29.11.06

Date limite


La cour du lycée Louis-le-Grand par Franck Chevalier


"Choisir, c'est vieillir."
(Citation de Soupault
en exergue du premier chapitre)

"Quand on est jeune c'est pour la vie" disait Soupault. Définitivement, j'aime beaucoup Soupault. C'est François Martinet qui m'a conseillé de lire Les Dernières Nuits de Paris en précisant qu'un personnage du roman pouvait bien être Jacques Rigaut. J'ai trouvé (encore un petit miracle) un exemplaire du roman à la librairie Henri Vignes sise au 57, rue Saint-Jacques dans le cinquième. Chaque fois que je passe dans cette librairie, je suis sûr d'y trouver un livre qui m'intéresse. Effectivement dans ce roman un personnage s'appelle Jacques... Extrait : " Jacques était en effet plus avide de savoir où elle allait que de la saisir par le bras ou de lui baiser les lèvres. Je compris qu'il était enfin plus amoureux du mystére que de la femme qui courait selon son destin." Il est vrai que les traits psychologiques peuvent correspondre à ceux de J.R., mais Soupault était également l'ami de Jacques Baron même s'il voyait moins ce dernier.

Hier soir après ma visite chez le libraire, je me suis rendu au lycée Louis-le-Grand pour assister à l'élection des 20 meilleurs livres de l'année par la rédaction du magazine "Lire". En traversant la grande cour du lycée, j'ai eu une pensée pour J.R. qui fut l'élève de ce prestigieux établissement. Ai jeté un coup d'oeil sur un prospectus qui proposait entre autres une liste des anciens « magnoludoviciens » (c'est ainsi qu'on appelle les élèves de ce lycée), Rigaut n'y figurait pas. Puis debout, dans la grande salle de conférences, j'ai sagement écouté les résultats des votes. J'en profite pour féliciter Jean Echenoz (fidèle lecteur de ce blog) dont le livre Ravel a été élu meilleur "roman biographique" de l'année. En revanche pas de surprise pour le premier meilleur livre de l'année : Les Bienveillantes par Jonathan Littell. Antoine Gallimard monte sur scène pour nous dire qu'il est très content et que les ventes en sont à 600 000 exemplaires. Je trouve ça étrange cette manie en France de "surconsacrer" une oeuvre, Les Bienveillantes ont déjà reçu deux prix dont pas les moindres (Prix Goncourt et Prix du roman de l'Académie française). Je serais l'auteur, je me méfierais. Sans vouloir faire de jeux de mots, trop de bienveillance nuit. J'ai toujours trouvé l'unanimité suspecte. Je me souviens plus qui (Beckett?)(1) a dit qu'à partir d'un certain nombre d'exemplaires il y a forcément un malentendu. Une amie américaine me dit avoir connu Littell quand il était enfant. "C'était un joli petit garçon, me dit-elle, un peu premier de classe et arrogant c'est vrai, mais charmant." Je n'ai pas lu Les Bienveillantes mais j'aimerais bien prendre un verre avec son auteur pour savoir ce qu'il pense de ce succès. « Les honneurs déshonorent ; le titre dégrade ; la fonction abrutit. Ecrivez ça sur les murs. » (Gustave Flaubert) - Extrait d'une lettre à Guy de Maupassant - 15 Janvier 1879

Au cocktail, je tombe sur mon éditeur, Olivier Rubinstein qui me prend fermement le bras et m'entraîne dans un coin. Je venais de répondre à une de ses lettres dans laquelle il m'interrogeait sur la date de remise de mon manuscrit. "Alors, dites moi cher ami, vous en êtes où? vous savez une biographie c'est infini...il faut savoir arrêter ses recherches." Je lui réponds que le temps joue en la faveur des biographes. "Oui et en défaveur des éditeurs", ajoute-t-il en souriant. Tout ça est de bonne guerre. J'ai tranché en fixant une date précise et lui promets de lui rendre mon manuscrit le 1er mars 2008. Donnant donnant, il s'engage à me verser le restant de mon a-valoir. N'étant pas physionomiste, je pratique peu le name-dropping mais entre deux petits-fours je rencontre Raphaël Sorin accompagné de Raphaël Enthoven; Juliette Joste des éditions Flammarion; Christophe Claro traducteur et directeur de collection au Cherche-Midi; Franck Chevalier, Pascal Bories et Jean du magazine Technikart. En partant je visite l'exposition des portraits de Gérard Rondeau et reste un long moment devant une très dure mais très belle photo du "mendiant magnifique", l'écrivain Albert Cossery dont je suis un admirateur inconditionnel.

