7.10.06

Prénoms composés



"Les peintres, comme les écrivains qu'il [Blanche] a aimés, c'étaient ceux qui devaient être grands un jour, un jour que lui vivait par anticipation, de sorte que ses jugements resteront vrais." (Marcel Proust)

Deux parutions qui me réjouissent. La biographie de Jacques-Emile Blanche par Georges-Paul Collet et la (superbe) monographie de Pierre-Emmanuel Martin Vivier consacrée à Jean-Michel Frank. Rappelons que Rigaut fut, de 1919 à 1923, le secrétaire particulier et l'ami de Blanche. Quant au décorateur Jean-Michel Frank, il faisait partie des amitiés mondaines de J.R. Des destins étrangement liés, ils se retrouveront ensemble dans la même clinique parisienne et Frank se donnera la mort le 8 mars 1941 en se jetant d'un building à New York où Rigaut a vécu.

5.10.06

Exhumation poétique


Philippe Soupault en 1928 par Bérénice Abbott.

Soupault a écrit plusieurs poèmes en hommage à son ami J.R. Je ne connaissais pas celui que m'a envoyé un internaute américain francophile et admirateur de Rigaut. Je le remercie pour ce cadeau inattendu que j'avais envie de partager avec les lecteurs du blog Rigaut. Un émouvant poème quand on connaît la vie de Lord Patchogue. Enjoy!


SWANEE

à Jacques Rigaut

Mes Mains tremblent
comme celles d'un brave garçon alcoolique
pour les caresses
mes cheveux tombent
comme des larmes
comme des plumes
et mes dents sont noires de colère
On voit de petits champs de courses
et de vastes champs de tabac
dans mes yeux
on voit des orangers en fleurs
des buissons de monnaie du pape
quand je ris
quand je pleure
on ne voit rien
Quatre Quatre Quatre
Ma vie est un bouton de nacre
Ma vie est un roseau chantant
Ma vie est un enfant à quatre pattes
Ces histoires que l'on racontera
sont longues
comme les fumées sans feu
Et puis il y a moi
Mes oreilles sont bien à moi
comme mes oiseaux
et posés sur le visage pour l'esthétique
On dit oui on dit non
et je me cache dans la fumée
de ma bonne petite cigarette
qui craque
et qui dit oui et qui dit non
quand j'enfile mon veston
et qu'avec toute la gravité désirable
je prends un peigne le matin
je ne regarde pas dans la glace
en disant Quel joli garçon
mais je vois une petite pendule
qui fait tac tac
et qui m'ennuie Swanee
comme le calendrier de mon grand'père.

Philippe Soupault, 'Wang Wang', 1924.
Anthologie de la Nouvelle Poèsie Française
chez Simon Kra/Sagittaire, 1924


J'ai aussitôt demandé quelques renseignements sur ce poème à un ami, amoureux de Soupault, son biographe Bernard Morlino.Il ne m'a pas encore répondu sur son titre, "Swanee", qui peut-être fait référence à la célèbre chanson de Georges Gershwin. Extraits de cette correspondance matinale :

"Oui, je le connaissais, avec un titre pareil, mais je ne savais pas qu'il était pour Rigaut. Dire que Soupault a écrit un poème sur moi...Un jour je lui ai dit si Breton et vous aviez été homos on n'aurait pas eu "Les Champs magnétiques". On se marrait bien ensemble. Il me recevait toujours à 16 h 00, la porte grande ouverte car j'étais toujours à l'heure et il se demandait comment je faisais, venant de Montmartre le voir Porte d'Auteuil. Il y a tant à dire. Dommage que tu n'aies pas connu JR. Le pire ce fut quand on est allé avec sa femme déclaré sa mort à la mairie. L'Etat civil avec NAISSANCE, DECES... Dégoût de la vie à ce moment là. Le petit bébé Soupault mort. Dix ans avec Soupault trois fois par mois, et plus quand j'écrivais sa bio. Voilà une oeuvre en soi. Un soir, il me téléphone et me dit: "Bernard je vous appelle parce que je suis votre ami. Bonne nuit. Un jour Breton a fait pareil quand j'ai quitté une amie. Et comme vous aussi..." Tu peux pas l'inventer ça. Il m'a fait du bien. J'arrête car la perte de S. c'est une plaie ouverte chez moi."

Philippe Soupault a été l'ami de Rigaut, mais également d'Emmanuel Bove dont on parle beaucoup en ce moment avec l'adaptation cinématographique (réussie) d'un de ses romans, "Le Pressentiment", par le comédien Jean-Pierre Darroussin. Bove, Soupault, Rigaut...des univers dont la proximité est troublante. En 2006, certains parlent encore d'écrivains mineurs.Minores, majores... Je préfère parler d'une famille de "désemparés" de la littérature, une cohorte d'insoumis et de réprouvés qui, comme l'a évoqué Edmond Jaloux "refusant les conditions communes du monde, se jetèrent dans une aventure de caractère absolu."




30.9.06

Intermittents de la littérature


Jacques Rigaut, Tristan Tzara, André Breton.

Revu B.M. qui m'ouvre de nouveau sa bibliothèque d'érudit. De lui une journaliste disait : "A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il vous renseignera sur la couleur d'un ruban d'Aimée de Coigny, la jeune captive, l'emploi du temps du prince de Ligne le 24 septembre 1873 ou les singularités amoureuses de Claude Gellée, dit le Lorrain. B.M. a souvent raison à propos des uns et des autres et se trompe rarement sur les faits et les dates. Je pars de chez lui avec de nouvelles informations et les bras chargés de livres dont les souvenirs de la peintre Alice Alicka.

Reçu mail d'une amie dont j'apprécie le soutien. Extrait : "(...) J'ai appris ce soir par la bouche de Florian Zeller (je matais Vol de Nuit, hein, j'étais pas au Flore) que la Bourse Goncourt pour les bios venait d'être attribuée à .... 4500 euros, c'est cette bourse. Je trouve même pas les mots tellement c'est gerbant. Tu vois, les trucs privés même super bien doté comme la Bourse Hachette, quand c'est Zeller *puis* Jessica Nelson qui la chopent, c'est énervant, mais bon, c'est Lagardère, c'est du mècénat, ça ne veut rien dire, c'est pas grave. Mais là c'est une bourse de recherche. Qui va servir à acheter des sacs .... Et quand même là, faut pas charrier. J'ai pensé à toi et aux gens comme toi, qui travaillent sérieusement, qui effectuent des recherches sur le terrain..."

