23.8.13

Achevé d'imprimer


Mon ami Fabrice Lefaix qui m'interrogeait récemment avec bienveillance sur la date d'impression de la biographie, m'a donné une idée lumineuse pour choisir judicieusement ce moment tant attendu, voire inespéré : "Tu devrais la publier pour le centenaire du mouvement Dada qui aura lieu en 2016." Effectivement, le début de l'année 1916 marque l’ouverture à Zurich en Suisse, d’une éphémère boite de nuit, le « Cabaret Voltaire », d’où vont surgir des étincelles de révolte, puis un incendie insurrectionnel et subversif qui va se propager comme une traînée de poudre à travers le monde : le mouvement Dada… dont Rigaut deviendra un membre influent et exemplaire. Quoi de plus normal alors que de faire coïncider cette publication avec cette commémoration que quelques-uns commencent déjà à évoquer. Rendez-vous donc en 2016, Inch'Allah!

17.8.13

Today is the last day of my life




On Friday night, Yahoo took down Martin Manley's website. A spokesperson told me: "After careful review, our team determined that this site violated our Terms of Service and we took it down."

Un site miroir de My life and death

3.8.13

8.6.13

DEADLINE




"Seuls ceux qui vont mourir savent toucher un homme s’il est vivant." (Jacques Rigaut) 

"Je rentre à l’instant de l’hôpital et, pour la première fois depuis ces dernières heures, je suis seul avec moi-même. J’alterne entre euphorie et désespoir. Je me sens comme saoul, assommé.

Moi qui croisait les doigts pour ne pas devoir me faire opérer, pour ne pas devoir subir un long et lourd traitement, je suis en partie exaucé. Le verdict est tombé : il n’y a rien à faire. Il me reste approximativement trente jours à vivre.

J’ai 58 ans et je n’en aurai jamais 59. Je mourrai en 2013.

Sur le trajet du retour, mon fils m’a donné l’idée de faire un blog, de me forcer à écrire mes impressions pour chacun des derniers jours de ma vie. Afin de les conscientiser, de les vivre intensément, de laisser un souvenir. Et de ne pas me réveiller un matin en me disant « plus qu’une semaine », « plus que deux jours », « plus rien ».

Le nom de ce blog est, bien entendu, inspiré du chef-d’œuvre de Victor Hugo qui marqua mon adolescence. Mais il ne s’agit plus d’un pamphlet politique. Des grandes espérances, de ma juvénile ambition de changer le monde il ne reste que trente petits jours.

Je ne souhaite pas entrer dans les détails concernant la maladie. Je ne souhaite pas entrer dans les particularismes de ma vie. Et parce que le temps m’est compté, il n’y aura pas de commentaires, pas d’adresse de contact. Du moins, de mon vivant.

Je m’excuse également par avance auprès d’éventuels lecteurs pour les fautes de frappe qui jalonneront certainement ces billets. Je n’ai jamais été très attentif à l’orthographe. J’avoue que c’est à présent le cadet de mes soucis.

Je me sens désœuvré. J’ai tant à faire avant l’échéance fatidique que je ne sais par quel bout commencer. Les idées se bousculent dans ma tête, les cris, les pleurs, les sentiments. Je suis spolié, victime d’une profonde injustice. Mais en même temps déjà résigné. Au moins ce blog me donne un moyen d’action.

Je sens poindre en moi la motivation pour faire des millions de choses. Des petites bulles d’enthousiasme qui gonflent puis éclatent, me laissant l’amère sensation que tout cela est vain, qu’on verra bien demain.

Hier encore, j’avais toute la vie devant moi. Trente ou quarante années, au bas mot. Aujourd’hui trente jours. Je pense que je ne réalise pas encore. Je dois être sous le choc.

Bon, je pense que mon fils doit avoir créé et configuré le blog. Il m’a même créé un compte Twitter. Je vais pouvoir poster ce premier billet.


À demain…" La suite ICI 

2.6.13

Jap Gambardella le magnifique



La grande injustice du dernier festival de Cannes s'appelle "La Grande Bellezza" (La Grande Beauté en VF), le dernier film de Paolo Sorrentino aurait mérité la Palme d'Or qui a été attribuée à un réalisateur dont le démagogue discours de remerciements a déclenché, à juste titre, une vive polémique. On conseillera donc aux lecteurs et lectrices du blog Rigaut de se précipiter dans les salles obscures pour déguster le magnifique film de Sorrentino. Le vrai Gatsby est italien, il s'appelle Jap Gambardella aka l'excellent comédien Toni Servillo. Ecrivain sexagénaire presque sans oeuvre, Jap Gambardella dérive avec élégance dans une Rome sublime et mortifère, méditant sur la vacuité de son existence. Pour tromper son ennui, il organise sur sa terrasse d'incroyables fêtes où le Tout-Rome vient s'étourdir dans une sorte de transe collective alimentée par les drogues et l'alcool qui coule à flots. Le jour se lève, ça m'apprendra, semble dire la moue de l'écrivain désabusé mais juste. Il y a du Jacques Rigaut chez Jap Gambardella. Quand il fait une confidence au spectateur : "J'étais destiné à la sensibilité." Rigaut a écrit lui-même : "Le Désir a été la sensibilité de mon enfance." Quand Jap croise une mondaine et qu'il lui demande son métier, la belle lui répond : "Je suis riche". "Un très beau métier", conclut-il.





27.5.13

"Le plaisir lorsque c'est une blessure."



Demain mardi 28 mai 2013, à partir de 14h30, vente aux enchères publiques chez Artcurial de manuscrits dont quelques feuillets de Jacques Rigaut. Des lignes inédites dont cet aphorisme : "Le plaisir lorsque c'est une blessure." On notera dans cette vente la présence de documents situationnistes et des correspondances inédites de Guy Debord. Le catalogue est consultable et téléchargeable en ligne.

22.5.13

La mort de Dieu




On se souvient du Scandale de Notre-Dame, le jour de Pâques, où le lettriste Michel Mourre habillé en moine dominicain annonça la mort de Dieu devant quelques milliers de fidèles médusés. Peut-on rapprocher le sermon blasphématoire de Mourre au geste définitif tout aussi blasphématoire du samouraï païen Dominique Venner. L'historien droitiste avait-il lu Drieu et Jacques Rigaut? Probablement.

"Un regret subsiste : on ne voudrait pas partir avant de s’être compromis ; on voudrait, en sortant, entraîner avec soi Notre-Dame, l’amour ou la République." (Jacques Rigaut)

12.5.13

Taylor Mead (31 décembre 1924 - 8 mai 2013)


Pic by Cati Laporte


Post du 6 juin 2005

"Finally la bibliothèque était fermée... J'appelle alors Cati qui me fait découvrir son quartier : l'East Village. En fin d'après-midi, nous nous rendons chez Bill, son ami peintre qui organise une vente de ses tableaux dans le très bel appartement d'un immeuble qui semble insignifiant de l'extérieur mais intégralement Art déco à l'intérieur. Le propriétaire aveugle nous souhaite la bienvenue. Un énorme ventilateur apporte un peu de fraîcheur aux invités auxquels on offre des grands verres de San Pellegrino glacée avec une tranche de citron. Je songe à J.R qui aurait sa place dans cette ambiance surannée... Nous ne sommes pas là par hasard. Nous discutons avec Sandy, la délicieuse dame qui tient les Ecrits de Rigaut sur la photo, elle a connu la famille du Comte de Roussy de Sales, le préfacier de "Papiers Posthumes" publié au Sans Pareil en 1934. Elle me promet de m'appeler pour me communiquer le tél d'un descendant de la famille qui vit à New York et qui j'espère a conservé les archives du Comte... Le monsieur à côté d'elle est le poète Taylor Mead qui a joué son propre rôle dans "Coffee and Cigarettes", le film de Jim Jarmush. Taylor a également joué dans les films d'Andy Wharol. Aujourd'hui, il continue à écrire de la poésie. On peut l'entendre au "Bowery Poetry Club" où je dois me rendre demain soir."

1.5.13

L'amie américaine



Cole Porter & la décoratrice d'intérieur Elsie de Wolfe,
amie de Jacques Rigaut (1934)

14.4.13

17.3.13

Anniversaire



Maurice Ronet est mort le 14 mars 1983. Trente ans déjà.

14.3.13

Rencontre


Photo @Jean-Christophe Mahé

Le soleil brillait au cimetière de Montmartre lors de l'inhumation de Daniel Darc, comme une embellie miraculeuse dans cet hiver glacé et interminable. Daniel repose désormais à quelques tombes de celle de Jacques Rigaut. Puissent leurs belles et facétieuses âmes se rencontrer. Inhumé un 14 mars, date de la mort d'Alain Bashung (14/03/2009), mais également celle de Maurice Ronet (14/03/1983).

11.3.13



"Je vais vous donner trois bonnes raisons d'aller au cimetière Montmartre : Nijinsky, mon père Abraham Rozoum et Jacques Rigaut" (Daniel Darc, Genève, 11 avril 2008)

Daniel sera inhumé vers 13h le jeudi 14 mars au cimetière de Montmartre. Une cérémonie aura lieu le même jour à l'Oratoire du Louvre à 11h15.

