Le négatif d'une photo inédite où figure la moitié de Jacques
Rigaut est actuellement en vente sur eBay au prix de 400 euros. Le vendeur que
j'ai contacté me dit qu'il a trouvé ce négatif sur un "marché aux
puces" sans autres objets reliés à Rigaut. Sur sa page eBay, le vendeur propose
un tirage de ce négatif avec cette légende : "Négatif 12 cm x 7 cm
d'époque. De droite à gauche: Picabia, baronne Double , Germaine Everling, et
Jacques Rigaut (la moitié !)." Je confirme qu'il s'agit bien de Jacques Rigaut
et de Jeanne Double-Lecomte du Nouÿ. L'enfant qui est derrière elle est son
fils, Philippe Lecomte du Nouÿ que j'avais rencontré à New York lors de mes
recherches. Par contre, j'ai un doute pour Francis Picabia et Germaine
Everling... Merci à @kaassassuk pour m'avoir signalé la présence de ce document
sur eBay.
22.3.19
17.3.19
Le grantécrivain
« Le grantécrivain est
un poète maudit qui fait de vieux os. » Dominique Noguez, 1942-2019.
J'ai pris cette
photographie de Dominique Noguez et Michel Houellebecq fin juillet 1999, lors
d'un week-end à La Baule. C'était le temps de l'amitié, puis ce fut
"l'agonie des amitiés", expression utilisée par Philippe Soupault à
la fin du mouvement Dada. A l'occasion de la parution de mon "Salut à
Jacques Rigaut" dans La Nouvelle Revue française en octobre 2004, Dominique
s'était donné la peine de m'écrire pour me dire de manière amicale qu'il
faisait partie de ceux qui se souciaient de Jacques Rigaut. C'est avec
tristesse que je vais devoir ajouter une petite croix aux côtés de son nom dans
la longue liste des remerciements de la biographie de Jacques Rigaut.
28.2.19
28 février
Daniel Darc / Pieces of my life from S & Co on Vimeo.
En ce jour anniversaire de la disparition de Daniel Darc, laissez-moi vous présenter "Pieces of my life", ce très beau et forcément émouvant documentaire de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve avec en fils conducteurs, Marc Dufaud lui-même, Frédéric Lo, celui qui a contribué à la résurrection musicale de Daniel avec l'album "Crèvecœur" et Georges Delaney Blue (Betzounis) le complice et ami de toujours. Le film qui a pu voir le jour grâce à un financement participatif contient de nombreuses archives inédites. Il a été présenté en première mondiale le 15 février 2019 dans le cadre du festival Fame à la Gaité Lyrique et a obtenu le Prix du public. Les réalisateurs et leur producteur sont à la recherche de distributeurs pour que le film soit diffusé en salle sur grand écran. Il le mérite.
10.2.19
Todos os Espelhos Refletem Meu Nome
Décidément, les Brésiliens ne sont pas indifférents à la
prose aphoristique de Jacques Rigaut. Dans le post précédent, j'évoquais une
thèse brésilienne consacrée à Lord Patchogue et voici qu'une troupe de théâtre de Betim (j'avoue que j'ai dû consulter Wikipédia pour savoir où se trouve
cette ville de la région de Belo Horizonte) s'est inspirée des textes de J.R.
pour créer une pièce intitulée "Todos os Espelhos Refletem Meu Nome"
(Tous les miroirs reflètent mon nom). Plusieurs représentations de cette pièce
seront données durant le mois de février 2019.
