2.3.16

Le retour aux livres (2)



On oublie souvent que le biographe a également une vie et que cette vie n'est pas de tout repos. Comme tout un chacun, le biographe doit faire face à l'adversité commune de cette existence, à la bêtise ambiante, dont la toxicité n'a jamais été aussi redoutable qu'aujourd'hui. Toutes ces petites et ridicules "choses de la vie" qui semblent se liguer contre le biographe pour lui faire perdre son précieux temps qui est déjà bien gaspillé par toutes les activités chronophages que lui offre le monde moderne, sans oublier le combat quotidien contre son pire ennemi :  la tendance naturelle de l'être humain à la procrastination. Bref, depuis des mois, les livres offerts, achetés ou reçus en service de presse s'accumulent sur ma table de chevet, sans avoir pris le temps de les évoquer sur ce blog.
On se lance dans le désordre. (Bis Repetita Placent)

ACTE 1

Commençons par ce "Fils de Chien" de Vladimir Slepian, un texte court et intense, qui a été publié dans la revue "Minuit" en 1974, réédité aujourd'hui par la (bonne maison) des Editions du Chemin de fer. L'intrigue est lapidaire : le narrateur ne cesse d'avoir faim et désire devenir un chien. C'est un texte à lire à voix haute, violent comme une claque au visage, proche de la "mastication verbale" du poète Tarkos ou encore de l'autodérision de Beckett. Un texte anthropomorphique, mais également autobiographique, puisque selon la brève notice biographique imprimée en postface, son auteur "est mort de faim à Paris dans une rue de Saint-Germain-des-Prés, en 1998." A la fin du XXème siècle, dans le triangle germanopratin Flore-Lipp-Deux Magots, on pouvait donc mourir de faim dans l'indifférence générale, après avoir été adoubé par Gilles Deleuze et Félix Guattari. "Fils de chien" est le seul texte paru de Vladimir Slepian. A ce jour, aucun autre de ses écrits n'a été retrouvé. Dommage.

Extrait : "Je suis un homme, si vous voulez. /Oui, merde ! Un homme. / Un homme comme vous, avec tous ces trucs que vous faites, même si je ne les comprends pas. / Si je n'étais pas un homme, alors qu'est-ce que je pourrais être ? / Un chien ?"

ACTE 2

Je vois rarement le journaliste et écrivain Bernard Morlino, mais je le considère comme un ami. La véritable amitié ne s'embarrasse pas du quotidien.  Nous communiquons principalement par mail et à l'instar de Blaise Cendrars, l'amputé du bras droit, Bernard signe toujours sa correspondance numérique par "Ma main amie". En amitié, littéraire entre autres, Bernard Morlino s'y connaît. Il fut l'ami d'écrivains, comme Emmanuel Berl, Louis Nucera, Alphonse Boudard, ou encore Philippe Soupault. Les amitiés littéraires commencent et finissent souvent par des livres. Dans son dernier ouvrage Parce que c'était lui, publié aux éditions Ecriture (octobre 2015), Morlino recense trente-cinq amitiés entre écrivains, des amitiés littéraires d'un temps révolu. L'amitié est un sentiment en voie de disparition. Dans notre monde égocentré, on parle beaucoup et souvent mal de l'amour, mais de moins en moins de l'amitié. Bernard Morlino a inventé un néologisme pour définir une amitié aussi durable et intense que le sentiment amoureux : l'amourtié, "nom invariable, sentiment très intense qui unit des personnes en dehors de la sexualité." D'ailleurs, comment peut-on aimer véritablement quelqu'un(e) sans être son ami? Il est malheureusement fréquent de voir d'anciens "amoureux" se haïr aussi passionnément qu'ils se sont soi-disant aimés. Comme l'a écrit avec justesse La Rochefoucauld, "Il y a des gens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour." Céline enfonce le clou dans le cercueil de la sentimentalité amoureuse en ajoutant : "L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches." En ces temps narcissiques, où l'amour n'a jamais été aussi galvaudé, il est réconfortant de constater que l'amitié sincère reste une valeur sûre et indestructible. Le biographe de Berl et de Soupault offre au lecteur plus de trois cents pages d'amitiés littéraires, choisies et racontées avec talent et érudition. Une lecture jouissive qu'on peut aborder de façon non chronologique, selon nos goûts littéraires et nos envies du moment. Osons faire un name-dropping et florilège de ces amitiés littéraires : Etienne de La Boétie / Michel de Montaigne (Le disparu sauve le survivant), Giacomo Casanova / Prince de Ligne (Le flambeur apaisé par son biographe), Joris-Karl Huysmans / Lucien Descaves (L'idéaliste avec son garde du cœur), André Gide / Pierre Herbart (Les ambassadeurs de la liberté), Antonin Artaud / Jacques Prevel ( L'insurgé suivi par son ombre), André Breton / Philippe Soupault (Ils ont révolutionné le XXème siècle), Louis Aragon / Robert Desnos (L'homme de parti et l'homme sans parti), Henri Calet / Raymond Guérin (Les écrivains de l'imparfait du subjectif), Antoine Blondin / Roger Nimier (Les frères de littérature), et le meilleur pour la fin…, Pierre Drieu la Rochelle / Jacques Rigaut (Une tragique histoire d' «umour »). L'amitié entre Drieu et Rigaut avait été évoquée par certains biographes de l'auteur du Feu follet, mais jamais de manière frontale. En sept pages, Bernard Morlino résume parfaitement cette amitié ambivalente de l'entre-deux-guerres, jusqu'au suicide de Rigaut présenté comme un prologue à celui de Drieu.

Extrait : "Sous les traits de Gonzague qui fait table rase du passé artistique alors que «l'art, en donnant du prix aux sensations, offre aux hommes leur seule chance de se réaliser», on reconnaît Rigaut. Le personnage créé par Drieu n'est pas plus un lecteur qu'un écrivain. Ce portrait sans concession de Rigaut a plus froissé les amis du portraituré que le principal intéressé, fier de devenir une créature de fiction. Cependant, Rigaut n'est pas une coquille vide. Sa particularité est de refuser de faire carrière dans la littérature comme d'autres dans la coiffure, avec boutique et postiches."  