1.3.13

Daniel Darc (20 mai 1959 - 28 février 2013)


Chez Daniel Darc, Paris 11ème. @JLB

Quand un feu follet s'éteint

"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes", écrivait Henri Calet quelques jours avant de mourir à 53 ans. Tu voulais lire Calet, tu voulais tout lire. Après la lecture de Calet, tu diras : "Je l’ai découvert, et j’ai eu l’impression de lire Céline, mais sans la haine. Et ça fait du bien." Ta curiosité littéraire était sans limites, chez toi dans ta grotte parisienne du 11ème où tu te réfugiais tel un Diogène des temps modernes, tu entassais les livres, des piles vertigineuses qui s'écroulaient régulièrement autour de toi, mais dans ce désordre organisé, t'arrivais toujours à mettre la main sur LE livre. Je me souviens que sur ton lit on pouvait voir la forme de ton corps dessinée par les livres. C'est là dans cette thébaïde rassurante, "cette arche immobile et tiède" que tu aimais te réfugier " loin de l'incessant déluge de la sottise humaine". (A rebours, Huysmans). C'est là qu'on t'a retrouvé, dead. Mort à l'arrivée. Comme ce futur tatouage D.O.A Dead on Arrival que tu voulais inscrire sur ta nuque. Comme un dernier clin d'œil à la mort avec laquelle tu aimais plaisanter. Pierre Drieu la Rochelle et Jacques Rigaut nous avaient réunis. Jacques Rigaut que tu considérais " comme le plus grand écrivain de tous les temps". Tu ajoutais que tu avais peur "de tendre vers le même destin que Jacques Rigaut." Je ne pense pas que tu te sois suicidé, tu aimais jouer avec la mort, mais tu n'étais pas suicidaire. Ton cœur a lâché, d'avoir trop vécu, d'avoir trop battu. "C'est sur la peau de mon cœur que l'on trouverait des rides", écrivait encore Henri Calet. Tu connaissais par cœur les dialogues du film de Louis Malle, Le Feu follet, quand ce chef d'œuvre du cinéma français était sorti en DVD, tu en avais acheté par dizaine que tu offrais à tes amis, aux gens que tu croisais. Tu pouvais aussi réciter Drieu, et Rigaut, à qui tu avais dédié ton disque "Amours suprêmes", plus précisément pas "A Jacques Rigaut" mais "Pour Jacques Rigaut". Pour c'est beaucoup plus fort que à. Tu avais l'art de la (bonne) formule et le sens du détail qui va toucher droit au cœur. Tel un admirateur transi, tu aimais emprunter les mots de ceux que tu chérissais, tu les mêlais aux tiens, des hommages référentiels que seuls les initiés pouvaient comprendre. Dans ta chanson Le Feu follet (album Nijinsky, 1994), on entend Drieu, Rigaut et Alain Leroy : " Si je suis votre ami / Aimez-moi comme je suis / D'ailleurs je ne suis pas beaucoup / J'aurais voulu être vous / Ce doit être assez doux / Quand un feu follet s'éteint / Que devient-il est-ce la fin / La fin ce doit être doux / Peut-être est-ce comme être vous / Ma vie elle ne va pas assez vite / Alors je l'accélère / Je la redresse." Dans La main au cœur (album Crèvecoeur, 2004), tu décris le suicide de Jacques Rigaut : "Je porte la main à mon cœur mais / Je ne sais plus de quel côté il est... / Quelles drôles de vies que nos vies / Suspendues à celles des femmes." Lors d'un concert à Genève en plein milieu de la chanson Nijinsky, tu avais lancé au public : "Je vais vous donner trois bonnes raisons d'aller au cimetière Montmartre : Nijinsky, mon père Abraham Rozoum et Jacques Rigaut" (Je pense à ta maman qui doit avoir le cœur brisé ce soir.) En 2005, j'ai immédiatement pensé à toi pour écrire la préface de la biographie de Jacques Rigaut. Je t'ai envoyé une lettre. Deux jours après, tu m'appelais, enthousiaste et heureux comme un enfant. Deux ans après, tu me dictais au téléphone quelques (belles) lignes (voir ci-dessous), de mon côté je peinais aussi à écrire. L'amitié prit le dessus. Mais tu y pensais toujours à cette préface. En début d'année, tu m'écrivais pour me dire que je pouvais toujours compter sur toi. Je t'avais répondu qu'il n'y avait rien d'urgent, que Rigaut venait d'arriver à New York… Il n'y aura peut-être pas de préface de D.D, mais tu seras évidemment présent dans cette vie de Jacques Rigaut. La dernière fois que je t'ai vu, tu vendais quelques-unes de tes reliques accumulées dans ton refuge, lors d'un vide-grenier près de chez toi. Ta compagne Sophie était là, protectrice et souriante (Je pense à elle aussi). Des gens te reconnaissaient, venaient te demander des autographes, tu les accueillais tout sourire avec ta gentillesse légendaire. Tu savais aussi écouter avec une infinie patience les lourds qui, dans une autre vie, t'assuraient avoir joué avec toi. Tu étais malin (dans le bon sens du terme) comme un crocodile qui ne dort que d'un œil. Même si tu avais une passion pour les lames, ton arme préférée était l'humour. Une arme défensive très efficace que tu savais manier avec élégance. Ce jour-là, tu m'as offert un disque vinyle pirate des Clash. Tu avais la générosité embarrassante. Tu voulais donner en permanence à tout le monde. Tu vidais tes poches avant qu'on te le demande. Un jour, tu m'as donné la croix que tu portais autour du cou, comme pour sceller le pacte de notre amitié. Je n'avais rien sur moi à te donner en échange. Ce soir, tu me manques déjà, terriblement. Mon frère d'armes, je te pleure.

Jean-Luc Bitton




Photo Laurent Askienazy






Ébauche inédite d'une préface à la biographie de Jacques Rigaut, Daniel Darc, août 2007"Tous les chemins mènent à mort. Ça suffit. Hop ! Tout est là ! Jacques Rigolo en quelque sorte. Drieu avait du talent, lui. Ça gêne le talent. Ça prend de la place. Plus d’endroit pour loger le génie…comme on loge une balle. Perdue, mais pas pour tous. Précise, en pleine poitrine. Les rōnin avant d’aller au combat jeûnaient plusieurs jours pour ne pas se répandre en merde au cas où le sabre les trancherait en deux. Jacques Rigaut a-t-il fait ça ? En tout cas, ça me plaît de le penser. Et puis la balle, n’était-ce pas justement pour éviter de se répandre. Ecrire on s’en fout. Il faut savoir se retenir. Nous sommes tous des dandys, nous portons les mêmes cravates serrées autour du cou ou du coude, selon les moments ou les besoins."


Mail de Daniel Darc à JLB du 15 janvier 2013"Jean-Luc, désolé : je lis seulement aujourd'hui ton mail ( je pense que Rigaut comme Gilbert-Lecomte auraient fait la même chose - ou non-chose, peut être ). Bon anniversaire, en retard. Je vais boire une bonne pinte de Guinness pour tes 53 ans! ( à nous deux ça fait 106! Quel cauchemar! ). Ah, j'oubliais : tu peux, s'il n'est pas trop tard, profiter de moi actuellement : je suis dans ma phase "up": si tu le désires, je me sens prêt pour écrire ta préface. Je t'aime.
Daniel.

P.S: j'oubliais : il semble qu'en Suisse, on puisse encore trouver le tarot de Brian Eno. Si tu m'en trouves un ça me ferait plaisir. Je te le rembourserais évidemment. Merci et à bientôt.
Daniel.

Envoyé de mon cauchemar personnel"











Photo Franck Chevalier

28.2.13

Stéphane Hessel VS Jacques Rigaut


Feu sur l’ambulance !

Hessel toujours pas mort
"S’il serait parfaitement absurde d’en nier l’incomparable utilité, il faut bien avouer que les ambulances agacent. Vous êtes à une terrasse de café, absorbé dans la lecture d’une grande œuvre, évoluant dans un univers parallèle, et voilà que l’atroce stridence vous rappelle à la trivialité des ennuis de circulation. La décharge de stress qu’induit la sirène peut soudainement envenimer une controverse jusque là courtoise, et sa prévalence sonore vous ruiner une déclaration d’amour. Il y aurait bien moyen de remédier à ces inconvénients mais l’épaisseur et la vulgarité de notre époque est telle qu’il est à peu près certain que nos suggestions resteraient lettres mortes.

Pourtant, au vu de notre puissance technologique, il ne serait tout de même pas très complexe de substituer, à ce chromatisme exaspérant, de beaux cuivres solennels et grandioses, une complainte de Verdi ou un remix electro-hardcore de Carmina Burana. Et non moins réalisable de commuter la musique d’alarme en Requiem, si le patient venait à rendre l’âme durant son transport, les voitures voisines décélérant alors en signe d’hommage, les piétons se signant ou soulevant leurs couvre-chefs au passage, tandis que les pires porcs consuméristes seraient judicieusement amenés à une méditation sur la fragilité de l’existence.

