1.5.08

Un biographe à Montevideo



HENRI CALET


Jean-Pierre Baril m'a appelé juste avant de monter dans un avion en partance pour Montevideo, en Uruguay, où il va passer trois semaines dans le cadre de ses recherches biographiques sur l'écrivain Henri Calet alias Raymond-Théodore Barthelmess. Le samedi 23 août 1930, l'auteur de La Belle lurette qui travaille consciencieusement depuis cinq ans comme aide-comptable dans une entreprise parisienne, décide de s'éclipser avec le contenu du coffre. Quelques jours plus tard, il s'embarque à Londres pour Montevideo où il restera six mois, le début d'une longue cavale sud-américaine dont il s'inspirera pour écrire Un grand voyage. A Montevideo, Calet se déplace dans une grosse cylindrée, rencontre un monde interlope : prostituées, artistes et anarchistes, devient mécène, expérimente les drogues, tombe amoureux d'un poète... Une vie incroyablement romanesque dans laquelle le biographe va s'immerger. Avant de raccrocher, Jean-Pierre m'a confié qu'il avait réservé une chambre dans le même hôtel où Calet avait séjourné en 1930.


« C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. » (Peau d'ours, Henri Calet)

27.4.08

Place rase







Récemment, j'avais été surpris qu'un ami chercheur ne connaisse pas le "Talvart & Place", une très précieuse bible pour les historiens littéraires que cette Bibliographie des auteurs modernes de langue française (1801 - 1975) en 22 tomes! Pour chaque auteur, on trouve une biographie, l'oeuvre et les critiques. Un gigantesque travail réalisé par deux illustres inconnus : Hector Talvart et Joseph Place. En 1974, le descendant de Joseph crée sa maison : les éditions Jean-Michel Place. Spécialiste de la réimpression de revues dadaïstes et surréalistes, Jean-Michel Place rééditera la fameuse revue La Révolution surréaliste dont il vendra 13 000 exemplaires. Une réédition épuisée qui se vend aujourd'hui sur le Net à des prix prohibitifs. Jean-Michel Place rééditera également les 22 tomes de la bibliographie de son aïeu. J'ai souvent rêvé d'avoir ces tomes dans ma bibliothèque mais à 76 € l'exemplaire, c'est un achat au-dessus de mes moyens. Peut-être faut-il voir dans ces prix élevés, l'une des raisons du dépot de bilan d'aujourd'hui? car malheureusement les éditions Jean-Michel Place sont en liquidation judiciaire. Une faillite annoncée (j'avais signé en 2005 une pétition pour "sauver" la maison) qui entraînera une trentaine de licenciements. Il est difficile de croire à la disparition définitive d'une telle maison d'édition tant son fonds (plus de 1000 titres) est d'une richesse inestimable. Que s'est-il passé? Mauvaise gestion? Désaccord avec les partenaires? En 2006, lors du vernissage de l'exposition Oscar Dominguez, j'avais rencontré Jean-Michel Place et lui avais dit tout le bien que je pensais de son travail éditorial. Chaleureux, ne pratiquant pas la langue de bois, Jean-Michel Place m'avait dressé non sans humour un sombre portrait du "milieu" avec quelques phrases assassines pour certains collectionneurs et libraires d'ancien. Les mêmes probablement qui aujourd'hui doivent se réjouir de cette disparition avec la liquidation du fonds qui l'accompagne. Le petit commerce peut reprendre.






Un des derniers "dinosaures" de l'édition française est en passe de disparaître. Après bien des péripéties, dont un dépôt de bilan en 2003, suivi d'un plan de continuation, Jean-Michel Place est contraint à l'abandon. "Ce sont plus de trente ans de travail qui partent en fumée en l'espace de trois mois", soupire-t-il. Le 24 avril, le tribunal de commerce de Paris devait prononcer la liquidation judiciaire de l'entreprise, en cessation de paiements depuis le 29 janvier. Cela va entraîner près de trente licenciements. Dans sa vie professionnelle, Jean-Michel Place a eu deux fils conducteurs : les revues et l'édition. Depuis 1998, il s'était spécialisé dans l'architecture, en reprenant les deux revues qui font autorité sur le sujet, Techniques & Architectures et L'Architecture aujourd'hui. Celles-ci paraissaient de manière alternée, tous les deux mois. Depuis janvier, aucun numéro n'est sorti.

En novembre 2007, Jean-Michel Place avait trouvé un acheteur. La société Abvent, dirigée par Xavier Soule et spécialisée dans les logiciels d'architecture, avait accepté de reprendre les deux revues, moyennant la somme de 453 000 euros. Cela devait permettre à Jean-Michel Place de poursuivre son activité d'édition de livres et d'annuaires, notamment celui des notaires. Le retrait de Xavier Soule a tout fait capoter.

Jean-Michel Place s'était fait connaître, en 1973, en publiant une Bibliographie des revues et journaux littéraires des XIXe et XXe siècles. Dans la foulée, il avait aussi réédité les principales revues surréalistes et d'avant-garde des années 1930. Ensuite, il a publié différentes revues dans le secteur de l'ethnologie, de l'anthropologie, du cinéma, de la génétique textuelle : Gradhiva, Genesis, Positif, pendant dix ans, Vertigo. L'architecture "servait de faîte à l'ensemble", explique-t-il.

