7.5.06

Coup de poing


Eugène Criqui (1893-1977) Photo : Paul Thompson


Eugène Criqui et sa femme.

Desnos dans "Nouvelles Hébrides" avait témoigné du tempérament fougueux de J.R. : "C'était un garçon assez batailleur et dont le coup de poing est encore redoutable. Il assomma fort proprement un jour un chauffeur de taxi qui l'avait insulté..." Je viens de découvrir que Rigaut était l'ami du boxeur français Eugène Criqui, champion du monde de boxe à New York en 1923, catégorie poids plumes, face à l'Américain Johny Kilbanne. "Je veux faire des sports et l'amour." (Jacques Rigaut)

Appel de Sarane Alexandrian : "Nous avons beaucoup de choses à nous dire." Un rendez-vous est pris pour mercredi prochain.

6.5.06

La récupération surréaliste?


La deuxième édition d'un florilège
des textes de J.R. chez Eric Losfeld en 1967.
La première (après "Papiers Posthumes" de 1934)
avait été publiée par Jean-Jacques Pauvert en 1959.


Autre florilège publié en 1990 par
les éditions Distance avec un "avant-texte"
de François Gaudry.

Ai acheté ces deux ouvrages sur eBay. J'aime bien le côté vide-grenier de ce site de vente aux enchères. Récemment une bibliothécaire de la Bibliothèque nationale m'avouait qu'elle y achetait des livres anciens que la BN ne possédait pas... En parlant de la BN, j'ai fini par y consulter les microfiches du livre "Suicide mode d'emploi". Un peu déçu par le contenu, Rigaut est rapidement évoqué parmi d'autres "gais terroristes" (formule de Breton) et je déconseillerai fortement les recettes pour en finir tant elles paraissent obsolètes... Une réactualisation s'impose.:) Le second livre (Le droit à la mort. Suicide mode d'emploi, ses lecteurs et ses juges) qui raconte la censure du premier est nettement plus passionnant.

J.R. me poursuit. Alors que je me trouvais à un vernissage, un certain Tristan Ranx m'aborde pour me parler de Sarane Alexandrian dont j'avais retranscrit, deux jours auparavant, quelques passages de ses textes au sujet de Rigaut : "La période de "La Révolution Surréaliste" est symbolisée par la vie de cet homme qui flirtait avec la mort" (Le surréalisme et le rêve, Gallimard, 1974). Sarane Alexandrian est l'un des derniers survivants de l'époque surréaliste. Il a été l'ami de Breton et de Victor Brauner dont il a écrit la biographie. Il dirige également la fameuse revue "Supérieur inconnu" et a écrit de passionnants ouvrages sur l'érotisme et la sexualité. J'ai appris dans son livre "La sexualité de Narcisse" que le marquis de Sade s'évadait mentalement de sa prison en se masturbant frénétiquement tous les jours avec la complicité de sa femme qui lui transmettait les accessoires pour améliorer l'ordinaire d'un onaniste invétéré. Tristan m'a envoyé les coordonnées de Sarane Alexandrian. Hâte de le rencontrer. Son témoignage me sera précieux pour le chapitre : "Les surréalistes et Jacques Rigaut"...


Rubrique nécrologique : le SDH m'apprend la disparition du lettriste et situationniste Jean-Michel Mension alias Alexis Violet : "Si nous sommes quelques uns prêts à tout risquer, c'est parce que nous savons maintenant que l'on n'a jamais rien à risquer et à perdre. Aimer ou ne pas aimer tel ou telle, c'est exactement la même chose."


Fabrice Pascaud d'Arcane 17 m'envoie un mail : "Alexis Violet sera inhumé mercredi à 15h30 au cimetière de Clichy-Sud (92), Rue Chance Milly, métro : mairie de Clichy (communiqué par Janos).
Cordialement
F.P."

Dans un autre message, Fabrice m'informe sur un autre "survivant" de l'époque surréaliste : "Michel Zimbacca est toujours du monde (il est arrivé dans le groupe surréaliste bien avant Sarane), il a entre autres réalisé le film "l'invention du monde" avec Péret. Cet homme discret est fréquemment oublié."

3.5.06

La femme aux gants


Lise Deharme par Man Ray

Lecture ce week-end d'"En Joue!" Ce roman de Philippe Soupault paru en 1925 est INCROYABLEMENT prémonitoire. Julien le personnage principal semble être le double d'Alain Leroy du "Feu follet"... Drieu savait, pas Soupault et pourtant il écrit : "Cette nuit blanche, c'est la fin d'une époque de sa vie. Il va avoir trente ans..."

Longue journée à la BN où j'écoute des heures d'entretiens dont celui de Lise Deharme, égérie de Breton, la femme aux gants bleu ciel dans "Nadja". Des nouvelles infos qui viennent en recouper d'autres... Petit extrait : "Je connaissais Jacques Rigaut, je connaissais Breton, Soupault, je connaissais Desnos surtout, très bien. Et Jacques Rigaut, Lise ? Ouh, Jacques Rigaut, ça c'est une autre histoire..."

27.4.06

"Le jour se lève, ça vous apprendra."


Fragment d'un manuscrit de Jacques Rigaut

Trois millions de visiteurs en une journée! Le site de l'INA a explosé, impossible se s'y connecter et encore moins de faire une recherche. Il faut dire que l'INA met, à partir d'aujourd'hui, à la disposition des internautes, ses archives télévisuelles et radiophoniques. 10.000 heures de programmes, une offre à 80 % gratuite! Ces 10.000 heures représentent seulement 10% du fonds de l'INA... Quant la tempête sera passée, je testerai cette offre pour tenter d'y trouver des entretiens qui datent du début des années 70 autour de J.R. dont un entretien avec René Clair qui m'intéresse tout particulièrement. Je serais étonné de les trouver on line et en accès libre. D'autant plus que la phonothèque de l'INA m'a envoyé un mail cet après-midi pour m'avertir que ces trois entretiens étaient à ma disposition à leur centre de consultation à la Bibliothèque nationale. Saluons tout de même la belle initiative de l'INA qui chaque année mettra en ligne 5000 nouvelles heures de programme... Que la BN en prenne de la graine! Monsieur Jean-Noël Jeanneney, il en est où votre chantier de numérisation?

Plongée dans le fonds Jean Cocteau à la bibliothèque historique de la ville de Paris. La responsable du fonds m'accueille chaleureusement. Rigaut a fréquenté Cocteau. J'ai retrouvé aux USA une lettre de J.R. à J.C. Reste à déterminer la nature de leur relation. L'auteur des Enfants Terribles connaissait tout le monde...

Consultation entre autres du dossier du film "Le sang d'un poète". En janvier 1932 au Vieux-Colombier avant la projection du film, Cocteau donna une conférence : "L'oeuvre du poète le déteste et le mange. Il n'y a pas de place ensemble pour le poète et son oeuvre sur la terre. L'oeuvre profite du poète et c'est après sa mort que le poète profitera d'elle. Au reste, le public aime mieux les poètes morts et il a raison. Un poète qui n'est pas mort est un anachronisme."

Une citation pour biographe méditant : " [Céline] ajoute que, si je voulais faire sa biographie, je n'aurais qu'à me servir de mon imagination, causer avec ses amis, dessiner mon propre portrait en le donnant pour le sien, me réserver toutes les questions intelligentes et lui laisser toutes les réponse stupides." (Milton Hindus, "L.-F. Céline tel que je l'ai vu")

23.4.06

Un air de famille



Ai commandé sur Priceminister l'autobiographie du comédien Georges Sanders. Né en 1906 à Saint Petersbourg, ce dandy cynique qui cracha dans la soupe tiède d'Hollywood et ne se déclara doué que pour l'oisiveté, mit fin à ses jours en 1972 dans un hôtel au sud de Barcelone. Noël Coward dit de Sanders : "Il possède plus de talents que n'importe lequel d'entre nous mais il n'en fait rien." Extrait de "Mémoires d'une fripouille" : "Ma méchanceté était d'un genre nouveau. J'étais infect mais jamais grossier. Une espèce de canaille aristocratique. Si le scénario exigeait de moi de tuer ou d'estropier quelqu'un, je le faisais toujours de manière bien élevée et, si j'ose dire, avec bon goût. En plus, je portais toujours une chemise impeccable. J'étais le type de traître qui détestait tacher de sang ses vêtements ; pas tellement parce que je redoutais d'être découvert, mais parce que je tenais à demeurer propre sur moi." Avant de baisser le rideau, Sanders écrivit ces derniers mots : "Je m'en vais parce que je m'ennuie, j'ai vécu suffisamment longtemps, je vous laisse, je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d'aisances"


"Je serai un grand mort." (Jacques Rigaut)

"La gloire d'un grand mort ne dépend pas autant qu'on le suppose du caprice des vivants. Un peu plus tôt, un peu plus tard, les noms qui méritent de survivre émergent de l'oubli pour s'ancrer dans la mémoire des hommes." (Guy-Charles Cros)

22.4.06

Ouverture de la pêche



Hier, à la phonotèque de l'INA, pour écouter la bande d'une émission de radio de 1970 consacrée à J.R. à l'occasion de la publication des "Ecrits" chez Gallimard. Soupault, invité à l'émission, raconte une troisième version de l'anecdote des fleurs et des chocolats. Il défend maladroitement la mémoire de son ami Rigaut en critiquant le travail de Martin Kay : "J.R. n'était pas du tout le personnage que le livre de Monsieur Kay représente." Martin Kay, indulgent, laisse passer l'orage, puis se défend en fin d'émission : "Ce n'est peut-être pas le même homme que vous avez connu, ce n'est pas Rigaut que je connais, mais je connais un homme qui vaut la peine d'être connu."

Poursuite de la lecture de la bio de Rimbaud. Son biographe Jean-Jacques Lefrère a l'humilité de reconnaître ce qu'il n'a pas découvert, ce qu'il ne sait pas. Il questionne, il s'interroge, utilise le conditionnel. Ces doutes et interrogations ne signifient pas faiblesse ou défaillance mais renforcent au contraire la crédibilité de ses recherches. Sans oublier l'humour nécessaire (sur soi-même et son travail) à toute entreprise de reconstitution. En exergue du chapitre premier, Lefrère a mis cette citation : "Je ne prétends rien, capitaine, j'essaie simplement d'y voir clair." (Tintin, L'Affaire Tournesol.)