L'argent, le soi-disant nerf de la guerre... Depuis trois ans, je travaille à temps complet sur cette biographie. Malgré les bourses et à-valoir, c'est grâce à mes fonds personnels que j'ai pu consacrer tout mon temps à J.R., qui le mérite bien. Aujourd'hui, j'ai atteint mes limites financières, avant d'être vraiment dans le rouge, je dois songer à ma "réinsertion professionnelle". Je travaillerai donc sur cette biographie à mes heures de loisir, à moins qu'un mécène ne se manifeste ou que mon éditeur décide de me salarier (ce que font les éditeurs américains avec leurs biographes) pour que ce livre paraisse dans les meilleurs délais. Ces deux éventualités étant très improbables, il me reste à trouver un job qui me permette de continuer cette entreprise biographique. "Ce qui est bon pour vous, pour moi peut n'être pas mauvais." (Jacques Rigaut)

Pour rester dans le sujet, un ouvrage sociologique sur les intermittents du livre vient de paraître. Géraldine Bois et Bernard Lahire ont enquêté pendant trois ans sur La Condition littéraire en France. Un livre probablement instructif que devraient lire attentivement ceux qui décident de la politique culturelle dans les ministères.

Pas encore fini le Cravan de Dagen, mais je suis assez d'accord avec mon ami Bernard Morlino qui m'a envoyé ce laconique mail : Arthur Cravan: "Philippe Dagen est mort noyé dans son livre" (Grassouillet) 299 euros, 17,90 pages.

Jefferson rencontré au prix Roman de la FNAC (qui met dix jours à vous envoyer un livre acheté sur leur site) m'assure que Debord mentionne Rigaut dans ses textes. Il a aperçu le nom de J.R. dans les oeuvres de Guy Debord publiées par Gallimard. Pas d'index...le Quarto fait 1904 pages...

Pour finir sur une note d'espoir, ai rencontré l'enthousiaste Jean-Baptiste Gendarme (c'est son vrai nom?), le rédacteur en chef de la revue littéraire "décapage" qui dans son dernier numéro publie un texte de Michel Déon. Rien que pour ça, cette revue à 3 euros reconnue d'inutilité publique mérite votre attention.


"C'est comme ça et je vous emmerde." (Jacques Rigaut)



26.9.06

Arthur et Philippe sont dans un bateau...



Ai reçu ce matin par la poste (merci Elsa) le roman de Philippe Dagen inspiré par les vies du poète-boxeur Arthur Cravan. Le procédé littéraire fiction biographique est un exercice séduisant mais casse-gueule... J'en suis à la page 62, je réserve mon avis la lecture achevée. Au début de son "roman" Dagen évoque les différentes thèses au sujet de la disparition du neveu d'Oscar Wilde avec cette affirmation-objection : "Arthur Cravan n'est pas mort noyé dans le golfe du Mexique." Aujourd'hui encore la mort de Cravan reste une énigme. Malgré les louables efforts de Maria Lluisa Borras qui raconte dans son livre "Cravan. Une stratégie du scandale" la brève vie du fondateur de la revue "Maintenant", on n'est pas plus éclairé. La période mexicaine de la vie de Cravan mériterait une investigation poussée. Il est impossible que "Colossus" n'ait pas laissé de traces de ses pérégrinations au Mexique. Avis aux candidats. De toutes les versions de la disparition de Cravan, j'ai retenu la plus récente et la plus poétique, celle du biographe de sa femme Mina Loy : " Cravan was so excited that he decided to test the boat that same day. While Mina waved from the pier, a breeze caught the sail and Cravan set off. She watched the boat rush toward the open sea and the sail dip out of sight. As his friends waited nervously for him to return from Puerto Angel, she grew worried. After several days, when there was no sign of him, Mina became so frightened that she could neither speak nor move. She waited for him on the beach, wrapped up in his coat. But Cravan did not return. She never saw again." ("Becoming Modern, The Life of Mina Loy" par Carolyn Burke)

On m'a souvent posé la question : quelle aurait été la vie de Jacques Rigaut s'il ne s'était pas suicidé? J'en ai aucune idée et je laisse le soin à d'autres de lui (ré) inventer une vie. Je songe à l'ami de J.R., Pierre de Massot qui refusant tout compromis a fini sa vie dans la pauvreté. Quant à Rigaut, il s'était amusé dans le texte Un brillant sujet à imaginer une machine à remonter le temps dont le héros Palentête (balle en tête?) se servait pour refaire sa vie...

Julien Cernobori, journaliste à France Inter est venu m'interviewer dans le cadre d'une émission qui sera consacrée à Emmanuel Bove et à la sortie du film "Le Pressentiment". Cette émission "L'humeur vagabonde" sera diffusée sur France Inter le jeudi 28 septembre à 20h10. L'invité sera Jean-Pierre Darroussin, réalisateur et rôle principal du film.

23.9.06

Tout (ou presque) sur Henri Calet


Jean-Pierre Baril lors de sa soutenance de thèse à la Sorbonne.

"Docteur ès Lettres avec la mention Très Honorable et les félicitations du jury, à l'unanimité." Ce 21 septembre 2006, dans une salle du service des doctorats de la Sorbonne, après quatre heures de discussions, de débats (passionnés et passionnants) et de délibérations, le jury rendait ainsi son verdict concernant la thèse du doctorant Jean-Pierre Baril. Ce titre élogieux et mérité mettait un point final à dix années de recherches sur la vie et l'oeuvre d'Henri Calet qui écrivit dans Peau d'ours son dernier livre posthume :"Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes." (Fameuse citation reprise par le chanteur Miossec dans son dernier album : "L'étreinte".) La consécration universitaire de ce travail monumental aura des suites promises par Jean-Pierre Baril : la publication de textes inédits de l'auteur de La Belle Lurette et une grande biographie attendue avec impatience par les admirateurs de Calet.

Voici quelques détails sur cette thèse et des extraits de son introduction. Merci à Jean-Pierre Baril de m'avoir autorisé cette publication.


THESE DE DOCTORAT EN LITTERATURE ET CIVILISATION FRANÇAISE
UNIVERSITE DE PARIS III-SORBONNE NOUVELLE



Titre : Henri Calet. Bibliogaphie critique 1931-2003


Volume I : L'Oeuvre d'Henri Calet
[Écrits littéraires, radiophoniques et cinématographiques 1931-2003.]
401 pages.

Volume II : L'Oeuvre d'Henri Calet
[Écrits littéraires, radiophoniques et cinématographiques 1931-2003.]
402 pages.

L'ensemble formé par les vol. I et II comprend donc 803 pages, auxquelles s'ajoutent 35 illustrations noir et blanc et couleurs.

Volume III : Le Tout sur Calet (ou presque)
[La réception critique 1934-2003.]
463 pages. 1 illustration noir et blanc.

