26.5.08

Artefact


Tract dada ayant appartenu à Jacques Rigaut


"Quand un écrivain travaille pendant six ans à une biographie de Tolstoï, il entre tellement dans le sujet - par une sorte de participation mystique - qu'il se met à rêver du village où vivait Tolstoï, ou de sa fille." (James Hillman)

25.5.08

Des nouvelles de Daniel (5)



Pics by Franck Chevalier

Dans les coulisses de l'Olympia le 17/05/08. Ce soir-là, Daniel improvisa sur la chanson "La main au coeur" en décrivant le suicide de J.R.

"En m’asseyant sur la boue
J’ai prié
En me mettant à genoux
J’ai pleuré

Je porte la main à mon cœur mais
Je ne sais plus de quel côté il est...

Tout mène à tout
Et rien ne mène nulle part
Regardant le vide
Fasciné de déjà m’y voir

Je porte la main à mon cœur mais
Je ne sais plus de quel côté il est...

J’ai entendu une voix autrefois
Tiens ton âme en enfer et jamais plus
Ne désespère

Je porte la main à mon cœur mais
Je ne sais plus de quel côté il était


En m’asseyant sur la boue
J’ai prié
En me mettant à genoux
J’ai pleuré

Tout mène à tout
Et rien ne mène nulle part
Regard dans le vide
Fasciné de déjà m’y voir
J’ai entendu une voix autrefois
Tiens ton âme en enfer et jamais plus
Ne désespère
Quelles drôles de vies que nos vies
Suspendues à celles des femmes."


"La main au cœur" Album "Crèvecoeur" 2004.

23.5.08

A tribute to Edouard Levé (1965-2007)



Il est malheureusement trop tard pour voir l'exposition-hommage consacrée à Edouard Levé, mais Vesna du site anglophone parisianiste Holy Chic a interviewé son galeriste Hervé Loevenbruck.


"Ton suicide fut la parole la plus importante de ta vie, mais tu n’en cueilleras pas les fruits." (Suicide, Edouard Levé, editions P.O.L. mars 2008)

22.5.08

Le pigiste Rimbaud ?



«Le rêve de Bismarck (Fantaisie)»

"C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg ; il passe outre.

À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées et s'arrête…

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine ! Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !

Bismarck médite, Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.

Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris Paris ! Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir…

Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent. Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe… hi ! povero ! Son index était sur Paris ! Fini, le rêve glorieux !

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate !

Cachez, cachez ce nez !

Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais (…) avec des crimes de… dame (…) dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides !

Voilà ! Fallait pas rêvasser !"

Jean Baudry alias Arthur Rimbaud?

Toute la story ici et ici.

20.5.08

Duraypi


Passage de Retz


Marcel Duchamp [?]


Man Ray, The Bicycle, 1950.


Man Ray, L’Énigme d’Isidore Ducasse, 1920-1971.


Man Ray, A man and his woman, 1927-1945.

Vous avez jusqu'au 15 juin pour aller voir cette "surexposition" Duchamp,
Ray, Picabia, qui se tient dans le romantique hôtel de
Retz
. Le prix d'entrée (10 euros) n'est pas très dada, musée privé oblige,
paraît-il...

19.5.08

Exégèse


Manuscrit dactylographié du texte Adieu à Gonzague de Pierre Drieu la Rochelle


À l'ombre des réprouvés
Paul-François Paoli


Julien Hervier a voué sa vie à l'étude de Jünger et de Drieu la Rochelle. Avec l'ambition de les sortir de l'enfer.
Dites-moi qui vous lisez, je vous dirai qui vous êtes…

Il y a comme un faux air d'Ernst Jünger sur le visage anguleux de Julien Hervier. Une ressemblance étrange, peut-être due à une très longue fréquentation. Rien d'extraordinaire à cela. Universitaire et normalien, ancien professeur de littérature comparée, Hervier est le responsable de l'édition des Journaux de guerre de l'écrivain allemand dans la «Bibliothèque de la Pléiade».

Si l'on ajoute que son autre romancier de prédilection est un écrivain mille fois plus « réprouvé » que Jünger: à savoir Pierre Drieu la Rochelle, dont il vient de préfacer Notes pour un roman sur la sexualité, on se dit que la vie de ce retraité ne doit pas être de tout repos dans un monde où l'on a vite fait de vous soupçonner du pire. «J'ai perdu des amis en route et j'en ai été affligé», explique Julien Hervier dans son appartement de la rue Linné, qui domine le Jardin des Plantes, à Paris . Affligé peut-être, mais il a persévéré.


