23.7.18

22.7.18

Ce qui n'a pas de prix




Des nouvelles du front rigaltien. La biographie de Jacques Rigaut paraîtra chez Gallimard très probablement en octobre 2019 dans un hors-série des Cahiers de la NRF. Un livre de 800 pages qui comportera un cahier iconographique, de nombreuses notes et un index. Le meilleur pour la fin : l'ouvrage sera préfacé par la magnifique Annie Le Brun. Je suis comblé.

26.6.18

Spéculation épistolaire


Un libraire de livres anciens m'a appelé récemment pour m'informer que cinq lettres de Jacques Rigaut étaient passées en vente. Elles faisaient partie d'un lot d'autographes (lot 23), raison pour laquelle, il ne les avait pas remarquées. Sinon, il m'aurait appelé avant pour que je puisse les consulter lors des expositions publiques. J'ai appelé immédiatement le responsable de la vente en espérant que les lettres n'aient pas été encore envoyées à l'acheteur. Hélas, elles étaient déjà parties... La maison de vente va transmettre à l'acheteur ma demande de consultation, en espérant que ce dernier soit sensible à la cause littéraire. Si c'est un marchand, il y a peu de chance que ma demande soit acceptée. Selon mon libraire, il s'agirait de lettres envoyées à Robbie Robertson, la compagne de Pierre de Massot qui fut également la maîtresse de la poétesse Mireille Havet. Je connaissais l'existence de ces lettres qui appartenaient au bibliophile Jean Bélias, suite à sa disparition, sa collection et ses archives personnelles ont été dispersées dans des circonstances troubles. De son vivant, Jean Bélias m'avait dit qu'il avait vendu cette dizaine de lettres de Jacques Rigaut à un collectionneur suisse, et que leur contenu n'était pas très intéressant. Mais pour un biographie, le moindre mot peut donner une dimension nouvelle à ses investigations, en permettant entre autres de recouper d'autres informations en sa possession. Il faut espérer que ces lettres resurgissent un jour et que leur contenu soit partagé par leur propriétaire.    

20.6.18

Entoilage


Le film avec lequel tout a commencé... Depuis longtemps, je cherchais l'affiche originale du Feu follet. Il y a eu deux affiches pour la sortie officielle du film en 1963 dans les salles françaises. La plus réussie est celle avec la photographie de Maurice Ronet place des Vosges, la plus rare aussi car imprimée à peu d'exemplaires. Elle mérite un entoilage qui sera suivi d'un encadrage. 

9.5.18

On my radio

A 41 minutes, Raphaël Sorin évoque Jacques Rigaut. Je le trouve un peu injuste avec les "Ecrits" de J.R. chez Gallimard par Martin Kay. Un travail d'édition minutieux qui a été salué par la critique lors de sa parution en 1970.


2.5.18

Work In Progress



"Choisir, donc exclure", écrivait le philosophe Henri Bergson. Préparation du cahier iconographique qui ne peut contenir que 32 photos, en variant évidemment les tailles de reproduction, de la vignette à la pleine page. Un premier choix d'abord des photographies évoquées dans le texte, puis un second choix, plus crucial, car sur quels critères choisir ou exclure? Telle est la question. Il y a une solution : négocier auprès de l'éditeur deux cahiers iconographiques. Une négociation qui s'annonce incertaine étant donné les nécessités économiques de l'édition contemporaine qui sont orientées vers une réduction drastique des coûts de fabrication.   

1.5.18

Happiness is a warm gun


"Mon livre de chevet, c'est un revolver." (Jacques Rigaut)


6.4.18

Tattoo You


"Je vous aime assez pour n’avoir rien à vous dire. Un clin d’œil vers vous pour être assuré que je suis là. Les proverbes, vous vous rappelez, la plus belle fille du monde ne peut me donner que ce que j’ai." (Jacques Rigaut)


2.3.18

Corrections


Le dur temps des corrections durant lequel il faut accepter de réduire, de trancher, de sacrifier...