(1) Nota Bene : Bernard Morlino me signale que l'expression: "Au-delà de 30 000 exemplaires c'est un malentendu" est de Malraux. Merci Bernard!



23.11.06

Microfilms & photocopies


"Chaque miroir porte mon nom."
(Jacques Rigaut)

Deux journées à la Bibliothèque nationale. Je ne me ferai jamais à son architecture carcérale. On en sort épuisé. Le personnel semble lutter contre la torpeur. Plusieurs photocopies dont un poème nostalgique de Tzara dans lequel J.R. est cité. Je parcours quelques livres sur le rôle des femmes dans le surréalisme. Un rôle souvent occulté. Ai commencé à lire Gilles de Pierre Drieu la Rochelle. Dans sa préface de 1942, Drieu évoque son ami J.R.

17.11.06

La main sur soi


"Feuille de vigne" par Martin Kay

Toujours dans la classification et la lecture de ma documentation. Des amis traducteurs (Philippe Aronson et Christophe Claro) me donnent un coup de main pour les textes anglais trouvés à New York. J'en profite pour les remercier.





Je poursuis également la lecture d'ouvrages qui font partie de ma bibliographie comme Porter la main sur soi de Jean Améry. De toute la littérature suicidologique ce texte me paraît de loin le plus brillant. Extrait : " (...) d'un côté la froide indifférence de la société envers l'homme, et de l'autre le souci exalté dont il fait l'objet quand il s'apprête à quitter délibérément la fédération des vivants." Rescapé d'Auschwitz, Jean Améry s'est donné la mort en 1978 à Salzbourg.

La citation du jour : "En France, pratiquement aucun auteur ne peut gagner sa vie ; toute la chaîne du livre vit du livre, sauf l'écrivain." (Jonathan Littell, auteur du livre Les Bienveillantes, Le Monde des livres, 16 novembre 2006)

15.11.06

Paquet-cadeau







Des cadeaux de Noël ici.
Merci au groupe Venus Bogardus pour
leur hommage à Jack Rigow...

10.11.06

Art Business





Coup de fil de François Buot (biographe de René Crevel) qui me prévient qu'un exemplaire des Champs magnétiques avec un envoi de Breton à Rigaut est en vente dans le nouveau catalogue d'un libraire. Cet exemplaire a donc appartenu à J.R. Qui l'a vendu? La transparence n'a pas pas sa place dans le marché de l'art dont le commerce des livres anciens et manuscrits fait partie. Motus et bouche cousue. Une loi de l'omerta, exaspérante pour les historiens, que j'avais évoquée précédemment. Pourquoi rester dans l'opacité si l'on a rien à se reprocher?
D'ailleurs pour rassurer le collectionneur, le marchand ne mentionne t-il pas pour cette édition originale "Prestigieuse provenance". Y aurait-il des provenances moins prestigieuses? A 14.500 euros l'exemplaire, l'acheteur se doit tout de même d'être tranquillisé.

8.11.06

Synchronicité


La rue de Champigny à Chennevières-sur-Marne

Les bords de Marne

La grand-mère paternelle de J.R. possédait une petite maison à Chennevières-sur-Marne au 46, rue de Champigny. Durant son enfance Jacques passera quelques étés dans cette propriété familiale en bord de Marne, non loin des guinguettes. Aujourd'hui, le 46 existe toujours mais la petite maison a disparu, cachée par de hauts murs une villa cossue la remplace.