"Basé sur le travail de Jacques Rigaut, la
pièce écrite et dirigée par Marcel Luiz apporte des moments de réflexion sur la
décision d'un homme. "Tous les miroirs reflètent mon nom" est la première pièce mise en scène par la
compagnie betinense grupatum. Le directeur Marcel Luiz (qui signe également le
texte du spectacle) dépeint avec beaucoup de légèreté les dernières années de
vie du poète français Jacques Rigaut, et se promène par ses désirs et ses
divagations sur le suicide." (Traduction Google donc approximative)
6.11.18
Thesis
Aujourd'hui, il y a exactement 89 ans, Jacques Rigaut se tirait
une balle dans le cœur sur son lit, dans sa chambre de la maison de repos du
docteur Le Savoureux à la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry. Depuis
plusieurs années, au Brésil, l'universitaire Renato Factori Canova travaille
sur la vie et l'œuvre de Jacques Rigaut. Renato doit être probablement le seul
dadaïste brésilien... Il a choisi la date du 6 novembre pour annoncer sur son compte Instagram (@palentete) la soutenance de sa thèse sur Jacques
Rigaut qui s'intitule : "A tanatographie de um Littératuricide : da
Experiência-Limite à Estética da Desistência nos Epitáfios de Jacques
Rigaut". Notre ami dada a également choisi une autre date symbolique pour
soutenir sa thèse : le 9 novembre, jour d'inhumation de Jacques Rigaut au
cimetière de Montmartre. Cette soutenance de thèse aura lieu à la Pontificale
Université Catholique de São Paulo au Brésil. Rue Monte Alegre n. 984,
Perdizes. Date et heure: le 9 novembre 2018 à 18h30 (heure locale). La thèse
sera retransmise en direct sur le compte Instagram de Renato Factori Canova :
@palentete
"Jacques Rigaut a fait des flammes de son feu follet. Jacques
Rigaut est la lettre chargée dans sa nudité glaciale et sèche, mais qui nous
implique dans la chaleur qui émane de son feu follet. Son suicide est le statut
d'une anti-œuvre naissante et qui prend la marque perpétuelle de son absence...
une absence flamboyante." (Renato F. Canova)
5.11.18
Demain
"Demain, je me tue." (Alain Leroy)
Tombe de Jacques Rigaut, le 5 novembre 2018,
cimetière de Montmartre.
18.10.18
WANTED
Rigaut-Vaché-Cravan, ce triptyque légendaire que certains ont nommé un peu trop rapidement les "suicidés de la société". Arthur Cravan, poète-boxeur, est porté disparu depuis cent ans! En octobre 1918, il disparaissait en mer dans le Golfe de Tehuantepec au Mexique. Il essayait un bateau avec lequel il comptait rejoindre sa femme Mina Loy à Buenos Aires. Cravan ce visionnaire qui écrivait : "Dans la rue, on ne verra bientôt plus que des artistes et l'on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme."
12.9.18
"Qui a tué qui ?"
Ce
dessin non signé (Topor?*) trouvé sur la Toile m’a fait évidemment penser aux dernières
heures de Jacques Rigaut. Nouvelles du front rigaltien : Annie Le Brun m’a
donné hier la préface qu’elle a écrite pour la biographie. Un très beau texte
qui apporte la pièce ultime à ce puzzle que j’ai tenté de reconstituer, à
l’image de ces morceaux de miroirs dans lesquels Lord Patchogue se reflète
vainement. Je vous offre en primeur le titre de cette préface : « Qui a tué
qui?»
* Merci à Stéphane Bernard pour m'avoir signalé que ce dessin avait paru en 1960 dans le premier recueil de dessins de Topor intitulé Les masochistes.
* Merci à Stéphane Bernard pour m'avoir signalé que ce dessin avait paru en 1960 dans le premier recueil de dessins de Topor intitulé Les masochistes.
29.8.18
Memento Mori
Qui sont ces gens qui jugent sévèrement Jacqueline Jencquel, qui lui jettent l’opprobre, parce qu'elle a décidé, alors qu'elle est en bonne santé, de fixer la date de sa mort en recourant au suicide assisté? Quelle hypocrisie et lâcheté bien française dans ce faux débat interminable sur l'euthanasie et le suicide assisté! Une euthanasie pratiquée aujourd'hui quotidiennement en catimini dans les hôpitaux français par des pauvres infirmières qu'on laisse dans le désarroi et la culpabilité. Oui, qui sont-ils ces forcenés de la vie à tout prix? Certains intellectuels paresseux les classent parmi les réactionnaires, alors que leur acharnement à vivre et à ne pas laisser mourir, les rapprochent plutôt du camp des progressistes sectaires comme les délirants transhumanistes qui rêvent d'immortalité. On aimerait les voir ces gens au seuil de leur vie... Comme piqûre (de rappel) on leur dédie ces quelques citations d'André Breton et d'Henri Roorda.