ACTE 3

J'avais dit ici-même tout le bien que je pensais d'un livre de Baudouin de Bodinat paru en 2008 aux éditions de L'Encyclopédie des Nuisances : La vie sur terre. Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes. De cet ouvrage majeur, j'avais retenu cette phrase magnifiquement limpide, très pratique pour clouer le bec aux progressistes de tout poil :  "Je ne regrette pas le passé, c'est ce présent que je trouve regrettable." De Bodinat publie peu, mais chacun de ses écrits est suffisamment dense pour nourrir un lecteur durant une décennie. Hormis quelques rares exceptions,  les fonctionnaires de l'écriture qui publient un livre par an sont souvent des prosateurs indigestes. Entre 2011 et 2015, De Bodinat avait publié "Au fond de la couche gazeuse", une suite de textes parue dans cinq numéros de la revue fario. Une revue pas donnée (28 euros), mais de haute tenue, dans le sommaire du dernier numéro, Baudouin de Bodinat était entouré entre autres de Günther Anders et d'Henri Calet… L'éditeur de cette revue a eu la bonne idée de publier en un seul volume ces cinq textes, et d'y ajouter un dernier chapitre inédit. Pour le plaisir de ses lecteurs, Baudouin de Bodinat poursuit son constat de déploration de notre monde au bord du gouffre, qu'il avait entamé dans La vie sur terre. Tout en disséquant les nombreuses tares de notre époque (promiscuité, vitesse, pollution, virtualités, laideur du paysage, aliénations, etc.), de Bodinat nous invite à nous rappeler qu'avant le désastre (un avant pas si lointain puisque nous l'avons connu) il y avait tout de même plus d'air, que les choses étaient plus solides, plus durables et plus intelligibles.  Bientôt, on visitera les vestiges de cet avant, les derniers lieux de plein air, où l'on peut encore contempler la voute céleste étoilée et entendre le chant des oiseaux à l'aube… A l'inverse, aujourd'hui, des agences de voyage proposent déjà  des visite guidées dans les ruines du capitalisme, il y a même un nom pour cette fascination de la décrépitude : la pornographie des ruines. Notre civilisation est probablement sur le point de s'éteindre. Baudouin de Bodinat nous l'annonce sereinement et que les heureux de ce monde ne pourront pas y échapper. Une annonce inéluctable, écrite avec un talent poétique inouï, ce qui en décuple sa force et rend la démonstration encore plus implacable. 

Extrait : "Par une belle après-midi calme où la vue porte loin sur le monde habité, je réalise tout à coup que je ne parviens plus à éprouver cet enthousiasme ou dilatation intérieure, ce sentiment de l'existence de l'Univers, et parmi quoi de cette vie terrestre avec l'histoire des sociétés humaines se prolongeant vers le futur, et parmi quoi sa propre présence momentanée, qui serait normal ; que c'est au contraire un découragement, des idées déprimantes de délabrement qui viennent aussitôt à l'esprit, de pénuries angoissantes à s'additionner, de progression des terres abandonnées à la dessiccation qui se constate en imagerie satellitaire, d'immensités océaniques vidées en l'espace d'une génération de tous leurs habitants comestibles, d'insalubrités à 9 milliards de terriens après-demain qui veulent manger tous les jours, d'extraordinaires désordres atmosphériques par dessus tout cela ; la pensée qui s'impose de ces villes toujours plus énormes où le genre humain vient s'amonceler sans aucune autre issue. Auparavant, lorsqu'un pays sentait le renfermé, on pouvait l'aérer en ouvrant les fenêtres sur les pays voisins ; maintenant que par la civilisation unifiée c'est toute cette vieille planète qui sent le renfermé de s'y gêner déjà à 7 milliards en même temps, à respirer là-dedans toutes fenêtres fermées, à fumer et laisser traîner les poubelles avec le recyclage de l'air en panne, etc., et tous à ressasser les mêmes croyances collectives, devant les mêmes images de plus en plus chaotiques sur les écrans pour tout le monde en même temps par distribution satellitaire, durant que leurs caméras observent de là-haut comment ça s'agite le surpeuplement au fond de la couche gazeuse à se gratter les allergies, et que cela en devient franchement irrespirable à force, voilà que ressort le projet d'un vol habité jusqu'à la planète Mars -- "À la conquête de la planète rouge !", "La plus grande aventure de l'humanité !", "L'Homme s'élance dans le cosmos !", etc. -- qui nous ferait alors en retransmission 3D comme l'idée d'un hublot pour regarder au-dehors en restant assis sur nos canapés ici sur Terre avec le taux de radioactivité. Transports souterrains un jour d'été, rames à moitié vides : sous le regard neutre des caméras de sécurité, des touristes venus visiter en low-cost des monuments reconstitués, jeunes couples maussades chaussés de baskets, vieux couples mornes, familles soucieuses chuchotantes à consulter leur plan et puis des habitants épars, divers d'âges, plutôt tous des étages d'en-bas -- ... dans les couches inférieures des classes moyennes, qui sont les débris dénués de signification d'une société désintégrée -- et donc les hommes quelconques de la modernité tardive, le tout-venant précaire du IIIe millénaire chaussé de baskets, des anonymes de la métropole mondiale sans étonnement de la médiocrité et de l'étroitesse de la vie permise à végéter là, n'y trouvant pas étranges ces interphones, portes électroniques et robots auprès desquels il faut justifier son identité, et même son existence, et caméras qui sont partout (même quand on ne le voit pas)  dès qu'on sort à l'ombre de la pyramide hiérarchique ; & à la physionomie sans beaucoup de vivacité durant qu'ils sont chacun absorbés par le maniement de leurs Smartphones, iPad, BlackBerry, portables 3G à écran tactile, e-book, ou bien feuilletant un gratuit avec des fils électriques rentrant dans leurs oreilles."



ACTE 4

Autre récent coup de foudre : Le Jardin de Babylone de Bernard Charbonneau (1910-1996), publié par Gallimard en 1969, réédité en 2002 aux Editions de l'Encyclopédie des Nuisances. Pionnier de l'écologie politique, Bernard Charbonneau a été le premier à dénoncer les ravages de notre société industrielle sur notre environnement, mais également les dérives liberticides des "défenseurs de la nature". Charbonneau évoque entre autres cette "banlieue totale" qui progresse inexorablement avec le développement anarchique des métropoles, ce cancer urbain généralisé dont les métastases dévorent la campagne, entraînant la fin du paysage, mais aussi la liquidation du monde paysan. Dans cette campagne agonisante et pourrissante, on sauvegarde quelques parcelles d'authenticité labélisées éco-tourisme où les citadins déracinés viennent se "ressourcer" en quête de primitif et de pittoresque. Bernard Charbonneau souligne également les contradictions de ceux qui souhaitent instaurer un nouvel ordre écologique au sein des villes, un totalitarisme vert qui ne cesse de multiplier les contraintes et les interdits.  Une dénonciation visionnaire des régressions de la liberté, sous prétexte écologique, illustrée récemment par le projet d'interdiction de circuler dans les grandes villes françaises pour les véhicules mis en circulation avant 2007. Pour Charbonneau la défense de la nature doit être globale : économique, démographique et politique. Un renversement radical de la pensée écologique qui jusqu'alors se contente de discours bucoliques pour camoufler son inanité.