En attendant, comme ces subtils aménagements ont peu de chance d’être réalisés, on peut comprendre qu’on soit parfois saisi par la pulsion de tirer sur une ambulance. Je m’autoriserai donc à évoquer Stéphane Hessel. L’odieux vieillard, en effet, n’en finit pas de radoter. À cet âge qu’on qualifiât autrefois de « vénérable », on serait censé, à mon avis, s’être un rien détaché des affaires du monde et se préoccuper surtout de préparer sa mort. Mais non, papi Hessel n’en finit pas de gesticuler dans la lumière pour venir postillonner ses navrantes sommations.

Après Indignez-vous ! (qui promouvait donc une attitude habituellement réservée aux vieilles dames), parce que son éditeur espère sans doute refaire le coup du best-seller réalisé sur vingt pages de lieux communs, Hessel titre à présent : Vivez ! Ces mots d’ordre exprimés avec impératif plus point d’exclamation ont vraiment un détestable écho de propagande pubarde et totalitaire. « Vivez ! » Voilà qui vous donne l’envie immédiate de contacter l’Agence Générale du Suicide, que le sémillant Jacques Rigaut avait fondée au temps du Surréalisme. Non, mais ! Je vis, si je veux !

On imagine déjà les prochains articles de ce catéchisme autoritaire post-moderne ; « Luttez ! », « Mélangez-vous ! », « Souriez ! », ou n’importe quel autre ânonnement simpliste destiné aux masses abruties de slogans. Il le rentabilise à mort, en tout cas, Hessel, son quart d’heure warholien, il l’étire dans tous les sens. C’est qu’on a eu droit à ses poèmes préférés, à ses entretiens et même, puisqu’il n’y a plus aucune limite au grotesque : Stéphane Hessel et le Dalaï Lama… Si, si… Le maître ès indignations avec le pape des bouddhistes, ces gens qui justement ne s’indignent jamais mais conservent au contraire un imperturbable sourire ironique devant un monde tenu pour essentiellement illusoire. Il arrive seulement, parfois, qu’ils protestent, les bouddhistes. Auquel cas ils s’immolent.

« Immolez-vous ! » aurait écrit un Stéphane Hessel bouddhiste, et c’eût été autrement plus cocasse. Mais la seule dimension bouddhiste que notre Hessel à nous possède, c’est cette invraisemblable propension à rejoindre la vacuité. Et il faut qu’il la rejoigne avec l’envahissant chahut d’un gyrophare.

Feu sur l’ambulance !"

ROMARIC SANGARS Causeur.fr 28 avril 2012

24.2.13

Alain Virmaux R.I.P



Triste nouvelle. Alain Virmaux est mort. Il a rejoint Odette décédée en 1996. Paradoxalement, il n'existe aucun Wikipédia sur ce couple de chercheurs et historiens dont les ouvrages érudits sont précieux. Tous ceux qui s'intéressent à la littérature, à la poésie, au surréalisme, à Dada, et au Grand Jeu.... leur doivent beaucoup. J'adresse mes sincères condoléances à leurs proches.




BIBLIOGRAPHIE

Soupault, Philippe (1897-1990), Écrits de cinéma / Philippe Soupault ; textes réunis et présentés... par Alain et Odette Virmaux, Plon, 1979

La revue du cinéma : 1928-1931, 1946-1949 / préf. par Jean-Paul Le Chanois et Jacques Doniol-Valcroze ; introd., tables, index, témoignages établis et réunis par Odette et Alain Virmaux, P. Lherminier, 1979

Virmaux, Alain Dictionnaire des mouvements artistiques et littéraires, 1870-2010 : groupes, courants, pôles, foyers : littérature, peinture, théâtre, cinéma, musique, architecture, photo, bande dessinée / Alain et Odette Virmaux ; avec le concours de Prosper Hillairet et de Lucien Logette, [Nouvelle éd.] le Félin-Kiron 2012
Virmaux, Alain, La Constellation surréaliste / Alain et Odette Virmaux , la Manufacture, 1987

Dictionnaire du cinéma mondial : mouvements, écoles, courants, tendances et genres / sous la dir. d'Alain et Odette Virmaux, Éd. du Rocher, 1994

Virmaux, Alain, André Breton, qui êtes-vous ? / Alain et Odette Virmaux [Nouv. éd.], Éd. la Manufacture, 1996
Virmaux, Alain, André Breton : le pôle magnétique... / Alain et Odette Virmaux, Éd. Olbia , 1998

Virmaux, Alain, Dictionnaire mondial des mouvements littéraires et artistiques contemporains : groupes, courants, pôles, foyers : littérature, peinture, théâtre, cinéma, musique, architecture, photo, bande dessinée / Alain et Odette Virmaux, Éd. du Rocher, 1992

Virmaux, Alain, André Breton / Alain et Odette Virmaux, la Manufacture, 1987
Virmaux, Alain, Antonin Artaud et le théâtre / par Alain Virmaux, Seghers, 1977

Virmaux, Alain, Antonin Artaud et le théâtre / par Alain Virmaux, Union générale d'éditions, 1977
Les Surréalistes et le cinéma / [scénarios, textes et documents choisis et présentés par] Alain et Odette Virmaux, Seghers, 1976

Soupault, Philippe (1897-1990), Ecrits de cinéma / Philippe Soupault ; textes réunis et présentés... par Alain et Odette Virmaux, Nouv. éd., [Ramsay], 1988

Delons, André (1909-1940), Chroniques des films perdus : écrits de cinéma 1928-1933 / André Delons ; textes réunis et présentés par Alain et Odette Virmaux, Rougerie, 1995

Delons, André (1909-1940), Poèmes : 1927-1933 ; (suivis de) L'Homme désert / André Delons ; textes réunis et présentés par Alain et Odette Virmaux, Rougerie, 1986

Cramer, Hendrik (1884-1944), Visions et naissances / Hendrik Cramer,... ; présentation et notes de Alain et Odette Virmaux, Éd. du Rocher, 1988

Le "Grand jeu" et le cinéma : anthologie / [textes de] Gilbert-Lecomte, Daumal, Vailland... [et al.] ; [présentés par] Alain et Odette Virmaux, Éd. Paris expérimental, 1996
Cravan, Vaché, Rigaut ; (suivi de) Le Vaché d'avant Breton : choix d'écrits et de dessins / [réunis et présentés par] Alain et Odette Virmaux, Rougerie, 1982

Virmaux, Alain, Antonin Artaud qui êtes-vous ? / Alain et Odette Virmaux, la Manufacture, 1989

Colette (1873-1954), Au cinéma : critiques et chroniques, dialogues des films "Jeunes filles en uniforme", "Lac-aux-Dames", "Divine" / Colette ; textes réunis et présentés par Alain et Odette Virmaux, Flammarion, 1974

Virmaux, Alain, Artaud-Dulac : "La coquille et le clergyman", essai d'élucidation d'une querelle mythique / Alain et Odette Virmaux ; traduit en anglais par Dominique Virmaux et Tami Williams, [2e éd. revue et augmentée], Éd. Paris expérimental, 2009
Delons, André (1909-1940), Au carrefour du Grand jeu et du Surréalisme : textes polémiques et artistiques / André Delons ; réunis et présentés par Odette et Alain Virmaux, Rougerie,, 1988
Les Surréalistes et le cinéma / [textes réunis et présentés par] Alain et Odette Virmaux, Nouv. éd., Ramsay, 1988

Colette (1873-1954), Billets de théâtre : Ballets russes, Guitry, Mistinguett / Colette ; édition établie par Alain et Odette Virmaux, avec Élisabeth Gilet, le Félin-Kiron, 2008
Virmaux, Alain, Artaud-Dulac : "La coquille et le clergyman", essai d'élucidation d'une querelle mythique / Alain et Odette Virmaux ; trad. en anglais par Tami Williams, Éd. Paris expérimental, 1999

Roger Vailland / par René Ballet, Max Chaleil, Alain Virmaux... [et al.] Europe, 1988

Virmaux, Odette (19..-1996), Artaud : un bilan critique / Alain et Odette Virmaux, P. Belfond, 1979

Colette (1873-1954), Colette et le cinéma / [éd. par] Alain et Odette Virmaux ; avec Alain Brunet ; préf. de Claude Pichois, Fayard, 2004

La revue du cinéma : 1928-1931, 1946-1949. Tome deuxième, 1re série, numéros 11 à 19, 1930-1931 / préf. par Jean-Paul Le Chanois et Jacques Doniol-Valcroze ; introd., tables, index, témoignages établies et réunis par Odette et Alain Virmaux, Reprod. en fac-sim., P. Lherminier, 1979-.... (Cinq tomes dans la même collection)

Vailland, Roger (1907-1965), Le cinéma et l'envers du cinéma dans les années 30 : Vailland chroniqueur, critique, courriériste / Roger Vailland ; présentation et notes, Alain et Odette Virmaux, le Temps des cerises, 1999

Cocteau, Jean (1889-1963) Sur "Le sang d'un poète" / Jean Cocteau ; préf. de Dominique Noguez ; postf. d'Alain Virmaux ; textes réunis par Christian Lebrat, Éd. Paris expérimental, 2003