11.2.18

Escalier C



Evénement aux éditions Séguier, cet "éditeur de curiosités" vient de publier les mémoires du cinéaste Jean-Charles Tacchella que les cinéphiles connaissent bien, de la même famille que Pascal Thomas ou encore Jacques Rozier (une pensée pour l'acteur Yves Afonso, disparu récemment, inoubliable dans Maine Océan). Jean-Charles Tacchella, le réalisateur de Cousin, Cousine, mais également d'Escalier C, film mythique des années 80.  A l'époque, beaucoup avaient été marqués par cette émouvante chronique de la vie quotidienne d'un immeuble parisien, par sa mise en scène époustouflante, dont l'axe central se réduit à une cage d'escaliers. De nombreux cinéphiles se demandent aujourd'hui ce qu’il est advenu de Jean-Charles Tacchella… La thébaïde de Jean-Charles Tacchella se trouve dans une petite rue presque provinciale à Versailles, une maison étroite toute en hauteur, ses trois étages remplis du sol au plafond  de livres et de films. C'est un jeune homme de 90 ans qui vous ouvre la porte de cette caverne d'Ali Baba cinématographique. Un dandy au regard malicieux qui vous propose de partager une bouteille de Ruinart au beau milieu de l'après-midi. Jean-Charles Tachella est à l'image de ses films : chaleureux et généreux, tendre et espiègle. C'est un passionné de cinéma. Dès l'âge de douze ans, il fréquente assidument les salles obscures, où il découvre avec enthousiasme le cinéma américain en dévorant les films de Tay Garnett, Franck Capra, Ernst Lubitsch, Frank Borzage et William Wellman. Une des plus belles familles du cinéma hollywoodien. L'adolescent s'évade grâce au cinéma, surtout le mercredi de 12h à 22h, car pour le même prix, on peut y voir les trois films de la semaine écoulée et les trois films de la semaine à venir. A cette époque, le cinéma français est également au meilleur de sa forme. Quand il rentre le soir chez ses parents, Tacchella leur raconte les films de Carné, Delannoy, Renoir, Cocteau, Duvivier, Becker, Clouzot… En 1940, Marseille se trouve en zone libre, Tacchella émerveillé croise sur la Canebière les acteurs qu'il a vus sur l'écran : Raimu, Charles Trenet, Maurice Chevalier, Jules Berry… Tacchella est fou de cinéma, mais également de littérature et de jazz. Après un concert au Hot Club marseillais, il explique à un Django Reinhardt médusé, pourquoi il trouve exceptionnelle sa manière de jouer. C'est en 1945, dans un Paris libéré que le jeune homme peut enfin vivre de sa passion en étant journaliste à L'Ecran français, un hebdomadaire consacré au Septième Art. Grâce à ce poste, il rencontre tout le gotha du cinéma mondial et se lie d'amitié avec certains, comme le réalisateur et acteur Eric Von Stroheim, pour lequel il a la plus grande admiration. Il confie au cinéaste autrichien son envie naissante de faire des films. Au début des années 50, Tacchella quitte le journalisme pour devenir scénariste. Il collabore à plusieurs films de son ami Yves Ciampi, le réalisateur des Héros sont fatigués. Il écrit également le scénario du film iconoclaste Les honneurs de la guerre de Jean Dewever, qui sera censuré par le pouvoir gaulliste, parce qu'il égratigne l'image manichéiste d'une France divisée entre les bon résistants et les méchants collaborateurs. Durant l'été 1961, Tacchella s'installe en Provence à Roussillon, où il achète une maison pour le prix d'une chambre de bonne à Paris, avec vue sur le Mont Ventoux et les ruines du château du Marquis de Sade. Ses amis parisiens l'imitent, à l'instar du comédien Maurice Ronet, qui devient propriétaire d'une maison à Bonnieux, un village voisin. Suite au succès du Feu follet, Ronet demande à Tacchella d'écrire avec lui son premier film en tant que réalisateur : Le voleur du Tibidabo. Lassé de ne pas trouver des financements pour ses projets de films, Tacchella accepte aussi de travailler comme scénariste pour les premières séries à la télévision comme Vive la vie ou Allo Police. En 1969, il tourne enfin son premier film Les