« Le plus beau présent de la vie est la liberté qu’elle vous
laisse d’en sortir à votre heure, liberté au moins théorique mais qui vaut
peut-être la peine d’être conquise par une lutte acharnée contre la lâcheté et
tous les pièges d’une nécessité faite homme, en relation par trop obscure, par trop
peu suivie, avec la nécessité naturelle." (André Breton)
"On attend la mort quand on ne peut plus rien attendre de la vie. Si les lois étaient faites par des hommes charitables, on faciliterait le suicide de celui qui veut s'en aller. Je n'ai jamais compris l'obstination avec laquelle les vivants retiennent dans leur agréable société le malheureux qui voudrait mettre une fin définitive à ses maux physiques ou à son désespoir. Le désespéré parvient parfois à s'évader. Mais dans bien des cas, la fuite est impossible : des philanthropes surveillent celui qu'ils ont condamné à vivre. Je voudrais que le plus pauvres des hommes fût au moins le propriétaire d'une chose : de sa peau. Les malheureux n'ont pas demandé à venir dans le monde de la lumière. Qu'ils aient au moins le droit de s'en aller." (Henri Roorda)
23.7.18
22.7.18
Ce qui n'a pas de prix
Des nouvelles du
front rigaltien. La biographie de Jacques Rigaut paraîtra chez Gallimard très
probablement en octobre 2019 dans un hors-série des Cahiers de la NRF. Un livre
de 800 pages qui comportera un cahier iconographique, de nombreuses notes et un
index. Le meilleur pour la fin : l'ouvrage sera préfacé par la magnifique Annie
Le Brun. Je suis comblé.
26.6.18
Spéculation épistolaire
Un libraire de livres anciens m'a appelé récemment
pour m'informer que cinq lettres de Jacques Rigaut étaient passées en vente. Elles
faisaient partie d'un lot d'autographes (lot 23), raison pour laquelle, il ne les avait
pas remarquées. Sinon, il m'aurait appelé avant pour que je puisse les
consulter lors des expositions publiques. J'ai appelé immédiatement le responsable de la vente en espérant que les lettres n'aient pas été encore envoyées à
l'acheteur. Hélas, elles étaient déjà parties... La maison de vente va transmettre
à l'acheteur ma demande de consultation, en espérant que ce dernier soit
sensible à la cause littéraire. Si c'est un marchand, il y a peu de chance que
ma demande soit acceptée. Selon mon libraire, il s'agirait de lettres envoyées
à Robbie Robertson, la compagne de Pierre de Massot qui fut également la
maîtresse de la poétesse Mireille Havet. Je connaissais l'existence de ces lettres
qui appartenaient au bibliophile Jean Bélias, suite à sa disparition, sa collection et ses archives personnelles ont été dispersées dans des circonstances troubles. De son vivant, Jean Bélias m'avait
dit qu'il avait vendu cette dizaine de lettres de Jacques Rigaut à un collectionneur suisse, et
que leur contenu n'était pas très intéressant. Mais pour un biographie, le
moindre mot peut donner une dimension nouvelle à ses investigations, en permettant entre autres de recouper d'autres informations en sa possession. Il faut espérer que ces
lettres resurgissent un jour et que leur contenu soit partagé par leur
propriétaire.
20.6.18
Entoilage
Le film avec lequel tout a commencé... Depuis longtemps, je cherchais l'affiche originale du Feu follet. Il y a eu deux affiches pour la sortie officielle du film en 1963 dans les salles françaises. La plus réussie est celle avec la photographie de Maurice Ronet place des Vosges, la plus rare aussi car imprimée à peu d'exemplaires. Elle mérite un entoilage qui sera suivi d'un encadrage.
9.5.18
On my radio
A 41 minutes, Raphaël Sorin évoque Jacques Rigaut. Je le trouve un peu injuste avec les "Ecrits" de J.R. chez Gallimard par Martin Kay. Un travail d'édition minutieux qui a été salué par la critique lors de sa parution en 1970.
2.5.18
Work In Progress
"Choisir, donc exclure", écrivait le philosophe Henri
Bergson. Préparation du cahier iconographique qui ne peut contenir que 32
photos, en variant évidemment les tailles de reproduction, de la vignette à la
pleine page. Un premier choix d'abord des photographies évoquées dans le texte,
puis un second choix, plus crucial, car sur quels critères choisir ou exclure?
Telle est la question. Il y a une solution : négocier auprès de l'éditeur deux
cahiers iconographiques. Une négociation qui s'annonce incertaine étant donné
les nécessités économiques de l'édition contemporaine qui sont orientées vers une réduction drastique des coûts de fabrication.
1.5.18
6.4.18
Tattoo You
"Je vous aime assez pour n’avoir rien à vous
dire. Un clin d’œil vers vous pour être assuré que je suis là. Les proverbes,
vous vous rappelez, la plus belle fille du monde ne peut me donner que ce que
j’ai." (Jacques Rigaut)
17.3.18
2.3.18
Corrections

Le dur temps des corrections durant lequel il faut accepter de réduire, de trancher, de sacrifier...