Certains m'ont demandé des explications sur la tombe de J.R. passée au Kärcher lors de ma visite commémorative au cimetière Montmartre ce 6 novembre dernier. Lors d'une première visite en 2004, j'avais trouvé cette tombe recouverte par les fientes des corbeaux qui nichent dans le cimetière. Le courrier (ainsi que celui de l'administration funéraire) que j'ai envoyé aux propriétaires de la concession m'a été retourné avec la mention "N'habite plus à l'adresse indiquée". Il est fort probable que cette tombe soit à l'état d'abandon... J'avais alors prévenu le conservateur du cimetière qui m'avait conseillé de remplir un dossier pour sauvegarder la tombe de J.R. Selon les réglements funéraires une concession même perpétuelle à l'état d'abandon peut être reprise par la commune après exhumation des restes des personnes inhumées. Lors de ma visite du 6 novembre, des employés du cimetière s'affairaient à nettoyer des tombes à côté de celle de J.R. Ils m'ont gentiment proposé de la nettoyer. On peut constater la nette différence (avant/après) sur les clips vidéo que j'ai tournés. Je me suis également rendu compte en ratant (encore une fois) la tombe de J.R. qu'elle se trouvait à une dizaine de mètres de celle de Guy Debord (1). J'ai souvent remarqué d'heureuses et parfois troublantes coïncidences lors de mes recherches. François Martinet qui travaille depuis 20 ans sur Philippe Soupault avec qui j'ai déjeuné la semaine dernière a remarqué également ces coïncidences inattendues qui s'apparentent au fameux concept de synchronicité défini par le psychanalyste suisse Carl Jung.

(1) Guillaume Demey m'a envoyé un e-mail pour me signaler que le Guy Debord voisin de J.R. au cimetière Montmartre est un homonyme. Effectivement, les dates ne correspondent pas. L'auteur de La société du spectacle est né en 1931 et décédé (suicidant, une balle dans le coeur comme Rigaut) en 1994. Son corps a été incinéré et ses cendres dispersées (dans la Seine?).


4.11.06

Hommage à Bernard Frank (1929-2006)




Le Nouvel Observateur
du 7 au 13 octobre 2004.
La chronique de Bernard Frank.

28.10.06

JACQUES RIGAUT 7" VINYL RECORD




JACQUES RIGAUT 7" VINYL RECORD * pressed on heavyweight vinyl * numbered limited edition includes letterpressed sleeves and art contributed by Stanley Donwood * recordings include spoken word contribution by Jean-Luc Bitton, biographer of Jacques Rigaut

TRACK LISTING:
SIDE A:
1) JACQUES RIGAUT 2) TRYING NOT TO DIE
SIDE B:
1) EPOCH ZERO 2) LORD PATCHOGUE

J.R. aurait adoré l'incongruité de cet hommage sous la forme d'un disque vinyl. Lui, le très sérieux collectionneur de choses futiles et farfelues. Un vinyl (édition limitée) qui va très rapidement devenir un "collector". Vous pouvez vous le procurer ici pour la modique somme de 6 euros...

24.10.06

American Consular Service


Détail du visa d'immigration
de Jacques Rigaut (3 janvier 1928)

Reçu ce matin courrier de New York (Thanks Clarisse!). Une grande enveloppe orange "United States / Postal Service" dans laquelle je trouve une lettre de la directrice du département "US Citizenship and Immigration Services" qui accompagne les copies des visas américains demandés par J.R. La reproduction des documents n'est pas très bonne mais toutes les informations sont lisibles sauf les photos d'identité. Je reconnais tout de même avec émotion, au-dessus de sa signature, le visage de J.R. coupé en deux...

19.10.06

A l'arrière d'un taxi



Ai acheté cette carte postale à la librairie Delamain. On notera la méprise dans l'année de naissance de J.R., imprécision de Breton dans son anthologie de l'humour noir et souvent reproduite sans vérification jusqu'à aujourd'hui... Lors du lancement du nouveau numéro de la revue "Luna Park" (numéro que distribuera généreusement Marc Dachy à tous les invités), je rencontre Alain Jouffroy que j'avais contacté il y a un an pour lui demander la source des nombreuses anecdotes rapportées dans son enquête sur Dada et le surréalisme, La Vie réinventée, livre réédité en 2004 aux éditions du Rocher. Je lui parle de cette promenade en taxi qu'il relate dans son ouvrage où Rigaut, Man Ray et Aragon assis sur la banquette arrière tiennent des propos surréalistes. "Vous avez une bonne mémoire" me dit-il.