Gilbert-Lecomte, Roger (1907-1943), Poèmes et chroniques retrouvés / Roger Gilbert-Lecomte ; présentés par Alain et Odette Virmaux, Rougerie, 1982

Virmaux, Odette (19..-1996), Roger Gilbert-Lecomte et "Le Grand jeu" / Alain et Odette Virmaux, P. Belfond, 1981

Virmaux, Alain, Les grandes figures du surréalisme international / Alain et Odette Virmaux, Bordas

Apollinaire, Guillaume (1880-1918), La Bréhatine : cinéma-drame / par Guillaume Apollinaire et André Billy ; avant-propos et établissement du texte par Claude Tournadre ; avec une étude sur «la Bréhatine» et le cinéma, Apollinaire en quête d'un langage neuf, par Alain Virmaux..., Lettres modernes, 1971
Poètes maudits d'aujourd'hui. Introduction par Pierre Seghers. Antonin Artaud, par Alain Virmaux. Gilberte H. Dallas, par Anne Clancier. Jean-Pierre Duprey, par Bernard Noël. André Frédérique, par Hubert Juin... [Etc.] Choix de poèmes, Seghers, 1972

Vitrac, Roger (1899-1952) Lettres à Jean Puyaubert / Roger Vitrac ; présentées et réunies par Alain et Odette Virmaux, Rougerie, 1991

Virmaux, Alain, Un Genre nouveau, le ciné-roman / Alain et Odette Virmaux, EDILIG, 1983

Les grandes "écoles" esthétiques / réuni par Guy Hennebelle ; avec le concours d'Alain et Odette Virmaux, "CinémAction", 1990

Soupault, Philippe (1897-1990), Écrits de cinéma. 1, 1918-1931 / Philippe Soupault, Plon, 1979

Virmaux, Alain, Antonin Artaud et le théâtre, Seghers, 1970

22.2.13

Hommage musical à une amie de J.R.



"Comme je t'en avais parlé, c'est donc Valérie Rouzeau, ici, lisant un extrait des "Carnets" de Mireille Havet (je pense que c'est celui de 1922) pour Indochine. Comme quoi, même la poésie aussi circule... Et c'est bien pour Claire Paulhan... [Le texte dit : "Nos maîtres sont morts / Et nous sommes seuls / Notre génération n'est plus une génération / Ceux qui restent / Le rébut et le coupon / D'une génération qui promettait hélas plus qu'aucune autre /Tout le monde est désaxé / Tout / Et nous, enfants gâtés / Nés pour le plaisir du soir / La douceur des lampes / Le crépuscule qui fond les contours / Nous voici en pleine apocalypse / Nous aimons tout ce qui finit et tout ce qui meurt / Voilà pourquoi sans doute tous nos amis sont morts / Notre faute est d'y survivre"]" (Message d'Henri Graetz à JLB)

21.1.13

Gotham City


"Night, East River, New York" Johann Berthelsen (1883-1969)

Quelques nouvelles du chantier en cours. J.R. est enfin arrivé à New York cette "longue ville sans mystères, déchiffrable autant que ses rues bien aménagées pour les courants d’air." Chapitre 9. Une étape importante voire capitale dans la vie de Rigaut. Chapitre complexe avec la laborieuse nécessité de traduire les documents trouvés lors de mes recherches à Gotham City. C'est également aux Etats-Unis qu'est né Lord Patchogue... Le chapitre 10 sera consacré au retour à Paris et au suicide de J.R., puis enfin le chapitre 11, l'épilogue qui tentera d'expliquer pourquoi Rigaut a réussi à appliquer à a la lettre son fameux aphorisme qui aurait pu être gravé sur sa tombe comme épitaphe : "Je serai un grand mort."

5.1.13

Alain Leroy vs Jacques Rigaut



Pour bien commencer l'année 2013 que je vous souhaite belle,
voici le chef d'oeuvre de Louis Malle disponible en ligne dans son intégralité.
Bon film et bonne année!

29.12.12

Un Rigaut peut en cacher un autre



"On sait qu’allumer la radio en voiture peut être dangereux : Mitterrand avait failli verser dans le fossé plusieurs fois en tombant sur une déclaration de son ministre des relations extérieures Cheysson. C’est ce qui a failli m’arriver il ya quelques jours en entendant l’annonce d’une soirée d’hommage à Jacques Rigaut.
Surtout que j’étais sur ma radio favorite, RTL, pas vraiment spécialisée dans la littérature de l’entre-deux-guerres.

 En fait, il s’agissait d’un homonyme (peut-être avec une orthographe différente), apparemment ancien administrateur de la radio, qui venait de casser sa pipe. Il aurait aimé ça, Rigaut (le vrai), lui qui a si bien écrit sur l’ennui, qu’on le confonde avec un de ces pesants bureaucrates décorés de la Légion d’honneur. Mais qu’importe, c’est là l’occasion d’avoir une pensée pour l’authentique Jacques Rigaut (1898-1929), feu follet de la littérature, qui, outre l’ennui, a écrit de belles choses sur la richesse : « la petite V… vient d’épouser un riche garçon ; elle l’aime. Ce n’est pas son argent qu’elle aime, elle l’aime parce qu’il est riche. La richesse est une qualité morale. Les yeux, les fourrures, la santé, les jambes, les mains, la 12 Packard, la peau, la démarche, la réputation, les perles, les partis pris, le parfum, les dents, l’ardeur, les robes qui sortent de chez le grand couturier, les seins, la voix, l’hôtel Avenue du Bois, la fantaisie, le rang dans la société, les chevilles, les fards, la tendresse, l’adresse au tennis, le sourire, les cheveux, la soie, je en fais pas de différence entre ces choses, et aucune d’entre elles n’est moins capable de me séduire que les autres. », sur les indignés : « La révolte est une forme d’optimisme à peine moins répugnante que l’optimisme courant. », et bien entendu sur le suicide : le fameux « Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière. ».  Le fondateur de l’Agence Générale du Suicide, « l’AGS offre enfin un moyen un peu correct de quitter la vie, la mort étant de toutes les défaillances celle dont on ne s’excuse jamais. » est de ceux qui vont au bout de ses idées : il se tirera une balle en plein cœur à l’âge de trente ans.

 S’il fallait recommander un livre de Rigaut, ce serait celui édité par Cent pages, rien que pour le titre : Le jour se lève ça vous apprendra."

François Marchand

Source : Causeur.fr
29 décembre 2012

22.12.12

Souhait



Le blog Rigaut vous souhaite de Joyeuses Fêtes de fin d'année.

10.12.12

Jacques Rigaut ramasse les copies dans deux heures



ANTICIPATION – Des élèves de 3e incités à imaginer leur suicide

Depuis l'introduction du Mythe de Sisyphe de Camus, on sait que le seul problème philosophique vraiment sérieux est le suicide. Mais de là à demander à des collégiens de mettre fictivement fin à leur jour, il y a un pas... "Vous venez d'avoir 18 ans. Vous avez décidé d'en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l'origine de ce sentiment." Il y a un peu plus d'un mois, les élèves de deux classes de 3e du collège de Montmoreau-Saint-Cybard, en Charente, ont dû plancher sur ce sujet de rédaction. Un énoncé un peu dérangeant, surtout si l'on considère que le devoir n'était accompagné d'aucun cours de sensibilisation à la problématique du suicide, qui reste la deuxième cause de mort chez les jeunes de 15 à 24 ans.

"C'EST QUASIMENT DE L'INCITATION !"

L'énoncé de la rédaction, dévoilé par La Charente libre, a été dénoncé par un groupe de parents d'élèves, qui n'ont pas hésité à l'envoyer au principal et à l'Inspection académique. Indignés que l'on puisse proposer un tel sujet à des enfants qui "à cet âge sont mal dans leur peau", les parents se sont également étonnés que rien n'ait filtré depuis le 22 octobre, jour où la rédaction a été proposée aux deux classes. "Un sujet comme ça, c'est quasiment de l'incitation !", a affirmé au quotidien le président des parents d'élève FCPE du collège. De leur côté, les enfants ne semblent pas avoir particulièrement tiqué sur l'incongruité du sujet, qu'ils ont pris comme un énième exercice de fiction. "On n'a pas eu l'idée d'en parler à nos parents. Quand le prof nous a donné le sujet, ça nous a étonnés. On lui a posé des questions. Il n'a pas voulu répondre, et nous a dit : 'C'est comme ça.'", témoigne Louis, un des élèves concernés. Parmi les éléments qui ont suscité la colère des parents d'élèves, ce commentaire, à côté de la note d'un élève : "Pas assez précis." Le rectorat a indiqué que le professeur responsable de la rédaction était "suspendu à titre conservatoire, le temps que l'enquête administrative soit diligentée". L'enseignant de lettres, âgé d'une trentaine d'années, doit être entendu lundi après-midi par le directeur académique, à Angoulême, saisi par les parents d'élèves indignés.