11.2.18
Escalier C
Evénement aux éditions Séguier, cet
"éditeur de curiosités" vient de publier les mémoires du cinéaste
Jean-Charles Tacchella que les cinéphiles connaissent bien, de la même famille
que Pascal Thomas ou encore Jacques Rozier (une pensée pour l'acteur Yves Afonso,
disparu récemment, inoubliable dans Maine Océan). Jean-Charles Tacchella, le réalisateur de Cousin,
Cousine, mais également d'Escalier C, film mythique des années 80. A l'époque, beaucoup avaient été marqués par
cette émouvante chronique de la vie quotidienne d'un immeuble parisien, par sa
mise en scène époustouflante, dont l'axe central se réduit à une cage
d'escaliers. De nombreux cinéphiles se demandent aujourd'hui ce qu’il est
advenu de Jean-Charles Tacchella… La thébaïde de Jean-Charles Tacchella se
trouve dans une petite rue presque provinciale à Versailles, une maison étroite
toute en hauteur, ses trois étages remplis du sol au plafond de livres et de films. C'est un jeune homme
de 90 ans qui vous ouvre la porte de cette caverne d'Ali Baba
cinématographique. Un dandy au regard malicieux qui vous propose de partager
une bouteille de Ruinart au beau milieu de l'après-midi. Jean-Charles Tachella
est à l'image de ses films : chaleureux et généreux, tendre et espiègle. C'est
un passionné de cinéma. Dès l'âge de douze ans, il fréquente assidument les
salles obscures, où il découvre avec enthousiasme le cinéma américain en
dévorant les films de Tay Garnett, Franck Capra, Ernst Lubitsch, Frank Borzage
et William Wellman. Une des plus belles familles du cinéma hollywoodien.
L'adolescent s'évade grâce au cinéma, surtout le mercredi de 12h à 22h, car
pour le même prix, on peut y voir les trois films de la semaine écoulée et les
trois films de la semaine à venir. A cette époque, le cinéma français est
également au meilleur de sa forme. Quand il rentre le soir chez ses parents,
Tacchella leur raconte les films de Carné, Delannoy, Renoir, Cocteau, Duvivier,
Becker, Clouzot… En 1940, Marseille se trouve en zone libre, Tacchella
émerveillé croise sur la Canebière les acteurs qu'il a vus sur l'écran : Raimu,
Charles Trenet, Maurice Chevalier, Jules Berry… Tacchella est fou de cinéma,
mais également de littérature et de jazz. Après un concert au Hot Club marseillais,
il explique à un Django Reinhardt médusé, pourquoi il trouve exceptionnelle sa
manière de jouer. C'est en 1945, dans un Paris libéré que le jeune homme peut
enfin vivre de sa passion en étant journaliste à L'Ecran français, un
hebdomadaire consacré au Septième Art. Grâce à ce poste, il rencontre tout le
gotha du cinéma mondial et se lie d'amitié avec certains, comme le réalisateur
et acteur Eric Von Stroheim, pour lequel il a la plus grande admiration. Il
confie au cinéaste autrichien son envie naissante de faire des films. Au début
des années 50, Tacchella quitte le journalisme pour devenir scénariste. Il
collabore à plusieurs films de son ami Yves Ciampi, le réalisateur des Héros
sont fatigués. Il écrit également le scénario du film iconoclaste Les honneurs
de la guerre de Jean Dewever, qui sera censuré par le pouvoir gaulliste, parce
qu'il égratigne l'image manichéiste d'une France divisée entre les bon
résistants et les méchants collaborateurs. Durant l'été 1961, Tacchella
s'installe en Provence à Roussillon, où il achète une maison pour le prix d'une
chambre de bonne à Paris, avec vue sur le Mont Ventoux et les ruines du château
du Marquis de Sade. Ses amis parisiens l'imitent, à l'instar du comédien
Maurice Ronet, qui devient propriétaire d'une maison à Bonnieux, un village
voisin. Suite au succès du Feu follet, Ronet demande à Tacchella d'écrire avec
lui son premier film en tant que réalisateur : Le voleur du Tibidabo. Lassé de
ne pas trouver des financements pour ses projets de films, Tacchella accepte
aussi de travailler comme scénariste pour les premières séries à la télévision
comme Vive la vie ou Allo Police. En 1969, il tourne enfin son premier film Les