Dans la série (désormais récurrente) "quand nos amis font des choses bien, il faut en parler", je signale la parution du dernier opus de mon ami "pohète" Jacques Barbaut, "L'ouverture de la pêche". Jacques m'a avoué récemment qu'il n'est jamais allé à la pêche. Si on ne peut plus se fier à ses amis, où va-t-on?

20.4.06

Visite surprise


La clinique de Saint-Mandé

Pélerinage à Saint-Mandé où se trouve la clinique dans laquelle J.R. séjourna pour une cure de désintoxication. Des trois établissements que fréquenta Rigaut, c'est le seul qui existe encore et à avoir conservé sa fonction médicale. Depuis un an, je suis en contact avec cette clinique privée pour consulter leurs archives où se trouvent entre autres les registres d'entrées et de sorties des patients qui me permettraient de connaître les dates exactes de l'hospitalisation de J.R. Depuis un an, je téléphone et envoie des courriers, en vain. Au fil des mois, les réponses à mes demandes deviennent de plus en plus contradictoires et saugrenues : délocalisation des archives, inondations, manque de temps, etc. La secrétaire médicale qui me reçoit cet après-midi prend note de ma énième demande tout en m'avouant qu'elle est "débordée". Je lui fait tout de même remarquer que ça fait plus d'un an que je leur sollicite une information. Elle me conseille en souriant d'écrire directement à la directrice de la clinique, ce que j'avais déjà fait, mais entre-temps la direction a changé... N'est-ce pas typiquement français que de ne savoir dire ni oui ni non?

Lors de mes recherches à la BN, ai trouvé cette citation de Jean-Bernard Passerieu (chroniqueur de la vie de Paris) qui illustre bien mon post d'aujourd'hui : " La persévérance, c'est de la volonté en bouteille, elle se conserve, et, comme le bon Bordeaux, elle se bonifie avec le temps."

:)

17.4.06

Des nouvelles de New York


Shannon
(Gladys Barber, l'épouse de J.R.
était son arrière-grand-mère
paternelle...) Photo : Cati Laporte

Ai reçu un mail de Shannon qui me redonne un peu d'espoir concernant mes pistes américaines :

"Jean-Luc,
It was so lovely to hear from you and the timing was perfect. I am going back to Tucson, where my father lives, last that I knew, I am planning to try and find out information on his location. All of this information about my grandmother will be so helpful. I will be intouch with you after I am able to do some research. I imagine it will be around the 17th or 18th of April before I am settled and have any leads but I will keep you posted. Any other information that you find I would love to have and of course I will do the same. Hope that all is well and again, thank you so much!

Best,
Shannon"

Dans la série "quand nos amis font des choses bien, il faut en parler", je conseille à ceux qui s'intéressent à l'art de mettre dans leurs favoris le nouveau blog de Judith Benhamou-Huet, journaliste et écrivain ("la femme cuillère" son prochain livre en collaboration avec la photographe Valérie Jouve sort le 6 mai prochain). Judith tient entre autres des rubriques hebdomaires sur l'art et le marché de l'art dans Les Echos, Le Point et une rubrique mensuelle dans Artpress.


Demain soir à Caen pour une soirée hommage à Emmanuel Bove.

13.4.06

La BN, mode d'emploi


Le suicidé, par Edouard Manet.

A ma connaissance, "Suicide, mode d'emploi. Histoire, technique, actualité" de Claude Guillon et Yves Le Bonniec reste le seul livre en France, vingt-quatre ans après sa parution en 1982, a être interdit de réédition et de diffusion sous peine de poursuites judiciaires grâce à la loi d'exception (supposée réprimer la "provocation au suicide") votée par le parlement en 1987, suite aux batailles juridiques engagées par les adversaires de l'ouvrage. En 2004, Claude Guillon racontait dans un livre passionnant (Le droit à la mort. Suicide mode d'emploi, ses lecteurs et ses juges) toutes les coulisses de cette affaire.

Dans la table des matières de la première édition de "Suicide, mode d'emploi", on trouve au chapitre VI intitulé "Une revendication révolutionnaire" les noms, entre autres, de Vaché et Rigaut... Pour les besoins de mes recherches, je dois donc consulter ce livre. A la Bibliothèque nationale, ledit ouvrage n'est consultable qu'exceptionnellement et sur autorisation du directeur du département auquel il est rattaché. Après une demande de communication en bonne et due forme, l'autorisation m'est accordée de consulter le microforme du livre. Le problème c'est qu'il y a deux jours en banque de salle de consultation, le microforme était répertorié "manque en place". Le livre sulfureux aurait-il rejoint l'"enfer de la BN"?

Ai reçu ce matin par la poste, deux nouvelles photos de J.R. Toujours cette même émotion à découvrir des documents inédits. Sur l'une des photos, J.R. assis à un bureau corrige les épreuves d'un manuscrit...

10.4.06

Jacques Rimbaud


Le poète Christophe Tarkos (1964-2004)
Photographie : Olivier Roller

Introduction du chapitre VI (Avec l'assentiment des grands héliotropes) de la monumentale biographie de Rimbaud écrite par Jean-Jacques Lefrère.

"Dans l'histoire de la fortune et des infortunes de Rimbaud se côtoient les collectionneurs jaloux refusant de laisser entrevoir leurs trésors, les biographes exaltés, les faussaires tortueux, les savants érudits jusqu'à la fureur." (Michel Pierssens, "Rimbaud pluriel", La Quinzaine littéraire, 1er-15 novembre 1999."


"Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée." (Arthur Rimbaud)

"J'ai trouvé un jour ma chemise assise sur mes genoux, je l'ai appelée Beauté. Je suis depuis un peintre de chemises." (Jacques Rigaut)

Rimbaud/Rigaut, ces deux "sans-coeur".

Quand nos amis font des choses bien, il faut en parler. Je conseille aux Rennais d'aller voir le spectacle de la Compagnie Udre-Olik, une mise en scène musicale des textes du poète Tarkos mort en 2004. Ce bel hommage aura lieu ce jeudi 13 avril à 20H30 dans le cadre du festival Mythos.

"Je n'existe pas. Je fabrique des poèmes.
je suis lent, d'une grande lenteur"
(Christophe Tarkos)


Communiqué de presse

TARKOS. Philippe Languille & Fil .


FESTIVAL MYTHOS, RENNES.

JEUDI 13 AVRIL à 20h30.

Cabaret Botanique (jardins du Thabor)

Renseignements : 02 99 79 00 11


Textes : christophe Tarkos.
Interprétation des textes : Philippe LANGUILLE
Guitare électrique, pédale de boucle, contrebasse : FIL (Eric Philippon, ex. La Tordue)
Création lumière et régie : Benoît PELÉ
Production : Cie Udre-Olik, Rennes


La Cie Udre-Olik poursuit sa recherche sur le langage et l¹écriture d¹aujourd¹hui. Elle la retraduit scéniquement, musicalement, silencieusement, ouvertement, avec ce spectacle dépouillé, du nom du poète marseillais Christophe Tarkos, fondateur de la revue Poézi prolétaire, « fabricant de poèmes et de lectures par improvisation comme ça dans l¹air. Poète de la lecture ».

En avant scène, un format duo composé du comédien Philippe Languille et du guitariste-contrebassiste Fil (Eric Philippon), une confidence touchant à la folie -celles des mots et du flot de pensée- et une incantation pétrie d¹humour, de distance parfois onirique, parfois cynique et d¹envols poétiques.

Un dispositif qui n'est ni concert ni pièce de théâtre, un espace inachevé, un chantier propore à recevoir des sons, des personnages, des émotions.



Cie Udre-Olik 11 Avenue Chardonnet 35000 Rennes
Tél. 02 99 27 88 10 - udrolik@free.fr

5.4.06

Une femme qui s'appelle Caresse


Des amis de Jacques Rigaut...

Hier, improbable soirée littéraire sur le thème "work in progress" aux 9 billards, organisée par Laurence Remila. J'y rencontre Helena Villovitch et F.J. Ossang le réalisateur du film culte Docteur Chance. Il me dit qu'il a beaucoup cité J.R. dans son oeuvre. Dans un entretien, F.J. Ossang raconte qu'il évoqua Cravan et Rigaut avec Joe Strummer lors de leur première rencontre. Le rapprochement punk vs dada effectué par Greil Marcus dans "Lipstick Traces" resurgit... Je surmonte mon trac et clos la soirée en lisant des extraits du texte "Rigaut l'excentré magnifique" publié dans la N.R.F d'octobre 2004. Une soirée sans paillettes et sans DJ mais subtile et chaleureuse où les gens se parlaient et sans hurler. Reposant.

Journées à la Bibliothèque nationale. On pense toujours en avoir fini avec elle, mais elle vous rappelle à l'ordre... Parfois le temps s'arrête, se dilate, à la BN, surtout quand vous attendez votre commande et qu'après cette (longue) attente vous apprenez que le document est hors d'usage donc incommunicable mais... que vous pouvez faire une demande exceptionnelle de consultation blabla.... Je réussis tout de même à consulter quelques livres dont The Diaries of Harry Crosby, autre suicidé de l'année 1929...Il avait baptisé sa femme Caresse. Leurs amis étaient Joyce, Edith Warton, Dorothy Parker, Hart Crane...Dans sa revue "Transition" Harry Crosby écrivait : " Take Nietzsche : Die at the right time"

Silvain d'Arte Radio (et Eric) m'envoie un mail pour me prévenir qu'on peut écouter sur leur site "La vie suicidée d'un dandy dada". Cherchez l'erreur...