Extrait : « Les villes anciennes étaient beaucoup moins nombreuses et beaucoup plus petites que les nôtres. Elles étaient perdues dans la nature. En hiver, la nuit, les loups venaient flairer leurs portes, et à l’aube le chant des coqs résonnait dans leurs cours. Puis un jour, avec le progrès de l’industrie, elles explosèrent, devenant un chaos. Le signe le plus voyant de la montée du chaos urbain c’est la montée des ordures. Partout où la population s’accumule, inexorablement l’air s’épaissit d’arômes, l’eau se charge de débris. La rançon du robinet, c’est l’égout. Sans cesse nous nous lavons, ce n’est plus une cuvette qui mousse, mais la Seine. Les villes sont une nébuleuse en expansion dont le rythme dépasse l’homme, une sorte de débâcle géologique, un raz de marée social, que la pensée ou l’action humaine n’arrive plus à dominer. Depuis 1960, il n’est plus question de limiter la croissance de Paris, mais de se préparer au Paris de vingt millions d’habitants dont les Champs-Élysées iront jusqu’au Havre. Les tentacules des nouveaux faubourgs évoquent irrésistiblement la prolifération d’un tissu cancéreux. La ville augmente parce qu’elle augmente, plus que jamais elle se définit comme une agglomération. La ville augmente parce que les hommes sont des êtres sociaux, heureux d’être nombreux et d’être ensemble. Il est bien évident qu’elle n’est pas le fruit d’un projet. Les hommes se sont rassemblés dans les villes pour se soustraire aux forces de la nature. Ils n’y ont que trop bien réussi ; le citadin moderne tend à être complètement pris dans un milieu artificiel. Non seulement dans la foule, mais parce que tout ce qu’il atteint est fabriqué par l’homme, pour l’utilité humaine. Au milieu des maisons, les hommes ont amené de la terre, construit un décor. Les usagers des jardins publics sont trop nombreux : regardez, mais ne touchez pas. Les coûts de Mégalopolis grandissent encore plus vite que sa taille. Il faut faire venir plus d’énergie, plus d’eau. Il faut assurer le transport des vivants, se débarrasser des cadavres et autres résidus. Il boit une eau qui n’est plus que celle, « recyclée » de ses égouts, la ville en est réduite à boire sa propre urine. Je propose en plus d’estimer en francs le mètre carré ou le mètre cube d’air pur, comme le kilowatt. Le XIXe siècle avait ses bagnes industriels, le nôtre a l’enfer quotidien du transport. Mégalopolis ne peut être sauvée que par le sacrifice, chaque jour plus poussé, de ses libertés. Après le style primitif, après l’ordre monarchique, le désordre de la période individualiste, la ruche monolithique d’une collectivité totalitaire. Si nous n’y prenons garde, en supposant un meilleur des mondes sans crise ni guerre, nous finirons dans une caverne climatisée, isolée dans ses propres résidus ; où nous aurons le nécessaire : la TV en couleur et en relief, et où il nous manquera seulement le superflu : l’air pur, l’eau claire et le silence. La ville pourrait bien devenir le lieu de l’inhumanité par excellence, une inhumanité sociale. Peut-être que si la science réussit à rendre l’individu aussi indifférencié qu’une goutte d’eau, la ville pourra grandir jusqu’à submerger la terre. Peut-être que le seul moyen de mettre un terme à la croissance inhumaine de certaines agglomérations est de laisser la pénurie atteindre un seuil qui, en manifestant avec éclat l’inconvénient d’y vivre, découragera les hommes d’y affluer. Le citadin s’est libéré en s’isolant du cosmos ; mais c’est ainsi qu’il a perdu sa liberté. Aujourd’hui, pour être libre, prendre des vacances, c’est sortir de la ville."

ACTE 5

Jaime Semprun, le fondateur des merveilleuses Editions de l'Encyclopédie des Nuisances est mort le 3 août 2010, à l'âge de 63 ans. Sa disparition n'eut presque aucun écho médiatique. Semprun fuyait les médias qui préfèrent faire le silence sur ceux qui les critiquent, à défaut de pouvoir les affronter dans une joute intellectuelle, parce qu' ils savent d'avance qu'ils en sortiraient perdants. Les amis de Jaime Semprun ont publié après son décès, des fragments d'essais inachevés sous le titre Andromaque, je pense à vous! Une belle plaquette d'une dizaine de pages où l'auteur dans une langue superbe nous fait partager son amour mélancolique pour un Paris en voie de disparition à l'image du silence, cet "instant d'enfance retrouvée". Les dernières pages sont consacrée à une descente en flammes de l'art contemporain, ce "composé de publicité, de finance spéculative et de bureaucratie culturelle." Ceux qui s'interrogent sur la déliquescence actuelle de la gauche liront L'abîme se repeuple, un texte paru en 1997 aux Nuisances, dans lequel, avant Jean-Claude Michéa, Semprun pointe du doigt les contradictions du gauchisme et son bilan désastreux qui ont mené à cette monstrueuse imposture politique qu'est la gauche libérale.

Extrait : "Pour apprécier à sa juste valeur la part du gauchisme dans la création du novhomme et dans la réquisition de la vie intérieure, il suffit de se souvenir qu'il s'est caractérisé par le dénigrement des qualités humaines et des formes de conscience liées au sentiment d'une continuité cumulative dans le temps (mémoire, opiniâtreté, fidélité, responsabilité, etc.); par l'éloge, dans son jargon publicitaire de « passions » et de « dépassements », des nouvelles aptitudes permises et exigées par une existence vouée à l'immédiat (individualisme, hédonisme, vitalité opportuniste); et enfin par l'élaboration des représentations compensatrices dont ce temps invertébré créait un besoin accru (du narcissisme de la « subjectivité » à l'intensité vide du « jeu » et de la « fête »). Puisque le temps social, historique, a été confisqué par les machines, qui stockent passé et avenir dans leurs mémoires et scénarios prospectifs, il reste aux hommes à jouir dans l'instant de leur irresponsabilité, de leur superfluité, à la façon de ce qu'on peut éprouver, en se détruisant plus expéditivement, sous l'emprise de ces drogues que le gauchisme ne s'est pas fait faute de louer. La liberté vide revendiquée à grand renfort de slogans enthousiastes était bien ce qui reste aux individus quand la production de leurs conditions d'existence leur a définitivement échappé : ramasser les rognures de temps tombées de la mégamachine. Elle est réalisée dans l'anomie et la vacuité électrisée des foules de l'abîme, pour lesquelles la mort ne signifie rien, et la vie pas davantage, qui n'ont rien à perdre, mais non plus rien à gagner, « qu'une orgie finale et terrible de vengeance » (Jack London)."



BONUS :

A signaler : une réédition d'un florilège de textes de Jacques Rigaut aux éditions Voix d'encre, sous le titre Agence Générale du Suicide, texte qui ouvre ce recueil, suivi de "Lord Patchogue", "Je serai sérieux comme le plaisir", "Roman d'un jeune homme pauvre", "Pensées et aphorismes". Tout ça pour la somme modique de 7 euros.

Teaser : Je publierai bientôt sur ce blog un entretien avec Jacques Rigaut, enfin avec le comédien Hervé Lassïnce qui tient le rôle de Jacques Rigaut dans le triptyque théâtral que Jean-Michel Ribes consacre aux trois suicidés de la société : Arthur Cravan (Michel Fau), Jacques Rigaut (Hervé Lassïnce) et Jacques Vaché (Maxime d'Aboville). L'actrice Sophie Lenoir tient le rôle de Gladys Barber. Le texte de la pièce Par-delà les marronniers est publié aux éditions Actes Sud. Représentations au théâtre du Rond-Point du 15 mars au 24 avril 2016.

Enfin, souhaitons longue vie à la nouvelle revue Raskar Kapac, "gazette artistique et inflammable" qui a le grand mérite dans son premier numéro de "ressusciter" l'écrivain Jean-René Huguenin, avec entre autres un entretien avec l'écrivain Christian Dedet qui a connu l'auteur de La Côte sauvage, mais également des extraits inédits d'un second roman que JRH avait entrepris d'écrire à la fin de l'année 1960. Sa mort en 1962, à 26 ans,au volant de sa voiture l'a empêché de l'achever. 