Les trois volumes comportent donc 1266 pages auxquelles s'ajoutent 36 illustrations noir et blanc et couleurs, numérotées en chiffres romains.
Au total, par conséquent : 1266 + 36 = 1302 pages.

le jury :

Marc Dambre, directeur de thèse (université de Paris III)
Alain Schaffner, président du jury (université de Paris III)
Yves Baudelle (université de Lille III)
Dominique Rabaté (université de Bordeaux 3)
Raymond-Josué Seckel (Bibliothèque nationale de France)


Extraits de l'introduction

"L'établissement d'une bibliographie critique des écrits de Calet se justifie par une raison sans doute plus essentielle encore, qui tient à la diversité et à la grande complexité de son oeuvre. Si Calet ne fit paraître qu'une quinzaine d'ouvrages, de 1935 à sa mort, il est aussi l'auteur de 528 textes écrits et publiés de 1933 à nos jours, auxquels s'ajoutent Huit quartiers de roture, une trentaine d'inédits et de nombreux écrits radiophoniques, télévisuels ou cinématographiques. On pourrait dire à juste titre que ce chiffre n'est pas très élevé pour un écrivain qui fut aussi journaliste et homme de radio plus d'une dizaine d'années. Mais la complexité de son oeuvre ne tient pas seulement à la quantité des textes publiés ni à leur dispersion. Elle réside avant tout dans le fait qu'après-guerre, Calet n'a cessé de remanier ses articles afin de les utiliser dans les divers domaines de son activité. Telle chronique parue en périodique (parfois reprise ailleurs et sous des titres différents) constituera la matière première d'un chapitre du Tout sur le tout, d'un ouvrage inédit, d'un recueil d'articles, d'une émission radiophonique et même d'un projet de film... Si cette circulation des textes ne lui est pas spécifique - on connaît d'autres experts paresseux dans l'art du recyclage -, Calet a tout de même exercé cette pratique avec une dextérité qui m'a plusieurs fois confondu. À partir du Tout sur le tout, l'écrivain-journaliste se fait donc l'inventeur d'une nouvelle manière d'écrire et surtout de composer ses ouvrages, petite fabrique de chroniques en tous genres et à son propre usage d'où sortiront bientôt Rêver à la suisse, Huit quartiers de roture ou Les Grandes Largeurs."

"La découverte d'un fonds d'archives d'une extrême richesse, resté longtemps inexploré, et l'oeuvre même de Calet, riche de centaines de textes suivant parfois des réseaux fort complexes - ces deux éléments justifient amplement à mes yeux le désir d'entreprendre une bibliographie raisonnée. Mais j'ai aussi poursuivi ce travail pour des raisons plus personnelles puisque après plusieurs années de recherches, j'ai souhaité faire paraître quelques recueils d'articles et diverses correspondances de l'écrivain. Pour mener à bien ces projets éditoriaux, il me fallait un instrument de recherche fiable et solide, si possible complet, qui me permettrait de ne pas rééditer les erreurs du passé concernant la publication de l'oeuvre posthume de Calet. C'est donc aussi dans ce but que j'ai forgé cet outil qui n'existait pas, dont j'avais le plus grand besoin - et je mentirais comme un arracheur de dents si je disais qu'il ne m'a pas servi... Par ailleurs, préparant une biographie de l'écrivain, je me suis nécessairement penché sur diverses correspondances de Calet. Or, si la correspondance d'un écrivain permet parfois de préciser les circonstances dans lesquelles un texte fut publié, et même de temps à autre la découverte d'un périodique ou d'un texte dont vous ignoriez jusque-là l'existence, il faut reconnaître qu'en sens inverse, l'existence d'une bibliographie facilite considérablement l'établissement et l'annotation d'une correspondance. Je crois également, tout du moins dans son travail de préparation, que la tâche et le devoir d'un biographe sont ceux d'un historien. La vie d'un écrivain, certes, ne se résume pas à la somme de ses livres, de ses écrits et de sa correspondance. Mais c'est bien la moindre des choses que de savoir ce qu'un homme a fait de sa vie avant d'en commencer le récit..."




20.9.06

Exégèse





Ai trouvé à mon retour dans ma boîte aux lettres cet hommage à J.R. d'un admirateur anonyme. Un portfolio de 24 images extraites pour la plupart du blog Rigaut. Les minuscules dimensions (6 cm x 4,3 cm) de ce portfolio rappellent celles (3,5 cm x 2 cm) des cartes de visite que faisait imprimer J.R. et qu'il distribuait à ses amis. Le ou les auteurs de cet hommage m'ont également envoyé d'autres portfolios consacrés à Louise Brooks, Francis Picabia et Marcel Duchamp. Aucun indice sur l'identité de ce ou ces admirateurs anonymes sinon l"achevé d'imprimer en et sur nos presses avignonnaises le 18 août 2006". Quels qu'ils soient, je les félicite et les remercie pour cet envoi.

Profité de ma solitude en bord de mer pour relire l'essai de Laurent Cirelli : "Jacques Rigaut, portrait tiré" (Le Dilettante, 1998). Texte parfois emphatique mais touchant par sa sincérité. Les dernières lignes peuvent renvoyer à la photo de Rigaut crucifié par Man Ray : "Jacques Rigaut est un grand mort, oui, dont le cadavre sans rémission n'en finit pas de pourrir : il rachète toute la médiocrité des vivants." Dans la typologie des suicides établie par Emile Durkheim, je ne suis pas sûr que celui de J.R. rentre dans la case "altruiste".

Ai également commencé à me replonger dans l'oeuvre de J.R. Remarqué une fois de plus l'extraordinaire densité de ses écrits. Je note tous les (nombreux) détails biographiques ainsi que les extraits liés à ses thèmes récurrents comme le suicide, la lâcheté, la paresse, l'ennui, l'argent, l'amour, le sommeil...
" (...) Je suis derrière chacun des mots que je prononce." (Ecrits, Jacques Rigaut)
Même exercice pour le Feu follet de Drieu.

4.9.06

Sortie le 6 novembre



Dernier post avant de prendre l'avion. Ce beau flyer qui annonce la sortie du disque vinyl de la chanson "Jacques Rigaut" du groupe Venus Bogardus...

2.9.06

Pause et reprise


Mae Murray dans "La fiancée masquée"(1925)
film de Josef von Sternberg et Christy Cabanne.

"Je suis amoureux de Mae Murray." (Jacques Rigaut, "Littérature", mars 1922)

Merci à Jasper Vink qui m'a envoyé cette photo de Mae Murray, vedette du cinéma muet américain qui fascinait J.R. A l'instar de son ami Drieu, Rigaut a toujours eu un penchant pour les amours exogames. Plus tard, il épousera l'Américaine Gladys Barber. Passionné egalement de cinéma, il fréquentera assidûment les salles obscures et connaîtra quelques aventures amoureuses avec de jeunes actrices en vogue...

Dans la série musicale "A tribute to Jacques Rigaut", Stefano zuccalà m'informe qu'un (défunt) groupe italien "massimo volume" a dédicacé une chanson à J.R. : "fuoco fatuo" (feu follet en italen).

Ai croisé il y a deux jours Jean-Michel Ribes qui m'annonce qu'il va reprendre en mars 2008 sa pièce Par-delà les marronniers créée en 1972 au Festival du Marais et reprise à l'Espace Cardin, dont les protagonistes ont pour noms Jacques Rigaut, Arthur Cravan, Jacques Vaché...

Sinon petite pause de deux semaines au vert, sans accès au Web ni ordinateur mais toujours en compagnie de Lord Patchogue. Deux semaines de réflexion et de lectures. A bientôt.

21.8.06

L'attente


Morning Sun, 1952, par Edward Hopper.