Source : Le Monde.fr

7.12.12

Jacques Rigaud est mort



 "Jacques Rigaud, ancien président de RTL, de 1980 à 2000, haut fonctionnaire et homme de culture, est mort à l'âge de 80 ans, a annoncé la radio vendredi 7 décembre. "Jacques Rigaud, président de RTL pendant vingt ans, est mort", annonce RTL sur son site Internet. "Toute la société rend hommage ce vendredi matin à Jacques Rigaud, décédé à l'âge de 80 ans. Ancien de l'ENA, haut fonctionnaire, membre du Conseil d'Etat, avant de rejoindre le monde des médias, c'était un homme très attaché à la culture. Il était l'un des chantres de l'indépendance de la radio de la rue Bayard", poursuit RTL. Né le 2 février 1932, Jacques Rigaud était passé par le Conseil d'Etat, le cabinet de Jacques Duhamel aux ministères de l'agriculture (1969-71) puis des affaires culturelles (1971-73), avant d'être sous-directeur général de l'Unesco (1975-78) et chargé de mission auprès de Jean-François Poncet au ministère des affaires étrangères (1978-79). Il était arrivé en 1980 à RTL et avait alors "tiré un trait" sur sa carrière politique, au nom de l'indépendance qu'il estimait devoir adopter. Nœud papillon, lunettes vissées sur le nez et costume tiré à quatre épingles, Jacques Rigaud n'avait pas vraiment l'allure du patron d'un grand média de masse. Mais il indiquait que c'était "précisément le grand public" qui lui avait plu à RTL. "J'ai joué à fond le jeu d'une grande radio commerciale, tout en maintenant une exigence de qualité", avait-il dit en 2000, à son départ de RTL."


Source :  Le Monde.fr avec AFP

De son vivant J.R. s'amusait de l'orthographe fautive récurrente de son patronyme. Dans une lettre de 1918 à Simone Kahn, il notera à propos d'Amiot son ancien professeur : " (...) Inutilement je lui répéterai que mon nom prend un "t", il l'écrira toujours avec un "d". (...)"

2.12.12

Le père Noël n'est pas une ordure




A paraître le 5 décembre, le N° 5 de la désormais incontournable revue Schnock, avec un portrait de Maurice Ronet par votre serviteur (dans les bonnes librairies & les relais H)

18.11.12

Reflets dans un miroir


Roger Gilbert-Lecomte en 1924

Étrange révélation la semaine dernière grâce à mon ami Henri Graetz, violoniste talentueux, debordien et probablement le dernier dadaïste belge au XXIème siècle. Henri se trouvait à Paris pour y répéter avec la blonde diva Arielle Dombasle qu'il accompagne sporadiquement dans ses tournées. Il m'apprend alors que l'égérie de Rohmer lui a demandé de tenir le rôle d'un opiomane dans le film qu'elle est en train de réaliser au sujet de Cocteau (période dada). Nous décidons de nous retrouver sur le plateau du tournage pour y discuter littérature entre deux prises (sans mauvais jeu de mots). Je me retrouve donc au milieu de la nuit dans un vaste appartement haussmannien des beaux quartiers , vidé de son mobilier et envahi par toutes les personnes qu'on retrouve habituellement au générique de fin d'un film. Une atmosphère très Roaring Twenties... hors-champ des costumes d'époque attendent sagement sur les cintres, les maquilleuses s'affairent autour de Julie Depardieu travestie en une sorte de Mata Hari toxique, pendant que les accessoiristes préparent la machine à fumée pour les volutes opiacées qui planent au-dessus des têtes des fumeurs allongés sur d'épais coussins rouge sang. Je croise Grégoire Colin, acteur au visage lunaire, assez persuasif dans le rôle de Cocteau. Henri me présente à Arielle qui se souvient des détails de la mise en scène du suicide de JR. L'ambiance du plateau me fait songer à la scène de la fumerie dans le Feu follet et au monologue d'Urcel : "La désintoxication, drôle de chose.. Pourquoi fait-on semblant de se désintoxiquer, mon dieu? ... Par gentillesse, pour faire plaisir à quelques amis inquiets, pour ne pas laisser toute cette pauvre humanité seule dans son malheur..." Henri profite des nombreuses périodes d'attente de tournage pour me montrer ses dernières emplettes littéraires, dont un exemplaire de l'édition originale des oeuvres complètes de Roger Gilbert-Lecomte, le Tome 2 consacré à l'oeuvre poétique, publié chez Gallimard en 1977, ouvrage quasiment introuvable et malheureusement jamais réédité. Je feuillette au hasard le précieux livre et tombe en arrêt sur un poème qui semble avoir été écrit en hommage à Jacques Rigaut, même si "Rog-Jarl" l'a dédié à Arthur Adamov. Le poète du Grand Jeu connaissait l'existence de Rigaut et avait probablement lu ses textes. Reste à trouver la date d'écriture de ce poème dont le contenu ressemble de façon frappante à l'histoire tragique de Lord Patchogue, l'homme qui a traversé les miroirs.


L’éternité en un clin d’œil

Quiconque voit son double en face doit mourir
Échéance du drame au voyant solitaire
Miroir un œil regarde un œil qui le regarde
Offert et renoncé pur don et dur refus
D’étrangère qui n’en peut plus qui n’en peut plus
Donatrice abreuvée aux sources des insultes

Hantise du reflet glacial ombre vaine
De ce double avéré plus soi-même que soi
Simulacre nié de menteuse lumière
Perdue aux ondes d’ombre aux sombres eaux de mort

Miracle du regard regardant l’œil qui darde
Un inverse regard vigilant assassin
Provocateur
Assassinat se dit suicide au jeu mortel

Immortelle qui passe à travers le miroir
Pupille que contracte un acte pur détruire
C’est l’étoile-fantôme à l’âme de feu noir
Le point nul en son propre intérieur vibrant

L’œil dévorera l’œil au point nul éternel

6.11.12

"Je serai un grand mort"






Tombe de Jacques Rigaut, cimetière Montmartre, 6 novembre 2012.

Photos Franck Chevalier






5.11.12

Demain...



Le 5 novembre 1929, Rigaut quitte la clinique pour Paris.
Il va au théâtre avec les Porel, dîne avec eux ,
puis s’engouffre dans un taxi
« pour un rendez-vous important avec des amis ».

2.11.12

Entre deux eaux




Nous ne cesserons de rappeler, comme l'intéressé à son époque,
que Rigaut s'orthographie avec un T, à l'instar de la mort.
Recension de l'ouvrage quand il sera arrivé dans notre boite aux lettres.



8.10.12

Nuit Blanche



Le musicien Delaney Blue, le comédien Grégoire Leprince-Ringuet et le chanteur Daniel Darc lors du documentaire "Jacques Rigaut, Portrait au revolver" en direct pour la Nuit Blanche du 6 octobre 2012.
Photo Franck Chevalier.

3.10.12

Le jour se lève, ça vous apprendra.



 En public et en direct du Palais de Tokyo
 Nuit blanche 2012 "Jacques Rigaut, Portrait au revolver"
 06 octobre 2012 à 21 heures



Un documentaire sur scène de Stéphane Bonnefoi (production) et Céline Ters (réalisation)

Avec des lectures du comédien Grégoire Leprince-Ringuet et du chanteur Daniel Darc.


« Tant que je n’aurai pas surmonté le goût du plaisir, je serai sensible au vertige du suicide, je le sais bien » - J.R.



Le feu de la première guerre. L’emprise violente de Dada. Le corps à corps fugitif, désespéré, avec l’écriture. Le souffre du plaisir. Le vertige du suicide…
Jacques Rigaut n’a vécu que 30 ans, mais il a laissé sur ses contemporains, et bien au-delà, un souvenir aussi entêtant que son obsession méticuleuse pour le suicide.
Maître des aphorismes, des récits sacrifiés, des manuscrits raturés sur le vif, Rigaut a écrit comme il a vécu : sans espoir du lendemain.

Portrait au revolver, objet documentaire diffusé le 24 avril dernier pour l’Atelier de la création de France Culture, sera joué en live le 6 octobre 2012 à 21 h au Palais de Tokyo, dans le cadre de la Nuit blanche parisienne.

Archives sonores, entretien, musiques, bande son du film de Louis Malle Le feu follet­ et lectures : cette performance scénique est une autre manière de « voir » le documentaire radiophonique, et surtout d’entendre les écrits détonants de celui qui voyageait avec son suicide à la boutonnière…


Jacques Rigaut est né le 30 décembre 1898 à Paris. Il publie son premier texte dans la revue Action en 1920, aux côtés d’Artaud, Tzara ou Max Jacob. L’année suivante, il signe le manifeste « DADA soulève tout ». Dandy, gigolo, alcoolique et héroïnomane, il se marie avec une richissime américaine, Gladys Barber en 1923. L’idylle durera quelques semaines. Rigaut ne publiera plus aucun texte. Il mène une vie misérable à New-York et le 20 juillet 1924, il se jette dans un miroir. Ses amis le rapatrient en France. Le matin du 6 novembre 1929, le directeur et gérant de l’Agence générale du suicide se tire une balle en plein cœur. Il a 30 ans.