Sa maison comprend aussi un catalogue de près de 1 000 titres. Parmi les plus récents, un Dictionnaire des jardins et paysages, de Philippe Thébaud, mais aussi les fac-similés de la revue Gaceta de arte parue de 1932 à 1936. C'est la fin d'une aventure éditoriale où cohabitaient des champs littéraires et artistiques extrêmement variés.

Source : Le Monde du 25 avril 2008

24.4.08

Sites toxiques




Question : vous avez une vague envie de vous supprimer, Internet va-t-il vous y aider ou vous en dissuader ? Selon une étude (contestée) qui vient de paraître dans le British Medical Journal (1), la réponse est : plutôt vous y aider.

Les épidémiologistes et psychologues britanniques ont relevé trois observations : le réseau est devenu la principale source d’infos du suicidaire ; la plupart des requêtes se font via une simple combinaison de mots-clés entrée dans un moteur de recherche ; les utilisateurs vont rarement voir au-delà de la première page de résultats. Ils ont analysé les dix premiers résultats renvoyés par chacun des quatre principaux moteurs utilisés en Grande Bretagne (Google, Yahoo, MSN et Ask), après y avoir entré une douzaine de requêtes type : «suicide», «méthodes de suicide», «suicide sans douleur», etc. Soit au total 48 recherches renvoyant des liens vers 480 sites.

Promotion. L’expérience était simple, le tri des résultats beaucoup moins. Au terme d’un fastidieux travail d’analyse et de classification, les chercheurs ont établi les choses suivantes. Environ la moitié des sites répertoriés donne des informations plus ou moins précises sur les méthodes de suicides. Un cinquième (90) sont des sites spécialisés sur le sujet, la moitié d’entre eux faisant la promotion du suicide ou facilitant le passage à l’acte, selon les auteurs de l’article. 44 autres sites donnent des informations purement factuelles, présentées avec un ton neutre ou ironique. Les sites dédiés à la prévention du suicide sont au nombre de 62, et ceux qui le condamnent fermement au nombre de 59, etc.

Facteur important dans l’analyse : le rang auquel les liens s’affichent dans les pages de résultats. Il apparaît que les sites de prévention arrivent rarement parmi les premiers. Enfin, dans les forums et tchats, il est intéressant de se pencher sur la manière dont sont conduits les échanges entre ceux qui veulent en finir et ceux qui tentent, plus ou moins adroitement, de les en dissuader.

Optimisation. De tout cela, les chercheurs britanniques concluent qu’à défaut de réguler le contenu du Web, il serait plus judicieux d’utiliser des méthodes d’optimisation afin de faire remonter les sites de prévention en haut des résultats de recherche. Le fait que les moteurs renvoient des listes de liens assez différentes les unes des autres n’a d’ailleurs pas que des raisons techniques : il est clair que les sites vraiment toxiques sont éliminés par les opérateurs eux-mêmes.

Les chercheurs britanniques sont toutefois bien obligés de noter que le taux de suicide chez les 15-34 ans (les plus gros utilisateurs du Net) a baissé en Angleterre depuis le milieu des années 90, parallèlement à l’explosion du réseau. Hypothèse : les cas où Internet aurait facilité un suicide seraient finalement moins nombreux que ceux où il a joué un rôle de prévention. Malgré les «pactes suicidaires» qui ont récemment occupé les rubriques «faits divers» de manière spectaculaire. Et malgré l’apparent désordre du réseau.

Edouard Launet

(1) : BMJ du 12 avril. www.bmj.com/cgi/content/full/336/7648/800


Source : Libération du 24 avril 2008

20.4.08

Anti-héros



Oui, il y a un lien entre J.R. et Fantomas...

16.4.08

Lectures








Soirée littéraire la semaine dernière chez Emmanuelle Retaillaud-Bajac, à l'occasion de la parution de sa biographie de Mireille Havet, amie et complice des nuits blanches de J.R. Un tir éditorial groupé puisque l'éditrice Claire Paulhan publie simultanément le troisième tome du monumental "Journal" de celle qu'Apollinaire appelait la "petite poyétesse". Chez Gallimard, paraît un texte (plus ou moins) inédit de Drieu, autre ami de J.R. et pour d'autres raisons, une confession éclairante de l'homme couvert de femmes à propos des marasmes de sa sexualité.

12.4.08

Des nouvelles de Daniel (4)



Concert de Daniel Darc, hier soir, à Genève. Pendant qu'il chante "Nijinsky", il lance au public : "Je vais vous donner trois bonnes raisons d'aller au cimetière Montmartre : Nijinsky, mon père Abraham Rozoum et Jacques Rigaut"

6.4.08

Emmanuel & Jacques







En 1994, j'avais demandé à Peter Handke s'il voulait bien préfacer la biographie d'Emmanuel Bove. Il avait accepté au dernier moment, quelques jours avant que le livre ne parte chez l'imprimeur, en m'envoyant une longue lettre écrite sur le vif, après la lecture du tapuscrit que je lui avais envoyé. Quand je doute, je relis cette préface. Handke est resté fidèle à Bove comme on peut le lire dans le dernier supplément Livres de Libération dont les pages littéraires, dirait-on, s'améliorent...