Pourquoi des années de travail sont nécessaires pour réaliser une biographie? Voici une réponse parmi d'autres sous la forme d'un mail reçu ce matin:

"Monsieur,

La Section des archives privées est toujours en attente depuis son
courrier du 15 mai dernier relatif à votre demande de consultation et de reproduction de la thèse de ..., conservés sous la cote ... et vous tiendra informée de la réponse dès qu'elle en aura accusé réception.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations
distinguées."

Eté meurtrier



Je me souviens de ce déjeuner sur l'herbe à l'IMEC avec Claude Rameil qui est mort d'un cancer le 31 juillet dernier. Ce fut notre seule rencontre, mais j'en garde un souvenir lumineux. Nous avions un ami en commun, Raymond Cousse. Suite à ce déjeuner, je lui avais envoyé la revue littéraire dans laquelle je rendais hommage à l'auteur de Stratégie pour deux jambons. Il avait pris la peine de m'écrire : "Le 18 ème Episode m'est parvenu ce matin : je viens de terminer la lecture du dossier Cousse et je vous remercie de m'avoir procuré ce plaisir.(...)" Claude Rameil était beaucoup plus qu'un chercheur, érudit ou spécialiste de Queneau, c'était quelqu'un de bien.

Je me souviens de cette soirée à la maison d'édition Les Petits Matins où j'ai rencontré Alain Deloose qui est mort d'un cancer le 1er août dernier. Il y a des êtres avec lesquels vous avez une amitié immédiate sans blabla. Une sorte de coup de foudre silencieux. C'est ce qui s'est passé avec Alain. Dans son abécédaire, Gilles Deleuze donne une juste définition de l'amitié : "Etre sensible aux signes émis par quelqu'un." Mon grand regret, ne pas avoir été assez sensible à ces signes émis. Par pudeur, cet ami en devenir ne m'avait pas parlé de ses problèmes de santé. Alain m'aura appris une chose importante, dans l'amitié comme dans l'amour, la procrastination n'a pas sa place.

Je me souviens enfin de ma rencontre avec Bernard Rapp qui est mort d'un cancer le 17 août dernier. A l'occasion de la parution de la biographie de Bove dont il avait fait des éloges, il m'avait invité à son émission littéraire "Jamais sans mon livre". C'était la première fois que je "passais" à la télévision. J'étais terrorisé. Grâce à son soutien, je m'en étais bien sorti. C'est grâce à lui également qu'Emmanuel Bove avait trouvé sa place dans la fameuse série "Un siècle d'écrivains".

15.8.06

Bientôt sur vos écrans




Pour ceux qui auraient raté le début du film, cliquez ici.

9.8.06

"Jacques Rigaut" - A Limited edition


Annie Gardiner, la batteuse du groupe Venus Bogardus

Si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, vous vous souvenez certainement que j'avais mentionné dans un post précédent l'existence d'une chanson intitulée "Jacques Rigaut", écrite et interprétée par le groupe anglais Venus Bogardus. James Reich le chanteur et guitariste du groupe m'annonce par mail qu'ils vont enregistrer ce morceau en édition limitée sur vinyl. Ils ont même créé un label pour l'occasion : Patchogue Records... Pour rester dans la note, J.G. me signale un autre hommage musical à Rigaut, celui du groupe espagnol Lori Meyers avec un morceau intitulé "La vida de Jacques Rigaut". Sex, drugs & rock'n roll?

Dear Jean-Luc!
Bonjour!
We are planning to release a 7" record/single of Jacques Rigaut on Nov. 6th,
the day of his suicide. We would like you to be involved.

Would you be willing to record 1 or 2 minutes of your thoughts about Jacques
that we could put on the record, please? That would be very cool. You could
record it on a cassette or to cd and send it to us, or you could send an mp3
file if you prefer.

We are setting up the record label Patchogue Records, an it will be a
limited edition of 500 copies. We are hoping our friend Stanley Donwood
(radiohead artist) will help with the design, and also our friend Matthew
Robertson who wrote and designed the book "Factory Records, The Complete
Graphic Album" will work on type setting. It will be beautiful.

We would be pleased and honoured if you could speak for 2 minutes about
jacques and send a recording to us to go on the record. We would need to
have it before the end of August.

Naturally, we would credit you, and we might be able to pay you something
when we have sold some records. It will be good for us both.

Do you think you can help, please?
Best regards
Your friend
James

8.8.06

Insomnie


Chloé Delaume août 2004, @JL Bitton

"Les biographies ne sont là que pour ça, pour nourrir les vivants de la substance des morts, pour que leurs poumons s'enflent aux éventés secrets, un viol pour la bonne cause, une tournante nécrophile rythmée d'avidité à jamais insatiable. je me gorge de sa vie, je traque les anecdotes, je veux connaître ce mort pour que chaque ligne devienne non plus une devinette mais un livre ouvert, suintant ses vérités, ses vérités à lui (...) Les biographes sont émouvants avec leurs pelles de fossoyeurs, leurs pelles pleines de boue sèche, la sueur les larmes ça s'évapore tellement vite on n'a pas idée. On aperçoit sur les collines quand apparaît le crépuscule leurs frêles silhouettes exsangues, courbées au-dessus du rien qu'ils espèrent un trésor. Méthodiques ils le sont, parfois même scientifiques, ils pensent que les ossements recèlent un alphabet, que le carbone 14 est plus qu'un pain total, ils ont foi en l'histoire, en l'être, en l'événement. Et surtout ils pensent ferme que la mémoire existe, qu'elle peut être cernable, ils croient aux témoignages, ils recueillent de vieux mots épinglés papillons, comme si la vérité se trouvait autre part que dans le mausolée érigé page à page par celui qui repose sous leurs coups de binettes. (...)"

(Les Juins ont tous la même peau, Rapport sur Boris Vian, Chloé Delaume, Editions La Chasse au Snark, novembre 2005)

5.8.06

L'affaire Torma



Suite au post sur Julien Torma, Grégory m'envoie quelques précisions par mail. Supercherie ou pas? Qui fera les recoupements et vérifications nécessaires? Autre passionnante enquête...

Cher Jean-Luc,

Depuis que je te lis, je n'avais pas relu l'introduction de Breton à Rigaut dans son Anthologie. C'est troublant, ce projet de revue intitulée Grabuge.Concernant la note biographique sur l'année 1923 : à ma connaissance, nulle part ailleurs que dans cette biographie de Goudemare qui accompagne Le Grand Troche chez Allia, n'ait fait mention d'une amitié, même brève, Rigaut-Torma, pas même dans la récente édition, à l'appareil critique très complet, de ses "Ecrits définitivement incomplets" (!). Maintenant, des preuves de l'inexistence de Torma ! Celles apportées par Béhar (disons aucune), qui n'était pas très futé dans ses suppositions (Vian, Prévert, Ionesco !), et celles de Corvin (pas lu mais ça n'a pas l'air très intéressant), sont, me semble-t-il, très pauvres. Je souscris plutôt aux idées de Jeandillou : une partie de l'oeuvre de Torma, la posthume pour l'instant connue, a très certainement été rédigée par les pataphysiciens, mais... La Lampe obscure, Le Grand Troche, Coupures suivies de Lauma Lamer et Euphorismes, il me semble que c'est très exagéré, surtout sans preuves, de les présenter comme une supercherie du Collège. Il faudrait faire une véritable enquête et ne pas s'arrêter qu'à des suppositions ou des déclarations d'évidence : les ouvrages édités entre 1920 et 1926 doivent bien exister, non ? (je vois qu'un bouquiniste en ligne vend la première édition du Grand Troche) ... ; je n'ai pas les livres pour vérifier, mais Jeandillou dit que "les réponses de Max Jacob et de René Daumal aux envois de leur ami figurent non seulement dans le Cahier 8, mais aussi dans la Correspondance officielle des deux écrivains"...

