Le blog de Jacques Rigaut par Jean-Luc Bitton son biographe & Emma Rebato

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"Mon livre de chevet, c'est un revolver."


Ce blog est le livre "Debord" de mon travail en cours sur Jacques Rigaut,
un «work in progress», souvent méconnu, du biographe à l'oeuvre...
(Cette biographie paraîtra chez Denoël.)

Jean-Luc Bitton



:: 3.9.15 ::

Cadeau de rentrée
 



Pour fêter la rentrée, un petit cadeau...Vous trouverez en ligne
sur mon nouveau site personnel l'intégralité du dossier "Salut à
Jacques Rigaut" paru dans La Nouvelle Revue Française en 2004,
ainsi que ma postface à Lord Patchogue aux éditions du Chemin de
fer (2011). Bonne lecture!


JLB - 3.9.15


:: 12.7.15 ::

Vacances permanentes
 



Emilio Terry 





Emilio Terry & Jean-Michel Frank 


Emilio Terry & Jean-Michel Frank 





René Crevel & Jean-Michel Frank 




Jacques Porel & Madame Crosby 




Jean-Michel Frank & Paul Smara 


Marie-Blanche de Polignac & Denise Bourdet 


Paul & Georgette Chadourne


Jean Cocteau 



L'Abbé Mugnier & la Comtesse Rosita de Castries 


A. Bradenburg, Madame Jaloux, G. Salles, Edmond Jaloux, F. Cornaz


Jean-Michel Frank, Nancy Cunard, René Crevel, Jean Hugo, Georges Auric et Nora Auric 




Georges et Nora Auric, Emilio Terry 


La belle vie d'Emilio Terry


Parmi les amis intimes de Jacques Rigaut, on trouve le nom d'Emilio Terry (1890-1969), qui fréquenta tout le gotha des artistes et de la Café Society de l'entre-deux-guerres. A la mort de son père Tomasso Terry, qui, grâce au commerce du sucre, fut l'homme le plus riche de Cuba, Emilio hérita d'une fortune considérable qui lui permettra de vivre en dilettante fortuné tout en s'adonnant à ses deux passions : l'architecture et la décoration. Dans son hôtel particulier de la Place du Palais Bourbon, Emilio reçoit, selon son expression, La Terre et La Ville, c'est-à-dire les gens du monde et les artistes. Ce cénacle s'énumère dans un vertigineux name-dropping non exhaustif du bottin mondain et artistique de l'époque : George Auric et sa femme Nora, Henri Sauguet, François Poulenc, la princesse Edmond de Polignac, Marie-Blanche de Polignac, René Crevel, Jean Cocteau, Paul Chadourne et sa femme Georgette, Marc Chadourne, Jean Hugo, François Mauriac, Christian Bérard, Jacques Porel, Edmond Jaloux, Paul Morand,  Garith Windsor, Jacques Viot, l'éditeur Albert Skira, le décorateur Jean-Michel Frank, Alberto Giacometti, l'abbé Mugnier, Dali, Henri de Castellane, Jean-Louis de Faucigny-Lucinge et sa femme Sylvia, Marie-Laure de Noailles, la marquise Margaret de Cuevas de Vera… Passionné de photographie, Emilio Terry a immortalisé sur la pellicule tous ses moments d'amitié et de sociabilité qu'il a vécus, des milliers de photographies prises entre 1902 et 1940, une véritable autobiographie en images. Ce fonds de photographies souvent inédites a été mis en vente aux enchères le 27 juin 2015 par la maison Osenat. Avant la dispersion, j'ai consulté les cinq albums (3269 images) proposés à la vente, dans l'espoir d'y trouver la présence de Jacques Rigaut, en vain. Lord Patchogue semble avoir échappé à l'objectif d'Emilio, qui a capturé nombreux de ses amis comme Jean-Michel Frank, Jacques Porel, René Crevel, Paul Chadourne ou Raoul de Roussy de Sales. Emilio Terry est souvent présent sur les photographies. Toujours souriant, derrière ses lunettes rondes, il semble heureux de sa belle vie qui ressemble à des vacances permanentes. La fortune n'explique pas ce bonheur de vivre, il existe des gens fortunés malheureux. C'est un art de vivre, une philosophie de vie. Quelque chose d'inné, ce je ne sais quoi qui ne s'achète pas. Je souhaite de belles vacances à ceux qui partent et à ceux qui restent. Je vous donne rendez-vous à la rentrée. 