«Le jour où j'ai ouvert “Zarathoustra”»

Jünger, Drieu: en 1973, il leur consacre sa thèse universitaire qui, est publiée chez Klincksieck en 1978: Drieu la Rochelle, Ernst Jünger, deux individus contre l'Histoire. Seul ouvrage de Julien Hervier en tant qu'auteur, il n'est plus disponible en librairie.

Jünger, «qui ne fut pas nazi et méprisa Hitler», est un écrivain considérable et Drieu, collaborateur et antisémite notoire, est un romancier «tour à tour inégal et exceptionnel» qui mérite largement l'intérêt qu'on lui témoigne. Chez Drieu, ce n'est pas l'idéologie en elle-même qui intéresse Hervier mais la complexité d'un homme et d'un écrivain aux prises avec cette idéologie.

Durant la guerre de 1914, Jünger et Drieu étaient sur la même ligne de front, où ils ont bien failli se rencontrer... Une anecdote qui a frappé Julien Hervier, d'autant que son propre père fut, comme Jünger, un engagé volontaire, et un héros du feu. Un père qu'il a peu connu et qui meurt en 1939 à l'âge où le petit Julien a trois ans. Élevé par sa mère dans le culte paternel, l'enfant est studieux et fragile. Sa famille n'est pas riche et il ne part pas en vacances. «J'habitais le quartier populaire des Chantiers à Versailles et je garderai toute ma vie le souvenir de mon école communale, où j'ai eu de si bons instituteurs.» Il lit Barbusse et Maurice Genevoix et puis un jour, à l'âge de onze ans, tombe sur un livre qui le bouleverse. «Je me souviens du jour où j'ai ouvert Ainsi parlait ­Zarathoustra, je ne comprenais pas grand-chose, mais certains passages m'éblouissaient.»

Au lycée, sa mère lui conseille d'apprendre l'allemand pour «connaître la langue de l'ennemi». Mais le romantisme allemand, ses poètes et ses musiciens, Beethoven, Mahler, Schubert, le ravissent. Comment a-t-on pu se déchirer avec un peuple qui a engendré de tels génies ? En classe de khâgne, au lycée Condorcet, à Paris, il a ­pour professeur de philosophie Jean Beaufret, l'introducteur de ­Heidegger en France ; ­Heidegger qu'il ira rencontrer lors des fameux séminaires du Thor, à Aix-en-Provence, en 1968. «J'étais terrorisé à l'idée de dire quelque chose de stupide, je me sentais comme un enfant.» René Char, ami du philosophe, le subjugue aussi.

Dans les années 1960, il est bouleversé par Le Feu follet, récit de Drieu adapté au cinéma par Louis Malle. S'il condamne les idées de l'écrivain, sa puissance de sincérité l'impressionne. «J'ai été bouleversé par l'autocritique radicale d'un homme qui se trouvait toujours en dessous de ce qu'il aurait dû être », explique ­Hervier, qui ajoute que «Drieu reste pour lui une énigme ». Pourquoi tant de haine, de soi et des autres, chez cet homme qui fut tant aimé ? Par une cohorte de femmes, mais aussi par des hommes de renom, ­d'Aragon à Emmanuel Berl, en passant par Malraux. «Drieu ­adulait la force et il projetait partout la hantise de sa propre faiblesse », explique Hervier. Une hantise qui apparaît pathologique dans Notes pour un roman sur la sexualité, publié grâce au bon vouloir de Brigitte Drieu la Rochelle, femme de Jean, le jeune frère de l'écrivain, que Julien ­Hervier a bien connu. « Lorsque je l'ai rencontré la première fois j'étais stupéfait, c'était Pierre tout craché.»


Drieu et Van Gogh

Dans les années à venir, Julien Hervier devrait participer à une tâche ardue: la publication des principaux romans de Drieu, dans la «Bibliothèque de la Pléiade». Au programme de ce volume: Gilles, Rêveuse bourgeoisie, L'Homme à cheval, et un livre inachevé du fait du suicide de son auteur, en 1945 que Hervier tient pour un chef-d'œuvre : Mémoires de Dirk Raspe, consacré à la figure de Van Gogh, génie convulsif en qui le romancier vit un double de lui-même.