«Le premier que j’ai traduit est Emmanuel Bove, il y a trente ans. Je revenais d’Alaska, j’avais fini Lent Retour, je retournais en Autriche et je ne pouvais plus écrire. C’était une pause d’angoisse. Je trouve scandaleux d’écrire, je ne comprends pas que ce ne soit pas un problème. C’est un sacrilège et, parfois, je suis un criminel heureux. Je ne pouvais plus écrire, mais je ne voulais pas abandonner les mots, leur rythme, la chaleur qui est à leur place, et, en Autriche, j’avais besoin de lire dans une langue étrangère. J’ai commencé par lire mot à mot les présocratiques. Puis Luc Bondy m’a fait découvrir Emmanuel Bove. Le traduire était un vrai match de foot : Emmanuel Bove était le joueur principal et moi je l’aidais à jouer dans l’autre camp, en langue allemande. Le premier texte était Bécon-les-Bruyères. Il décrit les alentours de la gare, simplement cette gare de banlieue, et c’est incroyable. On n’a vraiment pas besoin de Gabriel Garcia Marquez (1) ! De lui, j’ai également traduit Mes amis et Armand."

(1) De Gabriel Garcia Marquez, évoquant les dictateurs et même les dirigeants de l’Otan que le Colombien a imaginés ou décrits, Peter Handke dit : «Dans chacun de ses livres, le protagoniste est soit un homme puissant, soit un puissant déchu - et lui, l’écrivain, y est toujours plus ou moins lié, il veut être avec les puissants. […] Que cet écrivain, qui est un bon écrivain, fasse de pareils crétins les héros d’une histoire, pour moi c’est tout simplement un sacrilège.»
Philippe Lançon

Source : Libération du jeudi 3 avril 2008



28.3.08

Une folle Agence Générale du Suicide

Dignitas propose depuis quelques semaines à ses membres de se suicider en s'étouffant avec un sac plastique remplit d'hélium. Contrairement au natrium pentobarbital (NAP) utilisé jusqu'ici, l'hélium ne doit pas être prescrit par un médecin.

Le procureur zurichois Andreas Brunner, qui observe depuis longtemps l'organisation d'aide au suicide Dignitas, est outré. Cela montre une nouvelle fois que la Suisse doit se doter d'une vraie loi sur l'aide au suicide, a-t-il indiqué sur les ondes de la radio alémanique DRS.

Il ne s'agit pas de l'interdire, ni d'empêcher le tourisme de la mort, mais d'édicter des règles claires. Dignitas filme les candidats au suicide en train de se mettre le sac plastique sur la tête jusqu'à ce qu'ils s'étouffent et meurent.

L'organisation envoie ensuite les images au procureur afin de prouver qu'elle ne commet pas de crime. Selon M. Brunner, elles sont insupportables. Les personnes tressaillent durant "plusieurs dizaines de minutes" avant de mourir. Le natrium pentobarbital est beaucoup mieux adapté, estime le procureur.
(Source : Romandie News)

Acharnement judiciaire



La cause de la mort de Chantal Sébire est mieux connue. Elle a absorbé un barbiturique - du pentobarbital -, a révélé, hier, Jean-Pierre Alacchi, le procureur de la République de Dijon, en présentant les conclusions des analyses toxicologiques pratiquées sur le corps de Chantal Sébire. Atteinte d’une tumeur incurable qui lui déformait le visage, et retrouvée morte le 19 mars à son domicile de Plombières-lès-Dijon, cette femme de 52 ans avait auparavant sollicité de la justice, en vain, le droit d’avoir recours à l’euthanasie. «Le pentobarbital est un barbiturique d’action rapide, non utilisé ou d’une façon tout à fait marginale, en milieu médical. […] Il est en fait d’usage en milieu vétérinaire», a précisé le magistrat. Ce produit a été, par exemple, utilisé par l’association suisse Dignitas qui «aide» des personnes en fin de vie à mourir.

Selon les conclusions, les traces de pentobarbital ont été retrouvées «en grande quantité dans l’estomac de Mme Sébire, ce qui signifie qu’il a été absorbé par voie orale. Des traces de ce produit ont été retrouvées dans un verre et sur une cuillère». La quantité absorbée était trois fois supérieure à la dose mortelle, ce qui ne laisse planer aucun doute sur le caractère volontaire du geste de Chantal Sébire. Le procureur a aussi indiqué qu’il avait aussitôt informé la famille de la victime, dont le corps a été incinéré mardi.

Les interrogations portent maintenant sur la façon dont elle s’est procuré le pentobarbital, peu utilisé dans l’univers médical et qui n’est pas délivré en pharmacie. De ce point de vue, seule l’enquête judiciaire semble en mesure de déterminer de quelle manière Chantal Sébire a obtenu de quoi mettre fin à ses jours. Dans Le Monde, le procureur de la République de Dijon a confirmé qu’il entendait poursuivre «l’enquête pour rechercher les causes de la mort. […] Nous allons entendre de nouveau les membres de la famille, voire d’autres personnes si l’enquête en démontre l’utilité». Le cadre juridique pourrait être la «provocation au suicide». Néanmoins aucune enquête préliminaire, et encore moins d’information judiciaire, n’est pour l’instant envisagée, faute d’éléments matériels sur l’identité des personnes qui auraient pu fournir du pentobarbital à Chantal Sébire. L’avocat de celle-ci, par ailleurs vice-président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, a estimé que cette volonté d’enquêter sur les causes de la mort «ne (lui) paraissait pas du tout adaptée à la situation». «Il faudrait refermer le dossier de Mme Sébire et ouvrir celui de l’euthanasie pour en discuter dans le cadre d’un débat de niveau national», a aussi déclaré Me Gilles Antonowicz.