Derniers hivers, un court métrage sur les affres du troisième âge. La
comédienne Ginette Mathieu avec laquelle il vient de se marier, y tient un
rôle. Elle s'occupera ensuite de la distribution de ses films. Après avoir
écrit quelques pièces de théâtre, Tacchella réalise en 1973 son premier
long-métrage : Voyage en Grande Tartarie, une fable poétique et surréaliste
avec Jean-Luc Bideau et Lou Castel. Le film ne trouve pas son public. En 1975,
le réalisateur connaît son premier vrai succès populaire avec le film Cousin,
Cousine. Une savoureuse comédie vaudevillesque aux accents lubitschiens, dans laquelle
excellent Victor Lanoux le cousin, Marie-Christine Barrault la cousine et le
magnifique Guy Marchand dans le rôle de l'époux volage. Suite à ce succès,
Tacchella peut enfin tourner le film qui lui tient à cœur : Le Pays Bleu, une chronique provençale
panthéiste, dans la lignée des livres de Giono. Brigitte Fossey irradie de
beauté et de vitalité, dans un Luberon qui n'est pas encore une carte postale
de résidences secondaires pour happy few fortunés. Un film nostalgique qui
rappelle la réflexion ironique du moraliste Baudouin de Bodinat sur le goût
perdu de la tomate d'aujourd'hui : "Admettons que le regret exagère la
saveur des tomates d'alors, encore fallait-il qu'elles en aient quelque peu;
qui se souviendra plus tard, s'il reste des habitants, de celles
d'aujourd'hui?" Le retour à la ville se fait avec Il y a longtemps que je
t'aime, une errance poétique dans les alentours de Beaubourg, l'histoire tendre
et douce-amère d'un couple joué par Jean Carmet et Marie Dubois, qui se sépare
pour mieux se retrouver. En 1981, année mitterrandienne, Tacchella dans Croque
la vie aborde le thème des rêves de jeunesse qui se heurtent à la réalité du
quotidien. Le film est également un hommage au scénariste Paul Gégauff, qui
mourra deux années plus tard, poignardé par sa jeune compagne norvégienne,
après lui avoir lancé : "Tue-moi si tu veux, mais ne m'emmerde pas!".
Les années 80 n'épargnent pas le réalisateur.
Nombre de ses amis disparaissent, dont le feu follet Maurice Ronet. Sa
femme "Gigi" est renversée par un chauffard, un accident dont les
complications entraîneront au fil du temps une invalidité permanente. C'est
durant cette période sombre que Jean-Charles Tacchella va réaliser l'un de ses
meilleurs films, celui qui marquera toute une génération de cinéphiles :
Escalier C. Tourné en trente-cinq jours, principalement en studio, ce huis-clos
dans les parties communes d'un immeuble parisien est une fresque émouvante du
microcosme humain, réalisé dans la tradition cinématographique de Jacques
Becker et de René Clair. Incarné par l'impeccable Robin Renucci, le personnage
principal Forster, un faiseur à la répartie d'Oscar Wilde semble mépriser ses
voisins de palier interprétés par Jean-Pierre Bacri et Jacques Bonnaffé. A ce
triptyque d'acteurs qui crève l'écran, s'ajoute une ribambelle de personnages
tous aussi attachants les uns que les autres, joués entre autres par Catherine
Frot, Claude Rich, Michel Aumont, Jacques Weber, Hugues Quester et Fiona Gélin
. Cette dernière, dans une scène d'anthologie, montre en vain ses (jolis) seins
à Renucci. Grâce au succès d'Escalier C, le réalisateur trouve les financements
pour tourner Travelling avant, un film sur l'un de ses thèmes de prédilection :
la cinéphilie dans l'après-guerre. En 1945, la télévision n'existait pas encore.
La jeunesse d’alors se précipitait dans les salles obscures pour s'émerveiller
et oublier les horreurs de la guerre. Travelling avant raconte une belle
histoire d'amour d'adolescents qui partagent la même passion pour le cinéma.
Une véritable mise en abyme cinématographique, interprétée par un merveilleux
trio de jeunes acteurs : Ann-Gisel Glass, Thierry Frémont et le regretté Simon
de la Brosse, qui mettra fin à ses jours en 1998. Jean-Charles Tacchella aura
eu trois grandes passions dans sa vie : les femmes, le cinéma et la
littérature. Dames galantes, son film suivant, les réunira sur le grand écran.