Peut-on sauver Drieu de l'enfer où il s'est enfermé? Julien Hervier le croit. L'un des réprouvés les plus talentueux de la littérature française va peut-être rejoindre Louis­Ferdinand Céline au paradis des lettres, sur papier Bible.
Notes pour un roman sur la sexualité de Pierre Drieu la Rochelle préface de Julien Hervier Gallimard, 104 p., 11 €.

Source : Le Figaro du 14/O5/08

12.5.08

Exhumation





Pélerinage cet après-midi sur la tombe de l'écrivain Emmanuel Bove. Sept ans avec lui pour sa biographie parue au Castor Astral en 1994. Bientôt cinq ans avec Jacques Rigaut... Ce sera ma dernière biographie. Deux vies suffisent largement pour une vie. Quel biographe n'a pas fait ce rêve inavouable : contempler (voire toucher) les os du disparu. Michel Bulteau écrit qu'en 1970, des savant ont exhumé les restes de Goethe. Il paraît que le poète allemand portait encore la fameuse couronne autour de sa tête. Que trouverait-on si on exhumait J.R? peut-être une balle perdue... Au moment où j'écris ces lignes, je reçois un texto de mon frère qui se trouve à Amalfi où s'est arrêté Rigaut en 1925 : " Buvons un martini dans le couvent magique de l'hôtel de la luna." Je lui demande d'enquêter, il y a peut-être dans les archives de l'hôtel, un livre d'or dans lequel Rigaut a écrit un court message sur son séjour amalfien...

10.5.08

8.5.08

La joyeuse vallée


Alice de Janzé at age 20 (1919), in Chicago.

"Wide eyes so calm, short slick hair, full red lips, a body to desire. The powerful hands clutch and wave along the mandolin and the crooning somnolent melody breaks; her throat trembles and her gleaming shoulders droop. That weird soul of mixtures is at the door! her cruelty and lascivious thoughts clutch the thick lips on close white teeth. She holds us with her song, and her body sways towards ours. No man will touch her exclusive soul, shadowy with memories, unstable, suicidal"

Merci à Tristan Ranx pour m'avoir fait découvrir la "Happy Valley"

7.5.08

Vendez tout! (2)



André Breton Manifeste du surréalisme, 1924, Manuscrit autographe
Estimation 300 000 - 500 000 €


En un mois et demi, Sotheby’s va proposer à Paris des documents essentiels de l’histoire du surréalisme : tableaux de Matta ou Masson, collages de Max Ernst, photographies de Man Ray ou Pierre Molinier, écrits divers, masques et autres objets « sauvages » de l’art tribal. La plus fascinante de toutes ces pièces est sans conteste le manuscrit du Manifeste du surréalisme. C’est le seul manuscrit connu de ce texte fondamental, écrit en 1924, qui définit « une fois pour toutes » l’inspiration et la philosophie du groupe surréaliste.

Une révolution en 21 pages

Ces pages extrêmement travaillées – au nombre de 21 - devaient à l’origine servir de préface à la publication d’un recueil de textes automatiques de Breton sous le titre Poisson soluble. Mais l’écrivain réorientera, au fil de la rédaction, son propos vers un exposé de plus vaste ambition : réconcilier, à partir de l’héritage de Freud, la littérature avec la vie en découvrant un nouvel univers de langage excité par le rêve, l’imagination, la folie, le hasard, l’accidentel, la liberté et la peur. « Il s’agissait, selon les mots de l'auteur, de remonter aux sources de l’imagination poétique, et, qui plus est, de s’y tenir. C’est ce que je ne prétends pas avoir fait. Il faut prendre beaucoup sur soi pour vouloir s’établir dans ces régions reculées où tout a d’abord l’air de se passer si mal… Toujours est-il qu’une flèche indique maintenant la direction de ces pays et que l’atteinte du but véritable ne dépend plus que de l’endurance du voyageur. » Le Manifeste et les huit autres manuscrits du « pape du surréalisme » proviennent de la collection de Simone Collinet, première épouse d'André Breton.


SOTHEBY'S
GALERIE CHARPENTIER
76 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
Tél. 01 53 05 53 05
sothebys.com



HORAIRES :
Jeudi 15 mai 16h-20h
Vendredi 16 mai 10h-18h
Samedi 17 mai 10h-18h
Lundi 19 mai 10h-18h
Mardi 20 mai 10h-20h

2.5.08

Déjà-vu



Merci à Jasper Vink qui m'a envoyé ce (troublant) tableau d'Alex Colville.