Sur l’opportunité de poursuivre l’enquête, Jean-Pierre Alacchi a indiqué, toujours dans Le Monde, que «la justice, dans cette affaire, ne cherche à faire que son travail, ni plus, ni moins. Je rappelle qu’une décision de justice a rejeté la demande de suicide médicalement assisté présentée par Mme Sébire. Il est donc légitime de savoir si une infraction pénale a été ou non commise, si le droit a été respecté». (Source : Libération du 28 mars 2008)


Le site de l'association EXIT

Courrier

Fabrice Lefaix m'a envoyé la réponse de son ami Marcel Duchamp, sans oublier en annexe de son courrier une suite au scandale de l'orthographe fautive récurrente du patronyme Rigaut. Les éditeurs radinent et font faire les corrections par des stagiaires? Je précise que je n'ai rien contre les stagiaires, je suis même solidaire de leur condition et pense que les entreprises culturelles en France les utilisent de façon abusive. Pendant ce temps là(s), certains se battent comme des chiffonniers pour une planque dorée à Rome.

26.3.08

Vintage



Original du document envoyé par "La Révolution surréaliste" dans le cadre de leur fameuse enquête "Le suicide est-il une solution ?". Les réponses seront publiées dans le n° 2 de la revue qui paraîtra le 15 janvier 1925.

22.3.08

Mise en abyme

J'avais évoqué ici la disparition de l'écrivain et photographe Edouard Levé et le livre posthume qu'il remit à son éditeur quelques jours avant son suicide. Je ne pouvais pas ne pas lire ce livre. "Suicide" est un très beau livre, peut-être l'un des plus beaux sur le thème de la mort volontaire, et pour des bonnes raisons. A sa lecture, on oublie très vite qu'il s'agit d'un ouvrage testamentaire, d'un point final à une oeuvre. Paradoxalement, jamais Edouard Levé ne fut aussi vivant qu'à travers ce livre. Je ne sais pas si Edouard Levé avait lu Jacques Rigaut, mais son ombre semble se déployer entre chaque ligne. De plus, Levé a conjugué son récit à la deuxième personne du singulier, comme Drieu dans son "Adieu à Gonzague". Lisez ces extraits de "Suicide". Vous comprendrez. :

" (...) Mort, tu me rends plus vivant.(...)Ton suicide fut la parole la plus importante de ta vie, mais tu n'en cueilleras pas les fruits. (...)Ta mort a écrit ta vie. (...)Ton suicide fut d'une beauté scandaleuse.(...)En art, retirer est parfaire. Disparaître t'a figé dans une beauté négative. (...)Ton suicide rend plus intense la vie de ceux qui t'ont survécu.(...)Tu es cette lumière noire mais intense qui, depuis ta nuit, éclaire à nouveau le jour qu'ils ne voyaient plus.(...)Ta vie fut moins triste que ton suicide ne le laisse penser.(...)Ton sens du raccourci fit qu'au lieu d'achever les travaux entrepris, tu t'es achevé toi-même.(...)"

20.3.08

Pendant ce temps là(s) en Belgique

Hugo Claus (Photo: Vincent Menzel)


L’écrivain flamand Hugo Claus, plusieurs fois favori pour le Prix Nobel de littérature, est mort, a annoncé son éditeur. Il avait la maladie d’Alzheimer et a demandé à être euthanasié. Il avait 78 ans.

L’écrivain et poète flamand est mort mardi midi à l’hôpital d’Anvers, a annoncé son éditeur. « Claus souffrait de la maladie d’Alzheimer. », a précisé sa maison d’édition, Bezige Bij, dans un communiqué.

Hugo Claus était atteint de la maladie d’Alzheimer depuis dix ans déjà, indique Piet Piryns, le journaliste qui s’est vu autoriser de rédiger la biog raphie de l’auteur.

« Hugo Claus lui-même avait été le premier à détecter la présence de cette maladie », poursuit Piet Piryns. « Il y a un peu plus de deux ans, un diagnostic officiel avait été rendu. Hugo a alors décidé qu’il voulait choisir lui-même la date de son départ. » « La date de l’euthanasie a été arrêtée tout récemment », poursuit Piet Piryns. « L’écrivain était parfois très perturbé ces derniers temps mais il avait encore tout de même des moments de lucidité pendant lesquels il comprenait parfaitement ce qu’il se passait. » Les funérailles de l’écrivain auront lieu le 29 mars au théâtre anversois du Bourla. Il n’y aura pas de service religieux.

« Je le connais suffisamment pour savoir qu’il voulait partir dans la fierté et la dignité. Il va nous manquer », a déclaré le ministre flamand de la Culture, Bert Anciaux.

Son décès constitue une « grande perte pour toute la société », a-t-il dit, ajoutant que « pour moi, il est le meilleur poète de tous les temps ».

Né le 5 avril 1929 à Bruges, Hugo Claus, romancier, poète, dramaturge, scénariste, auteur d’une centaine d’ouvrages, avait également participé au tournant des années 1950 au mouvement artistique Cobra, comme son compatriote le peintre belge Pierre Alechinsky.