15.10.06

Courrier


L'automne par Martin Kay.

De temps en temps, je reçois des petits mots de soutien de Martin Kay, c'est grâce à lui qu'on peut lire aujourd'hui les "Ecrits" de Jacques Rigaut parus chez Gallimard en 1970.

10.10.06

Bday Party



November, 6 2006 at CAFE RETRO - BATH - JACQUES RIGAUT 7" LAUNCH PARTY!!
Cafe Retro is hosting the launch party for Venus Bogardus' "Jacques Rigaut" 7" single. Live show and DJ sets! Food and drink! Fun Fun Fun!!! More details as we get them!

A Bath (U.K) le 6 novembre 2006, un hommage festif sera rendu à J.R. à l'occasion de la sortie du disque vinyl "Jacques Rigaut" du groupe Venus Bogardus. Pour en savoir plus, allez faire un tour sur le site du label "Patchogue Records" créé pour l'événement. On peut même y acheter le disque qui a été pressé à 500 exemplaires...

7.10.06

Prénoms composés



"Les peintres, comme les écrivains qu'il [Blanche] a aimés, c'étaient ceux qui devaient être grands un jour, un jour que lui vivait par anticipation, de sorte que ses jugements resteront vrais." (Marcel Proust)

Deux parutions qui me réjouissent. La biographie de Jacques-Emile Blanche par Georges-Paul Collet et la (superbe) monographie de Pierre-Emmanuel Martin Vivier consacrée à Jean-Michel Frank. Rappelons que Rigaut fut, de 1919 à 1923, le secrétaire particulier et l'ami de Blanche. Quant au décorateur Jean-Michel Frank, il faisait partie des amitiés mondaines de J.R. Des destins étrangement liés, ils se retrouveront ensemble dans la même clinique parisienne et Frank se donnera la mort le 8 mars 1941 en se jetant d'un building à New York où Rigaut a vécu.

5.10.06

Exhumation poétique


Philippe Soupault en 1928 par Bérénice Abbott.

Soupault a écrit plusieurs poèmes en hommage à son ami J.R. Je ne connaissais pas celui que m'a envoyé un internaute américain francophile et admirateur de Rigaut. Je le remercie pour ce cadeau inattendu que j'avais envie de partager avec les lecteurs du blog Rigaut. Un émouvant poème quand on connaît la vie de Lord Patchogue. Enjoy!


SWANEE

à Jacques Rigaut

Mes Mains tremblent
comme celles d'un brave garçon alcoolique
pour les caresses
mes cheveux tombent
comme des larmes
comme des plumes
et mes dents sont noires de colère
On voit de petits champs de courses
et de vastes champs de tabac
dans mes yeux
on voit des orangers en fleurs
des buissons de monnaie du pape
quand je ris
quand je pleure
on ne voit rien
Quatre Quatre Quatre
Ma vie est un bouton de nacre
Ma vie est un roseau chantant
Ma vie est un enfant à quatre pattes
Ces histoires que l'on racontera
sont longues
comme les fumées sans feu
Et puis il y a moi
Mes oreilles sont bien à moi
comme mes oiseaux
et posés sur le visage pour l'esthétique
On dit oui on dit non
et je me cache dans la fumée
de ma bonne petite cigarette
qui craque
et qui dit oui et qui dit non
quand j'enfile mon veston
et qu'avec toute la gravité désirable
je prends un peigne le matin
je ne regarde pas dans la glace
en disant Quel joli garçon
mais je vois une petite pendule
qui fait tac tac
et qui m'ennuie Swanee
comme le calendrier de mon grand'père.