1.5.08

Un biographe à Montevideo



HENRI CALET


Jean-Pierre Baril m'a appelé juste avant de monter dans un avion en partance pour Montevideo, en Uruguay, où il va passer trois semaines dans le cadre de ses recherches biographiques sur l'écrivain Henri Calet alias Raymond-Théodore Barthelmess. Le samedi 23 août 1930, l'auteur de La Belle lurette qui travaille consciencieusement depuis cinq ans comme aide-comptable dans une entreprise parisienne, décide de s'éclipser avec le contenu du coffre. Quelques jours plus tard, il s'embarque à Londres pour Montevideo où il restera six mois, le début d'une longue cavale sud-américaine dont il s'inspirera pour écrire Un grand voyage. A Montevideo, Calet se déplace dans une grosse cylindrée, rencontre un monde interlope : prostituées, artistes et anarchistes, devient mécène, expérimente les drogues, tombe amoureux d'un poète... Une vie incroyablement romanesque dans laquelle le biographe va s'immerger. Avant de raccrocher, Jean-Pierre m'a confié qu'il avait réservé une chambre dans le même hôtel où Calet avait séjourné en 1930.


« C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. » (Peau d'ours, Henri Calet)

27.4.08

Place rase







Récemment, j'avais été surpris qu'un ami chercheur ne connaisse pas le "Talvart & Place", une très précieuse bible pour les historiens littéraires que cette Bibliographie des auteurs modernes de langue française (1801 - 1975) en 22 tomes! Pour chaque auteur, on trouve une biographie, l'oeuvre et les critiques. Un gigantesque travail réalisé par deux illustres inconnus : Hector Talvart et Joseph Place. En 1974, le descendant de Joseph crée sa maison : les éditions Jean-Michel Place. Spécialiste de la réimpression de revues dadaïstes et surréalistes, Jean-Michel Place rééditera la fameuse revue La Révolution surréaliste dont il vendra 13 000 exemplaires. Une réédition épuisée qui se vend aujourd'hui sur le Net à des prix prohibitifs. Jean-Michel Place rééditera également les 22 tomes de la bibliographie de son aïeu. J'ai souvent rêvé d'avoir ces tomes dans ma bibliothèque mais à 76 € l'exemplaire, c'est un achat au-dessus de mes moyens. Peut-être faut-il voir dans ces prix élevés, l'une des raisons du dépot de bilan d'aujourd'hui? car malheureusement les éditions Jean-Michel Place sont en liquidation judiciaire. Une faillite annoncée (j'avais signé en 2005 une pétition pour "sauver" la maison) qui entraînera une trentaine de licenciements. Il est difficile de croire à la disparition définitive d'une telle maison d'édition tant son fonds (plus de 1000 titres) est d'une richesse inestimable. Que s'est-il passé? Mauvaise gestion? Désaccord avec les partenaires? En 2006, lors du vernissage de l'exposition Oscar Dominguez, j'avais rencontré Jean-Michel Place et lui avais dit tout le bien que je pensais de son travail éditorial. Chaleureux, ne pratiquant pas la langue de bois, Jean-Michel Place m'avait dressé non sans humour un sombre portrait du "milieu" avec quelques phrases assassines pour certains collectionneurs et libraires d'ancien. Les mêmes probablement qui aujourd'hui doivent se réjouir de cette disparition avec la liquidation du fonds qui l'accompagne. Le petit commerce peut reprendre.






Un des derniers "dinosaures" de l'édition française est en passe de disparaître. Après bien des péripéties, dont un dépôt de bilan en 2003, suivi d'un plan de continuation, Jean-Michel Place est contraint à l'abandon. "Ce sont plus de trente ans de travail qui partent en fumée en l'espace de trois mois", soupire-t-il. Le 24 avril, le tribunal de commerce de Paris devait prononcer la liquidation judiciaire de l'entreprise, en cessation de paiements depuis le 29 janvier. Cela va entraîner près de trente licenciements. Dans sa vie professionnelle, Jean-Michel Place a eu deux fils conducteurs : les revues et l'édition. Depuis 1998, il s'était spécialisé dans l'architecture, en reprenant les deux revues qui font autorité sur le sujet, Techniques & Architectures et L'Architecture aujourd'hui. Celles-ci paraissaient de manière alternée, tous les deux mois. Depuis janvier, aucun numéro n'est sorti.

En novembre 2007, Jean-Michel Place avait trouvé un acheteur. La société Abvent, dirigée par Xavier Soule et spécialisée dans les logiciels d'architecture, avait accepté de reprendre les deux revues, moyennant la somme de 453 000 euros. Cela devait permettre à Jean-Michel Place de poursuivre son activité d'édition de livres et d'annuaires, notamment celui des notaires. Le retrait de Xavier Soule a tout fait capoter.