SOURCES : Catalogue de la vente "L'esprit du XXème siècle" Osenat Paris-Fontainebleau (juin 2015) Marijke Verhaar, Salvador Dalí et le mécénat du Zodiaque (2012). 



JLB - 12.7.15


:: 22.6.15 ::

Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter une femme qui voyage avec son suicide à la boutonnière.
 


« Laura », 24 ans, sera euthanasiée cet été. Elle est en excellente santé[sic]


La Belgique est en train de devenir folle. Et ceux qui prévenaient, lorsqu'elle adoptait l’une des premières lois d’euthanasie au monde, qu’elle s’engageait sur une pente glissante qui l’enfonce de plus en plus loin dans l’horreur voient leurs avertissements confirmés. La dernière histoire en date est contée par le quotidien belge De Morgen, qui a rencontré « Laura », 24 ans, candidate à l’euthanasie. Elle est en excellente santé physique. De nombreux amis l’entourent. Elle apprécie de sortir – au théâtre notamment – et elle aime le bon café. Sa vie prendra fin cet été. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas envie de vivre. Les dépressions la tourmentent : depuis trop longtemps, elle s’imagine que « vivre, ce n’est pas son truc ».

L’histoire de la jeune femme est terrible. Elle naît dans une famille qui éclatera du fait de la violence et de l’alcoolisme de son père : la séparation s’imposera en raison du danger et la petite passera beaucoup de temps chez ses grands-parents maternels, qui lui offrent sécurité, affection, structure. Malgré tout, dès la grande section, elle se demande se qu’elle fait sur terre. A six ans, elle rêve de se tuer. C’est le début d’un long tunnel, qui passera par l’automutilation, l’incompréhension, les souffrances.

Laura a besoin de croire que ce n’est pas son enfance chaotique qui lui a donné ce désir d’autodestruction : « Même si elle a contribué à ma souffrance, je suis convaincue que j’aurais eu ce désir de mort si j’avais grandi dans une famille tranquille et stable. Je n’ai tout simplement jamais voulu vivre. »

Après une scolarité difficile, marquée par les comportements autodestructeurs dont la gravité n’a pas frappé les responsables de l’école, « Laura » se lance dans le théâtre, emménage avec une amie : « J’avais tout en fait : un appartement sympa, une passion amoureuse très agréable, j’étais occupée à plein temps par le théâtre ». La voilà donc au sein d’une relation homosexuelle qu’elle lâche après s’être disputée avec son amie en raison de sa dépression.

A ce moment-là un psychiatre la met au défi de se faire interner, en abandonnant le théâtre. Elle se laisse convaincre et découvre une vie « lourde » : ses automutilations augmentent en intensité, elle se frappe contre les murs. Elle a l’impression d’abriter un monstre qui cherche à s’échapper de son corps. L’agressivité, la colère, la douleur ne sont en rien soignés par les psychiatres et Laura est une patiente si difficile qu’elle est régulièrement renvoyée chez elle pour que le personnel puisse souffler.

C’est à l’asile psychiatrique qu’elle rencontre « Sarah », qui organise précisément sa propre euthanasie. « Laura » est séduite : les deux femmes parlent de la mort et elle décide de réclamer elle aussi une piqûre mortelle.

Entre la demande et l’exécution, il faut compter entre un an et dix-huit mois. Laura l’a faite ; l’échéance est pour l’été. Il lui a fallu d’abord acquérir la conviction – à l’aide de sa thérapie – que son enfance n’était pas la cause de ses souffrances, mais quelque chose qu’elle porte en elle.

Poignant récit… Abîmée par la vie, par la désespérance qui la hante, par on ne sait quelles thérapies et autres pédagogies qui ont peut-être aggravé sa situation. Laura ne se supporte pas… Elle souffre d’un mal de notre temps, lié à l’identité et à l’être.