Ayant vécu un temps à Paris, où il a été influencé par le mouvement surréaliste et Antonin Artaud, mais a choisi d’écrire en néerlandais, il s’était présenté avec son sens bien connu de la provocation comme « un flamingant francophone ».

Dans son roman le plus célèbre, « Le chagrin des Belges », il décrivait avec le lyrisme brutal et truculent qui est sa marque de fabrique une certaine médiocrité réactionnaire du milieu provincial flamand. Il y dénonçait la collaboration flamande avec l’occupant allemand durant la Seconde guerre mondiale, un des thèmes tabous de la politique belge.

En septembre dernier, il a signé avec 400 autres personnalités flamandes une pétition pour s’opposer au « discours de séparatisme qui plane dans les négociations gouvernementales ».

(D’après Belga, AP, AFP)

Rêver à la Suisse (suite et fin)







PARIS (Reuters) - Chantal Sébire, une femme de 52 ans souffrant d'une tumeur incurable et qui venait de se voir refuser lundi par la justice une aide à mourir, a été retrouvée morte mercredi à son domicile près de Dijon, a-t-on appris de source proche du gouvernement.


Aucun détail n'était disponible dans l'immédiat sur les causes de son décès. La nouvelle de la mort de Chantal Sébire a été publiée dans un premier temps sur le site internet du quotidien régional Le Bien public.

Atteinte d'une esthésioneuroblastome, tumeur rarissime et incurable aux sinus et à la cavité nasale, qui la défigurait et la faisait atrocement souffrir depuis huit ans, cette ancienne enseignante, mère de trois enfants, avait médiatisé depuis plusieurs semaines son sort.

Elle disait vouloir être conduite vers la mort, en accord avec ses enfants et réclamait qu'on permette à son médecin de famille de lui administrer une dose mortelle de pentothal.

Elle avait donné de nombreuses interviews à la presse, écrit à l'Elysée et saisi la justice. Un juge de Dijon avait repoussé lundi sa requête, estimant qu'elle se heurtait au code de déontologie médicale, qui interdit à un médecin de donner délibérément la mort, et au code pénal, qui fait de la provocation au suicide une infraction.

"La demande de Mme Sébire, humainement concevable, ne peut juridiquement en l'état du droit prospérer (...) Même si la dégradation physique de Mme Sébire mérite la compassion, le juge, en l'état de la législation française, ne peut que rejeter la demande", concluait le jugement.

La semaine dernière, l'Elysée avait exclu toute réforme législative mais proposé une nouvelle consultation médicale chez des spécialistes parisiens à Chantal Sébire, ce qu'elle avait refusé.

LOI LEONETTI EN RÉEXAMEN

Aux journalistes, Chantal Sébire disait vouloir affronter la mort en toute conscience et en toute lucidité. "Je veux partir en faisant la fête entourée de mes enfants, amis et médecins, avant de m'endormir définitivement à l'aube", avait-elle déclaré.

Elle soulignait en effet que la loi actuelle ne lui permettrait que d'être plongée dans un coma par sédation, ce qui lui permettait au mieux de mourir, sans alimentation et sans hydratation, après dix à quinze jours d'agonie.

Alors que le gouvernement excluait la semaine dernière toute réforme sur la question de l'euthanasie, Matignon a décidé mercredi une réflexion.

Plusieurs personnalités, notamment le député PS Gaëtan Gorce et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, mais aussi la nouvelle secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, se sont dites mercredi plutôt favorables à une réforme.

Il s'agirait, comme en Belgique et aux Pays-Bas, de permettre aux médecins de provoquer directement la mort d'un patient, dans certains cas extrêmes, après autorisation de plusieurs commissions et dans le cas d'une demande du patient et de la famille.

Le député UMP et médecin Jean Leonetti a été chargé par le Premier ministre, François Fillon, d'une mission d'évaluation de la loi de 2005 qui porte son nom, et dont il fut rapporteur.

Elle a été mise au point après l'affaire Vincent Humbert, un jeune tétraplégique dont la mort avait été provoquée médicalement à sa demande et à celle de sa famille.

Cette loi permet "l'euthanasie passive", c'est-à-dire, pour les malades atteints de pathologies incurables en phase terminale, l'arrêt des traitements et l'administration de sédatifs, même s'ils risquent d'entrainer la mort. Elle proscrit toujours cependant "l'euthanasie active", le fait de provoquer directement la mort, et à fortiori le suicide assisté.

François Fillon charge le député "d'évaluer la mise en oeuvre concrète de la loi et de faire des propositions, pour remédier à la méconnaissance ou la mauvaise application des textes et éventuellement à l'insuffisance de la législation".

Thierry Lévêque

19.3.08

S'embrouiller



«Emmanuel Brouillard est poète et écrivain, mais ce travail est alimentaire. Pour s’amuser, il est agent du Trésor public.»Voilà comment il se présentait lui-même, lors de la sortie de son dernier livre,Trois Claques pour Balzac, paru en 2007 (Castor Astral). A chacun ses pudeurs, sa façon d’assumer un gagne-pain où l’on ne s’épanouit pas, de se débrouiller avec sa vie. Ou de ne pas. Il s’appelait Emmanuel Brouillard, il avait 44 ans, et c’était son vrai nom, qui disait bien la zone floue où il se débattait, débrouillard avec les mots, embrouillé avec les choses.