27.9.12

Un autre feu follet




"Il y a de quoi être troublé quand on s'aperçoit qu'on va passer sa vie à travailler avec, pour seul salaire, la mort au bout." Belle citation circonstancielle de Bernard Frank  mise en exergue d' Une âme damnée, passionnant récit d'Arnaud Le Guern, consacré à Paul Gégauff, ce talentueux scénariste/dialoguiste, méconnu du public, voyou dandy du cinéma français, qui traversa la vie comme un chien dans un jeu de quilles. Un faux dilettante à qui l'on attribue cette géniale réplique dont la dangerosité nonchalante lui fut fatale : "Tue-moi si tu veux, mais arrête de m'emmerder." Un soir de Noël 1983, dans un chalet norvégien  ( on se croirait dans un mélo de Douglas Sirk),  sa jeune compagne de vingt-cinq ans prit l'amusante supplique au pied de la lettre, et le tua de trois coups de couteau, mettant FIN à soixante et une années d'une vie considérée avant tout comme une partie de plaisir. Rewind. Arnaud  Le Guern rembobine avec tendresse le film de cette existence tumultueuse et libre, surimpressionnant sa vie à celle de Gégauff. Un exercice littéraire délicat voire casse-gueule qui mêle autobiographie, investigation biographique, digressions intimes, fiction et témoignages. Le lecteur se perd avec bonheur dans les méandres de ces vies confondues. Quand Arnaud Le Guern évoque le coup de foudre d' amitié entre Maurice Ronet et Paul Gégauff qu'il compare à Brett Sinclair et Danny Wilde d'Amicalement vôtre, il fait aussi allusion à un autre duo d'amis : "Avec Ronet, Gégauff aimait boire, parler de Jacques Rigaut et Drieu la Rochelle."  Quand on lit la vie de Gégauff, il est difficile de ne pas penser à celle de Rigaut, quasiment deux frères d'armes…  Le Guern a retrouvé dans un vieux Paris Match les mots de Roger Vadim qui rend hommage à Gégauff, son ami disparu, des mots qui auraient pu servir de notice nécrologique pour Rigaut : "C'est ainsi que je le vois, mi-poète, mi-fou, égoïste et vulnérable à la façon des enfants, avide d'aventures et de plaisirs, curieux, atteint de tous les dons mais, finalement, d'une grande rigueur intellectuelle dans  les désordres de sa vie."  Puis l'auteur nous entraîne dans une soirée amoureuse avec la charmante Miss K. qui devient le fil d'Ariane du livre auquel le lecteur se raccroche avec délice. Il y a aussi Louise, la petite fille de l'auteur, grâce à laquelle on découvre les contes de Pierre Gripari qu'on aimerait lire à son petit garçon. Et c'est reparti pour la tournée des grands-ducs avec la bande de Gégauff dans une dérive situationniste rive gauche,  un name dropping  de noctambules invétérés dont Christian Marquand, Anita Pallenberg, Dani, Amanda Lear, Tina Aumont… L'hiver à Paris, l'été à Saint-Tropez.  Le Guern raconte aussi le Gégauff écri-vain : quatre romans publiés dans les années 50 aux éditions de Minuit et quelques nouvelles. Une œuvre mince mais remarquée par Bataille : "Paul Gégauff a voulu décrire un univers plus vrai, où le saugrenu et l'injustifiable caprice feraient la loi comme il n'arrive que dans les rêves." Roger Nimier salue également les velléités littéraires de Gégauff : " Les qualités de Paul Gégauff sont : le cynisme, le sens de la drôlerie, un style vif où la pensée saute d'un mot à l'autre comme une puce."  La littérature ça impressionne mais ça ne paie pas les virées nocturnes. Gégauff se tourne alors vers le cinéma. Une première rencontre avec Rohmer qui le fait jouer dans son premier court-métrage : Journal d'un scélérat. Gégauff se moque de la passion de Rohmer pour les jeunes filles, puis s'envole pour l'Espagne où il se lance dans quelques affaires interlopes tout en multipliant les conquêtes féminines.  Une mésaventure le laisse sur la paille, presque clochard, puis un heureux rebondissement et le voici de retour à Paris les poches déformées par les billets. Cet épisode romanesque inspirera à Rohmer un de ses films : Le Signe du lion. Gégauff apportera quelques corrections aux dialogues, mais refusera de tenir le rôle principal. Comment décemment jouer son propre rôle ?  Gégauff se moque encore, de la "Nouvelle vague" du cinéma français, des Cahiers du cinéma, de Truffaut qu'il trouve prétentieux et coincé, de Godard qu'il surnomme "le Dostoïevski de Lausanne".  Lors d'un débat dans un ciné-club, il provoque un jeune réalisateur débutant,  Claude Chabrol qui vient de finir une longue tirade sur Hitchcock : " Monsieur, vous n'y connaissez rien. Vous êtes un inculte, cinématographiquement parlant."  La joute verbale se poursuit alors au bistrot d'où les deux protagonistes sortiront les meilleurs amis du monde. Gégauff s'installe chez Chabrol qui lui confie les dialogues de son prochain film : Les Cousins. Ours d'or au festival de Berlin en 1959. Dans le film, Chabrol fait porter à Jean-Claude Brialy un casque à pointe allemand. On impute cette provocation à Gégauff qui ne dément pas. En 1950, il s'était présenté à un bal costumé attifé d'un uniforme de la Wehrmacht tout en faisant le salut nazi.  La farce à tonalité dadaïste avait jeté un froid sur la soirée. Gégauff prend un malin plaisir à provoquer les bien-pensants, les donneurs de leçons et autres terroristes intellectuels de l'époque. Une attitude politiquement incorrecte qui lui assure une mauvaise réputation immédiate et durable. Gégauff enfonce le clou en ajoutant : "C'est la coquetterie qui m'incite à cultiver cette image de fasciste. Les humanitaristes sont tellement nombreux, tellement ennuyeux, tellement collants, que ça m'amuse de trancher là-dessus." Arnaud Le Guern a raison de citer Antoine Blondin pour illustrer ce grand malentendu (plus que jamais d'actualité) : "Ils disent que nous sommes des écrivains de droite, parce qu'ils n'arrivent pas à nous classer à gauche." Gégauff se fout de la politique comme de la morale, c'est un cocktail dandyesque avec beaucoup de Fitzgerald et un zeste d'Oscar Wilde, un poète tendre et amer qui écrit en catimini de sublimes haïkus : " C'est beau les nuages / Pourtant, on me reproche / D'être toujours dedans " Gégauff devient le scénariste attitré (15 films!) de Claude Chabrol qui se retrouve dans ce dandy désabusé à l'humour corrosif. Dans ses mémoires, Chabrol évoque son ami scénariste : "Anar de droite ou de gauche, aujourd'hui encore je ne sais pas vraiment où Paul se situait. Il avait un point de vue radicalement différent de monsieur Tout-le-monde. Il était terriblement doué, mais socialement peu compatible, dirait-on aujourd'hui. Il incarnait la liberté que je ne savais pas conquérir seul." Lors de la sortie du film Les Bonnes Femmes, les deux compères sont attaqués pour misogynie, Françoise Sagan sera une des rares à prendre la défense de cette fable flaubertienne qui décrit sans indulgence l'aliénation féminine. Chabrol doit beaucoup à Gégauff qui lui a permis de réaliser ses meilleurs films. Au début des années 60, lassé par les querelles germanopratines, Gégauff prend le large pour Tahiti où il souhaite adapter pour le cinéma un roman de Stevenson, Le Reflux. Il réussit à convaincre un producteur de lui confier quelques millions de francs, alors qu'il ne possède même pas les droits d'adaptation. Sous les cocotiers polynésiens, dans l'ancienne maison de Stevenson, il écrit le scénario de son unique film en buvant du Moët & Chandon 1957. Il réalise quelques prises de vues, puis délègue la réalisation à son assistant. Pour Gégauff, tout est sur le papier, le reste n'est qu'une banale et ennuyeuse question de technique. Pour des raisons juridiques et probablement commerciales, le film ne sera jamais projeté en salle. On peut voir quelques images de ce film fantôme dans L'intrus (2004) de Claire Denis, une mise en abyme cinématographique dans laquelle la réalisatrice fait tourner l'acteur Michel Subor qui tenait un rôle dans le film de Gégauff. En 1968, Gégauff s'amuse des gesticulations estudiantines, et préfère écluser de nombreuses bouteilles à Saint-Tropez en compagnie de Maurice Ronet, Vadim, Sagan, Bernard Franck et Johnny Hallyday… "C'est l'homme qui m'a fait le plus rire et le plus pleurer de ma vie", avouera le rocker français. De retour à Paris, Gégauff descend les Champs-Elysées avec les gaullistes en scandant des slogans surréalistes : "La cuisine avec nous!, la cuisine est française!" L'agitation retombée, Gégauff renvoie tout le monde dans les cordes en écrivant le scénario de Que la bête meure, le plus noir des films de Chabrol, avec l'admirable Jean Yanne (imposé par Gégauff) dans le rôle du salaud intégral. Lors d'un dialogue, à propos de la littérature,  entre les protagonistes du film, le scénariste Gégauff se permet une note d'humour à son égard : " - Que pensez vous de Gégauff ??  Bien sûr personne n'en parle mais si on suit ce qu'il a écrit on peut se dire que son œuvre est très profonde , elle va loin ! -Ah oui , oui ça va très loin Gégauff." Il existe une (petite) famille gégauffienne dans le cinéma français, dont fait partie Jean Eustache, autre électron libre et iconoclaste. Un jour, Gégauff donnera sa définition du cinéma au réalisateur de La maman et la putain : " Le cinéma doit être le glacial reflet de la vie. Il faut montrer les choses dans tout leur ennui, dans toute leur froideur. Ou alors, on fait autre chose." En 1969, Barbet Schroeder, producteur des films de Rohmer, passe à la réalisation avec un premier film dont il confie le scénario à Gégauff. More, film mortifère sans concessions sur le caractère illusoire des idéaux libertaires et le repli dans la drogue (héroïne) sous le soleil aveuglant d'Ibiza, avec pour bande son la musique puissante et hypnotique du groupe Pink Floyd. Gégauff participera également à La vallée, autre film de Schroeder qui évoque les limites et les paradoxes de l'utopie rousseauiste prônée par la génération hippie, en opposition à la médiocrité et au conformisme de la vie bourgeoise de leurs parents. Gégauff n'aime pas qu'on galvaude le mot liberté : " Ceux qui parlent de liberté sont presque toujours des pauvres mecs terrorisés par leur belle-mère, ficelés comme des saucissons. Très peu de gens souhaitent réellement être libres." Une liberté d'esprit qui s'accorde peu aux contraintes d'une vie conjugale qui part à vau-l'eau. C'est Chabrol qui filme le naufrage dans  Une partie de plaisir où Gégauff joue enfin son propre rôle avec sa femme Danielle, amour défunt, qu'il piétine à mort dans un cimetière. Gégauff le colosse vacille. Les dernières années passent mal, Chabrol ronronne au cinéma, il n'a plus besoin de Gégauff qui fait de sa vie un film inachevé : quelques gribouillages scénaristiques, une jeune et séduisante compagne, des engueulades, des retrouvailles, un enfant, des ébauches de romans ou de films, et de nombreux verres de whisky avec les amis fidèles, Ronet et Marquand.  L'amertume semble inévitable. "J'ai visité une jolie ruine. C'était moi.", écrit Gégauff. Un très bel aphorisme qui aurait pu lui servir d'épitaphe. Le 14 mars 1983, dans une chambre de l'hôpital Laennec, s'éteint un autre feu follet du cinéma français, son ami Maurice Ronet. Et le lendemain, ce titre qui fait grimacer à la Une du quotidien Libération : "Maurice Ronet : la mort d'un looser des sixties "  Quelques mois plus tard, Gégauff se laissera tuer, une mort cinématographique, dans un ultime scénario qu'il avait lui-même écrit. Le dernier souffle d'un homme libre, jusqu'à la fin.      