28.2.16

8.2.16

Le centenaire de Dada

Extrait du documentaire Viva Dada

Depuis Fitzgerald, on sait que la Suisse est un pays où fort peu d'histoires commencent, mais beaucoup s'y terminent. Une formidable histoire a pourtant débuté en Suisse. Il y a 100 ans exactement, avec l’ouverture en février 1916, à Zurich, d’une éphémère boite de nuit, le « Cabaret Voltaire », d’où vont surgir des étincelles de révolte, puis un incendie insurrectionnel et subversif qui va se propager comme une traînée de poudre à travers le monde : le mouvement Dada. La date exacte de la naissance de Dada est sujette à discussion. Certains évoquent le 5 février 1916,  date de l'ouverture du Cabaret Voltaire, d'autres, plus prudents parlent d'un "soir de février 1916". Les acteurs du mouvement affirment eux que Dada est né le 8 février 1916, lors d'une réunion agitée au fameux cabaret.

 Les dadaïstes historiques se disputeront également l'invention du mot Dada. Huelsenbeck déclarera avoir trouvé le mot par hasard avec Hugo Ball, en feuilletant un dictionnaire franco-allemand. Hans Arp s'amusera à nourrir la polémique en écrivant : "Tzara a trouvé le mot Dada le 8 février 1916 à 6 heures du soir; j'étais présent avec mes 12 enfants lorsque Tzara a prononcé pour la première fois ce nom qui a déclenché en nous un enthousiasme légitime. Cela se passait au café Terrasse à Zurich et je portais une brioche dans la narine gauche."

Dada est donc centenaire. Plus de 40 institutions en Suisse et à l'étranger célébreront cet anniversaire in situ ou sur la toile, avec des expositions, conférences, un bal costumé et même une présentation de recherches sur les traces de Dada en Inde… Le programme détaillé en ligne de ce centenaire reste fidèle à l'esprit Dada. J'ai cherché en vain dans l'agenda dada un événement à Paris, haut-lieu de la révolte dadaïste, nada!, même pas une petite réunion sous le crachin parisien, dans les jardins de l'église Saint-Julien-le-Pauvre.

 Les dadaïste parisiens pourront toujours se consoler en effectuant lors d'un dimanche forcément pluvieux un pèlerinage sur les tombes de Jacques Rigaut et de Philippe Soupault, au cimetière Montmartre. Puis, ils regarderont sur Arte le dimanche 14 février à 17h35, Viva Dada, un documentaire de Régine Abadia qui raconte l'aventure internationale de Dada. Le documentaire révèle un "scoop": la parution prochaine du recueil de textes dadaïstes  Dadaglobe , un projet éditorial de Tzara, qui devait être édité en 1921. Grâce aux recherches de l'historienne américaine Adrian Sudhalter, ce livre-objet sera enfin édité en 2016. Cerise sur le gâteau,  du 5 février au 1er mai 2016, l'exposition «DadaglobeReconstructed» à Zurich au musée Kunsthaus réunit l'ensemble des œuvres dada présentes dans le livre. Un voyage à Zurich s'impose.

 En janvier 1921, Tzara  annonçait la parution de Dadaglobe, « ouvrage des dadas de tous les pays du monde  » et dressait la longue liste des collaborateurs de cette internationale dada parmi lesquels on trouvait Jacques Rigaut. La liste des noms sera reproduite dans l’unique numéro de la revue New York Dada qui paraîtra confidentiellement en avril à New York. Quant au dossier  de Dadaglobe retrouvé dans les archives Tzara, il comporte une chemise qui contient les manuscrits destinés à paraître dans l’anthologie dadaïste. Parmi les manuscrits, celui de Jacques Rigaut  Un brillant sujet , un « roman » de quelques feuillets, qui, le projet abandonné, paraîtra un an plus tard dans la revue Littérature

On retrouve dans ce récit dédié à Breton (que son auteur sous-titre ironiquement roman) le personnage suicidaire au nom évocateur de Palentête. Ce « jeune homme sentimental » compte refaire sa vie grâce à une machine à remonter le temps en forme d’œuf géant. Cette recherche désespérée du temps perdu le mène au bord du suicide quand il se retrouve parmi ses anciennes maitresses comme un rival de lui-même. Il décide alors de poursuivre son voyage dans le temps jusqu’à la Genèse et commence un révisionnisme de l’histoire avec une injection de cyanure dans les veines d’un enfant de Judée nommé Jésus ou la mutilation du nez d’une fillette d’Egypte s’appelant Cléopâtre. Palentête revisite également l’histoire littéraire en déposant entre les mains d’Homère un recueil de poèmes de Tzara et les Lettres de guerre de Jacques Vaché… Rigaut a construit son texte suivant le principe d’écriture de l’hypothèse scientifique, comme une expérimentation sur un personnage viscéralement suicidaire. On espère retrouver Palentête et Jacques Rigaut à Zurich.

Ce post est dédié à Marc Dachy (1952-2015)



7.2.16

La machine à suicide




Synopsis "One More Time" film expérimental de Daniel Pommereulle (1967)

Une jeune femme a décidé de faire de sa mort un spectacle qu'elle va contempler pendant toute la durée du film. Nous assisterons à la longue et progressive descente d'une machine meurtrière qui doit peut-être finir par lui transpercer la gorge.

Les Editions Multiple nous convient le jeudi 11 février entre 18h30 et 20h, à la librairie du centre Pompidou (Librairie Flammarion Centre) pour le lancement du livre de Ferdinand Gouzon " Daniel Pommereulle. Huitièmement, qu'est ce que la cruauté ?"

"Les honnêtes hommes gardent souvenir de son nom.

Rêveur d’absolu, peintre sans pinceaux, chevalier foudroyé mis au ban de la société, créateur de mythes et dandy anarcho-solitaire, tout ceci ne suffit pas à résumer qui fut Daniel Pommereulle. Ce livre prend donc le parti pris d’aller explorer au plus près l’œuvre de ce flamboyant éclaireur.

À travers la figure de Daniel Pommereulle, Ferdinand Gouzon nous conte tout autant le parcours d’un plasticien à la fois poète, acteur, voyageur et cinéaste, qu’une certaine histoire de France qui va de la guerre d’Algérie aux années quatre-vingt et quatre-vingt-dix et le début du règne de l’argent roi – contre lequel Pommereulle se positionnera sans hésitation – en passant par le soulèvement de Mai 68 dont il fut l’un des plus implacables précurseurs.

Dans ce livre, nous est aussi proposé, a travers le prisme de l’œuvre de ce génie oublié du monde de l’art, le portait en creux de l’un des grands expérimentateurs d’une vie qui serait autre que sociale, une vie de combat s’attachant à viser une possible et nécessaire harmonie des contraires où l’art et la vie ne formeraient qu’une seule et belle tâche : l’expérience toujours reprise d’approcher jusqu’à la brûlure cet éclair majestueux qu’est la pensée en mouvement.

À la question « Daniel Pommereulle est-il actuel ? », ce livre répond donc par l’affirmative : oui, plus que jamais."

11.1.16

"Oh no love! you're not alone"




David Bowie à New York,
photographié deux jours avant sa mort par Jimmy King


"La dernière ligne droite ne m'effraie pas, je la regarde en face. La mort devient une entité qui est là pour être employée. Concrètement, cela signifie qu'on peut décider que son cœur va s'arrêter de battre un jour précis, un jour choisi. Et je trouve cette idée admirable, elle me fait rêver parce qu'elle ouvre des perspectives : vais-je choisir telle ou telle mort, vais-je me laisser emporter passivement? Faire quelque chose de sa mort, quelle expérience glorieuse!" (Entretien de David Bowie avec Mehdi Belhaj Kacem, Les Inrockuptibles, 1996)

21.12.15

Alain Jouffroy (11 septembre 1928 - 20 décembre 2015)


"Ecrire un poème, c'est se tirer une balle dans les mots." 