Trois médecins ont décidé qu’elle souffrait de manière insupportable et qu’elle doit pouvoir mourir.

A l’heure actuelle, Laura s’efforce d’offrir à ses proches – sa mère, ses grands-parents – le plus de présence possible. Et elle organise tout : sa mort dans le studio où elle passe deux jours par semaine, ses funérailles… « Je trouve cela agréable d’y penser. »

Elle prépare ses dernières paroles.

Voilà où mène l’autonomie du patient, poussée à l’extrême.

Voilà où mène la faillite d’un système qui ne sait plus donner de raisons de vivre.




AGENCE GÉNÉRALE DU SUICIDE 



Société reconnue d’utilité publique.
Capital : 5 000 000 de francs.
Siège principal à Paris : 73, boulevard Montparnasse.
Succursales à Lyon, Bordeaux, Marseille, Dublin, Monte-Carlo,
San Francisco.

Grâce à des dispositifs modernes, l’A.G.S. est heureuse d’annoncer à ses clients qu’elle leur procure une MORT ASSURÉE et IMMÉDIATE, ce qui ne manquera pas de séduire ceux qui ont été détournés du suicide par la crainte de « se rater ». C’est en pensant à l’élimination des désespérés, élément de contamination redoutable dans une société, que M. le ministre de l’Intérieur a bien voulu honorer notre Établissement de sa présidence d’honneur.
D’autre part, l’A.G.S. offre enfin un moyen un peu correct de quitter la vie, la mort étant de toutes les défaillances celle dont on ne s’excuse jamais. C’est ainsi qu’ont été organisés les express-enterrements : repas, défilé des amis et des relations, photographie (ou moulage du visage après la mort, au choix), remise des souvenirs, suicide, mise en bière, cérémonie religieuse (facultative), transport du cadavre au cimetière. L’A.G.S. se charge d’exécuter les dernières volontés de MM. ses clients.
NOTA. – En aucun cas, l’établissement n’étant pas assimilé à la voie publique, les cadavres ne seront transportés à la Morgue, ceci pour rassurer quelques familles.

TARIF

Électrocution…………………………………………….         200 fr.
Revolver……………………………………………………         100 fr.
Poison………………………………………………………          100 fr.
Noyade……………………………………………………..           50 fr.
Mort parfumée (taxe de luxe comprise………..  500 fr.
Pendaison. Suicide pour pauvres. (La corde est
vendue au prix de 20 fr. le mètre et 5 fr. pour 10 centi-
mètres supplémentaires.)……………………………        5 fr.


Demander le Catalogue spécial aux Express-enterrements. Pour tous renseignements s’adresser à M. J. Rigaut, Administrateur principal, 73, boulevard Montparnasse, Paris (6e). Il ne sera fait aucune réponse aux personnes exprimant le désir d’assister à un suicide.


JLB - 22.6.15


:: 15.6.15 ::

Ce soir sur Arte
 


A ne pas rater, sur Arte ce soir à 22h30, l'excellente version norvégienne du Feu follet.




JLB - 15.6.15


Une angoisse...
 




Ébauche inédite d'une préface à la biographie de Jacques Rigaut, Daniel Darc, août 2007


"Tous les chemins mènent à mort. Ça suffit. Hop ! Tout est là ! Jacques Rigolo en quelque sorte. Drieu avait du talent, lui. Ça gêne le talent. Ça prend de la place. Plus d’endroit pour loger le génie…comme on loge une balle. Perdue, mais pas pour tous. Précise, en pleine poitrine. Les rōnin avant d’aller au combat jeûnaient plusieurs jours pour ne pas se répandre en merde au cas où le sabre les trancherait en deux. Jacques Rigaut a-t-il fait ça ? En tout cas, ça me plaît de le penser. Et puis la balle, n’était-ce pas justement pour éviter de se répandre. Ecrire on s’en fout. Il faut savoir se retenir. Nous sommes tous des dandys, nous portons les mêmes cravates serrées autour du cou ou du coude, selon les moments ou les besoins."  