Philippe Soupault, 'Wang Wang', 1924.
Anthologie de la Nouvelle Poèsie Française
chez Simon Kra/Sagittaire, 1924


J'ai aussitôt demandé quelques renseignements sur ce poème à un ami, amoureux de Soupault, son biographe Bernard Morlino.Il ne m'a pas encore répondu sur son titre, "Swanee", qui peut-être fait référence à la célèbre chanson de Georges Gershwin. Extraits de cette correspondance matinale :

"Oui, je le connaissais, avec un titre pareil, mais je ne savais pas qu'il était pour Rigaut. Dire que Soupault a écrit un poème sur moi...Un jour je lui ai dit si Breton et vous aviez été homos on n'aurait pas eu "Les Champs magnétiques". On se marrait bien ensemble. Il me recevait toujours à 16 h 00, la porte grande ouverte car j'étais toujours à l'heure et il se demandait comment je faisais, venant de Montmartre le voir Porte d'Auteuil. Il y a tant à dire. Dommage que tu n'aies pas connu JR. Le pire ce fut quand on est allé avec sa femme déclaré sa mort à la mairie. L'Etat civil avec NAISSANCE, DECES... Dégoût de la vie à ce moment là. Le petit bébé Soupault mort. Dix ans avec Soupault trois fois par mois, et plus quand j'écrivais sa bio. Voilà une oeuvre en soi. Un soir, il me téléphone et me dit: "Bernard je vous appelle parce que je suis votre ami. Bonne nuit. Un jour Breton a fait pareil quand j'ai quitté une amie. Et comme vous aussi..." Tu peux pas l'inventer ça. Il m'a fait du bien. J'arrête car la perte de S. c'est une plaie ouverte chez moi."

Philippe Soupault a été l'ami de Rigaut, mais également d'Emmanuel Bove dont on parle beaucoup en ce moment avec l'adaptation cinématographique (réussie) d'un de ses romans, "Le Pressentiment", par le comédien Jean-Pierre Darroussin. Bove, Soupault, Rigaut...des univers dont la proximité est troublante. En 2006, certains parlent encore d'écrivains mineurs.Minores, majores... Je préfère parler d'une famille de "désemparés" de la littérature, une cohorte d'insoumis et de réprouvés qui, comme l'a évoqué Edmond Jaloux "refusant les conditions communes du monde, se jetèrent dans une aventure de caractère absolu."




30.9.06

Intermittents de la littérature


Jacques Rigaut, Tristan Tzara, André Breton.

Revu B.M. qui m'ouvre de nouveau sa bibliothèque d'érudit. De lui une journaliste disait : "A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il vous renseignera sur la couleur d'un ruban d'Aimée de Coigny, la jeune captive, l'emploi du temps du prince de Ligne le 24 septembre 1873 ou les singularités amoureuses de Claude Gellée, dit le Lorrain. B.M. a souvent raison à propos des uns et des autres et se trompe rarement sur les faits et les dates. Je pars de chez lui avec de nouvelles informations et les bras chargés de livres dont les souvenirs de la peintre Alice Alicka.

Reçu mail d'une amie dont j'apprécie le soutien. Extrait : "(...) J'ai appris ce soir par la bouche de Florian Zeller (je matais Vol de Nuit, hein, j'étais pas au Flore) que la Bourse Goncourt pour les bios venait d'être attribuée à .... 4500 euros, c'est cette bourse. Je trouve même pas les mots tellement c'est gerbant. Tu vois, les trucs privés même super bien doté comme la Bourse Hachette, quand c'est Zeller *puis* Jessica Nelson qui la chopent, c'est énervant, mais bon, c'est Lagardère, c'est du mècénat, ça ne veut rien dire, c'est pas grave. Mais là c'est une bourse de recherche. Qui va servir à acheter des sacs .... Et quand même là, faut pas charrier. J'ai pensé à toi et aux gens comme toi, qui travaillent sérieusement, qui effectuent des recherches sur le terrain..."

L'argent, le soi-disant nerf de la guerre... Depuis trois ans, je travaille à temps complet sur cette biographie. Malgré les bourses et à-valoir, c'est grâce à mes fonds personnels que j'ai pu consacrer tout mon temps à J.R., qui le mérite bien. Aujourd'hui, j'ai atteint mes limites financières, avant d'être vraiment dans le rouge, je dois songer à ma "réinsertion professionnelle". Je travaillerai donc sur cette biographie à mes heures de loisir, à moins qu'un mécène ne se manifeste ou que mon éditeur décide de me salarier (ce que font les éditeurs américains avec leurs biographes) pour que ce livre paraisse dans les meilleurs délais. Ces deux éventualités étant très improbables, il me reste à trouver un job qui me permette de continuer cette entreprise biographique. "Ce qui est bon pour vous, pour moi peut n'être pas mauvais." (Jacques Rigaut)

Pour rester dans le sujet, un ouvrage sociologique sur les intermittents du livre vient de paraître. Géraldine Bois et Bernard Lahire ont enquêté pendant trois ans sur La Condition littéraire en France. Un livre probablement instructif que devraient lire attentivement ceux qui décident de la politique culturelle dans les ministères.