18.12.15

Les vœux boviens de Pierre Assouline




L’édito
Par Pierre Assouline
N° 563/Janvier 2016 • Le Magazine littéraire - 3


"Y a-t-il plus beau titre pour un roman que Mes amis ? N’essayez pas, c’est déjà pris, et bien pris. Il orne la couverture d’un livre inoubliable d’Emmanuel Bove, que le dernier carré de ses fidèles lecteurs s’échangent comme un mot de passe, longtemps après sa parution en 1924, encouragés par la récente et soignée réédition à l’initiative de L’Arbre vengeur, maison sise à Talence en Gironde.

C’est un livre doux et mélancolique, pathétique sans misérabilisme, écrit dans une langue oubliée. Bove avait le génie de parler de soi sans parler de lui. On ne fait pas plus discret. Pas la moindre tentation de draper ses réflexions sur les choses de la vie pour en faire des vérités universelles. Un chapitre par ami. On dirait des nouvelles. Ils s’appellent Lucie Dunois, Henri Billard, Neveu le marinier, Monsieur Lacaze, Blanche. Des héros typiques d’une littérature arrondissementière qui promènent leur mélancolie d’une terrasse de café l’autre, leurs châteaux à eux. Vus par le narrateur, un certain Victor Bâton qui est le double de l’auteur, ils sont souvent réduits ą une émeute de détails, mais si aigus et précis, et même « touchants » selon Beckett qui l’admirait, quand c’est Bove qui tient la plume. Son don d’observation est à son meilleur dans leur évocation : un épicier si gras que son tablier est plus court devant que derrière ; un Bottin dont quelques pages dépassent la tranche imprimée ; un manteau sur lequel on souffle pour savoir si c’est de la loutre ; des lèvres qui, à force d’être séparées, n’ont plus l’air d’appartenir à la même bouche ; une femme pour la première fois dénudée dont son amant d’un soir remarque le vaccin sur le bras ; un inconnu qui marche en posant le talon avant la semelle. Et lui, le narrateur, qui sillonne la ville dans l’espoir qu’un événement bouleverse enfin sa vie, emprunte toujours les escaliers de service pour mieux respirer, pauvre et ne connaissant personne, sans savoir laquelle de ces deux misères lui pèse le plus.

Sa langue est sobre ; dépouillée mais sans sécheresse, elle ne recherche pas l’effet ; c’est l’art de dire presque tout avec presque rien ; on dirait du français du monde d’avant et pas seulement en raison d’un emploi naturel et abondant de cet imparfait du subjonctif que nous ne lisons plus sans nostalgie. Humilité, insécurité, précarité, intranquillité : voilà dans quoi baigne l’atmosphère de cette galerie de portraits qui ne sont pas d’ancêtres. Avec la solitude pour leur faire cortège. La cruelle solitude, celle qu’on subit, et non la clémente, celle qu’on choisit. Dans une préface pleine d’empathie, Jean-Luc Bitton rappelle à quel point les maux de ses héros de la vie quotidienne, des personnages qu’il ne méprisait jamais, reflétaient les tourments d’Emmanuel Bove. Un absent, un inadapté, un à part. « Triste, mais jamais désespéré. » On le disait taciturne alors qu’il pensait juste à autre chose. C’est rare, un écrivain qui a du coeur. Mes amis est l’histoire de leur quête éperdue à travers la ville par un homme qui crève de ne pas en avoir. Juste pour leur confier ses peines. à défaut, nous en sommes les heureux destinataires.

Parfois, on se croirait dans un album de Sempé. N’importe lequel et plus encore le nouveau, Sincères amitiés (lire aussi page 8). L’ambiance est plus gaie que chez Bove. Franchement souriante, mais tout aussi aiguë. C’est ce petit bonhomme, sa veste dans une main, une branche dans l’autre, qui toise le ciel du haut du talus sur lequel il est juché : « J’ai toujours pardonné à ceux qui m’ont offensé. Mais j’ai la liste. » La chose (l’amitié) est évoquée comme un pacte qui ne serait jamais énoncé, ce qui prête naturellement aux pires malentendus. Interrogé, le dessinateur peine à la définir autrement qu’en la dessinant. Ce serait deux petits garçons qui ne cesseraient de se raccompagner ą leur domicile sans se résigner à se quitter. Seulement voilą : ce dessin, il l’a juste rêvé. Impossible d’aller au-delà : « Je ne sais pas comment terminer. » Tant mieux, parce que, s’il savait, ce ne serait pas de l’amitié. Avec Sempé, elle est toujours délicate, subtile, pudique, et se nourrit non de silences mais de peu de mots, juste de ce qu’il faut. Jusqu’à l’aveu : « L’énorme et insoluble problème, c’est la solitude. »

 J’ignore si Dieu est amour, mais ce serait déjà bien qu’il soit amitié. "

29.11.15

Dispersion, disparition



Myrtille Hugnet, 1971

Composition surréaliste, boîte-objet collage avec épingle, plumes, sans date.


Joyeuses Pâques, 1961.


Le 1er décembre 2015, on dispersera chez Christie's Paris la succession de Georges Hugnet, historien du mouvement dada et artiste surréaliste. Pourquoi l'État français si prompt à dépenser des sommes astronomiques dans des des projets culturels pharaoniques discutables n'est pas capable de mettre un petit million d'euros sur la table pour sauvegarder ce patrimoine artistique national?

CATALOGUE EN LIGNE

25.11.15

Swanee

Poème de Philippe Soupault dédié à Jacques Rigaut

16.11.15

Rue de la Folie


Paris, le 13 novembre 2015. @Pierre Bonnal

Façade de mon immeuble,
rue de la Folie Méricourt, Paris 11ème, le 16 novembre 2015.

11.11.15

Mort d'un jardinier



Le 3 novembre 2015, le jardinier Pascal Cribier se donnait la mort à son domicile parisien avec un fusil de chasse. Il était atteint d'une "maladie incurable non mortelle" et avait confié à ses proches son intention d'en finir. Combien de temps et de drames faudra-t-il encore pour enfin autoriser en France l'aide au suicide pour les personnes atteintes de maladies incurables mortelles ou pas?