Les mots, il en était une sorte de cambrioleur virtuose, aux Papous dans la tête, l’émission de France Culture à laquelle il participa de 1997 à 2005, comme dans ses textes pour le théâtre. Il courrait sans fausse honte après le calembour le plus absurde, avec la pincée de mauvais goût nécessaire pour que ce soit vraiment drôle. Dans Trois Claques pour Balzac, recueil de limericks (petits poèmes, à forme fixe et à contenu souvent grivois, d’origine anglaise), il imagine les mille et une raisons pour foutre son poing dans la gueule à un écrivain.

Par exemple, une homonymie fâcheuse : «Comme ce type s’appelait Charlus/Tous ses voisins lui disaient : suce/Il rencontre Proust/Il lui fout une rouste/Et le bout d’sa canne dans l’anus.»

Mais il y avait aussi cette réalité à laquelle il se cognait, la dépression qui le taraudait. Dimanche 2 mars, Emmanuel Brouillard s’est donné la mort. Brouillé pour toujours.

(Source : Libération du 11 mars 2008)

18.3.08

Echo

« Nous avons le gouvernement le plus répugnant qu'on puisse imaginer, le plus hypocrite, le plus méchant, le plus grossier et en même temps le plus bête, disons-nous, et naturellement ce que nous pensons est juste, et nous le disons d'ailleurs à tout moment, a dit Reger, mais lorsque nous regardons en dehors de ce pays abject, hypocrite et méchant et menteur et bête, nous voyons que les autres pays sont tout aussi menteurs et hypocrites et, tout compte fait, tout aussi abjects, a dit Reger. »

Thomas Bernhard, Maîtres anciens, Gallimard, Paris, 1988, p. 149.

Merci à Fabrice.

17.3.08

Rêver à la Suisse



Qui sont ces gouvernants, qui sont ces juges, quelles sont ces autorités médicales pour refuser à Chantal Sébire (et à d'autres) le droit élémentaire de mourir dans la dignité? Pour qui vous prenez-vous? Deux mots me viennent à l'esprit : lâcheté et hypocrisie.

15.3.08

La cible






Autoportrait tiré de Jacques Rigaut


Je vous conseille vivement d'aller faire un tour à l'hôtel Sully à Paris où se tient (jusqu'au 18 mai 2008) une passionnante exposition consacrée au merveilleux et fantaisiste univers de la carte postale. Saviez-vous qu'en 1900, en France, 52 millions de cartes ont été envoyées? Les boîtes aux lettres débordaient de cartes postales et les facteurs s'arrachaient les cheveux devant cet engouement épistolaire. Dadaïstes et surréalistes se sont enthousiasmés pour cette imagerie populaire. Paul Eluard a collectionné les cartes postales de façon obsessionnelle. L'exposition présente (entre autres) sa collection, quatre gros albums, dans lesquels il a reconstitué une "hallucination liliputienne du monde". Les "gais terroristes" adoraient également se faire tirer le portrait par les photographes installés dans les fêtes foraines, qui proposaient à leurs clients de poser dans des décors ludiques où l'on passait sa tête dans le trou d'une toile représentant un avion ou une voiture. Il existait aussi des stands de tir photographique où le tireur déclenchait la prise de vue s'il atteignait la cible dans le mille... Jacques Rigaut était un bon tireur, comme on peut le constater sur l'image ci-dessus.

11.3.08

Un été à Guéthary (2)


Le café de Madrid, hier...

Le café de Madrid, aujourd'hui...

Merci à Lola Stormy pour ces deux photographies.

Un été à Guéthary


Le café de Madrid à Guéthary

Une autre vue du café de Madrid

Rigaut et Drieu devant la maison de Guéthary (1924 ou 25)

En 1924 ou 1925, lors d'une soirée d'été probablement très agitée, Paul Chadourne, Pierre Drieu la Rochelle et Jacques Rigaut ont écrit au café de Madrid à Guéthary un "cadavre exquis" à trois mains. Si quelqu'un(e) dispose d'informations sur le Guéthary de cette époque, je suis preneur...

8.3.08

L'ami américain à Paris


Jacques Rigaut par Man Ray, 1922

PARIS (AFP) - Peintures, sculptures, photographies, objets, dessins... L'exposition "L'Atelier Man Ray" à La Pinacothèque de Paris présente jusqu'au 1er juin toutes les facettes de cet artiste américain façonné par le dadaïsme et le surréalisme.Man Ray, né à Philadelphie en 1890 et mort à Paris en 1976, est surtout connu du grand public pour son travail de photographe - portraits d'artistes ou la célébrissime photo de 1924 de Kiki de Montparnasse, dont le dos nu est orné vers le bas de deux ouies de violon.

L'exposition, qui rassemble près de 250 oeuvres, suit les quatre grandes étapes de la vie américaine et parisienne de Man Ray, vite fasciné par l'avant-garde artistique européenne. Sa rencontre à New York en 1915 avec Marcel Duchamp et Francis Picabia fut déterminante.

Avant même de venir s'installer en France en 1921, ses premières oeuvres sont déjà marquées par l'influence du cubisme ou du dadaïsme comme sur un autoportrait de 1916 (lithographie) où son visage est "remplacé" par une main rouge. Son folio "Portes tambour", dont la première page est une baguette de pain bleue, en est un autre exemple.

Dès le départ également, il fait vagabonder son imagination débordante sur tous les supports: photos, lithographies, collages, peintures, clichés-verre, pièces d'échecs, fer à repasser et passoire compris.