Une adaptation cinématographique de la vie de Brantôme, médiocre militaire
français du XVIème siècle, qui ne vivait que pour l'amour des femmes et qui,
pour leur rendre hommage, se fera écrivain. Il rédigera Vie des dames galantes,
ses mémoires amoureuses, qui seront publiées selon sa volonté après sa mort.
Bohringer incarne Brantôme, et pour ses maîtresses, Tacchella s'offre un
casting féminin de rêve : Isabella Rossellini, Marianne Basler et Laura Betti.
Dans L'Humanité Dimanche, le critique Claude Sartirano écrit : "En disant
que le bonheur sur terre est auprès des femmes et qu'aimer la vie n'est pas
provoquer Dieu, le mécréant Jean-Charles Tacchella a réussi un film joliment
plaisant." De tous les films qu'il a réalisés, Tacchella considère ses
Dames galantes comme l'un de ses films préférés. Le "cinéaste du
bonheur" poursuit son introspection du couple avec le film L'homme de ma
vie, l'histoire d'une rencontre improbable entre un bouquiniste misanthrope
sans-le-sou (Thierry Fortineau) et une chômeuse en quête d'un mari fortuné
(Maria de Medeiros). Lors d'une
projection du film aux Etats-Unis, un spectateur s'adresse au réalisateur :
"Mais quel âge avez-vous donc pour faire des films aussi jeunes? On les
croirait réalisés par un cinéaste de vingt-cinq ans!" Quant à Quentin
Tarentino, c'est en voyant L'homme de ma vie, en 1992, qu'il découvre Maria de
Medeiros. Suite à cette projection, il confiera à l'actrice le rôle de la
petite amie française de Bruce Willis dans Pulp Fiction. Pour son film suivant,
Tacchella décide de tourner outre-Atlantique, à Sarasota en Floride. Ce sera
Tous les jours dimanche, une comédie picaresque, un hymne à la paresse au soleil
avec Thierry Lhermitte dans le rôle du bienheureux, et l'acteur italien
Maurizio Nichetti en complice d'oisiveté. Une coproduction
franco-italo-américaine avec une star made in USA : Rod Steiger. Le film reçoit
un accueil mitigé. La critique trouve que la fable manque de sérieux. Pour un
cinéaste qui avoue "ne rien prendre au sérieux et prendre tout au
sérieux", c'est un compliment. En 1999, Tacchella réalise son onzième et
dernier long métrage, Les gens qui s'aiment, qui évoque le plaisir mais aussi
la difficulté pour des solitaires de vivre à deux. Deux couples de génération
différente à la recherche de l'amour qui va vite et qui dure toujours. Le
quatuor se compose de Richard Berry dans le rôle du quinqua désabusé,
Jacqueline Bisset la quadragénaire ambitieuse, Bruno Putzulu l'épicurien lettré
et Julie Gayet, la jeune femme sans concession aujourd'hui petite amie d'un ex-Président. Le public ému applaudit, la critique boude. Durant quelques années,
le cinéaste consacre son temps à écrire des scénarios et chercher des
financements pour en faire des films. Malgré le soutien de comédiens de renom,
les producteurs et distributeurs se détournent du réalisateur, pas assez
"bankable" pour eux. Un critique écrit : "Jean-Charles Tacchella
n'est pas branché pour un sou, ce qui compromet ses chances au box-office. Il
n'est pas du genre à filmer des taxis qui volent ou des acteurs animés par
ordinateur." En 2005, le cinéaste décide de se faire une raison et fait
ses adieux au cinéma, sans regrets. Depuis qu'il ne fait plus
de films et qu'il vit, comme l'écrivait Huysmans « loin de l'incessant déluge
de la sottise humaine", pour le plus grand bonheur des cinéphiles, Tacchella
a eu le temps d'écrire ces 944 pages de souvenirs qui sont jalonnés par autant
d'anecdotes. Tacchella rêve souvent la
nuit qu'il tourne encore et encore… A la première page de son carnet de notes,
on peut lire cet aphorisme qui le définit bien : "Plus les années passent et
plus j'ai peur de mourir jeune." On lui souhaite de vivre encore quelques
belles années .
Du côté de Jacques Rigaut, je vous invite à visiter
le compte instagram que je lui ai dédié. Le travail éditorial de la biographie
est en cours…
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