Pas encore fini le Cravan de Dagen, mais je suis assez d'accord avec mon ami Bernard Morlino qui m'a envoyé ce laconique mail : Arthur Cravan: "Philippe Dagen est mort noyé dans son livre" (Grassouillet) 299 euros, 17,90 pages.

Jefferson rencontré au prix Roman de la FNAC (qui met dix jours à vous envoyer un livre acheté sur leur site) m'assure que Debord mentionne Rigaut dans ses textes. Il a aperçu le nom de J.R. dans les oeuvres de Guy Debord publiées par Gallimard. Pas d'index...le Quarto fait 1904 pages...

Pour finir sur une note d'espoir, ai rencontré l'enthousiaste Jean-Baptiste Gendarme (c'est son vrai nom?), le rédacteur en chef de la revue littéraire "décapage" qui dans son dernier numéro publie un texte de Michel Déon. Rien que pour ça, cette revue à 3 euros reconnue d'inutilité publique mérite votre attention.


"C'est comme ça et je vous emmerde." (Jacques Rigaut)



26.9.06

Arthur et Philippe sont dans un bateau...



Ai reçu ce matin par la poste (merci Elsa) le roman de Philippe Dagen inspiré par les vies du poète-boxeur Arthur Cravan. Le procédé littéraire fiction biographique est un exercice séduisant mais casse-gueule... J'en suis à la page 62, je réserve mon avis la lecture achevée. Au début de son "roman" Dagen évoque les différentes thèses au sujet de la disparition du neveu d'Oscar Wilde avec cette affirmation-objection : "Arthur Cravan n'est pas mort noyé dans le golfe du Mexique." Aujourd'hui encore la mort de Cravan reste une énigme. Malgré les louables efforts de Maria Lluisa Borras qui raconte dans son livre "Cravan. Une stratégie du scandale" la brève vie du fondateur de la revue "Maintenant", on n'est pas plus éclairé. La période mexicaine de la vie de Cravan mériterait une investigation poussée. Il est impossible que "Colossus" n'ait pas laissé de traces de ses pérégrinations au Mexique. Avis aux candidats. De toutes les versions de la disparition de Cravan, j'ai retenu la plus récente et la plus poétique, celle du biographe de sa femme Mina Loy : " Cravan was so excited that he decided to test the boat that same day. While Mina waved from the pier, a breeze caught the sail and Cravan set off. She watched the boat rush toward the open sea and the sail dip out of sight. As his friends waited nervously for him to return from Puerto Angel, she grew worried. After several days, when there was no sign of him, Mina became so frightened that she could neither speak nor move. She waited for him on the beach, wrapped up in his coat. But Cravan did not return. She never saw again." ("Becoming Modern, The Life of Mina Loy" par Carolyn Burke)

On m'a souvent posé la question : quelle aurait été la vie de Jacques Rigaut s'il ne s'était pas suicidé? J'en ai aucune idée et je laisse le soin à d'autres de lui (ré) inventer une vie. Je songe à l'ami de J.R., Pierre de Massot qui refusant tout compromis a fini sa vie dans la pauvreté. Quant à Rigaut, il s'était amusé dans le texte Un brillant sujet à imaginer une machine à remonter le temps dont le héros Palentête (balle en tête?) se servait pour refaire sa vie...

Julien Cernobori, journaliste à France Inter est venu m'interviewer dans le cadre d'une émission qui sera consacrée à Emmanuel Bove et à la sortie du film "Le Pressentiment". Cette émission "L'humeur vagabonde" sera diffusée sur France Inter le jeudi 28 septembre à 20h10. L'invité sera Jean-Pierre Darroussin, réalisateur et rôle principal du film.