Amicalement,

Grégory

1.8.06

Oeuvres sans artistes



"Jacques Rigaut, dont l'ambition littéraire s'est bornée à vouloir fonder un journal dont le titre en dit assez long : Le Grabuge."( André Breton in Anthologie de l'humour noir)

"Fin 1923 : amitié éphémère avec Jacques Rigaut. Projet de publication d'une revue, Le Grabuge." (Extrait biographie Julien Torma)

Julien Torma aurait disparu le 2 mars 1933 lors d'une promenade dans le Tyrol. Torma (anagramme d'à mort) est en fait le héros fictif d'une énorme supercherie littéraire orchestrée dans les années 50 par le Collège de Pataphysique. Les pataphysiciens ont bien fait les choses : photos, biographie, oeuvres complètes, correspondances, envois d'époque dont l'un adressé à J.R. vendu aujourd'hui 1800 euros... Merci à Dominique Rabourdin pour l'info. Quant au projet du Grabuge dont parle Breton, Michel Leiris qui a connu Rigaut proposera en 1945 à Sartre et Simone de Beauvoir ce même titre pour leur nouvelle revue. Finalement, le titre Les Temps Modernes sera retenu...

25.7.06

D'un biographe l'autre



Passé la matinée au service historique de la Défense, département de l'armée de terre. Consulté les journaux des marches et des opérations, malheureusement pas assez exhaustifs pour m'apporter des informations sur les activités des régiments où J.R. était incorporé. Ai rencontré hier François Buot, le biographe de Crevel et Tzara. Il travaille actuellement sur une biographie de Nancy Cunard. Nous échangeons quelques informations. Le dernier acheteur des manuscrits de J.R. refuse de donner suite à ma demande de consultation considérant que ce "serait trop compliqué". Voici ma réponse envoyée à l'intermédiaire : "Il est regrettable pour l'histoire littéraire que certains collectionneurs refusent de collaborer avec les chercheurs. Heureusement qu'un passionné comme Martin Kay est passé avant eux et a "sauvegardé" les Ecrits de Jacques Rigaut. Ce dernier aurait ricané devant cette attitude, lui qui collectionnait les boîtes d'allumettes pour se moquer de ses amis surréalistes collectionneurs. La boucle est bouclée. Dada aura toujours le dernier mot."

Dernière chose : Fabrice Lefaix auteur du passionnant blog autour de L'Oeil Cacodylate a repris ses activités.

17.7.06

Avant l'écriture...



Je reste au frais à faire l'inventaire de ma documentation. Discussion téléphonique avec la directrice de la clinique. Elle a demandé qu'on lui fasse parvenir (archives externalisées) le dossier médical de J.R. et me promet de me rappeler dès qu'elle l'a reçu. Bonne nouvelle...

15.7.06

La réponse



CANE

short for COCAINE.

Look, mother fucker, don't pour the cane! We need to save that for the sluts, remember? ...Sick fucking fiend.

12.7.06

Paris-Plage


Des amis de Jacques Rigaut, au réveil après une nuit à la belle étoile...

Passé la journée d'hier à la Bibliothèque nationale qui me semble bien austère sans les jolies étudiantes envolées vers d'autres horizons plus ensoleillés. J'y découvre les circonstances de la rencontre Blanche/Rigaut. Le portraitiste de Proust évoquait cette rencontre dans son article-hommage des Nouvelles Littéraires du 11 janvier 1930 : " Je l'aperçus, à notre premier rendez-vous, dans la pénombre d'un cabinet de travail où M.X..., étrange thaumaturge, de son état professeur de rhétorique, évoquait pour un frère inconsolable, l'esprit d'un officier tombé sous Verdun."

Poursuite du classement et de la relecture de ma documentation. Un exercice laborieux mais très utile pour mon disque dur personnel qui connaît quelques défaillances tant la base de données rigaltiennes ne cesse de grossir. Découvert également à la BN d'un texte d'Emmanuel Berl sur Drieu dans lequel J.R. est mentionné. Extrait :" (...) Sur Rigaud [sic], Drieu a écrit "la Valise vide". Il n'avait pas raison, Rigaud n'était pas une "valise vide", c'était un mystique en chômage. (...)"

Projet d'aller rendre visite à des cousins de J.R. qui, jusqu'à maintenant, refusent de collaborer. Délicate opération de séduction...

6.7.06

Back in town




De retour à Paris après deux semaines dans un paysage biblique où la montagne se jette littéralement dans la mer. Ai même croisé une sirène sur son rocher à l'entrée du port de Loutro. Retour donc un peu difficile dans les miasmes parisiens... Ai déjeuné aujourd'hui avec Olivier Rubinstein, mon éditeur. Nous parlons plus de vacances que de travail...Une question tout de même : "Alors on dit janvier 2007 pour la parution?" Ma réponse (d'actualité) : "Tout est possible dans le football." Je repars confiant avec les oeuvres intégrales de Georges Henein sous le bras. 1062 pages de promesses de bonheur. Extrait d'un texte sur Jacques Vaché : "Il y a chez Jacques Vaché un grand souci de se maintenir pur en polluant le monde entier. Il y a chez Jacques Vaché un mépris grandiose pour la littérature satisfaite d'elle-même et pour les littérateurs satisfaits de leur littérature. Il y a chez Jacques Vaché un goût coûteusement entretenu du geste gratuit, un sens du gratuit qui laisse loin en arrière Lafcadio dans son wagon. Cette étoile filante tout d'un coup fixée par son immense reflet dans la poésie moderne c'est Jacques Vaché." Olivier Rubinstein peut être fier d'avoir publié cette somme d'intelligence.

Reçu mails d'Eric Stetten qui me raconte cette incroyable histoire voire "hénaurme"!
La preuve en images ci-dessus...

"Un vrai gag; j'ai enregistré le match France vs Portugal sur TF1. A la suite, une série policière américaine "Esprits criminels" où au début on cite approximativement Jacques Rigaut. Vraiment dada! Ce qui est incroyable c'est que je ne suis pas du tout amateur de séries américaines. C'est donc fortuitement que j'ai entendu le début de l'épisode. Qui croira encore après ça au hasard ? Je suis convaincu qu'il s'agit d'un clin d'oeil de JR... qui vous est adressé par mon intermédiaire.
Bien à vous."