6.11.15

Pèlerinage annuel


Tombe de Jacques Rigaut au cimetière Montmartre le 6 novembre 2015 

11.10.15

"D'ailleurs c'est toujours les autres qui meurent"


Marc Dachy ( 5 novembre 1952- 8 octobre 2015)

Dédicace d'Archives Dada

Tract d'une soirée dada le 9 juin 2011 à Paris dans une librairie aujourd'hui disparue


Ça faisait quelques longs mois que je n'avais pas de nouvelles de l'ami Marc Dachy. Aucun mail, aucune lettre, aucun SMS. Je l'imaginais en train de peaufiner cette biographie de Tzara qu'il préparait depuis des années. On devrait toujours se méfier des silences de nos amis, ils sont parfois de mauvais augure. En fait, tous ces derniers mois, Marc bataillait contre le crabe. Une bataille qu'il a perdue ce 8 octobre. Récemment, j'avais cherché son nom, en vain, parmi les commissaires de l'exposition Tzara à Strasbourg. Marc Dachy était trop dadaïste pour ces Grandes-Têtes-Molles que sont les institutions culturelles, qui ces dernières années, ont tenté de récupérer Dada. Déjà, en 2005, Marc avait été écarté de l'organisation de l'exposition DADA du Centre Pompidou. L'historien du mouvement dada s'était alors amusé à relever les centaines d'erreurs et approximations qui émaillaient l'imposant catalogue de l'exposition. La plus "hénaurme" avait été de faire mourir Marcel Duchamp à New York, alors que l'inventeur des ready-made s'est éteint à Neuilly-sur-Seine, même Wikipédia le sait. J'imagine avec quel plaisir jouissif l'auteur de Dada & les dadaïsmes s'était penché sur cette somme de plus de 1000 pages qui se voulait éruditement irréprochable. Comme Dada, Dachy n'était pas fait pour les musées, c'était un homme de terrain, un chercheur d'or, un aventurier prêt à partir au bout du monde pour remuer des archives poussiéreuses et y dénicher un poème inédit de Tzara. Il défendait son territoire, mais savait être généreux avec ceux qui l'étaient avec lui. Sa revue Luna Park était passionnante. Sans lui, il aurait manqué de nombreuses pages à l'histoire du mouvement dada. Dans son dernier livre paru en avril 2015, il commentait avec humour et érudition une revue de presse des années dada autour de Tzara et Breton. Son titre Il y a des journalistes partout, était extrait d'une citation de Tristan Tzara : "Je m'imagine que l'idiotie est partout la même, puisqu'il y a partout des journalistes."

Les obsèques de Marc Dachy auront lieu ce vendredi 16 octobre à 13h30 dans la grande salle de la coupole du Cimetière du Père-Lachaise.











7.10.15

Le sourire de Chantal

Chantal Akerman 1950-2015 

"En toute rigueur, ses gestes, ses paroles cherchaient dans le suicide une légitime, une seule conclusion. " (Jacques Rigaut)

6.10.15

Cravan à l'encan




Arthur Cravan déguisé en femme, 1994 
Mine de plomb et crayon de couleur sur papier 

Signé, daté et titré en bas  48 × 38 cm
Estimation : 1200 /1800 euros


Le 22 octobre, l'artiste franco-espagnol Eduardo Arroyo met en vente chez Piasa à Paris sa collection de documents consacrée à l'univers de la boxe. On y trouve entre autres de nombreux portraits du poète-boxeur Arthur Cravan, mais également un exemplaire de l'affiche originale du combat de boxe du 12 avril 1916 à Valencia entre Cravan et Jack Johnson. Estimation : 10 000 / 15 000 euros.
Vous pouvez consulter le catalogue en ligne.

3.9.15

Cadeau de rentrée




Pour fêter la rentrée, un petit cadeau...Vous trouverez en ligne sur mon nouveau site personnel l'intégralité du dossier "Salut à Jacques Rigaut" paru dans La Nouvelle Revue Française en 2004,
ainsi que ma postface à Lord Patchogue aux éditions du Chemin de fer (2011). Bonne lecture!

12.7.15

Vacances permanentes


Emilio Terry 

Emilio Terry & Jean-Michel Frank 

Emilio Terry & Jean-Michel Frank 


René Crevel & Jean-Michel Frank 


Jacques Porel & Madame Crosby 

Jean-Michel Frank & Paul Smara 

Marie-Blanche de Polignac & Denise Bourdet 

Paul & Georgette Chadourne

Jean Cocteau 

L'Abbé Mugnier & la Comtesse Rosita de Castries 

A. Bradenburg, Madame Jaloux, G. Salles, Edmond Jaloux, F. Cornaz

Jean-Michel Frank, Nancy Cunard, René Crevel, Jean Hugo, Georges Auric et Nora Auric 

Georges et Nora Auric, Emilio Terry 



La belle vie d'Emilio Terry
Parmi les amis intimes de Jacques Rigaut, on trouve le nom d'Emilio Terry (1890-1969), qui fréquenta tout le gotha des artistes et de la Café Society de l'entre-deux-guerres. A la mort de son père Tomasso Terry, qui, grâce au commerce du sucre, fut l'homme le plus riche de Cuba, Emilio hérita d'une fortune considérable qui lui permettra de vivre en dilettante fortuné tout en s'adonnant à ses deux passions : l'architecture et la décoration. Dans son hôtel particulier de la Place du Palais Bourbon, Emilio reçoit, selon son expression, La Terre et La Ville, c'est-à-dire les gens du monde et les artistes. Ce cénacle s'énumère dans un vertigineux name-dropping non exhaustif du bottin mondain et artistique de l'époque : George Auric et sa femme Nora, Henri Sauguet, François Poulenc, la princesse Edmond de Polignac, Marie-Blanche de Polignac, René Crevel, Jean Cocteau, Paul Chadourne et sa femme Georgette, Marc Chadourne, Jean Hugo, François Mauriac, Christian Bérard, Jacques Porel, Edmond Jaloux, Paul Morand, Garith Windsor, Jacques Viot, l'éditeur Albert Skira, le décorateur Jean-Michel Frank, Alberto Giacometti, l'abbé Mugnier, Dali, Henri de Castellane, Jean-Louis de Faucigny-Lucinge et sa femme Sylvia, Marie-Laure de Noailles, la marquise Margaret de Cuevas de Vera… Passionné de photographie, Emilio Terry a immortalisé sur la pellicule tous ses moments d'amitié et de sociabilité qu'il a vécus, des milliers de photographies prises entre 1902 et 1940, une véritable autobiographie en images. Ce fonds de photographies souvent inédites a été mis en vente aux enchères le 27 juin 2015 par la maison Osenat. Avant la dispersion, j'ai consulté les cinq albums (3269 images) proposés à la vente, dans l'espoir d'y trouver la présence de Jacques Rigaut, en vain. Lord Patchogue semble avoir échappé à l'objectif d'Emilio, qui a capturé nombreux de ses amis comme Jean-Michel Frank, Jacques Porel, René Crevel, Paul Chadourne ou Raoul de Roussy de Sales. Emilio Terry est souvent présent sur les photographies. Toujours souriant, derrière ses lunettes rondes, il semble heureux de sa belle vie qui ressemble à des vacances permanentes. La fortune n'explique pas ce bonheur de vivre, il existe des gens fortunés malheureux. C'est un art de vivre, une philosophie de vie. Quelque chose d'inné, ce je ne sais quoi qui ne s'achète pas. Je souhaite de belles vacances à ceux qui partent et à ceux qui restent. Je vous donne rendez-vous à la rentrée.


SOURCES : Catalogue de la vente "L'esprit du XXème siècle" Osenat Paris-Fontainebleau (juin 2015) Marijke Verhaar, Salvador Dalí et le mécénat du Zodiaque (2012).


22.6.15

Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter une femme qui voyage avec son suicide à la boutonnière.

« Laura », 24 ans, sera euthanasiée cet été. Elle est en excellente santé[sic]


La Belgique est en train de devenir folle. Et ceux qui prévenaient, lorsqu'elle adoptait l’une des premières lois d’euthanasie au monde, qu’elle s’engageait sur une pente glissante qui l’enfonce de plus en plus loin dans l’horreur voient leurs avertissements confirmés. La dernière histoire en date est contée par le quotidien belge De Morgen, qui a rencontré « Laura », 24 ans, candidate à l’euthanasie. Elle est en excellente santé physique. De nombreux amis l’entourent. Elle apprécie de sortir – au théâtre notamment – et elle aime le bon café. Sa vie prendra fin cet été. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas envie de vivre. Les dépressions la tourmentent : depuis trop longtemps, elle s’imagine que « vivre, ce n’est pas son truc ».