1.4.06

Intelligent & sans adverbe


Finale d'une lettre de Jacques Rigaut

Lecture et retranscription de lettres d'André Breton. Période 1920-23. Breton mentionne plusieurs fois Rigaut. Aucune lettre de Breton ne peut être publiée dans son intégralité. L'auteur de "Nadja" dans son testament a interdit toute publication de sa correspondance avant 2016. Pour citer dans la bio des extraits de cette correspondance forcément inédite, je devrai solliciter une autorisation de publication auprès des ayants droit.

Autre retranscription d'une correspondance inédite retrouvée miraculeusement à l'étranger. Celle d'un ami de J.R. Extrait : "Mon ami Rigaut est toujours ici et peut-être pour longtemps encore. Je suis très content. Il est vraiment intelligent; et notre amitié est assez intense."

Semaine fructueuse avec la découverte d'une photo inédite de J.R. dans un album de famille en Normandie. Je n'ai pas encore vu cette image dont on doit m'envoyer une copie. Une description par téléphone : J.R. assis dans un fauteuil en train de lire...

Une question qu'on me pose souvent : "Pourquoi Jacques Rigaut?"
Ce soir, j'ai trouvé une réponse : "Pourquoi pas lui?"

27.3.06

Révélations


Une amie de Jacques Rigaut en bord de mer

"Vous avez bien fait de passer, j'allais jeter tout ça, prenez tout, ça me débarrasse..." me dit-elle en me tendant une grosse enveloppe dans laquelle je découvre, en vrac, une centaine de négatifs... Une fois rentré chez moi, je scanne les négatifs un par un. Des visages inconnus se révèlent sur l'écran de mon ordinateur, puis soudainement un visage qui m'est familier, celui de J.R. qui est debout sur un lit dans une chambre, paradant devant l'objectif. Un document étonnant que je ne pourrai insérer dans le cahier iconographique de la bio sans autorisation de publication car J.R. n'est pas seul...

Ceux qui ont raté l'émission de France Inter (une heure sur Jacques Rigaut tout de même) peuvent l'écouter en ligne dans la revue de presse du blog. Merci à Eric pour le fichier MP3.

23.3.06

Save the date!



En surfant sur le site de France Inter, je lis ça :

26/03/2006 JACQUES RIGAUT LE DADAÏSTE
Evocation de la vie désaxée et tragique de l'un des dadaïstes, Jacques Rigaut.
Avec : Jean-Luc BITTON

Je n'avais plus de nouvelles de la journaliste qui m'avait m'interviewé et pensais que l'émission avait été renvoyée aux calendes grecques...

Ce dimanche donc (26 mars), de 23H à minuit sur France Inter dans le cadre de l'émission " Histoires possibles et impossibles".

Lever aux aurores demain pour un voyage à Fontainebleau où se trouve une annexe des archives nationales...

22.3.06

Pause musicale



Time takes a cigarette, puts it in your mouth
You pull on your finger, then another finger, then your cigarette
The wall-to-wall is calling, it lingers, then you forget
Ohhh, you're a rock 'n' roll suicide

You're too old to lose it, too young to choose it
And the clocks waits so patiently on your song
You walk past a cafe but you don't eat when you've lived too long
Oh, no, no, no, you're a rock 'n' roll suciide

Chev brakes are snarling as you stumble across the road
But the day breaks instead so you hurry home
Don't let the sun blast your shadow
Don't let the milk float ride your mind
They're so natural - religiously unkind

Oh no love! you're not alone
You're watching yourself but you're too unfair
You got your head all tangled up but if I could only make you care
Oh no love! you're not alone
No matter what or who you've been
No matter when or where you've seen
All the knives seem to lacerate your brain
I've had my share, I'll help you with the pain
You're not alone

Just turn on with me and you're not alone
Let's turn on with me and you're not alone
Let's turn on and be not alone
Gimme your hands cause you're wonderful
Gimme your hands cause you're wonderful
Oh gimme your hands.

17.3.06

Festivités



Dans la vitrine d'une librairie, je croise le regard d'Emmanuel Bove. Depuis longtemps j'entends parler d'Enrique Vila-Matas, depuis longtemps je me dis que je devrais lire ses livres. Vila-Matas qui, à la question "Pour qui vous prenez-vous?" (La Quinzaine littéraire, août 2004), répondit : " (...) Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort, disais-je à mes contemporains en imitant Jacques Rigaut." Dans son dernier roman, il ne se contente pas de mettre sur la couverture de son livre un portrait de Bove (avec sa petite fille Nora) mais sous sa plume l'auteur de "Mes amis" devient un personnage de fiction.

Soirée d'inauguration du Salon du livre. J'y croise quelques lecteurs et lectrices du blog Rigaut dont Laurence qui tient une librairie dans le 9ème arrondissement. Je parle de Bove et de Bécon-les-Bruyères avec l'écrivain Dominique Fabre qui a écrit deux livres dont le décor se situe dans le triangle Bécon-Asnières-Courbevoie. Sur le stand Technikart, je retrouve Franck Chevalier, Emma, Thierry Théolier, Marjolaine Sirieix et Bruno Deniel-Laurent qui me parle longuement d'Albert Caraco, écrivain inclassable à très faible lectorat dont il aurait aimé écrire la biographie. L'autre soirée festive du Salon est la nocturne du mardi 21 mars, ça tombe bien car ce soir-là je signerai "La mer de la tranquillité" sur le stand des Petits Matins.

14.3.06

Interprétation


(Photo Gérard Castello Lopes)

Petite dédicace à Pierre Assouline chez qui j'ai trouvé les (très belles) images dont je me suis servi pour illustrer mon rêve précédent. Images d'ailleurs étrangement fidèles à ma carte postale onirique. "Mais qui est l'homme qui marche vers la mer?" me demande Lylie. Je me suis évidemment posé la même question...J.R. ? son biographe? A propos de cette image d'un homme qui s'éloigne, j'ai eu aujourd'hui une sorte de "flash" interprétatif. Peu importe l'identité de l'homme, j'ai songé au symbole d'une période qui s'achève, celle des recherches, qu'il me fallait passer à une autre étape. Poursuivre le classement et l'identification de ma documentation puis enfin la rédaction. L'homme qui me tourne le dos et qui s'en va m'indique que je ne pourrai pas le saisir davantage, que j'ai atteint les limites de mes investigations. Des limites qui étaient déjà élevées. C'est déjà une satisfaction d'avoir réussi à les atteindre, même si le biographe aimerait toujours aller plus loin, enfin disons que le plus gros est fait (mon éditeur va être content) même s'il me reste quelques pistes à remonter... J'ai donc passé ma journée à constituer des dossiers, à organiser ma documentation dans le but de m'y retrouver lors de la phase rédactionnelle. Echange de quelques mails avec Chloé (Delaume) à ce sujet : " Je suis aussi dans la phase rédaction de mon bouquin, c'est la première fois que je dois intégrer des mois de recherches dans un roman, je sais pas comment tu fais pour les biographies, mais c'est compliqué de faire les choix dans des tonnes d'infos, de sacrifier des données aux profit d'autres, c'est vraiment étrange."

Petite annonce : Eric vend (400 euros) un exemplaire des "Papiers posthumes" (rare, édition 1934, photo de Man Ray, tirage limité à 300 exemplaires) de Jacques Rigaut + l'exemplaire de la N.R.F (50 euros) sur le suicide de J.R. Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter, je transmettrai.

13.3.06

Le rêve du biographe


(Photo Jean-Pierre Bertin-Maghit)

Drôle de rêve cette nuit. Je suis dans la cour intérieure d'un immeuble en bas de l'escalier qui mène aux étages. Des déménageurs chargés d'objets divers descendent les marches. J'interroge un homme qui semble veiller au bon déroulement de l'opération. "On vide une chambre où a vécu Jacques Rigaut" me dit-il. L'homme refuse que je visite la chambre. Il a un dossier sous le bras qu'il jette dans une poubelle. Après son départ, je récupère ce dossier dans lequel se trouvent les feuilles volantes d'un manuscrit où je reconnais l'écriture de J.R. Une photo en noir et blanc format carte postale tombe du dossier. On y voit au premier plan deux chats assoupis sur un banc au bord d'un chemin sablonneux qui mène vers une mer qu'on ne voit pas mais qu'on imagine. Sur le chemin au loin, on aperçoit la silhouette d'un homme de dos qui marche vers la mer.

3.3.06

Plein soleil à Guéthary



Ai reçu ce matin la très belle édition DVD du Feu follet. Arte Video nous offre un film restauré (image et son) mais également une bonne heure de bonus dont une partie biographique "Jacques Rigaut, histoire vraie d'un feu follet" où votre serviteur intervient. Remerciements à Silvain Gire et à toute l'équipe d'Arte radio.com pour ce montage audio joliment ficelé qui alterne extraits de l'oeuvre, extraits de lettres et témoignages. Pour fêter cet événement, je vous offre mon bonus perso, cette photo inédite de Rigaut et Drieu à Guéthary (date probable été 1924 ou 1925).
Enjoy! P.S. : le blog Rigaut observera quelques jours de relâche. A bientôt.

28.2.06

Le sens du détail



Suite à un refroidissement, j'observe avec culpabilité un net ralentissement de mes activités. J'en profite pour rester au chaud et continuer la lecture de ma documentation. Une lecture très instructive de souvenirs littéraires qui recoupent (bingo!) parfois d'autres témoignages entendus ou lus. Je lis également des choses surprenantes comme sur la mort d'Arthur Cravan qui reste nimbée de mystère : " Cravan was so excited that he decided to tes the boat that same day. While Mina waved from the pier, a breeze caught the sail and Cravan set off. She watched the boat rush toward the open sea and the sail dip out of sight. As his friends waited nervously for him to return from Puerto Angel, she grew worried. After several days, when there was no sign of him, Mina became so frightened that she could neither speak nor move. She waited for him on the beach, wrapped up in his coat. But Cravan did not return. She never saw again." ("Becoming Modern, The Life of Mina Loy" par Carolyn Burke) Il existe plusieurs versions de la disparition de Cravan, celle-ci me semble trop détaillée pour ne pas être crédible. En même temps, voici ce que l'auteur écrit quelques pages plus loin sur le suicide de J.R : " Jacques Rigaut (...) proved his point by shooting himself in the head (...)" Certains diront que je chipote mais une balle dans la tête ou dans le coeur, ce n'est pas tout à fait la même chose. Cette problématique n'aura pas échappé à J.R lui qui écrivait : "Ce coeur, mon coeur qui ne bat que pour quoi!"