18.6.06

Holidays in the Sun



Loutro, Crète.

Le blog Rigaut se délocalise en Crète pour quelques semaines. Point de valise vide, quelques livres à lire sur la plage : "Etes-vous fous?" de René Crevel, "Au temps du Boeuf" sur le toit de Maurice Sachs, "New York" de Paul Morand, la biographie de Crevel et de Tzara par François Buot et...les "Ecrits" de Jacques Rigaut, à relire et à annoter. Ni voitures ni cybercafés à Loutro. Farniente total. A plus tard.

17.6.06

Une balle perdue


Daniel Darc par Laurent Askienazy

Marie-Laure Dagoit, l'éditrice de la très underground maison d'éditions "Derrière la salle de bains" (Giorno, Burroughs,Corso, Pennequin, Tarkos, Ossang, Darc, etc.) organisait hier soir une fête au studio Campus. J'y rencontre Daniel Darc, auteur de la chanson "Le feu follet" qui se trouve dans son album Nijinsky (1994). Daniel est un admirateur inconditionnel de Jacques Rigaut. Il a acheté six DVD du film de Louis Malle pour l'offrir à ses amis. C'est la première fois que nous nous rencontrons. Je l'avais contacté sept mois auparavant pour lui proposer un projet autour de J.R., il m'avait immédiatement appelé pour me donner son accord. Nous devons nous revoir prochainement pour en discuter. Ce sera une suprise...

Le moment fort de la soirée fut une merveilleuse "jam session" entre Daniel et le chanteur Christophe sur la chanson "Aussi belle qu'une balle" (Taxi Girl, 1986). Une chanson qui fait également référence à la fin de J.R.

Elle est si belle qu'il est difficile
Aussi belle qu'une balle
De ne pas se pencher pour la regarder
Aussi belle qu'une balle
Et moi je n'attends qu'elle
Oui mais autant vouloir se tuer
Dans son lit couché en espérant une balle perdue

Juste une belle perdue qui marche dans les rues
Son coeur n'attend plus
Rien qu'une balle perdue

Elle est si belle à sa fenêtre penchée
Aussi belle qu'une balle
Il serait délicat de ne pas tomber
Aussi belle qu'une balle
Et moi je n'attends qu'elle
Oui mais autant vouloir se tuer
Dans son lit couché en espérant une balle perdue


Reçu mail de Jean-Pierre Baril qui me donne son interprétation très personnelle de la formule rigaltienne désormais célèbre : " I want my cane eh bien" :

Cher biographos,

« I want my cane eh bien »

Prononcée très mal à la française (ce que font plein de frenchy bilingues pour déconner) la phrase de Rigaut donne :

« Aille ouante maille cané bien »

Or : « cané », comme tu le sais, veut dire :

1. Très fatigué (« Je suis complètement cané. »)
2. Mort. (T'as vu le clebs, là ? ? Ouais, il est cané.)

Et l'on pourrait comprendre...

« Je veux ma mort eh bien »
ou
« Je désire ma mort eh bien »

Hé, hé...

Cette analyse lexico-linguistique, mon cher ami, ne vous sera facturée que 8583 euros, car j'aime beaucoup ce que vous faites.
(En trois mensualités, comme d'habitude.)

JPB

16.6.06

I want my cane (3)



Vous souvenez vous de notre énigme linguistique ? Julie m'écrit de Californie pour me donner son interprétation :

"Bonjour Jean-Luc,

"I want my cane" : hmmmm... difficile à dire ! Oui, il s'agit peut-être de la dope, ou bien ça pourrait vouloir dire : "Je veux qu'on me fouette !" Ou c'est peut-être qu'il voulait dire justement "I want my cane" tout littéralement. Question de flâner à la dandy. Voilà les pìèges de la signification."

Des Etats-Unis encore, ai reçu ce matin par la poste la copie d'une lettre de Tristan Tzara envoyée à la responsable d'une prestigieuse revue littéraire new-yorkaise. Une lettre d'introduction pour J.R. qui s'apprête à partir pour l'Amérique...

14.6.06

Mise au vert



Le manoir de Tot où J.R. "secrétarisait"...

L'arrière du manoir de Tot

Jacques-Emile Blanche (à gauche) et François Mauriac au manoir de Tot


"Cher Monsieur Blanche,

Je vous demande comme une grâce de m'accueillir deux ou trois jours à Offranville, quoique je n'ai pas encore reçu de réponse de vous. Rien ne peut m'être meilleur qu'un changement d'habitudes et d'air, outre tout ce que j'y trouverai. Je tâche de me donner la date de mon départ comme une limite à atteindre et je ne sais pas si j'y réussirai. (...)" (Extrait d'une lettre de Jacques Rigaut à Blanche, sans date, probablement mai 1929)

Pélerinage à Offranville où J.R. sera de 1919 à 1923 le secrétaire particulier de Jacques-Emile Blanche. Madame Mireille Bialek conservatrice du musée Jacques-Emile Blanche m'accueille à la gare. Visite du musée qui abrite toiles, dessins, pastels et une partie de la bibliothèque de Blanche. Un groupe de retraités profite de ma visite pour poser des questions à la conservatrice. Promenade dans le village qui semble inanimé dans la torpeur estivale. La mer est à sept kilomètres mais on ne la sent pas. Mes pas me mènent jusqu'au manoir où J.R. travaillait et rencontrait les invités prestigieux de Blanche, loin des tentations de Paris. Le manoir est aujourd'hui une propriété privée, pas de visite possible. Quelques photos façon paparazzi et je m'engouffre dans un taxi qui me ramène à Dieppe.

8.6.06

Rébus




Découverte aux Archives de Paris. Je vous laisse le plaisir de déchiffrer ce rébus. La réponse dans la bio...

7.6.06

A portée de canon




Au service des archives de l'Armée de Terre, un canon (de bronze) accueille le chercheur. Je demande à revoir les journaux des marches et opérations dans lequels étaient consignés les faits et gestes des régiments durant la guerre de 1914-1918. Il me faudra attendre une quinzaine de jours à cause du manque de places en salle de lecture. J'ai peu d'espoir dans cette nouvelle consultation malgré les infos supplémentaires dont je dispose. Le responsable du service de documentation me reçoit dans son bureau. Il m'explique qu'un régiment est composé de divisions et de sections et qu'il n'existe aucune chronologie détaillée de leurs activités durant la guerre. Les journaux des marches et opérations restent sommaires et incomplets. A moi de me débrouiller dans la multitude des publications (mémoires, témoignages...) pour raconter ce qui s'est passé... Saviez-vous qu'un canon de 75 avait une portée de 12 kilomètres?