Quand Man Ray (né Emmanuel Radnitsky) s'installe à Paris -en 1921 puis définitivement en 1951-, "il va être accepté comme artiste à part entière. On le laisse devenir sculpteur, peintre etc, ce qui n'était pas le cas aux Etats-Unis", explique Françoise Kunzi, directrice adjointe de la Pinacothèque. "Man Ray comprend que la France c'est la liberté", résume-t-elle.

Duchamp présente Ray aux dadaïstes parisiens. Il croisera aussi pêle-mêle le couturier Paul Poiret, Jean Cocteau ou Erik Satie.

Les artistes passent devant son objectif comme Picasso dont le profil semble en relief. La photo "Les Surréalistes" où prennent la pose notamment Breton, Tzara, Dali, Ernst, Tanguy, Eluard.. et Man Ray, est un témoignage unique du bouillonnement intellectuel du moment.

"Noire et blanche" (1936), tête de Kiki couchée sur une table à côté d'un masque africain Yorouba, symbolise son amour des femmes, nombreuses dans sa vie et ses inspirations.

L'idée étant plus importante que l'oeuvre, il s'attachera souvent à reproduire un même thème comme la sculpture d'Herma, un bronze de 1919, dont les mouvements sont repris dans une lithographie de la même année "Les trois nus".

Le fameux Violon d'Ingres, photo noir et blanc au départ, est devenue en 1969 une lithographie couleurs. Le thème de l'abat-jour se retrouve à la fois dans une encre sur papier, en carton ondulé ou épreuve gélatino-argentique.

L'oeuvre de Man Ray peut être également admirée à la Tate Modern de Londres où se déroule jusqu'à fin mai une exposition consacrée au trio dadaïste Marcel Duchamp, Man Ray et Francis Picabia.

(Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine, 75008, tlj de 10h30 à 18h00, entrée 7 euros)

Annus horribilis

5.3.08

La traversée du miroir




"[...] J'ai connu autre fois un homme d'une fort médiocre beauté mais équipé d'une sensibilité si aiguë et doué d'une vélocité d'esprit tellement excessive qu'il n'avait jamais pu trouver deux fois de suite son visage sans le même miroir- il suffisait qu'il abaissât, dans un clin d'œil la paupière- il avait devant lui une autre image.

Il me dit- vous comprendrez, j'en suis sûr, que je ne me connais absolument pas moi-même. Et comme je ne connais pas davantage les autres, qui changent sous mes yeux aussi vite que ma propre image dans la glace, je commence à croire qu'il n'y a jamais eu au monde, ni personne, et à me demander ce qu'il y aurait de changer pour moi et pour les autres si nous nous décidions à anticiper sur cette fin du monde en dégradé, et dégradante, en effet, qui livre, avec tant d'indifférence l'homme aux caprices du temps

Et les hommes -détachés de l’humanité par la mort comme les grains de sable des rochers par le flot tout aussi inlassable- s’en vont un à un fournir la matière anonyme des vastes étendues de l’éternel oubli. [...]"

Pierre Reverdy in La liberté des Mers p:42-43.

29.2.08

C'est dit


Lire, mars 2008

28.2.08

London calling




"Duchamp, Man Ray, Picabia", Tate Modern, Londres, tous les jours de 10 heures à 18 heures, vendredi et samedi jusqu'à 22 heures. Entrée : 11 £. Jusqu'au 26 mai. Le film de Man Ray "Emak Bakia" avec Jacques Rigaut fait partie de l'exposition.

25.2.08

21.2.08

L'effet Werther




Merci à Danila pour cette image de l'exposition "Le suicide en face" qui se tient à la Cité des Sciences & de l'Industrie jusqu'au 6 avril 2008.


LONDRES (AFP) - Les autorités du pays de Galles, alarmées par une série inexpliquée de 17 suicides de jeunes autour de la ville de Bridgend, accusent les médias de favoriser une contagion des suicides chez des adolescents influençables.La découverte mardi du corps de Jenna Parry, 16 ans, qui s'est apparemment pendue à un arbre près de son village de Cefn Cribwr, non loin de Bridgend, est la dernière d'une macabre série.

La semaine dernière, deux cousins, Nathaniel Pritchard, 15 ans et Kelly Stephenson, 20 ans, originaires de Bridgend se sont donnés la mort à quelques heures d'intervalle. Avant eux, 14 autres jeunes gens s'étaient suicidés dans cette région de moins de 130.000 habitants entourant Bridgend, à mi-chemin entre Cardiff et Swansea, depuis janvier 2007.

Au total 16 se sont pendus -- un mode opératoire inhabituel surtout chez les jeunes filles -- et l'un d'entre eux s'est fait volontairement écraser par un train.

La série avait commencé avec la découverte du corps de Dale Crole, 18 ans, dans un bâtiment désaffecté où il s'était pendu en janvier 2007. Un an et une dizaine de suicides plus tard dans cette région, la presse britannique a commencé à évoquer un "pacte suicidaire" sur internet, et à surnommer la région le "comté des suicides".

Mais la police réfute fermement l'existence d'un quelconque pacte, et pointe du doigt la responsabilité des médias dans cette série de suicides complètement inattendus pour les familles.