22.2.06

Je fais ce que je peux



Les auteurs du "suicidologe" ont classé le suicide de J.R dans la catégorie "impatienta doloris" ou la souffrance morale insupportable.
Quand on lit les dernières (bouleversantes) lettres de J.R, écrites quelques mois avant sa disparition, il n'y a pas de place pour l'ambiguïté : " (...) Je préférerais vivre, mais je fais ce que je peux. (...) Je cherche véritablement à ne pas mourir, mais comment y parvenir."

La photographie de la couverture (Autoportrait au suicide par Man Ray) me fait penser à Steve Hodel, l'auteur de "L'Affaire du Dahlia Noir" que j'avais interrogé par mail il y a un an. Cet ancien flic du LAPD après une investigation poussée a conclu que son père serait l'auteur de plusieurs meurtres de femmes aux alentours de Los Angeles dont celui de la mère de l'écrivain James Ellroy. Hodel raconte dans son livre (passionnant) que son père était l'ami de Man Ray et que ce dernier photographiait les parties fines qui se déroulaient dans leur luxueuse villa de LA.
D'après Holden, quand son père a été mis en examen pour ses frasques, Man Ray de peur d'être inquiété aurait quitté les USA pour l'Europe.

19.2.06

Loner


Illustration publiée dans le Magazine littéraire de juillet-août 1988 :
"Les suicidés de la littérature"

En trouvant chez les libraires des envois à son nom, je suis étonné par le nombre de gens qu'a connus J.R. D'autres écrivains et pas des moindres lui rendent hommage par de chaleureuses dédicaces. J.R semblait être un "loner": un solitaire à contacts limités, sans amis réguliers mais multipliant les rencontres. L'étourdissement de la nouveauté jusqu'à lui-même se créer un autre Je : Lord Patchogue.

Au programme de ce week-end, lecture (en anglais) de livres prêtés par B.M. dont la bio de Mina Loy (l'épouse de Cravan) par Carolyn Burke et les mémoires de Virgil Thomson.

17.2.06

A triumph


Emmanuel Faÿ

"Dear Briggs,

There is only one thing to say of Emmanuel's death. That is was a triumph. (...) Ceux qui atteignent un salut dans ce monde n'y restent pas longtemps."

(Extrait d'une lettre de Virgil Thomson à Briggs Buchanan, New York, octobre 1923)

Ai retrouvé les ayants droit d'Emmanuel Faÿ. Une biographie est en cours. Nous devons nous rappeler pour fixer un rendez-vous. Hier chez B.M. qui m'ouvre pour la deuxième fois sa bibliothèque d'érudit. J'y trouve plusieurs documents dont le texte de la comédie qu'a vue J.R la veille de son suicide...

Article de Robert Maggiori dans Libération à propos de l'historien Marc Bloch : " (...) l'historien est un détective, doit être attentif au détail, rassembler tous les indices, ne négliger aucune piste, multiplier et confronter les "sources"... (...) Détective, l'historien est aussi juge d'instruction, non parce qu'il juge et tranche, mais parce que du juge il emprunte la procédure de confrontation et de vérification des témoignages ou des indices, qu'il rend publique afin que chacun puisse juger."

"Je suis historien, j'aime la vie." (Marc Bloch)

14.2.06

Mots-clés



Emma m'envoie une copie d'écran du dernier "tracking" (reconstitution des visites sur un site Web) du blog Rigaut avec les phrases ou mots-clés tapés par les internautes dans les moteurs de recherche. Dans cet inventaire surréaliste, la phrase la plus incongrue : "Pourquoi les hommes quittent leurs femmes pour des Japonaises?" J'ai tout de suite effectué un copier-coller de cette phrase dans Google, bizarrement je ne suis pas tombé sur le blog Rigaut mais peut-être sur un début de réponse à cette question hautement turlupinante. Je sais qu'il existe un qualificatif pour les occidentaux amateurs de Japonaises mais j'ai la mémoire qui flanche...

Deux après-midi à la bibliothèque littéraire Jacques Doucet. La numérisation du fonds André Breton est en cours. Je dois attendre trois semaines pour y avoir accès. Il me suffira alors de faire une recherche par occurrence pour savoir si Rigaut est cité dans une correspondance. Un gain de temps extraordinaire pour le chercheur... Je rêve que tous les fonds d'archives de Doucet soient numérisés, de taper "Jacques Rigaut" dans un champ de saisie et qu'en quelques secondes... Dans dix ou vingt ans peut-être... J'ai entamé mon propre chantier de numérisation pour tous les matériaux que j'ai recueillis depuis trois ans. Je me sers d'un tableau excel dans lequel je rentre des infos comme : années, thèmes, événements, lieu, document, localisation documentation, etc. Un outil qui me sera plus que précieux lors de la rédaction.

9.2.06

Le Feu Follet sur grand écran



Hommage à Louis Malle (1932-1995) en exclusivité au cinéma Le Champo à partir du 8 février jusqu'au 8 mars. Ce jeudi 9 février à 20H30, projection du Feu Follet (copie neuve)! La séance sera suivie d'une rencontre animée par Eric Neuhoff (écrivain et journaliste) avec Philippe Collin (réalisateur et collaborateur à la mise en scène sur Le Feu Follet), Alain Ferrari (réalisateur et auteur d'un livre à paraître "Le Feu follet"). Il devrait y avoir d'autres projections du Feu Follet dans les semaines à venir. Cet hommage à Louis Malle voyagera ensuite en province.



Eric me signale dans le Figaro un entretien avec Fabienne Vonier dont la société de distribution a permis que les films de Malle reviennent à l'affiche. A signaler également un dossier sur Louis Malle dans Télérama. Le blog Rigaut y est mentionné.

8.2.06

Reprise


Raoul Hausmann dans "Dada à Berlin, 1917"

Ai presque fini de regarder les documentaires réalisés par Philippe Collin autour de Dada. Cinq films qui établissent une chronologie du mouvement, de la naissance de l'esprit Dada, 1913 jusqu'à la mort de Dada, 1921. Un itinéraire minutieusement retracé par des entretiens passionnants avec les principaux acteurs de Dada : Richard Hulsenbeck, Marcel Janco, Hans Richter,Marcel Duchamp, Raoul Hausmann, Philippe Soupault, Jacques Baron... Ces films tournés en 16 mm et produits par l'ORTF en 1971 sont introuvables sinon aux archives de l'INA. Des précieux et instructifs documents qui auraient mérité une édition en DVD lors de l'expo Dada. Demain, retrouvailles avec la bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Par e-mail, j'ai réservé pour consultation des correspondances dans lesquelles J.R est cité.

4.2.06

Récréation




En cherchant Rigaut, je suis tombé sur Queneau...


"Si on met des baigneuses devant la mer,
c'est pour empêcher les vagues d'é-
branler les bateaux." (Texte inédit de Raymond Queneau)

30.1.06

"Rigaut in rubber sheets"


James et Hannah

J'ai trouvé ce matin dans ma bal un étonnant e-mail (voir ci-dessous) provenant d'Angleterre. Ses expéditeurs James Reich et Hannah Levbarg vivent à Bath, une charmante ville du Sud-Est de l'Angleterre, réputée pour ses bains romains et Jane Austen qui y a séjourné. James et Hannah s'occupent d'une librairie indépendante dans le centre de Bath et ont monté un groupe de rock, "Venus Bogardus", dont les influences vont de Sonic Youth à Brian Eno. Libraires et rockers, c'est déjà pas commun (vous imaginez le personnel de La Hune sur scène?) mais de surcroît leur "tube" est une chanson écrite en hommage à Jacques Rigaut! Elle s'intitule tout simplement "JACQUES RIGAUT" (cliquez pour l'écouter)



rigaut in rubber sheets/climbing his golden rope/my mouth on him/he's dead/after an afternoon/of stealing grapes and being refused/although it's our clinic death/hold the rule against my breast/strangers/illustrated/we plot the entrance/of the bullet/mark it/ picturing our black/scorched vortex/and permit salty lips/to burn together/best friends/powder burns/the charcoal of our hair/shading the sheets/as feathers fall/strangers/illustrated/(don't) illustrate it.


Bonjour Jean-Luc,
Our band have a Jacques Rigaut obsession, and I am very much looking forward to reading your book as soon as it is available. My wife and I run the only independent bookstore in the city of Bath, England, and if you are ever in town, you are welcome to visit us. Maybe, when your book is out, you might like to do a reading/event in England that we could help with? Our band is called Venus Bogardus. The song we wrote called 'Jacques Rigaut' is based on a dream that I had of sharing Rigaut's last 24 hours, and is one of our most popular songs when we play shows...

Any friend of Jacques is a friend of ours.
Sincerely,
James and Hannah

29.1.06

Le tunnel



Visite éclair chez Denoël. Je félicite Olivier Rubinstein pour la récente parution de l'oeuvre de Georges Henein. Mon éditeur s'enquiert naturellement de l'avancée de mon travail. Nous savons tous les deux qu'il est quasiment impossible de fixer une "dead line" pour un tel chantier. Je lui fais part d'une image qui me vient à l'esprit, celle d'un tunnel en forme d'entonnoir dans lequel j'avance au fil de mes recherches. Plus je progresse, plus le tunnel se rétrécit... De la gangue du passé, j'arrache chaque information, chaque découverte. Avec tous les matériaux accumulés depuis trois ans maintenant, je pourrais écrire un livre. Mais il reste encore des pistes à remonter, des archives à consulter, des découvertes à faire, des indices à vérifier...