Une âme damnée - Paul Gégauff, d'Arnaud Le Guern (Pierre-Guillaume de Roux, 2012)      

6.9.12

Le Samouraï



"Seuls ceux qui vont mourir savent toucher un homme s’il est vivant. " (Jacques Rigaut)

20.8.12

ALABAMA




LOS ANGELES — Le cinéaste et producteur britannique Tony Scott, qui a notamment réalisé "Top Gun" et "Jours de tonnerre", s'est suicidé dimanche à l'âge de 68 ans en sautant d'un pont à San Pedro (Californie, ouest).
Le corps du cinéaste, frère du réalisateur Ridley Scott, a été retiré des eaux près du pont Vincent Thomas, au sud de Los Angeles, et une note écrite de sa main faisant état de son intention suicidaire a été retrouvée dans sa voiture garée sur le pont, selon la police.
Un passant avait signalé à la police avoir vu un homme se jeter du pont vers 12H30 (19H30 GMT), a précisé le lieutenant Joseph Bale, de l'institut médico-légal de Los Angeles.
L'homme a été identifié dans l'après-midi comme étant Tony Scott, a ajouté M. Bale.
"Je confirme que Tony Scott est effectivement décédé", a déclaré Katherine Rowe, l'une des porte-parole du cinéaste.
La police a précisé que Tony Scott avait garé sa voiture, une Toyota Prius noire, sur le pont avant d'enjamber la rambarde et de sauter dans l'océan Pacifique. Des témoins ont assuré avoir vu ses chaussures flotter à la surface.
Des plongeurs ont recherché le corps dans le détroit de San Pedro, selon les pompiers de Los Angeles, avant de trouver son cadavre un peu avant 15H00 (22H00 GMT), a précisé M. Bale.
Un ferry, faisant la liaison entre la côte et l'île de Santa Catalina, a été retardé le temps des recherches, et un hélicoptère des garde-côtes avait été dépêché dans la zone pour aider les plongeurs du Port de Los Angeles, qui ont découvert le corps.
Aucune information n'a filtré sur le contenu de la note laissée par Tony Scott, marié en troisièmes noces avec l'actrice Donna Scott, avec laquelle il a eu deux enfants.
"Il n'y aura plus de films de Tony Scott. Jour tragique", a écrit dans la soirée sur son compte Twitter le cinéaste américain Ron Howard.
Outre son grand succès "Top Gun" (1986) dans lequel Tom Cruise avait le rôle principal - celui d'un pilote émérite de l'US Air Force -, Tony Scott avait notamment réalisé "Jours de tonnerre" (1990), "Ennemi d'Etat" (1998) et "Spy Game - Jeu d'espions" (2001), avec Robert Redford.
Né en 1944 dans le Northumberland, en Angleterre, Tony Scott était le cadet de sept ans de Ridley Scott, le réalisateur d'"Alien" et de "Gladiator".
Après des études d'art graphique à Londres, il a fait ses armes de réalisateur dans la publicité auprès de son frère, avec qui il avait créé en 1973 la société de production publicitaire RSA.
Depuis lors, les deux frères n'avaient jamais cessé de travailler ensemble. Récemment, ils ont en particulier été coproducteurs des séries télévisées à succès "The Good Wife" et "Numb3rs" pour la chaîne de télévision CBS, et Tony Scott avait produit le dernier film de science-fiction de son frère, "Prometheus".
Virtuose de la caméra, Tony Scott s'était fait une spécialité des films d'action riches en adrénaline, de "Top Gun" à "Jours de Tonnerre", en passant par "Le Flic de Beverly Hills 2" (1987), "Revenge" (1990) avec Kevin Costner et "Le dernier samaritain" (1991) avec Bruce Willis.
Après avoir porté Tom Cruise au firmament d'Hollywood, il fera longtemps équipe avec Denzel Washington, qu'il a mis en scène dans "Man on Fire" (2004), puis "Déjà Vu" (2006), "L'attaque du métro 123" (2009) et "Unstoppable" (2010), son dernier film en tant que réalisateur.

"Trop exigeant pour vivre"



Dans quatre jours, il sera trop tard, l'exposition consacrée au poète lyonnais Stanislas Rodanski fermera ses portes. Il ne restera aucune trace des "Horizons perdus de Stanislas Rodanski", les concepteurs de l'exposition ne s'étant pas donné la peine d'éditer un catalogue malgré la richesse des documents présentés (manuscrits, correspondances, livres, revues, peintures, photographies, etc.). Dommage, celui qui était "trop exigeant pour vivre" aurait mérité un catalogue d'exposition aussi modeste qu'il ait été. Quelques photos punaisées sur un mur des influences et amitiés de Rodanski, parmi ces influences, entre Claude Tarnaud et Gérard de Nerval : celle de Jacques Rigaut. On trouve également présenté dans une vitrine le célèbre livre-objet réalisé en 1975 par le peintre Jacques Monory pour La Victoire à l’ombre des ailes : une valise de tueur à gages contenant un pistolet d’alarme, deux balles, une carte du Pacifique, et six sérigraphies illustrant l’édition sur beau papier du seul livre publié du vivant de son auteur. On rappellera que Rodanski a été exclu du groupe surréaliste en 1948 avec entre autres Sarane Alexandrian et le peintre Roberto Matta. En 1954, Rodanski entrera volontairement à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu où il demeurera jusqu'à sa mort en 1981.