L’histoire de la jeune femme est terrible. Elle naît dans une famille qui éclatera du fait de la violence et de l’alcoolisme de son père : la séparation s’imposera en raison du danger et la petite passera beaucoup de temps chez ses grands-parents maternels, qui lui offrent sécurité, affection, structure. Malgré tout, dès la grande section, elle se demande se qu’elle fait sur terre. A six ans, elle rêve de se tuer. C’est le début d’un long tunnel, qui passera par l’automutilation, l’incompréhension, les souffrances.

Laura a besoin de croire que ce n’est pas son enfance chaotique qui lui a donné ce désir d’autodestruction : « Même si elle a contribué à ma souffrance, je suis convaincue que j’aurais eu ce désir de mort si j’avais grandi dans une famille tranquille et stable. Je n’ai tout simplement jamais voulu vivre. »

Après une scolarité difficile, marquée par les comportements autodestructeurs dont la gravité n’a pas frappé les responsables de l’école, « Laura » se lance dans le théâtre, emménage avec une amie : « J’avais tout en fait : un appartement sympa, une passion amoureuse très agréable, j’étais occupée à plein temps par le théâtre ». La voilà donc au sein d’une relation homosexuelle qu’elle lâche après s’être disputée avec son amie en raison de sa dépression.

A ce moment-là un psychiatre la met au défi de se faire interner, en abandonnant le théâtre. Elle se laisse convaincre et découvre une vie « lourde » : ses automutilations augmentent en intensité, elle se frappe contre les murs. Elle a l’impression d’abriter un monstre qui cherche à s’échapper de son corps. L’agressivité, la colère, la douleur ne sont en rien soignés par les psychiatres et Laura est une patiente si difficile qu’elle est régulièrement renvoyée chez elle pour que le personnel puisse souffler.

C’est à l’asile psychiatrique qu’elle rencontre « Sarah », qui organise précisément sa propre euthanasie. « Laura » est séduite : les deux femmes parlent de la mort et elle décide de réclamer elle aussi une piqûre mortelle.

Entre la demande et l’exécution, il faut compter entre un an et dix-huit mois. Laura l’a faite ; l’échéance est pour l’été. Il lui a fallu d’abord acquérir la conviction – à l’aide de sa thérapie – que son enfance n’était pas la cause de ses souffrances, mais quelque chose qu’elle porte en elle.

Poignant récit… Abîmée par la vie, par la désespérance qui la hante, par on ne sait quelles thérapies et autres pédagogies qui ont peut-être aggravé sa situation. Laura ne se supporte pas… Elle souffre d’un mal de notre temps, lié à l’identité et à l’être.

Trois médecins ont décidé qu’elle souffrait de manière insupportable et qu’elle doit pouvoir mourir.

A l’heure actuelle, Laura s’efforce d’offrir à ses proches – sa mère, ses grands-parents – le plus de présence possible. Et elle organise tout : sa mort dans le studio où elle passe deux jours par semaine, ses funérailles… « Je trouve cela agréable d’y penser. »

Elle prépare ses dernières paroles.

Voilà où mène l’autonomie du patient, poussée à l’extrême.

Voilà où mène la faillite d’un système qui ne sait plus donner de raisons de vivre.




AGENCE GÉNÉRALE DU SUICIDE 



Société reconnue d’utilité publique.
Capital : 5 000 000 de francs.
Siège principal à Paris : 73, boulevard Montparnasse.
Succursales à Lyon, Bordeaux, Marseille, Dublin, Monte-Carlo,
San Francisco.

Grâce à des dispositifs modernes, l’A.G.S. est heureuse d’annoncer à ses clients qu’elle leur procure une MORT ASSURÉE et IMMÉDIATE, ce qui ne manquera pas de séduire ceux qui ont été détournés du suicide par la crainte de « se rater ». C’est en pensant à l’élimination des désespérés, élément de contamination redoutable dans une société, que M. le ministre de l’Intérieur a bien voulu honorer notre Établissement de sa présidence d’honneur.
D’autre part, l’A.G.S. offre enfin un moyen un peu correct de quitter la vie, la mort étant de toutes les défaillances celle dont on ne s’excuse jamais. C’est ainsi qu’ont été organisés les express-enterrements : repas, défilé des amis et des relations, photographie (ou moulage du visage après la mort, au choix), remise des souvenirs, suicide, mise en bière, cérémonie religieuse (facultative), transport du cadavre au cimetière. L’A.G.S. se charge d’exécuter les dernières volontés de MM. ses clients.
NOTA. – En aucun cas, l’établissement n’étant pas assimilé à la voie publique, les cadavres ne seront transportés à la Morgue, ceci pour rassurer quelques familles.

TARIF

Électrocution…………………………………………….         200 fr.
Revolver……………………………………………………         100 fr.
Poison………………………………………………………          100 fr.
Noyade……………………………………………………..           50 fr.
Mort parfumée (taxe de luxe comprise………..  500 fr.
Pendaison. Suicide pour pauvres. (La corde est
vendue au prix de 20 fr. le mètre et 5 fr. pour 10 centi-
mètres supplémentaires.)……………………………        5 fr.


Demander le Catalogue spécial aux Express-enterrements. Pour tous renseignements s’adresser à M. J. Rigaut, Administrateur principal, 73, boulevard Montparnasse, Paris (6e). Il ne sera fait aucune réponse aux personnes exprimant le désir d’assister à un suicide.

15.6.15

Ce soir sur Arte



A ne pas rater, sur Arte ce soir à 22h30, l'excellente version norvégienne du Feu follet.



Une angoisse...




Ébauche inédite d'une préface à la biographie de Jacques Rigaut, Daniel Darc, août 2007


"Tous les chemins mènent à mort. Ça suffit. Hop ! Tout est là ! Jacques Rigolo en quelque sorte. Drieu avait du talent, lui. Ça gêne le talent. Ça prend de la place. Plus d’endroit pour loger le génie…comme on loge une balle. Perdue, mais pas pour tous. Précise, en pleine poitrine. Les rōnin avant d’aller au combat jeûnaient plusieurs jours pour ne pas se répandre en merde au cas où le sabre les trancherait en deux. Jacques Rigaut a-t-il fait ça ? En tout cas, ça me plaît de le penser. Et puis la balle, n’était-ce pas justement pour éviter de se répandre. Ecrire on s’en fout. Il faut savoir se retenir. Nous sommes tous des dandys, nous portons les mêmes cravates serrées autour du cou ou du coude, selon les moments ou les besoins."  