1.6.06

Classe 1918



Passé la journée à la bibliothèque du service historique de la Défense à Vincennes. Je tente de reconstituer le parcours militaire de J.R entre le 21 décembre 1916 (date de son engagement volontaire) et le 6 octobre 1919 (date de sa démobilisation). Encore un puzzle, niveau expérimenté. Pas facile de se retrouver dans tous les régiments, sections et sous-sections...Le jargon militaire n'arrange rien. La bibliographie sur le sujet est immense. Partir du début, du 3ème bureau de mobilisation à Paris... Je dois appeler demain le responsable du centre de documentation du département de l'Armée de Terre afin de caler un rendez-vous.

Mondanités hier soir au 18, rue de Verneuil pour les 6O ans du Centre National du Livre. J'y retrouve Franck qui m'avait informé de l'événement. Pas mécontent d'échapper le temps d'une soirée à ma réclusion volontaire. Un peu de name-dropping? Je croise d'abord Juliette Joste (éditrice chez Flammarion) qui me présente à Soizic Molkhou (directrice du service de presse chez Flammarion) qui pendant cinq minutes a cru que je préparais une biographie de Jacques Rigaud (l'ex-Président de RTL). Juliette me présente ensuite à Teresa Cremisi (patronne du groupe Flammarion). Me voyant entouré des autorités flammarionesques, Olivier Rubinstein (mon éditeur) vient à ma rescousse. "Alors Jean-Luc, vous en êtes où?" Non loin du buffet, je rencontre Mark Greene qui travaille sur son deuxième roman à paraître chez Fayard et Steven J. Sampson qui achève sa thèse sur Philippe Roth. Nous partageons tous les trois le même défaut : une sérieuse tendance à la procrastination. Mais est-ce vraiment un défaut? Je retrouve enfin Franck et Raphaël dans le jardin-fumoir où une jeune femme au regard charmeur nous accoste pour nous demander une cigarette. Elle prépare aussi son deuxième roman. Son nom ? Claire Poinsignon, auteure de "Petit précis des lésions ordinaires" chez Albin Michel. Fin du post-report.





29.5.06

Anniversaire


La gare de Patchogue

Il y a tout juste un an, je me trouvais à New York sur les traces de J.R. Je me souviens de la moiteur de la ville, des sirènes des voitures de pompiers qui "pour un mouchoir qui brûle, dévalent le long de la ville, doublent à droite, doublent à gauche, et si les autres voitures ne se rangent pas assez vite, montent sur le trottoirs. Je préfère mourir brûlé." (Jacques Rigaut, "Ecrits") Déjà nostalgique.

24.5.06

Victoires et défaites


La "Delage" avec laquelle J.R. et ses amis voyageaient. Une Delage, c'était "le mariage de la performance et de l'élégance, le symbole du luxe de bon aloi et du bon goût français." [sic]

Un biographe doit savoir perdre des batailles. Au tél, le directeur de l'établissement scolaire que fréquentait le petit J.R. me confirme le refus de communiquer leurs archives. "Il y a des règles, me dit-il, si on déroge une seule fois à ces règles, à quoi bon d'avoir des règles?" Une logique cartésienne qui appelle une autre question : "A quoi bon conserver des archives, si on ne les exploite pas?" Comme je l'ai souvent écrit, le temps joue en la faveur des historiens et autres chercheurs d'or. Dans dix ans, ces archives seront probablement accessibles comme celles de Georges Auric que j'ai localisées dans le Sud de la France mais la personne qui les possède n'a pas le temps ni le courage de les inventorier. Des trésors que je laisse aux chercheurs à venir...

Une récente victoire tout de même : un portrait inédit de Jacques Rigaut par un Dada qui l'a fréquenté. Six pages que j'attends impatiemment... Autre victoire, autre soulagement, j'en ai fini avec la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet que j'ai fouillée de fond en comble depuis quatre ans. D'autres tâches m'attendent. Je dois retourner prochainement au Service historique de la Défense afin de reconstituer le parcours du soldat Rigaut durant la Première Guerre mondiale.

18.5.06

De profundis













"Au dehors, il pleuvait et il retrouva avec effroi les grands feuillages rouillés et dégouttants qui battaient sa fenêtre. Alain craignait la campagne, et novembre dans ce parc humide, cerné par une banlieue maussade, ne pouvait qu'accroître sa crainte." (Le Feu follet, Pierre Drieu la Rochelle)

Mon deuxième pélerinage à la Vallée-aux-Loups où se trouvait la "Maison de santé pour malades nerveux" créée dans l'ex-demeure de Chateaubriand par le docteur Henri Le Savoureux. C'est ici que Rigaut mit fin à ses jours le 6 novembre 1929. Bernard Degout, Directeur adjoint de la Maison de Chateaubriand m'accueille dans son bureau dont les fenêtres donnent sur le parc. Il paraît que Paul Léautaud est mort dans cette pièce, me dit-il. Je songe à J.R. dont la chambre devait se trouver un ou deux étages plus haut. Bernard Degout me confirme la disparition des archives de la clinique. Aucun registre, ni dossier médical n'a été conservé. Etant donné les illustres patients qui ont séjourné à la Vallée-aux-Loups, un trésor littéraire a été détruit ou alors sommeille quelque part dans une cave... Il reste quelques albums de photos où je reconnais l'abbé Mugnier et sa soutane, Jean Paulhan, le docteur Le Savoureux et sa femme mais aucune trace de J.R. L'album de 1929 est manquant...

17.5.06

Soirée surréaliste


Les cabarets du Ciel et de l'Enfer, en bas du 42 rue Fontaine.


Nombreuses rencontres hier soir au vernissage de l'exposition Oscar Dominguez. Sarane Alexandrian qui me parle de Madame X, héroïne anonyme d'un texte de Rigaut. Je présente Sarane Alexandrian à Jean-Pierre Baril qui lui remet la retranscription d'une correspondance entre Henri Calet et Georges Henein. Dans la bibliothèque de l'Institut Cervantes, j'entame une passionnante discussion avec Dominique Rabourdin au sujet de Lise Deharme dont il a recueilli le témoignage en 1974. Il me donne des infos inédites qui n'ont pas été diffusées sur les ondes dont le nom d'un protagoniste d'une anecdote croustillante à propos de J.R. Plus tard, devant le buffet (bien garni), Jean-Michel Place nous raconte le cheminement du manuscrit d'Arcane 17 et autres aventures éditoriales. Dans le brouhaha général, je n'entends pas la réponse de Georges Sebbag à ma question sur le "suicide-accident" de Jacques Vaché. Quelques verres plus tard, une discussion (très) animée se poursuit sur le trottoir entre Jean-Pierre et Georges Sebbag autour des exclusions "staliniennes" de Breton et de son exil lors de la Seconde Guerre mondiale. "Les exclus ne sont-ils pas les plus intéressants?" se demande Monique Sebbag, auteure du livre "Procès surréalistes". Sur le chemin du retour Jean-Pierre me questionne : "Comment réagirais-tu si du jour au lendemain on t'excluait d'un mouvement auquel tu t'es donné corps et âme?"

13.5.06

"Oh tout finir."