8.8.12

« Unconcerned, but not indifferent »


Man Ray "Suicide" Autoportrait 1932

23.7.12

15.7.12

Un soleil noir


Stanislas Rodanski

"Ce sera, en 1975, La Victoire à l'ombre des ailes, avec une très haute préface de Gracq et des illustrations de Jacques Monory; le livre qui le fera entrer vivant dans la légende, qui en fera, avec Arthur Cravan, Jacques Vaché, Jacques Rigaut, Roger Gilbert-Lecomte, Jean-Pierre Duprey - et Antonin Artaud - un des héros noirs de notre temps." (Dominique Rabourdin)

Très bel article intitulé "Un soleil noir du Surréalisme" de Dominique Rabourdin dans La Quinzaine littéraire du 1er au 15 juillet 2012, à propos du poète Stanislas Rodanski, qui passera la moitié de sa vie reclus volontaire dans des asiles psychiatriques où il finira par mourir en 1981, à l'âge de 54 ans. Lyon, sa ville natale et de finitude, lui rend hommage avec une exposition "Les horizons perdus de Stanislas Rodanski" à la bibliothèque de la Part-Dieu, jusqu'au 24 août.
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"Il semble que le feu ait pris aux poudres..." (Stanislas Rodanski)




26.6.12

New York, New York


 Le bateau de Jacques Rigaut

12.6.12

Le droit de s'en aller


                                       Jean Eustache

"A la vidéothèque de Paris, dans cet horrible souterrain des Halles, pour voir La maman et la putain, de Jean Eustache. Durée : trois heures trente-sept. Mais un chef-d'oeuvre. Jean-Pierre Léaud qui m'agaçait souvent dans les films de Truffaut, est prodigieux, comme le sont aussi Bernadette Laffont et surtout Françoise Lebrun. Son monologue est digne de celui de Molly, dans Ulysse. Allusion à Baudelaire, lorsque Léaud prétend qu'il manque deux articles à la "Déclaration des droits de l'homme" : le droit de se contredire et le droit de s'en aller. Jean Eustache s'en est "allé". " (Bernard Delvaille, Journal 1978-1999, p. 257.)

5.6.12

Hommage?



A la sortie du livre de Jean Teulé, je m'étais interrogé : avait-il lu Jacques Rigaut?
Je me pose la même question pour l'adaptation cinématographique de l'ouvrage de Teulé réalisée par Patrice Leconte.

1.6.12

Des nouvelles de l'AGS



"Switzerland is a country where very few things begin, but many things end." (F. Scott Fitzgerald)

Les habitants du canton de Vaud en Suisse voteront le 17 juin prochain sur l’initiative « assistance au suicide en EMS » proposé par "l'Agence Générale du Suicide" EXIT et sur le contre-projet de l'Etat.

  Initiative EXIT : «Les EMS qui bénéficient de subventions publiques doivent accepter la tenue d'une assistance au suicide dans leur établissement pour leurs résidents qui en font la demande à une association pour le droit de mourir dans la dignité ou à leur médecin traitant en accord avec l’art. 115 du code pénal suisse et l’art. 34 alinéa 2 de la Constitution vaudoise»

  L'EMS c'est quoi ? Un Etablissement Médico-Social (EMS) est un lieu de vie médicalisé offrant des prestations sociales, hôtelières, de soins et d’animation. Il peut s’agir, soit d’une institution autonome, soit d’une division d’un hôpital, destinée à l’hébergement de personnes ayant besoin de soins chroniques.

  La loi : En 2011, l'euthanasie active n'est légale que dans trois pays : les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Le suicide assisté est légal en Suisse ainsi que dans les Etats américains de l'Oregon et de Washington. Cependant, nombre de pays interdisant l'euthanasie active, dont la France, ont légalisé l'arrêt des traitements à la demande du patient, interdit l'acharnement thérapeutique et institué des initiatives d'accompagnement des patients en fin de vie.

France vs Suisse

 Les Suisses ont la chance de pouvoir choisir leur fin de vie. En France, l'hypocrisie règne, les familles et les patients sont tributaires du bon vouloir des établissements hospitaliers sans être égaux devant la mort. Des infirmières pratiquent une euthanasie passive en catimini dans la douleur et la culpabilité, parfois ce sont les familles elles-mêmes qui sont obligés d'abréger les souffrances de leur parent. La France devrait suivre l'exemple de la Suisse : proposer un référendum sur le sujet.



Un patient se donne la mort en attendant Exit PAYERNE (VD) — Un homme de 84 ans voulait mourir avec Exit. Mais il n’a pas eu la force d’attendre tous les documents médicaux obligatoires et s’est jeté de la fenêtre de l’hôpital.


C’est le drame d’un homme qui a contacté Exit pour obtenir une assistance au suicide alors qu’il était déjà au bout de ses forces. Tellement exténué qu’il a choisi de ne pas attendre que tous les documents administratifs obligatoires arrivent. Dans la nuit du 14 au 15 mars dernier, vers minuit et quart, cet homme de 84 ans, souffrant d’une grave maladie pulmonaire irréversible, s’est jeté de la fenêtre de sa chambre de l’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB) à Payerne (VD). Il est tombé du 3e étage et a fait une chute mortelle d’une dizaine de mètres. Son fils, Alexandre Destraz, 37 ans, prof de physique et de chimie, a souhaité comprendre ce qui a mené à cette issue fatale précipitée: «Je l’ai aidé dans ses démarches auprès d’Exit, notamment pour écrire sa lettre manuscrite. Il souffrait beaucoup. Il avait peur de l’amputation et de l’étouffement. J’ai eu une très longue discussion avec lui, comme jamais, de l’ordre de la passion qui existe entre un fils et son père. Il voulait mourir, ce désir grandissait chaque jour et j’ai l’impression que l’hôpital n’a pas tout fait pour accélérer les processus administratifs.»


Il manquait une seule pièce


En clair, il manquait une seule pièce au dossier de René Destraz: un avis médical qui certifiait qu’il était en pleine possession de ses capacités de discernement pour choisir une assistance au suicide. «Et nous n’avons pas pu l’obtenir. J’ai eu l’impression qu’il y avait un blocage.» René Destraz a daté sa demande écrite de suicide assisté du 13 mars, Exit l’a reçue le 15 mars, le jour de son décès. Car épuisé, l’homme a préféré en finir lui-même. Le Dr Charly Bulliard, doyen du collège des médecins du HIB, indique que toute l’équipe médicale a été fortement marquée par ce drame. «Mais c’est notre rôle, dans les cas de demande d’assistance au suicide, de bien différencier le désir réel de mourir d’un symptôme de détresse. Et ce processus prend du temps, il ne peut se faire en deux jours.» Le Dr Xavier Dégallier, médecin adjoint au HIB, complète: «Ce patient est rentré à l’hôpital mi-février et son projet Exit a été mûri en dix jours seulement. Il était donc de notre devoir de procéder à une évaluation psychiatrique. Cette dernière a conclu qu’il souffrait d’un syndrome dépressif. Pour répondre à la question de sa réelle capacité de discernement, il fallait donc une autre expertise psychiatrique. Nous n’en avons pas eu le temps, puisque le patient a mis fin à ses jours. Et en qualité de médecin traitant du patient, je n’ai jamais refusé une assistance au suicide, mais la précipitation soudaine de la démarche souhaitée par le patient ne devait passer outre une évaluation spécialisée sur les symptômes dépressifs.»


  «Un abus de pouvoir médical»

Un récit qui fait bondir le Dr Jérôme Sobel, président d’Exit Suisse romande: «Ce patient a subi un abus de pouvoir médical et une grève du zèle de l’équipe soignante.» Il estime que ce drame est symptomatique de la problématique qui sera soumise en votation populaire en juin prochain: «Le contre-projet de l’Etat de Vaud pour l’assistance au suicide ne permettra pas d’empêcher de tels blocages institutionnels puisque c’est le médecin traitant et le personnel soignant qui devront juger de l’admissibilité d’une demande d’assistance au suicide et cela tant dans les hôpitaux que dans les EMS. L’autodétermination des patients sera d’autant plus réduite que l’évaluation d’une demande d’assistance au suicide par une équipe soignante opposée à la démarche sera problématique quant à sa neutralité, son objectivité et son délai de réalisation.» Le Dr Xavier Dégallier réplique qu’il n’appartient pas au médecin de prendre position quant à la décision de suicide assisté d’un patient. «En revanche, il ne faut pas nier que cette problématique est difficile dans le milieu médical, car il y a une confluence de valeurs différentes et ce n’est pas un lieu de vie au même sens du terme qu’un EMS. Au HIB, nous ne sommes pas opposés à Exit, d’ailleurs il y a déjà eu un cas voici trois ans: une dame a reçu une assistance au suicide, mais elle est retournée à la maison pour le faire. C’est une évolution de la médecine que nous devons prendre en compte en protégeant impérativement toutes les parties», complète le Dr Charly Bulliard. Alexandre Destraz indique d’ailleurs que son père était prêt à retourner à la maison pour mourir avec l’aide d’Exit: «Il insistait bien sûr pour que je sois présent.» La teneur symptomatique de ce drame n’est donc niée par aucune des parties qui estiment qu’il faut améliorer les processus. Ainsi, la Commission d’éthique du HIB, fondée en 2010, qui ne s’est encore jamais réunie en plénum, va prendre l’affaire en mains. «C’est un cas qui mérite naturellement réflexion. Je vais convoquer une séance, ce sera la première», assure Pierre Aeby, son président, auquel «Le Matin Dimanche» a appris le drame. Le personnel médical a également suivi des séances de débriefing sur cet événement tragique. Nadia Marchon, infirmière-chef générale adjointe au HIB, précise: «C’est un drame qui laisse des traces. Des infirmières m’ont confié qu’elles y repensent à chaque fois qu’elles pénètrent dans cette chambre.» Voici la lettre de René Destraz, datée du 13 mars dernier, tenue ici par son fils Alexandre, par laquelle il demande l’assistance d’Exit pour se suicider.

 (Le Matin) 24.03.2012