnage s'appelle Jacques... Extrait : " Jacques était en effet plus avide de savoir où elle allait que de la saisir par le bras ou de lui baiser les lèvres. Je compris qu'il était enfin plus amoureux du mystére que de la femme qui courait selon son destin." Il est vrai que les traits psychologiques peuvent correspondre à ceux de J.R., mais Soupault était également l'ami de Jacques Baron même s'il voyait moins ce dernier.
Hier soir après ma visite chez le libraire, je me suis rendu au lycée Louis-le-Grand pour assister à l'élection des 20 meilleurs livres de l'année par la rédaction du magazine "Lire". En traversant la grande cour du lycée, j'ai eu une pensée pour J.R. qui fut l'élève de ce prestigieux établissement. Ai jeté un coup d'oeil sur un prospectus qui proposait entre autres une liste des anciens « magnoludoviciens » (c'est ainsi qu'on appelle les élèves de ce lycée), Rigaut n'y figurait pas. Puis debout, dans la grande salle de conférences, j'ai sagement écouté les résultats des votes. J'en profite pour féliciter Jean Echenoz (fidèle lecteur de ce blog) dont le livre Ravel a été élu meilleur "roman biographique" de l'année. En revanche pas de surprise pour le premier meilleur livre de l'année : Les Bienveillantes par Jonathan Littell. Antoine Gallimard monte sur scène pour nous dire qu'il est très content et que les ventes en sont à 600 000 exemplaires. Je trouve ça étrange cette manie en France de "surconsacrer" une oeuvre, Les Bienveillantes ont déjà reçu deux prix dont pas les moindres (Prix Goncourt et Prix du roman de l'Académie française). Je serais l'auteur, je me méfierais. Sans vouloir faire de jeux de mots, trop de bienveillance nuit. J'ai toujours trouvé l'unanimité suspecte. Je me souviens plus qui (Beckett?)(1) a dit qu'à partir d'un certain nombre d'exemplaires il y a forcément un malentendu. Une amie américaine me dit avoir connu Littell quand il était enfant. "C'était un joli petit garçon, me dit-elle, un peu premier de classe et arrogant c'est vrai, mais charmant." Je n'ai pas lu Les Bienveillantes mais j'aimerais bien prendre un verre avec son auteur pour savoir ce qu'il pense de ce succès. « Les honneurs déshonorent ; le titre dégrade ; la fonction abrutit. Ecrivez ça sur les murs. » (Gustave Flaubert) - Extrait d'une lettre à Guy de Maupassant - 15 Janvier 1879
Au cocktail, je tombe sur mon éditeur, Olivier Rubinstein qui me prend fermement le bras et m'entraîne dans un coin. Je venais de répondre à une de ses lettres dans laquelle il m'interrogeait sur la date de remise de mon manuscrit. "Alors, dites moi cher ami, vous en êtes où? vous savez une biographie c'est infini...il faut savoir arrêter ses recherches." Je lui réponds que le temps joue en la faveur des biographes. "Oui et en défaveur des éditeurs", ajoute-t-il en souriant. Tout ça est de bonne guerre. J'ai tranché en fixant une date précise et lui promets de lui rendre mon manuscrit le 1er mars 2008. Donnant donnant, il s'engage à me verser le restant de mon a-valoir. N'étant pas physionomiste, je pratique peu le name-dropping mais entre deux petits-fours je rencontre Raphaël Sorin accompagné de Raphaël Enthoven; Juliette Joste des éditions Flammarion; Christophe Claro traducteur et directeur de collection au Cherche-Midi; Franck Chevalier, Pascal Bories et Jean du magazine Technikart. En partant je visite l'exposition des portraits de Gérard Rondeau et reste un long moment devant une très dure mais très belle photo du "mendiant magnifique", l'écrivain Albert Cossery dont je suis un admirateur inconditionnel.
(1) Nota Bene : Bernard Morlino me signale que l'expression: "Au-delà de 30 000 exemplaires c'est un malentendu" est de Malraux. Merci Bernard!
23.11.06
Microfilms & photocopies
"Chaque miroir porte mon nom."
(Jacques Rigaut)
Deux journées à la Bibliothèque nationale. Je ne me ferai jamais à son architecture carcérale. On en sort épuisé. Le personnel semble lutter contre la torpeur. Plusieurs photocopies dont un poème nostalgique de Tzara dans lequel J.R. est cité. Je parcours quelques livres sur le rôle des femmes dans le surréalisme. Un rôle souvent occulté. Ai commencé à lire Gilles de Pierre Drieu la Rochelle. Dans sa préface de 1942, Drieu évoque son ami J.R.
17.11.06
La main sur soi
"Feuille de vigne" par Martin Kay
Toujours dans la classification et la lecture de ma documentation. Des amis traducteurs (Philippe Aronson et Christophe Claro) me donnent un coup de main pour les textes anglais trouvés à New York. J'en profite pour les remercier.
Je poursuis également la lecture d'ouvrages qui font partie de ma bibliographie comme Porter la main sur soi de Jean Améry. De toute la littérature suicidologique ce texte me paraît de loin le plus brillant. Extrait : " (...) d'un côté la froide indifférence de la société envers l'homme, et de l'autre le souci exalté dont il fait l'objet quand il s'apprête à quitter délibérément la fédération des vivants." Rescapé d'Auschwitz, Jean Améry s'est donné la mort en 1978 à Salzbourg.
La citation du jour : "En France, pratiquement aucun auteur ne peut gagner sa vie ; toute la chaîne du livre vit du livre, sauf l'écrivain." (Jonathan Littell, auteur du livre Les Bienveillantes, Le Monde des livres, 16 novembre 2006)
15.11.06
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