Par exemple, depuis des mois je suis sur la trace de la fille de l'épouse américaine de J.R. J'avais déjà retrouvé lors de mon voyage à New York l'arrière-petite-fille de Gladys Barber (voir sa photo dans le post du 8 juin 2005) Malheureusement, j'en savais plus qu'elle sur son arrière-grand-mère... Il y a quelques jours, grâce à un moteur de recherches payant, j'ai trouvé des infos (date de décès, n° de sécurité sociale et certificat de mariage) la concernant, infos qui vont me permettre de retrouver le mari qui doit avoir 60 ans aujourd'hui. Avec un peu de chance, ce dernier aura gardé les archives familiales de sa femme dans lesquelles J.R. devrait apparaître...CQFD

Rien ne remplacera jamais la recherche sur "le terrain" mais on peut tout de même rendre hommage au fabuleux outil (qui n'existait pas à l'époque de mes recherches sur Bove) qu'est l'Internet pour les chercheurs. En quelques clics, j'ai trouvé et commandé des livres épuisés et introuvables en librairie dont cet exemplaire de la NRF du 1er août 1930 dans lequel ont été publiés des extraits des textes qu'avait laissés Jacques Rigaut. Avec ce premier hommage posthume, on trouve dans ce même numéro un texte en cinq points de Victor Crastre intitulé " Sur le suicide de Jacques Rigaut". Suite à cette publication, Paul Eluard, dans une lettre à Gala, traitera Victor Crastre de "petit con" et dans une note publiée dans "Le surréalisme au service de la révolution" s'attaquera violemment à Jean Paulhan et à la NRF. Une note si violente qu'elle ne sera pas reproduite dans "Le poète et son ombre", le recueil des textes de Paul Eluard...

25.1.06

Nul n'est censé ignorer Dada !


Pierre Pinoncelli


"Hier, entre deux affaires pénibles, la 28e chambre du tribunal de grande instance de Paris s'est offert une demi-heure de récréation avec le cas Pinoncely, Pierre, 76 ans, retraité artiste demeurant à Saint-Rémy-de-Provence. Cet homme-là ne peut pas voir la Fontaine, ready-made de Marcel Duchamp, sans lui donner un coup de marteau. La première fois, c'était le 24 août 1993 au Carré d'art de Nîmes. En pleine expo, Pinoncely pisse dans le fameux urinoir ­ une des huit reproductions réalisées en 1964, l'original de 1917 ayant été «égaré» ­, puis lui balance un coup de masse. Tout cela pour «ramener l'oeuvre à son statut initial de pissotière» et surtout «prolonger la provocation de Duchamp». Cette intervention artistique lui vaudra un mois de prison avec sursis, 40 000 euros au titre de la dépréciation de l'oeuvre, plus divers frais, notamment ceux de restauration (sommes jamais payées).

Garde à vue. La deuxième fois, c'était le 4 janvier au Centre Pompidou, lors de l'exposition «Dada». S'ensuivent quarante-huit heures de garde à vue et une convocation au tribunal. La présidente de la 28e chambre refuse d'emblée d'entrer dans les nuances du débat artistique : «Avec orgueil, vous croyez pouvoir vous affranchir des règles de la société. Cet aspect de votre personnalité pose problème.» Pinoncely, voix ferme mais polie : «Je n'ai fait que ramener l'oeuvre à son état précédent.» Celui où il l'avait laissée en 1993. Car il s'agit du même exemplaire, celui du Musée national d'art moderne, quasi remis à neuf.

Le fond du problème, c'est que Pinoncely (nom d'artiste : Pinoncelli) ne supporte pas que le Centre Pompidou ait exposé l'urinoir sans rappeler dans la documentation sa brillante intervention de 1993. C'est que l'homme se sent un peu coauteur, désormais. Il s'en est expliqué dans une lettre assez loufoque, adressée le 11 novembre au commissaire de l'expo «Dada» et commençant ainsi : «L'institution ­ dont vous faites partie ­ représente à mes yeux le point extrême de l'imbécillité convulsive.» Cependant, nulle menace de récidive dans ce courrier, Pinoncely affirmant avoir arrêté le performing art, activité dans laquelle il se fit remarquer pendant quarante bonnes années, arrosant ici André Malraux de peinture rouge (1969) ou perpétrant là un faux hold-up pour protester contre l'apartheid (1975). Finalement, Pierre Pinoncely, pétillant malgré le poids des ans, n'a pas pu se retenir : pan et repan sur la pissotière !

«Exorbitante». L'artiste s'est pointé au tribunal sans avocat ; il n'avait pas prévu que le Centre Pompidou se porterait partie civile à l'audience. Du civil s'est donc ajouté au pénal et on a tout de suite parlé gros sous. Le coût des réparations est estimé à 14 352 euros, que Pinoncely estime «normal» de payer. Mais l'avocate du Centre a aussi réclamé 427 000 euros pour préjudice de dépréciation, tout en admettant que la somme est «exorbitante». Mais le calcul est simple : le préjudice est évalué à 15 % de la valeur de l'oeuvre, estimée aujourd'hui à 2,8 millions d'euros. Ça fait cher l'intervention dada.

Pinoncely a alors eu beau jeu de pointer cette contradiction : «En 1993, avant mon coup de marteau, l'urinoir était évalué à 450 000 francs (70 000 euros). Après mon acte, on m'a dit qu'il avait perdu de sa valeur, qu'il était déprécié. Or maintenant, cette même oeuvre est évaluée à 2,8 millions d'euros. Alors, de quelle dépréciation parle-t-on ?» La présidente est restée sourde à ce raisonnement, condamnant Pinoncely à trois mois de prison avec sursis, aux frais de restauration et, plus lourd, à 200 000 euros pour le préjudice ! Le cogneur dada a déclaré qu'il ferait appel."


Source : article de Edouard Launet dans le Libération du 25 janvier 2006

22.1.06

"C'est le suicide qui éclaire la société"



Eric me signale un article du Figaro à propos de la délicieuse Alexandra Stewart qui tenait le rôle de Solange dans le Feu follet. Alexandra Stewart que j'avais contactée il y a quelques mois pour fixer un rendez-vous. Elle partait le lendemain pour un voyage en Inde. Je dois la rappeler. J'avais également appelé Yvonne Clech qui interprétait le personnage de Mademoiselle Farnoux. La comédienne souffrante avait annulé notre rendez-vous quelques jours plus tard. La rappeler également. Sur le site d'Arte, la sortie du DVD du Feu follet est annoncée pour février 2006. Eric m'informe d'une rétrospective Louis Malle au Champollion, des photos du Feu follet sont déjà en vitrine...

Mon ami Matias de Buenos Aires qui travaille à Editorial Sudamericana, une grosse maison d'édition argentine me parle d'un livre d'un certain Alvarez qui cite Rigaut : "On the French front, I have a very modest piece of information to give you on Rigaut: there is a book by A. Alvarez (Spanish surname but British citizen) called The Savage God (A study on suicide) which has got a few interesting pages on Rigaut. It was published in 1972 in France by Mercure de France, but of course easier to get in English." Petite recherche sur le Web et je trouve d'occasion le livre en question que je commande immédiatement. Un livre sur le thème du suicide est paru récemment au Seuil : "Suicide l'envers de notre monde" de Christian Baudelot et Roger Establet. Un siècle après Durkheim, ces sociologues ont établi une sociologie mondiale du suicide. Une phrase lumineuse ouvre leur livre : "Ce n'est pas la société qui éclaire le suicide, c'est le suicide qui éclaire la société." Nicole Lapierre qui a publié dans le Monde un article (malheureusement déjà en archives payantes) sur l'ouvrage a fini sa critique par une jolie chute : "Toutefois, quel que soit le contexte général ou l'histoire personnelle, ce qui pousse une personne à se tuer garde une part d'énigme."

A signaler une belle exposition autour d'Arthur Cravan au musée de Strasbourg jusqu'au 26 février 2006. Cette exposition présente un ensemble important (provenant de la collection Marcel Fleiss) de documents, affiches, publications, dessins et photographies du poète-boxeur aux cheveux les plus courts du monde. Le catalogue de l'expo est joliment réalisé avec plein de choses inédites. L'acheter sans délai avant qu'il ne soit épuisé...


20.1.06

Culture bio


Tombe de Jacques Rigaut au cimetière Montmartre
(copyright JLB)

J'ai évoqué dans un post précédent (5/03/05) le livre de François Dosse, "Le pari biographique. Ecrire une vie" Un deuxième ouvrage sur le sujet est paru récemment : "La relation biographique. Enjeux contemporains" de Martine Boyer-Weinmann.Dans le supplément Livres de Libération du 8 décembre 2005, Claire Devarrieux critiquait l'ouvrage : "Ecrire une biographie, c'est d'abord écrire. Deux camps, dans cette affaire. D'un côté, ceux qui ne veulent voir dans la biographie que le texte, qu'ils assimilent à une fiction. De l'autre, ceux qui trouvent exagéré que la valeur (et la contrainte) documentaire passe à la trappe." Martine Boyer-Weinmann offre à ses lecteurs et aux biographes une intéressante piqure de rappel : «Ce n'est pas porter atteinte au talent littéraire du biographe, écrit-elle, que de rappeler ses responsabilités élémentaires envers le lecteur ainsi que l'existence problématique (devant être problématisée) d'une archive référentielle et testimoniale.»

J'espère que ce blog apportera ma modeste contribution à ces passionnants débats. Pour l'heure, je n'ai pas d'avis tranché sur la question bien que je sois plongé dans le genre presque tous les jours. Ma méthodologie est quasi instinctive voire désordonnée. J'ai bien conscience de perdre du temps à cause de cette désorganisation, mais je sais aussi que cette perte de temps est en ma faveur. Un biographe doit savoir perdre son temps pour mieux répondre à la question essentielle : comment mettre en scène sur le papier tous ces matériaux recueillis laborieusement au fil des années? Ce fut aujourd'hui le sujet de ma conversation téléphonique avec Olivier Stupp à propos du dernier ouvrage de Nicke Toshes, une biographie d'Arnold Rothstein, financier des premiers trafics d'héroïne en Amérique... Toshes d'après Olivier (je n'ai pas encore lu le livre) prend le parti de publier les documents in extenso, sans blabla et autres fioritures. Philippe Garnier trouve ça "brut de décoffrage et chiant comme la mort". Steve Hodel dans son livre "L'Affaire du Dahlia Noir" avait choisi également ce parti pris et son bouquin était passionnant! Entre les les digressions oiseuses des uns et le minimalisme clinique des autres, il y a un juste équilibre à trouver. Le biographe est un funambule au sommet d'une montagne de documentation sur laquelle il avance pas à pas...