Jean-Michel Place s'était fait connaître, en 1973, en publiant une Bibliographie des revues et journaux littéraires des XIXe et XXe siècles. Dans la foulée, il avait aussi réédité les principales revues surréalistes et d'avant-garde des années 1930. Ensuite, il a publié différentes revues dans le secteur de l'ethnologie, de l'anthropologie, du cinéma, de la génétique textuelle : Gradhiva, Genesis, Positif, pendant dix ans, Vertigo. L'architecture "servait de faîte à l'ensemble", explique-t-il.

Sa maison comprend aussi un catalogue de près de 1 000 titres. Parmi les plus récents, un Dictionnaire des jardins et paysages, de Philippe Thébaud, mais aussi les fac-similés de la revue Gaceta de arte parue de 1932 à 1936. C'est la fin d'une aventure éditoriale où cohabitaient des champs littéraires et artistiques extrêmement variés.

Source : Le Monde du 25 avril 2008

24.4.08

Sites toxiques




Question : vous avez une vague envie de vous supprimer, Internet va-t-il vous y aider ou vous en dissuader ? Selon une étude (contestée) qui vient de paraître dans le British Medical Journal (1), la réponse est : plutôt vous y aider.

Les épidémiologistes et psychologues britanniques ont relevé trois observations : le réseau est devenu la principale source d’infos du suicidaire ; la plupart des requêtes se font via une simple combinaison de mots-clés entrée dans un moteur de recherche ; les utilisateurs vont rarement voir au-delà de la première page de résultats. Ils ont analysé les dix premiers résultats renvoyés par chacun des quatre principaux moteurs utilisés en Grande Bretagne (Google, Yahoo, MSN et Ask), après y avoir entré une douzaine de requêtes type : «suicide», «méthodes de suicide», «suicide sans douleur», etc. Soit au total 48 recherches renvoyant des liens vers 480 sites.

Promotion. L’expérience était simple, le tri des résultats beaucoup moins. Au terme d’un fastidieux travail d’analyse et de classification, les chercheurs ont établi les choses suivantes. Environ la moitié des sites répertoriés donne des informations plus ou moins précises sur les méthodes de suicides. Un cinquième (90) sont des sites spécialisés sur le sujet, la moitié d’entre eux faisant la promotion du suicide ou facilitant le passage à l’acte, selon les auteurs de l’article. 44 autres sites donnent des informations purement factuelles, présentées avec un ton neutre ou ironique. Les sites dédiés à la prévention du suicide sont au nombre de 62, et ceux qui le condamnent fermement au nombre de 59, etc.

Facteur important dans l’analyse : le rang auquel les liens s’affichent dans les pages de résultats. Il apparaît que les sites de prévention arrivent rarement parmi les premiers. Enfin, dans les forums et tchats, il est intéressant de se pencher sur la manière dont sont conduits les échanges entre ceux qui veulent en finir et ceux qui tentent, plus ou moins adroitement, de les en dissuader.

Optimisation. De tout cela, les chercheurs britanniques concluent qu’à défaut de réguler le contenu du Web, il serait plus judicieux d’utiliser des méthodes d’optimisation afin de faire remonter les sites de prévention en haut des résultats de recherche. Le fait que les moteurs renvoient des listes de liens assez différentes les unes des autres n’a d’ailleurs pas que des raisons techniques : il est clair que les sites vraiment toxiques sont éliminés par les opérateurs eux-mêmes.

Les chercheurs britanniques sont toutefois bien obligés de noter que le taux de suicide chez les 15-34 ans (les plus gros utilisateurs du Net) a baissé en Angleterre depuis le milieu des années 90, parallèlement à l’explosion du réseau. Hypothèse : les cas où Internet aurait facilité un suicide seraient finalement moins nombreux que ceux où il a joué un rôle de prévention. Malgré les «pactes suicidaires» qui ont récemment occupé les rubriques «faits divers» de manière spectaculaire. Et malgré l’apparent désordre du réseau.

Edouard Launet

(1) : BMJ du 12 avril. www.bmj.com/cgi/content/full/336/7648/800


Source : Libération du 24 avril 2008

20.4.08

Anti-héros



Oui, il y a un lien entre J.R. et Fantomas...