23.9.06

Tout (ou presque) sur Henri Calet


Jean-Pierre Baril lors de sa soutenance de thèse à la Sorbonne.

"Docteur ès Lettres avec la mention Très Honorable et les félicitations du jury, à l'unanimité." Ce 21 septembre 2006, dans une salle du service des doctorats de la Sorbonne, après quatre heures de discussions, de débats (passionnés et passionnants) et de délibérations, le jury rendait ainsi son verdict concernant la thèse du doctorant Jean-Pierre Baril. Ce titre élogieux et mérité mettait un point final à dix années de recherches sur la vie et l'oeuvre d'Henri Calet qui écrivit dans Peau d'ours son dernier livre posthume :"Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes." (Fameuse citation reprise par le chanteur Miossec dans son dernier album : "L'étreinte".) La consécration universitaire de ce travail monumental aura des suites promises par Jean-Pierre Baril : la publication de textes inédits de l'auteur de La Belle Lurette et une grande biographie attendue avec impatience par les admirateurs de Calet.

Voici quelques détails sur cette thèse et des extraits de son introduction. Merci à Jean-Pierre Baril de m'avoir autorisé cette publication.


THESE DE DOCTORAT EN LITTERATURE ET CIVILISATION FRANÇAISE
UNIVERSITE DE PARIS III-SORBONNE NOUVELLE



Titre : Henri Calet. Bibliogaphie critique 1931-2003


Volume I : L'Oeuvre d'Henri Calet
[Écrits littéraires, radiophoniques et cinématographiques 1931-2003.]
401 pages.

Volume II : L'Oeuvre d'Henri Calet
[Écrits littéraires, radiophoniques et cinématographiques 1931-2003.]
402 pages.

L'ensemble formé par les vol. I et II comprend donc 803 pages, auxquelles s'ajoutent 35 illustrations noir et blanc et couleurs.

Volume III : Le Tout sur Calet (ou presque)
[La réception critique 1934-2003.]
463 pages. 1 illustration noir et blanc.

Les trois volumes comportent donc 1266 pages auxquelles s'ajoutent 36 illustrations noir et blanc et couleurs, numérotées en chiffres romains.
Au total, par conséquent : 1266 + 36 = 1302 pages.

le jury :

Marc Dambre, directeur de thèse (université de Paris III)
Alain Schaffner, président du jury (université de Paris III)
Yves Baudelle (université de Lille III)
Dominique Rabaté (université de Bordeaux 3)
Raymond-Josué Seckel (Bibliothèque nationale de France)


Extraits de l'introduction

"L'établissement d'une bibliographie critique des écrits de Calet se justifie par une raison sans doute plus essentielle encore, qui tient à la diversité et à la grande complexité de son oeuvre. Si Calet ne fit paraître qu'une quinzaine d'ouvrages, de 1935 à sa mort, il est aussi l'auteur de 528 textes écrits et publiés de 1933 à nos jours, auxquels s'ajoutent Huit quartiers de roture, une trentaine d'inédits et de nombreux écrits radiophoniques, télévisuels ou cinématographiques. On pourrait dire à juste titre que ce chiffre n'est pas très élevé pour un écrivain qui fut aussi journaliste et homme de radio plus d'une dizaine d'années. Mais la complexité de son oeuvre ne tient pas seulement à la quantité des textes publiés ni à leur dispersion. Elle réside avant tout dans le fait qu'après-guerre, Calet n'a cessé de remanier ses articles afin de les utiliser dans les divers domaines de son activité. Telle chronique parue en périodique (parfois reprise ailleurs et sous des titres différents) constituera la matière première d'un chapitre du Tout sur le tout, d'un ouvrage inédit, d'un recueil d'articles, d'une émission radiophonique et même d'un projet de film... Si cette circulation des textes ne lui est pas spécifique - on connaît d'autres experts paresseux dans l'art du recyclage -, Calet a tout de même exercé cette pratique avec une dextérité qui m'a plusieurs fois confondu. À partir du Tout sur le tout, l'écrivain-journaliste se fait donc l'inventeur d'une nouvelle manière d'écrire et surtout de composer ses ouvrages, petite fabrique de chroniques en tous genres et à son propre usage d'où sortiront bientôt Rêver à la suisse, Huit quartiers de roture ou Les Grandes Largeurs."