"Nous n'avons trouvé aucune preuve d'un pacte suicidaire", ni d'une influence des sites de socialisations, souligne Dave Morris, chef adjoint de la police du sud du Pays de Galles. "Nous parlons aux jeunes gens à Bridgend et ce qu'ils nous disent, c'est que les médias commencent à influer sur leurs pensées concernant la manière dont ils se sentent, la pression qui pèse sur eux, ou encore comment Bridgend est stigmatisée par les médias", note-t-il.

"La couverture des médias a mis l'idée (du suicide) dans la tête de Nathaniel", accuse aussi Sharon Pritchard, dont le fils âgé de 15 ans figure parmi les victimes. Dave Morris a cependant admis que toutes les jeunes victimes utilisaient des sites de socialisation qui pourraient être un facteur de contagion plus efficace sur cette tranche d'âge que les médias traditionnels.

Et tous les suicidés de Bridgend connaissaient ou avaient un lien de parenté avec un autre jeune qui s'était précédemment donné la mort, ce qui suggère un effet d'entraînement.

Les médias soulignent aussi que le pays de Galles détient le record du taux de suicide parmi les provinces du Royaume-Uni (19,4 pour 100.000 chez les hommes contre une moyenne britannique de 17,4 pour 100.000) et insistent sur le peu de distractions offertes aux jeunes dans la région. Pourtant, si Bridgend est située dans une ex-région minière, la ville n'est pas particulièrement défavorisée, ayant réussi à attirer des groupes étrangers comme Sony ou Ford.

Plusieurs journaux britanniques ont fait leur autocritique et ont rappelé "l'effet Werther", un phénomène de contagion des suicides chez les jeunes théorisé par David Phillips, un sociologue de l'université de San Diego en Californie. Cette étude fait référence à la parution en 1774 du roman de Goethe "Les Souffrances du jeune Werther", qui avait déclenché une vague de suicides en Europe chez des jeunes gens "romantiques".

En 2006, une commission britannique de contrôle de la presse avait préconisé, pour éviter toute contagion des suicides par les médias, d'éviter "les détails excessifs sur les méthodes" employées par les suicidés. En Norvège le code de la presse va plus loin et enjoint les médias "à ne mentionner aucun suicide ou tentative de suicide" pour éviter tout effet d'entraînement.

18.2.08

Tout un monde


« Une recherche totale construit un monde
imaginaire. Lorsqu'une recherche dévore
l'âme au point de remplir une vie
entière, la ligne, la frontière entre
le document et l'imaginaire peut
s'effacer. » (George Steiner)

17.2.08

The Girl with the Bee-Stung Lips



"Je suis amoureux de Mae Murray." (Jacques Rigaut)

13.2.08

Rigaut avec un T




" (...) Inutilement je lui répéterai que mon nom prend un "t", il l'écrira toujours avec un "d". (...)" (Jacques Rigaut)

Hier soir, alors que j'entre dans la gare Montparnasse, une annonce retentit : "Monsieur [R i g od] est demandé de toute urgence sur le quai N° 2"

Plus tard, j'ouvre le journal... Etrange journée.

10.2.08

Lectures



Jean Améry, rescapé de la Shoah n'a jamais pardonné à ses bourreaux. Pour cet intellectuel autrichien, la thèse de Primo Levi sur la réconciliation après Auschwitz est une imposture. L'expérience concentrationnaire ne l'a pas rendu plus humain. Pour lui, les victimes du nazisme peuvent revendiquer le droit au ressentiment et refuser la théorie de la "banalité du mal" développée par Hannah Arendt. Jean Améry a écrit "Porter la main sur soi" l'un des plus beaux livres sur le thème du suicide, avant de mettre fin à ses jours le 17 octobre 1978 dans un hôtel de Salzbourg. Dans une dernière lettre qu'il laissa, il écrivit cette phrase en anglais :" I was a bad investment."

5.2.08

Un oui



"Deux jours plus tard, comme j'allais revoir la maison complètement abandonnée, pas encore terminée et déjà délabrée au milieu du pré humide, il m'est venu à l'esprit que j'avais dit à la Persane, au cours d'une de nos promenades dans la forêt de mélèzes, que, de nos jours, tant de jeunes se suicident, et que la société dans laquelle ces jeunes sont forcés de vivre ne comprend absolument pas pourquoi, et il m'est revenu aussi que, sans transition, et avec toute la brutalité dont j'étais capable, j'avais demandé à la Persane si elle-même se tuerait un jour. Sur quoi elle s'était contentée de rire et elle avait dit Oui."

Thomas Bernhard, Oui, Gallimard, 1980, pp. 161-162.

Merci à Fabrice Lefaix qui m'a envoyé ce texte.

1.2.08

Jacques le magnifique


La silhouette de Jacques Rigaut dans "Emak Bakia"


"Un portrait, écrit Danièle Sallenave, n'a pas à résoudre énigmes et contradictions; encore moins à les ramener à l'unité d'une réponse. Les ombres sont essentielles pour lui donner du relief et de la vie. Un portrait se doit de les faire ressortir, non de les résorber." Biographe ou portraitiste? Ni l'un, ni l'autre. J'ai parfois plus de proximité avec un archéologue ou un profiler qu'avec un historien littéraire. Ai commencé à lire la biographie de F. Scott Fitzgerald par Matthew J. Bruccoli, fruit de quarante ans (ce chiffre devrait rassurer mon éditeur) de travail. J.R. et F.S.F. se trouvaient à Long Island au même moment...