16.4.08

Lectures








Soirée littéraire la semaine dernière chez Emmanuelle Retaillaud-Bajac, à l'occasion de la parution de sa biographie de Mireille Havet, amie et complice des nuits blanches de J.R. Un tir éditorial groupé puisque l'éditrice Claire Paulhan publie simultanément le troisième tome du monumental "Journal" de celle qu'Apollinaire appelait la "petite poyétesse". Chez Gallimard, paraît un texte (plus ou moins) inédit de Drieu, autre ami de J.R. et pour d'autres raisons, une confession éclairante de l'homme couvert de femmes à propos des marasmes de sa sexualité.

12.4.08

Des nouvelles de Daniel (4)



Concert de Daniel Darc, hier soir, à Genève. Pendant qu'il chante "Nijinsky", il lance au public : "Je vais vous donner trois bonnes raisons d'aller au cimetière Montmartre : Nijinsky, mon père Abraham Rozoum et Jacques Rigaut"

6.4.08

Emmanuel & Jacques







En 1994, j'avais demandé à Peter Handke s'il voulait bien préfacer la biographie d'Emmanuel Bove. Il avait accepté au dernier moment, quelques jours avant que le livre ne parte chez l'imprimeur, en m'envoyant une longue lettre écrite sur le vif, après la lecture du tapuscrit que je lui avais envoyé. Quand je doute, je relis cette préface. Handke est resté fidèle à Bove comme on peut le lire dans le dernier supplément Livres de Libération dont les pages littéraires, dirait-on, s'améliorent...


«Le premier que j’ai traduit est Emmanuel Bove, il y a trente ans. Je revenais d’Alaska, j’avais fini Lent Retour, je retournais en Autriche et je ne pouvais plus écrire. C’était une pause d’angoisse. Je trouve scandaleux d’écrire, je ne comprends pas que ce ne soit pas un problème. C’est un sacrilège et, parfois, je suis un criminel heureux. Je ne pouvais plus écrire, mais je ne voulais pas abandonner les mots, leur rythme, la chaleur qui est à leur place, et, en Autriche, j’avais besoin de lire dans une langue étrangère. J’ai commencé par lire mot à mot les présocratiques. Puis Luc Bondy m’a fait découvrir Emmanuel Bove. Le traduire était un vrai match de foot : Emmanuel Bove était le joueur principal et moi je l’aidais à jouer dans l’autre camp, en langue allemande. Le premier texte était Bécon-les-Bruyères. Il décrit les alentours de la gare, simplement cette gare de banlieue, et c’est incroyable. On n’a vraiment pas besoin de Gabriel Garcia Marquez (1) ! De lui, j’ai également traduit Mes amis et Armand."

(1) De Gabriel Garcia Marquez, évoquant les dictateurs et même les dirigeants de l’Otan que le Colombien a imaginés ou décrits, Peter Handke dit : «Dans chacun de ses livres, le protagoniste est soit un homme puissant, soit un puissant déchu - et lui, l’écrivain, y est toujours plus ou moins lié, il veut être avec les puissants. […] Que cet écrivain, qui est un bon écrivain, fasse de pareils crétins les héros d’une histoire, pour moi c’est tout simplement un sacrilège.»
Philippe Lançon

Source : Libération du jeudi 3 avril 2008



28.3.08

Une folle Agence Générale du Suicide

Dignitas propose depuis quelques semaines à ses membres de se suicider en s'étouffant avec un sac plastique remplit d'hélium. Contrairement au natrium pentobarbital (NAP) utilisé jusqu'ici, l'hélium ne doit pas être prescrit par un médecin.

Le procureur zurichois Andreas Brunner, qui observe depuis longtemps l'organisation d'aide au suicide Dignitas, est outré. Cela montre une nouvelle fois que la Suisse doit se doter d'une vraie loi sur l'aide au suicide, a-t-il indiqué sur les ondes de la radio alémanique DRS.

Il ne s'agit pas de l'interdire, ni d'empêcher le tourisme de la mort, mais d'édicter des règles claires. Dignitas filme les candidats au suicide en train de se mettre le sac plastique sur la tête jusqu'à ce qu'ils s'étouffent et meurent.

L'organisation envoie ensuite les images au procureur afin de prouver qu'elle ne commet pas de crime. Selon M. Brunner, elles sont insupportables. Les personnes tressaillent durant "plusieurs dizaines de minutes" avant de mourir. Le natrium pentobarbital est beaucoup mieux adapté, estime le procureur.
(Source : Romandie News)