21.5.15

Dans crève-cœur y a cœur


"Une angoisse docteur? c'est pas une angoisse, c'est une angoisse perpétuelle." 
(Alain Leroy au docteur La Barbinais)


6.5.15

Des (bonnes) nouvelles d'Henri Calet




"Je travaille en ce moment à un guide de Paris où j'ai choisi de parler des XIXe et XXe arrondissements , ce qui m'a conduit à faire quelques balades assez déprimantes aux abattoirs de la Villette et aux Buttes-Chaumont", écrit Henri Calet à son ami Georges Henein le 30 mars 1949. Ce "guide de Paris" restera inédit jusqu'à aujourd'hui. Le grand exhumateur de Calet, Jean-Pierre Baril, nous explique dans une éclairante préface le cheminement compliqué de ces balades parisiennes que l'auteur de Peau d'ours tentera vainement de publier entre 1950 et 1955, sous le titre Huit quartiers de roture. Henri Calet est le chef de file cette littérature  dite arrondissementière, ce journalisme intimiste où l'auteur invite le lecteur à le suivre dans une déambulation autobiographique et poético-littéraire des quartiers de Paris, en dehors des sentiers battus. Pour son projet, Calet rassemble quelques-uns de ses articles d'écrivain-voyageur en zone urbaine, déjà parus dans la presse, puis arpente les rues des XIXe et XXe arrondissements qui lui sont familiers, puisqu'il s'agit de sa terre natale. Comme le souligne Jean-Pierre Baril, Calet se met "à l'écoute de lui-même, de ses sensations, et du bruit de son pas sur l'asphalte. C'est le bruissement de la ville, c'est son cœur, c'est son battement secret qui l'intéresse." Malgré un contrat d'édition signé, le projet achevé restera dans les archives de l'écrivain.  Pour autant, Calet ne se décourage pas et propose l'adaptation radiophonique  de son projet au directeur de la Radiodiffusion française. Huit quartiers de roture sera finalement diffusé sur les ondes françaises durant l'automne 1952. Le Dilettante qui publie aujourd'hui les versions inédites du texte a eu la bonne idée d'insérer dans l'ouvrage un CD comportant de larges extraits de la version radiophonique. On peut y entendre avec émotion la voix chaleureuse et rocailleuse de Calet qui lit son texte avec une diction merveilleuse, parfois teintée d'ironie, un montage poétique de narration et de musique, une mise en ondes parfaitement réussie. "J'aime ces faubourgs pauvres où il n'y a rien à voir. On croise le minimum de gens, on se sent presque seul, on s'enfonce dans une agréable mélancolie, au risque d'y perdre pied, insensiblement", écrit Calet, aux environs de la place Gambetta. Puis, il invite le lecteur à suivre ses pas dans les allées ombragées du cimetière du Père-Lachaise. On contemple avec lui la vue panoramique sur Paris, de la terrasse de la chapelle, d'où Rastignac lança sa fameuse apostrophe à la capitale : "A nous deux maintenant!" A son habitude, Calet apporte quelques touches humoristiques qui rendent la balade souriante, dans un lieu qui, au premier abord, n'incite guère à sourire : "Je ne rencontrais personne, hormis quelques vieillards assis légèrement sur des bancs où l'on dirait qu'ils cherchent à prendre des habitudes." Après le succès de l'adaptation radiophonique de ses promenades, Calet fit une dernière tentative pour publier Huit quartiers de roture. Les éditions Grasset et d'autres maisons refuseront le manuscrit. Calet aurait aimé poursuivre ses dérives psychogéographiques à travers la ville, et écrire un livre sur Paris, arrondissement par arrondissement. La maladie l'en empêchera. Son cœur usé s'arrêtera de battre un 14 juillet 1956. Quelques jours avant sa mort, il écrira ces notes dans son agenda : « C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »

Henri Calet, Huit quartiers de roture, établissement du texte, notes, préface et postface de Jean-Pierre Baril, un CD inclus, éditions Le Dilettante, mai 2015, 19 euros.  






2.5.15

Rigaut chez l'homme pressé




"Cher ami,
Ne trouvez-vous pas qu'il y a dans le goût de la mort, chez Drieu, quelque chose d'aussi désuet que dans le romantisme ; cela date d'avant la bombe atomique. Depuis, on ne peut plus parler de la mort de la même façon, même si l'on doit en parler. Avez-vous connu Jacques Rigaut quand il était le secrétaire de J.E. Blanche ? Moi, oui. Il venait me voir avenue Charles Floquet, mais m'a toujours caché la drogue. [...]"


Lettre de Paul Morand à Jacques Chardonne du 15 septembre 1963
Remerciements à Bertrand Lacarelle



19.4.15

"Rendez-vous dans le jardin de l'église"





Ce jour-là, J.R. est mal en point, probablement à cause d’excès alcoolisés ou opiacés de la nuit, il vomit dans un coin. Le mauvais temps persistant, commence à décourager le public et incite Breton à prendre la parole. Malgré l’enthousiasme Dada, le public refroidi par la météo hostile et la tristesse de l’endroit, déserte rapidement la manifestation qui tourne au fiasco.

Le tract original de cette journée pluvieuse sera en vente à Berlin le 2 mai 2015.

17.4.15

Mort d'un biographe



Hommage à Jean-Jacques Lefrère, le biographe de Rimbaud disparu
hier à l'âge de 60 ans. "La vie est la farce à mener par tous."

8.4.15

Dix ans




Cadeau anniversaire (10 ans que ce blog existe) : le manuscrit original de la chanson "Rock'n Roll Suicide" écrite et interprétée par Ziggy Stardust a.k.a David Bowie. Une chanson on ne peut plus rigaltienne. L'expo à la Philharmonie de Paris vaut le détour, malgré l'exiguïté du lieu (évitez les jours d'affluence). On y apprend entre autres que Bowie a été influencé par Dada à Paris : l'un de ses costumes de scène reproduit l'un des costumes créés par Sonia Delaunay pour la soirée dadaïste "Le cœur à barbe" du vendredi 6 juillet 1923, sur la scène du théâtre Michel. Cette ultime manifestation dadaïste qui, pour la première fois dans l’histoire du mouvement tourne au pugilat entre « amis », marque la scission définitive entre Dada et le surréalisme à venir. Un invité de Tzara, le peintre hollandais Théo van Doesburg note la présence de J.R. dans les rangs des fauteurs de troubles...

7.4.15

Un an




L'écrivain Bertrand Delcour est mort il y a un an dans son sommeil la nuit du 7 au 8 avril 2014. Je pense souvent à lui, tendrement. J'espère un jour aller me recueillir sur sa tombe, y déposer quelques fleurs sauvages et prières. J'aimerais aussi passer du temps dans sa bibliothèque probablement merveilleuse, plus de 5000 ouvrages. Je suis sûr que je le retrouverai là, entre les pages, entre les lignes. Il (me) manque terriblement.

"Je me suis amusé à mettre 6 ou 7 morceaux de musique pure pour voir où Facebook en était avec ses oreilles. J'ai volontairement choisi des pièces extraordinaires : l'adagio assai du concerto en sol, le 9 eme quatuor de Chostakovitch, La Muse et le Poète de Saint-Saens etc... Le résultat est un triple zéro. Je suis ravi. Vous êtes tous des porcs et méritez de finir comme des cochons. Mangez vos patates et soyez sourds." (Bertrand Delcour,statut du 29 janvier 2013)

"Pour savoir écrire, il faut avoir lu, et pour savoir lire, il faut savoir vivre." (statut B.D. du 28 aout 2012) [Citation de Guy Debord extraite de son Panégyrique (tome premier) paru en 1989.]

19.3.15

Va chier le pohète!




Comme toutes les autres années, Jacques Vaché a refusé toutes les séances de signatures du salon du livre. En revanche, ses lecteurs pourront le retrouver le samedi 21 mars 2015 entre 16h et 17h sur France Culture.