Reçu e-mail de Fabrice Lefaix qui s'occupe de la revue "Etant donné", consacrée, vous l'auriez deviné, à Marcel Duchamp. Fabrice nous raconte la suite et fin (?) de l'histoire des clefs de Marcel...

"Michel Vanpeene courant 2002 me remit deux cassettes, un entretien qu'il avait mené quelques mois plus tôt avec Pierre et Jackie Matisse au sujet de Duchamp. La transcription brute de cet entretien m'a demandé une bonne semaine. Une partie de cet entretien a été publié dans le n° 4 d'Etant donné Marcel Duchamp (Les clefs de la rue Parmentier). Il y eut des coupures, mais je fus heureux de pouvoir publier ces phrases apparemment insignifiantes :



J.M.M. : Sauf qu'il avait laissé ses clefs dans sa poche ?

P.M. : Oui mais ça, Jackie, c'est le secret ! Voilà : après son incinération, on nous a demandé de vérifier le contenu de l'urne. Bernard Monnier et moi avons accepté. Ce que j'ai tout de suite remarqué parmi les cendres, c'était ses clefs. Elles étaient restées dans sa poche...

J.M.M. : Oui, les clefs de la rue Parmentier ...

P.M. : Elles étaient là, dans les cendres, elles n'avaient pas fondu. Pour moi c'était comme un miracle de voir cela, parce que cette question de secret, de clefs, a toujours tourné autour de Marcel et de son oeuvre. On nous a demandé si on voulait récupérer les clefs. J'ai tout de suite répondu : « Non, on les laisse ». Elles sont restées là, pour toujours. Cette semaine a été extraordinaire. C'était bien. C'était beau. Unique.

J.M.M. : Un beau mot pour la fin : unique !



Cette histoire de clefs est très proche du matricule 671. C'est troublant. Sans parler du ready-made assisté [15.05.1965](dont ci-joint photo) de M.D. à l'initiative de Michel Sanouillet.

16.1.06

Appel aux collectionneurs



Ai pu reconstituer le cheminement des manuscrits de J.R. de sa mort (1929) à l'édition (1970) des "Ecrits" par Martin Kay. Ensuite la liasse de ces manuscrits a été dispersée lors de plusieurs ventes aux enchères et ventes privées. La plupart du temps vendeurs et acheteurs restent anonymes pour des raisons de discrétion (fiscalité, provenance douteuse, etc.). Parfois cette omerta tourne au ridicule quand on sait qui s'intéresse à quoi. Il n'y a pas 36 personnes susceptibles d'acheter des manuscrits de Jacques Rigaut... Messieurs les collectionneurs, ouvrez vos collections aux chercheurs qui respecteront votre anonymat si vous le souhaitez. A quoi bon dormir sur vos acquisitions...


Reçu e-mail de Laurence :

Cher Jean-Luc,

Je te recommande la lecture de Ravel par Echenoz, (...) il y est décrit sa traversée Le Havre NY sur le France en 1927 et sa lecture du journal de bord ," L'Atlantique".
Je peux te le prêter même te le donner (...)

Je t'embrasse

Laurence

Il paraît que Jean Echenoz est un lecteur du blog Rigaut. J'ai comme l'impression que nous avons fait le même voyage au Havre...

15.1.06

La suite de Duchamp





Une dernière digression (offerte par Greg) sur M.D puis nous reviendrons à J.R.


Hello,

Du nouveau sur la tombe de Duchamp !

D'abord dire que si Duchamp a bien été incinéré au Père Lachaise, ses cendres furent ensuite transportées (je ne sais si les clés prirent part au voyage) au Cimetière Monumental de Rouen pour être placées dans le caveau familial.
Et parler de deux oeuvres qui rendirent hommage à Duchamp, et ce en intervenant sur sa tombe ! (mes infos sont tirées des n° 17 et 2000 de la revue La peau des deux côtés, revue épisodique de la Société des amis de Rrose Sélavy, dite Ffondation Marcel Duchamp) :
- la première est l'une des deux photographies de Mohamed Kemal ayant fait scandale à l'exposition "Prendre Duchamp" de juin 1997 à Rouen. Une photographie représentait une femme dans la même position que celle d' "Etant donnés...", mais, figurant ainsi Léda, avec un cygne entre les jambes : "c'est le retour du cygne, clin d'oeil à Marcel Duchamp" dont le photographe dit qu'il tuait le signe. L'autre photographie, intitulée sobrement "Cimetière Monumental", Mohamed Kemal la présente ainsi :

"Provoquer Duchamp, se mettre nue sur sa tombe, c'est jouer tout simplement sur son propre terrain. Mais le nu sur la pierre tombale n'est pas seulement provocation. Du moins la provocation est-elle, elle-même, forme d'hommage. D'autant que c'est ici Marcel Duchamp désormais qui semble devenu le cygne espéré, l'égal de Zeus, l'égal de dieu. Marcel Duchamp est désormais à sa place. Il est lui-même le Créateur, position ironique et superbe.
Si la seconde photographie apparaît comme la plus choquante, c'est que j'ai associé le nu à la mort. La nudité érotique, le plaisir à l'image du désespoir : la joie à ce qu'on appelle le deuil.
S'il y a choc, c'est que nous vivons dans un monde de mythologies et pour tout dire, les tabous - la forêt des tabous - nous entourent.
Or, si j'ai fait cette photographie, c'est que le rapport à la mort commence à changer. Ce ne sera pas là l'un des minces mérites de Marcel Duchamp que de nous avoir ouvert la voie à une autre vision de la mort, une mort dédramatisée, humorisée, érotisée, Marcel Duchamp devenu jusqu'au-delà de la mort, héros de l'éros.
La tombe est froide à la manière d'une table d'opération. Est-ce dans l'attente de la naissance d'un monde nouveau ?"

- la deuxième est un happening de... Pierre Pinoncelli durant lequel, travesti en un double de Rrose Sélavy, a donné une sorte de strip-tease, s'est brûlé la joue avec un fer chauffé au chalumeau, pour finir dans la fameuse position d' "Etant donnés". Pinoncelli raconte lui-même l'événement, dans un style qui d'ailleurs n'a rien à envier à THTH :

"[...] un événement historique, hic : la naissance de Rrose Sélamore, le samedi 24 avril 1999 à 11 h, à Rouen, au Cimetière Monumental, sur la tombe de Marcel Duchamp...
Oui, Rrose Sélamore, la soeur jumelle (à 80 ans de distance) et morticole de Rrose Sélavy, le double féminin de Duchamp...
Rrose Sélamore, mon double féminin à moi... femme-à-barbe, grâce à qui je peux assumer tout le mortuaire, et avoir aussi des ovaires, des menstrues, et une ménopause-casse-croûte (le retour d'âge comme un retour de manivelle, O Jean de Nivelle !)...
Rrose Sélamore... créée non pas pour m'installer définitivement dans l'ombre protectrice de Duchamp, après mon action au Carré d'Art de Nîmes en 1993, non...
[...]
Rrose Sélamore... créée simplement pour le plaisir d'un jeu de rôle : inventer une petite suite amusante et mortifère à l'aventure de Duchamp, en y ajoutant une autre "bonne-femme" à laquelle il n'avait pas songé...
Rrose Sélamore... magnifique et grotesque, avec sa barbe blanche, ses seins en obus, son chemisier à fleurs, sa jupe plissée beige en Tergal, ses godasses à talons plats, et son chapeau-à-voilette avec une grande plume, quel look !
Rrose Sélamore... éblouissement d'une femme-enfant qui a joué à la marelle sur la tombe de Duchamp... et la dalle qui bougeait, c'était Duchamp lui-même qui voulait sortir de son tombeau pour jouer avec elle à ce jeu d'enfance, et raccourcir ainsi le concept d'éternité...
Rrose Sélamore... sa venue au monde a amené la VIE dans un cimetière uniquement occupé par des morts, vous trouvez ça normal, vous ? (quand vont-ils enfin se résoudre à construire des cimetières pour les vivants, maman ?)...
La VIE, désordonnée et burlesque... mais la VIE increvable comme une mauvaise herbe, hourra ! youpi !

le happening au Cimetière Monumental ?
pavane funèbre et destructurée, gestuelle lente et paradoxale d'un corps qui n'existe que par son usure, à cause de l'âge et des intempéries - hi ! -hi ! - et des forces d'entropie...
métamorphose, aussi... anamorphose ? mort noire et bossue, mort aveugle, mort en caleçon U.S., mort en culotte de paysanne et soutien-gorge à baleines, mort nue, mort sûre, mort-aux-dents, mort bide, mort femme, morte Adèle...
et puis, la naissance de Rrose, enfin... comme une chrysalide... la VIE, quoi, juste la vie, camarade...
[...]

la fin du happening au Cimetière Monumental ?
le corps de Rrose Sélamore - recouvert de fleurs déposées par les spectateurs (beaucoup de membres de l'APAC qui m'avaient invité à Rouen par l'entremise de leur président, Alain Bourdie) gît sur la tombe de Duchamp... rigoureusement immobile, et dans la position exacte du cadavre de femme nue de "Etant donnés", la dernière oeuvre posthume de Duchamp... jambes écartées et un cierge d'église dans la main gauche, à la place du gaz d'éclairage en souvnir du Square Verdrel, à Rouen...
position symbolique en hommage à Duchamp... un hommage organique, beurk ! quelle horreur, pour lui, l'homme-concept - ah ! ah ! - mais on n'est pas responsable de sa postérité, n'est-ce pas ?...
et puis, le drap blanc sur le corps - sous le grand ciel normand... et Rouen, au loin, avec ses cathédrales et ses maisons en bois - comme la fin d'une histoire...
histoire belle ou débille, on s'en fout... elle a le mérite d'avoir existé - dans l'espace-temps du Cimetière Monumental - et de continuer à VIVRE dans le coeur et la mémoire de ceux qui l'auront vue..."

