14.5.16

La vie est bonne

Le docteur Henri Le Savoureux dans les années 20

Le docteur : "Alain, la vie est bonne."

Alain : "Dites-moi en quoi, docteur..."

24.4.16

Le testament de Jacques Rigaut

























Nouvelle dispersion dadaïste chez Sotheby's Paris en deux salves : mardi 26 avril 2016 à 14h30 et mercredi 27 avril 2016 à 14h30. Les deux catalogues papier consacrés à ces ventes sont superbes. Ils sont consultables en ligne sur le site de l'étude Binoche et Giquello. L'exposition des lots chez Sotheby's au 76, rue du Faubourg Saint-Honoré mérite le déplacement. Il vous reste une journée pour vous y rendre : le lundi 25 avril 2016 de 10h à 20h. Je suis étonné du peu de succès de ces expositions de prévente, alors qu'elle sont ouvertes à tous. C'est pourtant une belle opportunité pour voir (et caresser) des œuvres en toute tranquillité, dans une atmosphère courtoise, loin des foules qui se pressent et se bousculent dans des musées anxiogènes. De quoi s'agit-il ici? De la vente de la bibliothèque de R. et B.L. dédiée à dada et au surréalisme. Dans son papier des Echos, Judith Benhamou-Huet nous révèle l'identité des vendeurs : R pour Régine, B. pour Bernard et L. pour Loliée. Cet ancien libraire de la rue de Seine a un goût sûr concernant les œuvres dadaïstes et surréalistes. Les collectionneurs et amateurs du genre étaient d'ailleurs présents à l'exposition de prévente. Lors de ma visite, j'y ai croisé entre autres l'Américain ès dada Timothy Baum et le Français cravanesque Marcel Fleiss. Le triptyque des suicidés de la société (Rigaut-Vaché-Cravan) se trouve parmi les 496 lots. Un portrait de Rigaut, Tzara et Breton accueille le visiteur de l'exposition. Une photographie extraite du lot 349, l'édition originale d'une anthologie poétique du surréalisme (1955) par Georges Hugnet, ornée de photographies et de manuscrits collés à l'ouvrage. Le tout est estimé à 150 000 euros! Rigaut apparaît également dans le lot 240 : un envoi autographe signé Paul Eluard, estimation : 3000 euros. Enfin, le lot 444 que j'aurais aimé acheter, estimé à 2 000 euros : le très beau tirage argentique d'époque représentant le groupe dada au complet lors du fameux événement dada en 1921 à l'église Saint-Julien le Pauvre. On y aperçoit au second rang Jacques Rigaut la cigarette au coin des lèvres, l'air narquois, malgré l'ambiance sinistre et pluvieuse. Parmi les trésors de cette vente, on trouve aussi la collection intégrale des numéros de la revue Littérature dans laquelle Rigaut a publié la majorité de ses textes, estimée à 7 000 euros.
Le meilleur pour la fin qui ne concerne pas cette vente : je viens de retrouver miraculeusement une sorte de testament littéraire probablement écrit par Jacques Rigaut quelques jours avant son suicide. Je vous en offre un extrait :

"Condamné à l'élégance,

selon un courant d'air fatal,

condamné à l'élégant désespoir des jeunes gens doués,

fait à la hauteur de mon cercueil. "


(Jacques Rigaut, inédit)      

5.4.16

Enigma


Le temps des énigmes est revenu. Jacques Rigaut était un joueur. Il avait toujours un jeu de cartes sur lui. Dans une lettre envoyée à une amie, il évoque de façon sibylline un jeu, mais lequel? S'il y a des joueurs parmi vous, peut-être arriverez-vous à résoudre cette énigme? Merci d'avance. JLB


"100, 20, 12 quelques fois possible. 4 jamais. 
3 indésirable (sauf la passe). 2 éventuellement pour retrouver 1. Vers 1. " Jacques Rigaut