JLB - 15.6.15


:: 21.5.15 ::

Dans crève-cœur y a cœur
 


"Une angoisse docteur? c'est pas une angoisse, c'est une angoisse perpétuelle." 
(Alain Leroy au docteur La Barbinais)




JLB - 21.5.15


:: 18.5.15 ::

Louise & Jacques
 






JLB - 18.5.15


:: 6.5.15 ::

Des (bonnes) nouvelles d'Henri Calet
 





























"Je travaille en ce moment à un guide de Paris où j'ai choisi de parler des XIXe et XXe arrondissements , ce qui m'a conduit à faire quelques balades assez déprimantes aux abattoirs de la Villette et aux Buttes-Chaumont", écrit Henri Calet à son ami Georges Henein le 30 mars 1949. Ce "guide de Paris" restera inédit jusqu'à aujourd'hui. Le grand exhumateur de Calet, Jean-Pierre Baril, nous explique dans une éclairante préface le cheminement compliqué de ces balades parisiennes que l'auteur de Peau d'ours tentera vainement de publier entre 1950 et 1955, sous le titre Huit quartiers de roture. Henri Calet est le chef de file cette littérature  dite arrondissementière, ce journalisme intimiste où l'auteur invite le lecteur à le suivre dans une déambulation autobiographique et poético-littéraire des quartiers de Paris, en dehors des sentiers battus. Pour son projet, Calet rassemble quelques-uns de ses articles d'écrivain-voyageur en zone urbaine, déjà parus dans la presse, puis arpente les rues des XIXe et XXe arrondissements qui lui sont familiers, puisqu'il s'agit de sa terre natale. Comme le souligne Jean-Pierre Baril, Calet se met "à l'écoute de lui-même, de ses sensations, et du bruit de son pas sur l'asphalte. C'est le bruissement de la ville, c'est son cœur, c'est son battement secret qui l'intéresse." Malgré un contrat d'édition signé, le projet achevé restera dans les archives de l'écrivain.  Pour autant, Calet ne se décourage pas et propose l'adaptation radiophonique  de son projet au directeur de la Radiodiffusion française. Huit quartiers de roture sera finalement diffusé sur les ondes françaises durant l'automne 1952. Le Dilettante qui publie aujourd'hui les versions inédites du texte a eu la bonne idée d'insérer dans l'ouvrage un CD comportant de larges extraits de la version radiophonique. On peut y entendre avec émotion la voix chaleureuse et rocailleuse de Calet qui lit son texte avec une diction merveilleuse, parfois teintée d'ironie, un montage poétique de narration et de musique, une mise en ondes parfaitement réussie. "J'aime ces faubourgs pauvres où il n'y a rien à voir. On croise le minimum de gens, on se sent presque seul, on s'enfonce dans une agréable mélancolie, au risque d'y perdre pied, insensiblement", écrit Calet, aux environs de la place Gambetta. Puis, il invite le lecteur à suivre ses pas dans les allées ombragées du cimetière du Père-Lachaise. On contemple avec lui la vue panoramique sur Paris, de la terrasse de la chapelle, d'où Rastignac lança sa fameuse apostrophe à la capitale : "A nous deux maintenant!" A son habitude, Calet apporte quelques touches humoristiques qui rendent la balade souriante, dans un lieu qui, au premier abord, n'incite guère à sourire : "Je ne rencontrais personne, hormis quelques vieillards assis légèrement sur des bancs où l'on dirait qu'ils cherchent à prendre des habitudes." Après le succès de l'adaptation radiophonique de ses promenades, Calet fit une dernière tentative pour publier Huit quartiers de roture. Les éditions Grasset et d'autres maisons refuseront le manuscrit. Calet aurait aimé poursuivre ses dérives psychogéographiques à travers la ville, et écrire un livre sur Paris, arrondissement par arrondissement. La maladie l'en empêchera. Son cœur usé s'arrêtera de battre un 14 juillet 1956. Quelques jours avant sa mort, il écrira ces notes dans son agenda : « C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »

Henri Calet, Huit quartiers de roture, établissement du texte, notes, préface et postface de Jean-Pierre Baril, un CD inclus, éditions Le Dilettante, mai 2015, 19 euros.  








JLB - 6.5.15

 

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Autre site du même auteur :

Emmanuel Bove,
la vie comme
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