Voila. En pièces jointes la photo "Cimetière Monumental" de Mohamed Kemal, et un petit montage que j'ai fait d'images du happening de Pinoncelli (on voit pas beaucoup mais bon).

bien à toi,
Greg
http://bartlebooth.over-blog.com/

P.S. : c'est le président de la Ffondation Duchamp, Patrice Quéréel, qui a fondé, il y a trois ans, le premier cimetière mondial de l'art ( http://www.aroots.org/forum2/viewtopic.php?t=77&view=next )

12.1.06

Une histoire de clefs


Marcel Duchamp alias Rose Selavy par Man Ray

Jean-Luc

Marcel enterré ?...
Quelle blague !


" Marcel Duchamp s'est éteint, comme disent les nécrologies, dans la nuit
du 2 au 3 octobre 1968. Il dormait. Peut-être rêvait-il ? (...) Duchamp
avait émis le voeu d'être incinéré. Quand on vieillit dans la chaleur des
chimies de la vie, comment imaginer sans effroi la froide et lente
décomposition de la chair ?... Le souhait fut respecté. Après la cérémonie,
Paul Matisse alla chercher l'urne funéraire. Le "croque-mort" du
Père-Lachaise la lui présenta ouverte. Sur les cendres, il y avait un
trousseau de clés. Elles étaient restées dans la poche du défunt, à peine
ternies par le feu du gaz d'éclairage alimentant le four crématoire. Paul
Matisse décida sur-le-champ qu'il fallait les y laisser. Et Duchamp est
parti en emportant les clés. "

Eclipses et splendeurs de la virgule (p. 114), Jean Suquet


... donc, après l'épitaphe, relire aussi, ici, peut-être, le sens du mot
" Cénotaphe " ?


... la clé des champs, sûrement.

Jacques

11.1.06

Florilège funéraire


Tombe de Marcel Duchamp au cimetière de Rouen (Photo Greg)

Greg m'envoie un e-mail où il est question de la mort de Marcel, de l'Oulipo(de balle?), de Shandy, de Vila-Matas, de suicide hôteliers, de Raymond Roussel, de mon ami Jean-Yves Jouannais et d'autres...

"Salut Jean-Luc et meilleurs voeux,

J'allais t'envoyer une photo de la tombe de Duchamp quand je me suis aperçu que Fabrice Lefaix m'avait précédé.
J'avais déjà du, avant de me rendre sur place, en voir une ainsi recadrée,
parce que je fus surpris, presque déçu, de voir cette inscription noyée parmi tant de noms -
je t'envoie la mienne, prise en mars 2004
détail qui m'amuse dans la photo envoyée par Fabrice Lefaix, c'est que le point de vue montre que le photographe a marché sur la tombe - je dis ça, je suis pas superstitieux, faisant moi-même de la photo

- si tu ne connais pas l'anecdote :
"L'assassinat de Marcel Duchamp
Le meurtre, on ne le sait pas assez, doit être considéré comme un art oulipien ; c'est donc, comme l'exprime une belle formule plagiée par notre Président-Fondateur, "un art simple, et tout d'exécution". Le moment que je vous rapporte en est une preuve.
Le 1er octobre 1968, raconte Calvin Tomkins dans sa récente biographie de Marcel Duchamp (membre de l'Oulipo, ce que monsieur Tomkins ignore), Marcel et Teeny, sa femme reçurent à dîner quelques amis dans leur appartement de poche, à Neuilly, rue Parmentier. Les invités partis, les Duchamp se couchèrent ; et Marcel lut à Teeny des passages d'un livre qu'il avait acheté dans l'après-midi, chez Vuibert, boulevard Saint-Germain. C'était d'un drôle ; c'était véritablement à se tordre. Ils rirent. Riant toujours, Duchamp prit le livre et s'en alla dans la salle de bain. Où il mourut. La mort fut jugée naturelle, ce qui attira bien entendu l'attention de l'inspecteur Blognard. "Une mort naturelle" dit-il à l'inspecteur Arapède, son adjoint, "rien n'est plus suspect". Il enquêta donc, discrètement bien entendu. L'Oulipo avait, déjà, des amis très haut placés qui ne voulaient pas de scandale.
Blognard examina la scène. Il n'eut aucun mal à trouver l'arme du crime. Ce ne pouvait être qu'un ready-made. Or un ready-made était tombé à côté du cadavre : un livre. Et ce livre ? un volume de la nouvelle édition des oeuvres d'Alphonse Allais, ressuscitée par les soins diligents et assidus de François Caradec. (Selon certains témoignages, entre les pages du livre ouvert se trouvait une carte postale, une reproduction de la Joconde en Rrose Sélavy où étaient écrits ces mots : "ce n'était point lui ; ce n'était point elle." Dans la baignoire flottait une pirogue congolaise.) Le coupable était trouvé. Confronté aux fait, FC ne nia pas. Et le mobile, direz-vous, comme Arapède ne manqua pas de le faire. A cette époque, FC n'était pas membre de l'Oulipo."(conté par Jacques Roubaud dans Oulipo, Moments oulipiens, Le Castor Astral, 2004, p. 19)
et c'est un plaisir pour moi que d'évoquer Caradec, car, j'espère que vous êtes d'accord, c'est un grand biographe
- puisqu'il est question de Duchamp, je comptais vous demander : vous connaissez l'ouvrage d'Enrique Vila-Matas, Abrégé d'histoire de la littérature portative, relatant l'histoire d'une communauté - la communauté Shandy - autour de Marcel Duchamp, et comprenant tout un chapitre, Suicides hôteliers, consacré à Jacques Rigaut ? Certainement, d'ailleurs je me rends compte, j'avais oublié, que Jouannais en parle dans Artistes sans oeuvre, au chapitre qui précède celui sur Rigaut. Dans le genre biographie imaginaire, c'est pas mal. Il y est fait un beau mélange entre le suicide de Rigaut et celui de Roussel.

- j'allais terminer en citant une phrase de Scutenaire rencontrée lors de ma récente relecture de ses inscriptions, et je vois que THTH l'avait prise comme exergue pour une présentation de ton blog

Amicalement,
Greg"
http://bartlebooth.over-blog.com/

10.1.06

Duchamp du signe




Merci à Fabrice Lefaix qui m'a envoyé un détail de la tombe de Duchamp, ainsi qu'une note écrite par M.D. pour son épitaphe.

Et d'ailleurs, que pensait M.D. de J.R.?


Marcel Duchamp
Entretiens avec Pierre Cabanne
Somogy, éditions d'art
1995

Quelles ont été vos premières rencontres à Paris, à votre retour ?

Picabia, presque uniquement, car il avait un salon littéraire, il recevait toute la bande Cocteau qui venait le voir, etc. On voyait là tout le monde. Tzara est arrivé, un peu après moi, je crois, je ne suis pas sûr... Il y avait aussi Ribemont-Dessaignes, Pierre de Massot, Jacques Rigaud [sic], etc. Rigaud était très sympathique, c'était un homme très dégagé. Il était dada si vous voulez.

Pour vous, Rigaud représentait la jeune génération, l'après-guerre. Il était d'ailleurs assez proche de vous comme comportement, comme tournure d'esprit...

Il y avait une grande sympathie entre nous. Rigaud n'avait pas le rigorisme de Breton, cette espèce de désir de tout monter en formules ou en théories. C'était beaucoup plus gai chez lui que chez les autres qui, dans leur entreprise de destruction, étaient très systématiques.

9.1.06

...Cette volonté qui brûle de tout détruire...



Ai offert à Charlotte l'édition originale (janvier 1970) des "Ecrits" de Jacques Rigaut. La bande rouge avec la citation de Paul Eluard (extraite du texte-hommage publié dans "Le surréalisme au service de la Révolution" N°2, 1930) a été conservée. La seconde édition des "Ecrits" publiée en 1977 devient également difficile à trouver...

Suis passé à Beaubourg pour photographier les manuscrits de J.R. exposés dans le cadre de l'exposition Dada qui fermait ses portes aujourd'hui. C'était ma dernière chance d'avoir une reproduction de ces manuscrits qui disparaîtront dans le coffre de son propriétaire qui souhaite rester anonyme... Merci à Laurent Lebon, commissaire de l'exposition, qui m'a autorisé à photographier ces documents.
Ceux qui ont raté l'exposition pourront la voir dans une version remaniée, d'abord à Washington (19 février/14 mai 2006), puis à New York (16 juin/11 septembre 2006).

Suite au fracas de l'urinoir Duchamp, deux e-mails en réaction

d'abord mon ami poète Jacques Barbaut :

Jean-Luc

Etant données

la lecture d'un polar de Jean-François Vilar, " C'est toujours les autres qui meurent " (Fayard, 1982 ; J'ai Lu, 1986), titre (d'ailleurs) d'après l'épitaphe de Marcel Duchamp gravée sur sa tombe à Rouen, avec attaque d'un commando "artistique" prenant d'assaut le centre Pompidou animé par une certaine Rose, se passant en juin 1981 (marée rose des législatives après l'élection du Mythe errant), dont pas une page je pense ne s'abstient d'une référence amusée ou agacée à l'oeuvre du Marcel...


et celle de Jean Suquet (le plus grand rêveur du Grand Verre devant l'Eternel), in " Eclipses et Splendeurs de la virgule ", l'Echoppe, 2005 (p. 97) :

Les ready-mades sont des choses qui, hormis leur prix d'achat au Bazar de l'Hôtel de Ville, valent "rien" (permettez-moi d'encadrer l'absence du "ne" de la négation), des choses qui signifient "rien".


alors DADA fourbu, oui, ou ROSSE plutôt que Rrose...


ces jours

Jacques

Note JLB : Il y a deux versions de cette épitaphe : " D'ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent " " D'abord, c'est toujours les autres qui meurent " Impossible de trouver sur le Web une photo de la tombe de Marcel Duchamp...