29.3.16

Admission


Plus de dix ans après avoir débuté mes recherches, j'ai encore le plaisir de faire des découvertes...Dans une lettre retrouvée, J.R. mentionnait un séjour hospitalier, il disait vrai, les archives ont parlé... Le responsable du service m'informe que cette admission a fait l'objet d'un classement en affaire judiciaire. Quel événement a provoqué cette admission? Ivresse sur la voie publique avec arrestation et nuit de dégrisement à l’hôpital? Peut-être qu'une visite aux archives de la Préfecture de Police de Paris me permettra d'avoir une réponse. Je retrouve l'excitation de l'enquête des premières années. Seule erreur dans la fiche d'admission : en février 1925, Rigaut n'avait pas trente ans, mais vingt-six ans. Erreur volontaire de l'intéressé ?

21.3.16

Le rideau se lève, ça nous apprendra









Le rideau se lève, ça nous apprendra 

Nous sommes donc allés au théâtre un samedi soir, pour assister à une représentation de la pièce Par-delà les marronniers de Jean-Michel Ribes sur le triptyque des suicidés de la société : Cravan-Vaché-Rigaut. Installés dans les fauteuils confortables de la salle Renaud Barrault, nous observons la salle se remplir peu à peu d'un public plutôt âgé, plutôt bourgeois. Cravan fera-t-il scandale devant ce parterre de lodens et de cheveux argentés? La salle est pleine, le rideau rouge se lève, ça leur apprendra. Ça commence dans les tranchées, avec des explosions d'obus et chants patriotiques. C'est Rigaut qui ouvre le bal des appelés. Vaché et Cravan le suivent de près. Des néons annoncent chaque chapitre. Après la guerre, l'amour, puis l'art et l'ennui, et enfin la mort. Des meneuses de revue ponctuent les thèmes façon French cancan. Gladys Barber et Mina Loy font des apparitions récurrentes. Les décors sont jolis et colorés. Tout était réuni pour passer un bon moment. Qui plus est avec trois excellents comédiens, pour les nommer Michel Fau (Cravan), Hervé Lassïnce (Rigaut), Maxime d'Aboville (Vaché), eh bien! bizarrement la mayonnaise post-dadaïste ne prend pas! On a frissonné un peu, quand une marionnette géante représentant le boxeur Jack Johnson a infligé une sévère correction au poète-boxeur Cravan, mais il faut bien avouer qu'on s'est pas mal ennuyé, même en essayant de se concentrer sur les jolies gambettes des meneuses de revue. On a souri tout de même en reconnaissant quelques bribes de textes des trois poètes. On était même un peu gêné pour Michel Fau quand imitant Cravan lors de sa fameuse conférence américaine, il nous montra son cul. On a fini par attendre avec impatience le dénouement mortel pour nos trois pauvres amis, en songeant que s'ils avaient été dans le public, ils n'auraient pas manqué de jeter sur la scène des tomates mûres, des œufs et de la farine, comme au bon vieux temps dada… Le rideau s'est enfin baissé, ça nous apprendra!

15.3.16

Entretien avec Jacques Rigaut


Entretien avec Hervé Lassïnce a.k.a Jacques Rigaut

Jean-Michel Ribes a réécrit cette pièce?
HL : C'est une pièce des années 70 qu'il a réécrite. Elle a été jouée en 1972 avec Gérard Darmon [qui interprétait Arthur Cravan, le comédien Stéphane Bouy tenait le rôle de Jacques Rigaut, Christian Delangre celui de Jacques Vaché]. C'est un théâtre particulier, il n'y a pas vraiment de situation entre les personnage, c'est une parole poétique qui est adressée au public. Les trois personnages dans la vraie vie ne se sont jamais croisés. Sur scène, on ne se parle jamais. La pièce est montée comme un cabaret. Nous sommes tous les trois en smoking blanc. Ce n'est pas réaliste, ni biographique. 

C'est donc une interprétation de metteur en scène?
Nos monologues sont des montages des textes de ces trois auteurs. Par exemple, je peux très bien dire des textes écrits par Jacques Vaché, qui peuvent être mêlés à des textes de Rigaut. Ribes s'est permis d'insérer ses propres mots parmi ceux de Vaché, Rigaut ou Cravan. Nous travaillons au mot près.