"La découverte d'un fonds d'archives d'une extrême richesse, resté longtemps inexploré, et l'oeuvre même de Calet, riche de centaines de textes suivant parfois des réseaux fort complexes - ces deux éléments justifient amplement à mes yeux le désir d'entreprendre une bibliographie raisonnée. Mais j'ai aussi poursuivi ce travail pour des raisons plus personnelles puisque après plusieurs années de recherches, j'ai souhaité faire paraître quelques recueils d'articles et diverses correspondances de l'écrivain. Pour mener à bien ces projets éditoriaux, il me fallait un instrument de recherche fiable et solide, si possible complet, qui me permettrait de ne pas rééditer les erreurs du passé concernant la publication de l'oeuvre posthume de Calet. C'est donc aussi dans ce but que j'ai forgé cet outil qui n'existait pas, dont j'avais le plus grand besoin - et je mentirais comme un arracheur de dents si je disais qu'il ne m'a pas servi... Par ailleurs, préparant une biographie de l'écrivain, je me suis nécessairement penché sur diverses correspondances de Calet. Or, si la correspondance d'un écrivain permet parfois de préciser les circonstances dans lesquelles un texte fut publié, et même de temps à autre la découverte d'un périodique ou d'un texte dont vous ignoriez jusque-là l'existence, il faut reconnaître qu'en sens inverse, l'existence d'une bibliographie facilite considérablement l'établissement et l'annotation d'une correspondance. Je crois également, tout du moins dans son travail de préparation, que la tâche et le devoir d'un biographe sont ceux d'un historien. La vie d'un écrivain, certes, ne se résume pas à la somme de ses livres, de ses écrits et de sa correspondance. Mais c'est bien la moindre des choses que de savoir ce qu'un homme a fait de sa vie avant d'en commencer le récit..."




20.9.06

Exégèse





Ai trouvé à mon retour dans ma boîte aux lettres cet hommage à J.R. d'un admirateur anonyme. Un portfolio de 24 images extraites pour la plupart du blog Rigaut. Les minuscules dimensions (6 cm x 4,3 cm) de ce portfolio rappellent celles (3,5 cm x 2 cm) des cartes de visite que faisait imprimer J.R. et qu'il distribuait à ses amis. Le ou les auteurs de cet hommage m'ont également envoyé d'autres portfolios consacrés à Louise Brooks, Francis Picabia et Marcel Duchamp. Aucun indice sur l'identité de ce ou ces admirateurs anonymes sinon l"achevé d'imprimer en et sur nos presses avignonnaises le 18 août 2006". Quels qu'ils soient, je les félicite et les remercie pour cet envoi.

Profité de ma solitude en bord de mer pour relire l'essai de Laurent Cirelli : "Jacques Rigaut, portrait tiré" (Le Dilettante, 1998). Texte parfois emphatique mais touchant par sa sincérité. Les dernières lignes peuvent renvoyer à la photo de Rigaut crucifié par Man Ray : "Jacques Rigaut est un grand mort, oui, dont le cadavre sans rémission n'en finit pas de pourrir : il rachète toute la médiocrité des vivants." Dans la typologie des suicides établie par Emile Durkheim, je ne suis pas sûr que celui de J.R. rentre dans la case "altruiste".

Ai également commencé à me replonger dans l'oeuvre de J.R. Remarqué une fois de plus l'extraordinaire densité de ses écrits. Je note tous les (nombreux) détails biographiques ainsi que les extraits liés à ses thèmes récurrents comme le suicide, la lâcheté, la paresse, l'ennui, l'argent, l'amour, le sommeil...
" (...) Je suis derrière chacun des mots que je prononce." (Ecrits, Jacques Rigaut)
Même exercice pour le Feu follet de Drieu.

4.9.06

Sortie le 6 novembre



Dernier post avant de prendre l'avion. Ce beau flyer qui annonce la sortie du disque vinyl de la chanson "Jacques Rigaut" du groupe Venus Bogardus...