Puis un e-mail de Jimmy...

LE MARTEAU EXISTE A L'ETAT SAUVAGE

Nous avions pris son parti en 1993, dans le brûlot mensuel "Hôtel Ouistiti" (édité par JG), lorsque Pierre Pinoncelli avait réalisé une science-miction dans une copie du célèbre ready-made.

Aujourd'hui, Pierre crée le "ready-repeat" et ce n'est certes pas Duchamp qui y aurait trouvé à redire. Ni Dada. Ni même l'Art et les artistes, que Cravan n'aimait pas, mais s'il avait connu Pinoncelli, lui aurait-il donné un baiser ?

C'est bel et bien la toute-puissante Economie, qui sait phagocytement tout récupérer à son profit, qui s'en trouve égratignée.
L'umour, la provocation, l'oeil sauvage et l'écart absolu ne s'en sentent que mieux.

SOLIDARITE AVEC « PINE AU CIEL »
(C'est ainsi que Noël Arnaud, en 1993, avait affectueusement surnommé Pierre Pinoncelli)

Bien le bisou
Jimmy

6.1.06

Hommage à Marcel




PARIS (AP) - Un homme de 76 ans a été placé en garde à vue pour s'être attaqué à une oeuvre de l'artiste Marcel Duchamp, un urinoir baptisé "Fontaine", datant de 1917, et présenté dans le cadre de l'exposition Dada au Centre-Pompidou à Paris, a-t-on appris jeudi de source policière.

Cette homme, domicilié à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), s'en est pris à l'urinoir mercredi entre 11h30 et 12h00 durant les heures d'ouverture au public. Armé d'un marteau, il a légèrement ébréché l'oeuvre, précisait-on au Centre-Pompidou.

La valeur de la "Fontaine" de Marcel Duchamp est estimée à trois millions d'euros.

Interpellé, l'auteur des faits a été placé en garde à vue au service d'accueil de recherche et de l'investigation judiciaire du commissariat du 4e arrondissement de la capitale. Son identité n'a pas été rendue publique. En état de récidive, l'homme n'a pas été remis en liberté et devrait être déféré au parquet en vue d'une éventuelle mise en examen.

Durant sa garde à vue, l'homme n'a semblé rien regretter de son acte, le justifiant même en invoquant une performance artistique que n'auraient pas reniée les artistes Dada.

L'auteur n'en est pas à son coup d'essai. Déjà, en 1993, il avait uriné dans cette même "Fontaine", alors exposée au Carré d'Art de Nîmes (Gard).

Le Centre Georges-Pompidou, ou Beaubourg, a porté plainte. L'oeuvre de Marcel Duchamp a été retirée de l'exposition pour être restaurée. AP


Suite au fracas provoqué par l'attaque de l'urinoir, la réaction de Thierry Théolier, auteur de "Crevard [baise-sollers]" :

"L'artiste Pierre Pinoncelli a été placé en garde à vue pour s'être attaqué à un multiple objectal-anal du con.cept pisseux du rentier Marcel (qui rappellons-le, la crevure Marcel - tout en niant la peinture - vendait en loose-d des croûtes d'un pompier-dont-j'ai-oublié le prénom-et-la-caserne) un multiple de l'urinoir (l'original a été paumé en 1917 par les sbires du plastoc et de la faience) surexposé aujourd'dhui dans la suprématie du con.texte : l'exposiFion DODO au Centre-Pompichousgras à P.A.R.I.S, a-t-on appris jeudi de source policière (donc à revoir...)

L'artiste, plutôt crevard, Pierre Pinoncelli, domicilié à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), s'en est pris au con.cept donc mercredi entre 11h 30 et 12h 00 durant les heures d'ouverture au public (le vernissage V.I.P suckers étant fermé aux crevards à part pour quelques jud4$$ du SDH...). Armé d'un marteau, il a cassé l'objet, nous cachetons - à nous intermittents de la société de l'informaFion - au
Centre-PompiChouxgras.

La prix de l'objet fake marchand du rentier Marcel la crevure est estimé à trois millions d'euros (pendant ce temps les SDF crèvent la dalle)

Interpellé, le casseur de hype a été placé en garde à vue au service d'accueil de recherche et de l'investigaFion judiciaire du commissariat du 4ème arrondissement de la capitale du FRIC.

Son identité a été rendu publique sur le SDH aujourd'hui même alors que l'instituFion du POUVOIR veut garder l'anonymat du casseur de hype.

En état de récidive artistique, Pierre Pinoncelli n'a pas été remis en liberté et devrait être déféré au parquet en vue d'une éventuelle mise en examen.

Durant sa garde à vue, Pierre Pinoncelli n'a semblé rien regretter de son acte, le justifiant même en invoquant une performance artistique que n'auraient pas reniée les artistes comme Clément Pansaers et Tristan Tzara (La Bretonne aurait désapprouvé cette grosse suckeuse carrièriste qui a lourdé Roger Caillois et Momo, véritable crevure du pouvoir comme le cancéreux-de-la prose-j'me-tâte-mais-je-fais-mettre- des-tables-d'écoute-partout-et je-nie-devant-les-cameras-de-la-Répu-oblikkk-Mittérenculé!)

Pierre Pinoncelli n'en est pas à son coup d'essai. Déjà, en 1993, il avait uriné dans ce fake urinoir, alors surexposé au Carré d'Art de Nîmes (Gard). src= http://membres.lycos.fr/pinoncelli/historique.htm

Le Centre Georges-PompiChouxGras a.ka.ka Bobobourg, a porté plainte. Le fake du con.cept a été retiré de l'exposition pour être remplacé ou restauré (who's cares ?
Nobody...) pour mieux être VENDUE à la crevure la plus thunée de HYPE WORLD.

Alors tous en choeur et de tout coeur :

Mer(d)chie Pierre Pinoncelli !
http://membres.lycos.fr/pinoncelli

src= SDH after AFP"

5.1.06

Un monde de tricheurs



Lendemains de fêtes difficiles... Je lanterne, je lambine. Mes meilleurs voeux tout de même pour cette année débutante.



Marjolaine Sirieix, illustratrice de talent, s'est amusée à "croquer" J.R. Au final un T-shirt collector en un seul exemplaire... Merci Marjo. On peut consulter également ses dessins sur son blog.


Unknown photographer, undated. Members of the Paris Dada group. Carlton Lake Collection. 1st Row: Tristan Tzara, Céline Arnauld, Francis Picabia, André Breton; 2nd: Benjamin Péret, Paul Dermée, Philippe Soupault, Georges Ribemont-Dessaignes; 3rd: Louis Aragon, Théodore Fraenkel, Paul Eluard, Clément Pansaers, Emmanuel Faÿ

En parlant de dessins, la semaine dernière chez une vieille dame, je m'émerveillais devant un petit tableau orientaliste, finement réalisé. "C'est Emmanuel Faÿ qui l'a peint" me dit-elle. Ce musicien et peintre, frère de Bernard Faÿ, s'est suicidé à New York en 1923. Selon mon hôtesse, la cause de ce suicide serait l'amour fou (non partagé) qu'il éprouvait pour Cocteau. On ne sait pas grand chose sur Emmanuel Faÿ, aujourd'hui complètement oublié. Dans un entretien radiophonique (merci à Eric qui m'a envoyé ce fichier MP3) Soupault raconte qu'il a reçu de New York une lettre d'Emmanuel Faÿ où il écrit : "Comment vivre dans un monde où tout le monde triche?" On trouve dans le Journal de Gide, une autre version de cette citation : "On n'a pas le coeur à jouer dans un monde où tout le monde triche". Quant à Claude Arnaud, le biographe de Cocteau, il écrit qu'Emmanuel Faÿ s'est laissé mourir quelques jours avant la disparition de Radiguet... Qui est ce mystérieux jeune homme dont on aperçoit le visage sur une célèbre photo du groupe Dada?



Courrier électronique de la semaine :

bonjour,
j'ai longtemps hésité avant de vous écrire - timidité d'un anonyme provincial - mais il faut pourtant vous dire mon attachement pour votre journal et ma passion de Rigaut qui remonte à mes 18 ans ( j'en ai maintenant 56 ) à l'époque ou un ami boulonnais ( pierre Vandrepote pour ne pas le citer ) m'a fait découvrir le surréalisme et avec lequel j'ai participé quelques années au mouvement " PHASES " d'édouard Jaguer.Depuis lors,j'ai toujours essayé de rester fidéle à ce souffle de liberté et l'Umour mélé de désespoir de Rigaut ne m'ont jamais quitté; j'attends maintenant avec impatience votre livre ( aprés le superbe article de la N.R.F ) tout en sachant que s'il signifie la fin du blog j'aurai le sentiment d'y avoir peut etre perdu au change ! 2 émotions récentes : l'une en voyant la photo en contre jour ( quelle découverte ) et l'autre en lisant le mail d' "O" . relu récemment les mémoires de Losfeld - il aurait pu s'abstenir du passage sur Rigaut qui est d'un mauvais gout notoire . une anedote avant que d'en terminer.Etant en vacances il y a une quinzaine d'années du coté de Rennes et ayant su que Hervé Jaouen ( qui avait contribué en compagnie de Villard et Daenninx au renouveau du roman policier français avec notamment " la mariée rouge " ) y était employé de banque ,je lui ai rendu visite et l'ai invité a prendre un verre pour discuter un moment.Ma premiére question fut bien sur de savoir pouquoi il avait mis la phrase de jacques Rigaut " essayez , si vous le pouvez,d'arréter .... " en exergue d'un récent polar et qui collait si bien avec son écriture.j'attendais beaucoup de la réponse mais il l'avait prise dans un livre de citations !! Autant dire que ce fut plutot "brève rencontre" .
merci de me faire partager votre recherche de Rigaut " derrière son double ".
AMICALEMENT
JEAN PIERRE HERANT
P.S : je cherche des infos sur Dédé SUNBEAM ( mais je n'ai trouvé que quelques références éparses pour le moment - google , l'atelier de Breton ou les mémoires de quelques surréalistes - bien peu de choses ).