Est-ce que vous avez eu des indications pour jouer le rôle de Rigaut?
Très peu d'informations biographiques, hormis le côté dandy. Le sujet de la drogue a été totalement évacué. C'est un monde complètement imaginaire. La femme de Rigaut, Gladys Barber apparaît tout de même, Mina Loy la femme de Cravan également. C'est une comédienne qui interprète plusieurs rôles. Il y a beaucoup de références à la Première Guerre mondiale.

Avez-vous lu des écrits de Jacques Rigaut?
J'ai lu des extraits qui sont insérés dans le texte de la pièce. Ribes ne voulait pas trop qu'on se renseigne sur la vie des auteurs. C'est pas une pièce réaliste. Ribes souhaite montrer comment ces personnages ont été laminés par la société. Ce sont des drôles de types, ce ne sont pas des révolutionnaires comme leur siècle en a produit beaucoup, mais à leur manière, ils sont totalement dans la révolution.

Comment la pièce évoque la relation avec Gladys Barber?
La pièce montre clairement que Rigaut a épousé Gladys pour son argent : "Chaque Rolls Royce que je rencontre prolonge ma vie d'un quart d'heure." Je pense qu'elle l'aimait sincèrement, peut-être aussi à cause de ce qu'il représentait.

Propos recueillis par Jean-Luc Bitton 





Extrait :

"FINAL. Le bourgeois regarde étonné les trois corps sans vie. Il s'approche de la meneuse de revue et des deux girls assises nonchalamment près d'eux.

LE BOURGEOIS (ventre en avant, découvre les trois cadavres). Oh! Oh! Oh! Qui sont ces gens?

GIRL 1. Des hommes

LE BOURGEOIS. Ah la belle réponse! Des hommes! Je vois bien! Je ne suis pas idiot!

GIRL 2. Si…Vous êtes idiot.

LE BOURGEOIS. Ah! Ah! Bon! Et ils s'appellent comment ces braves gens?

GIRL 1.Arthur Cravan

LE BOURGEOIS. Drôle de nom.

LA MENEUSE DE REVUE. Jacques Rigaut et Jacques Vaché.

LE BOURGEOIS. (souriant) Vaché! Ah! Ah! A-t-on idée de s'appeler Vaché! Vaché! Vaché comme porcher….? Ils sont morts, n'est-ce pas?

GIRL 2. Non.

LE BOURGEOIS. Comment, non? Trois cadavres! Je ne suis pas fou quand même!

GIRL 1. Non…ça, vous n'êtes pas fou…

LE BOURGEOIS. Alors s'ils ne sont pas morts, où sont-ils? Ah! Ah!

LA MENEUSE DE REVUE. Regardez… Vous voyez au loin les marronniers…

LE BOURGEOIS. Ah oui…

GIRL 1. Derrière ces marronniers, il y a d'autres marronniers et derrière, il y a encore des marronniers qui cachent une forêt de marronniers, et bien…

LE BOURGEOIS. Eh bien?

GIRL 2. Eh bien ils sont par-delà les marronniers.

Le thème de l'Amour s'égrène au piano tandis que Cravan, Vaché et Rigaut se relèvent lentement. Ils vont tous les trois s'asseoir sur les chaises qu'ils occupaient au début de la pièce, regardent le public avec un détachement souverain tandis que le noir se fait sur scène."

Par-delà les marronniers Revu(e), Jean-Michel Ribes, Actes Sud-Papier, 2016. 13 euros





PAR-DELÀ LES MARRONNIERS
REVU(E)

texte et mise en scène : Jean-Michel Ribes, avec : Maxime d’Aboville, Michel Fau, Hervé Lassïnce, Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Stéphane Roger, Aurore Ugolin

15 MARS - 24 AVRIL 2016 Théâtre du Rond-Point

durée : 1h30
du mardi au samedi : 20h30 - dimanche, 15h
relâche les lundis, les 20 et 27 mars