Ai enfin achevé la lecture et la retranscription d'une importante correspondance d'André Breton. J'y trouve des informations surprenantes concernant la relation Rigaut/Breton mais également des éléments qui me permettent de poursuivre ma reconstitution des voyages de J.R. entre les Etats-Unis et l'Europe. Je sais que certains brûlent d'en savoir plus...si ça peut les consoler, qu'ils sachent que je suis aussi impatient qu'eux! Quand je songe à toutes les demandes d'autorisation de publication qu'il va falloir que je sollicite, les bras m'en tombent...Pour faire patienter tout le monde (mon éditeur compris) voici Emak Bakia (merci Eric), le ciné- poème de Man Ray dans lequel J.R. fait une fulgurante apparition... Enjoy!

Maxime Catellier qui prépare un mémoire sur le surréalisme d'André Breton me signale la notice que Breton a écrite sur Rigaut, publiée dans les "Inédits II" du premier volume de la Pléiade : «Jacques Rigaut sur le temps : il pense qu'en allant assez vite dans le sens opposé au mouvement de la terre, on pourrait revenir en arrière, arriver au temps de César, à la Genèse..." Je connaissais ce texte de Breton, mais comme je l'écris souvent : mieux vaut la redondance que l'oubli. Merci donc à Maxime.

Jean-Pierre Baril, biographe d'Henri Calet (une biographie à paraître chez Flammarion) m'écrit également : "Cher Jean-Luc, Si tu veux retrouver Lise Deharme dans un livre de Calet, tu peux illico relire le savoureux Croquant. Lise Deharme est « Pauline » dans Le Croquant indiscret."

Enfin toujours dans la série "quand nos amis font des choses bien, il faut en parler", ai reçu ce matin le dernier livre de Bernard Morlino portant ce beau titre : "Envoyé spécial de personne". Depuis une trentaine d'années, Morlino pratique un journalisme buissonnier en suivant dans la rue des gens connus ou non, les abordant ou pas. 138 émouvants et savoureux portraits pris sur le vif où l'on croise Samuel Beckett (qui fut l'un des premiers à m'écrire pour répondre à mes questions sur Emmanuel Bove), Miles Davis, Jacques Tati, Chet Baker, Dennis Hopper, Cioran et d'autres plus inattendus comme Mike Brandt ou Denise Glaser qu'on retrouva morte dans son appartement. "SDF chez elle-même" écrit Morlino. Un Leica accompagnait les promenades de l'auteur dont j'ignorais les talents de photographe. Pour preuve, cette image de Beckett prise au Père-Lachaise en 1984 lors de l'enterrement de Roger Blin. Beckett qui écrivait en 1987 à Raymond Cousse : " Je n'ai rien de nouveau à vous proposer. Je n'écris plus depuis longtemps. Sauf imprévu c'est fini. Enfin." (Lettres inédites de Samuel Beckett à Raymond Cousse publiées dans la revue "Les Episodes", N° 18, novembre 2003)


11.5.06

"On a bien raison de se droguer"


La maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups


Reçu mail de Franck : "Rodanski, enfermé vivant volontaire, Jouffroy m'en parlait avec ce goût d'amertume qu'il n'eût pas osé - tout en l'admirant mêlant l'effroi (c'est par ailleurs avec lui que se produisit la scission avec Breton : Rodanski d'abord, l'autre suit) - d'adopter cette posture de retrait définitif (l'asile). Un suicide social & artistique. L'hors du temps ?"

Aprés-midi à la bibliothèque de Beaubourg où personne ne vous interdit de photocopier. Les places sont rares, les examens sont proches. Le rayon surréalisme est dévalisé. Impossible de mettre la main sur le livre "Scandaleusement d'elles, 34 femme surréalistes" de Georgina Colvile. Au tél ce matin avec un ayant droit de Lise Deharme, une personne chaleureuse (ça fait du bien) qui possède des archives et me promet de les consulter afin de voir si J.R. ne s'y trouve pas... Relancé la clinique de Saint-Mandé et l'établissement scolaire qui me refuse l'accès à leurs archives. Pris également rendez-vous avec le directeur de la maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups où Rigaut s'est suicidé. Trouvé une info inédite dans un livre de Pierre Daix que je dois rencontrer (est-il encore de ce monde?) pour connaître la source de son info, mais aussi pour qu'il me parle d'Aragon dont je n'ai trouvé étrangemement aucun mot sur J.R. Lu l'article politiquement incorrect d'un philosophe québécois (oxymore?) dans un ouvrage scientifique consacré à l'usage des drogues et la toxicomanie : "On a bien raison de se droguer"

Ce texte me fait penser à cette anecdote racontée par Lise Deharme. Alors qu'elle se promenait au bord d'une plage en compagnie d'Antonin Artaud. Ce dernier lui dit :" Lise n'écoutez pas les gens qui vous disent que je suis fou parce que je me drogue, c'est le contraire, je me drogue parce que je suis fou."

Reçu invitation de Sarane Alexandrian, des agapes surréalistes à l'Institut Cervantez (11, avenue Marceau 75116 Paris) le 16 mai prochain à 19H (entrée libre) pour le vernissage de l'exposition du peintre mexicain Oscar Dominguez, le surréalisme volcanique... Servira-t-on du mezcal au bar?

10.5.06

"Il semble que le feu ait pris aux poudres..." (S. Rodanski)


Epouvantail en Andalousie. Photo Rosa Dausset
(revue Supérieur inconnu N°1, 1995)

Le chevalier H de Salignac ou Claude Tarnaud
(revue Supérieur inconnu N°1, 1995)


Entretien cet après-midi avec Sarane Alexandrian. Le fondateur de la revue "Supérieur inconnu" habite au premier étage d'un immeuble de la périphérie parisienne. Des dessins colorés d'inspiration surréaliste et des photos de femmes en noir et blanc tapissent les murs de l'appartement. Notre conversation sera interrompue deux fois par la sonnerie stridente du téléphone. A chaque appel la personne à l'autre bout du fil raccrochera sans dire un mot. "Je sais qui c'est, me souffle Sarane Alexandrian, c'est une femme, elle me harcèle, elle est tombée folle amoureuse de moi, à mon âge... Mes amis trouvent ça drôle, pas moi." Extrait de l'enregistrement : "Les surréalistes de ma génération, d'après-guerre, c'était Alain Jouffroy, Stanislas Rodanski, Claude Tarnaud et moi, on avait vingt ans donc en 47, pour nous les grands maîtres du surréalisme, c'était Jacques Rigaut, Jacques Vaché et Arthur Cravan. Alain Jouffroy était plus sur Cravan, Rodanski c'était Vaché, mais alors pour Tarnaud et moi, Rigaut c'était extraordinaire! Tarnaud s'est identifié à tel point à Jacques Rigaut qu'il a eu son double, le chevalier de Salignac, qui était comme Lord Patchogue, son Lord Patchogue à lui, et c'est le chevalier de Salignac qui s'est suicidé, c'est pas Claude Tarnaud, mais vous allez voir une chose assez extraordinaire, d'après la photo de Rigaut que vous m'avez montrée, regardez une photo du chevalier de Salignac, il n'avait pas vu la photo de Rigaut..."