Derniers hivers, un court métrage sur les affres du troisième âge. La comédienne Ginette Mathieu avec laquelle il vient de se marier, y tient un rôle. Elle s'occupera ensuite de la distribution de ses films. Après avoir écrit quelques pièces de théâtre, Tacchella réalise en 1973 son premier long-métrage : Voyage en Grande Tartarie, une fable poétique et surréaliste avec Jean-Luc Bideau et Lou Castel. Le film ne trouve pas son public. En 1975, le réalisateur connaît son premier vrai succès populaire avec le film Cousin, Cousine. Une savoureuse comédie vaudevillesque aux accents lubitschiens, dans laquelle excellent Victor Lanoux le cousin, Marie-Christine Barrault la cousine et le magnifique Guy Marchand dans le rôle de l'époux volage. Suite à ce succès, Tacchella peut enfin tourner le film qui lui tient à cœur :  Le Pays Bleu, une chronique provençale panthéiste, dans la lignée des livres de Giono. Brigitte Fossey irradie de beauté et de vitalité, dans un Luberon qui n'est pas encore une carte postale de résidences secondaires pour happy few fortunés. Un film nostalgique qui rappelle la réflexion ironique du moraliste Baudouin de Bodinat sur le goût perdu de la tomate d'aujourd'hui : "Admettons que le regret exagère la saveur des tomates d'alors, encore fallait-il qu'elles en aient quelque peu; qui se souviendra plus tard, s'il reste des habitants, de celles d'aujourd'hui?" Le retour à la ville se fait avec Il y a longtemps que je t'aime, une errance poétique dans les alentours de Beaubourg, l'histoire tendre et douce-amère d'un couple joué par Jean Carmet et Marie Dubois, qui se sépare pour mieux se retrouver. En 1981, année mitterrandienne, Tacchella dans Croque la vie aborde le thème des rêves de jeunesse qui se heurtent à la réalité du quotidien. Le film est également un hommage au scénariste Paul Gégauff, qui mourra deux années plus tard, poignardé par sa jeune compagne norvégienne, après lui avoir lancé : "Tue-moi si tu veux, mais ne m'emmerde pas!". Les années 80 n'épargnent pas le réalisateur.  Nombre de ses amis disparaissent, dont le feu follet Maurice Ronet. Sa femme "Gigi" est renversée par un chauffard, un accident dont les complications entraîneront au fil du temps une invalidité permanente. C'est durant cette période sombre que Jean-Charles Tacchella va réaliser l'un de ses meilleurs films, celui qui marquera toute une génération de cinéphiles : Escalier C. Tourné en trente-cinq jours, principalement en studio, ce huis-clos dans les parties communes d'un immeuble parisien est une fresque émouvante du microcosme humain, réalisé dans la tradition cinématographique de Jacques Becker et de René Clair. Incarné par l'impeccable Robin Renucci, le personnage principal Forster, un faiseur à la répartie d'Oscar Wilde semble mépriser ses voisins de palier interprétés par Jean-Pierre Bacri et Jacques Bonnaffé. A ce triptyque d'acteurs qui crève l'écran, s'ajoute une ribambelle de personnages tous aussi attachants les uns que les autres, joués entre autres par Catherine Frot, Claude Rich, Michel Aumont, Jacques Weber, Hugues Quester et Fiona Gélin . Cette dernière, dans une scène d'anthologie, montre en vain ses (jolis) seins à Renucci. Grâce au succès d'Escalier C, le réalisateur trouve les financements pour tourner Travelling avant, un film sur l'un de ses thèmes de prédilection : la cinéphilie dans l'après-guerre. En 1945, la télévision n'existait pas encore. La jeunesse d’alors se précipitait dans les salles obscures pour s'émerveiller et oublier les horreurs de la guerre. Travelling avant raconte une belle histoire d'amour d'adolescents qui partagent la même passion pour le cinéma. Une véritable mise en abyme cinématographique, interprétée par un merveilleux trio de jeunes acteurs : Ann-Gisel Glass, Thierry Frémont et le regretté Simon de la Brosse, qui mettra fin à ses jours en 1998. Jean-Charles Tacchella aura eu trois grandes passions dans sa vie : les femmes, le cinéma et la littérature. Dames galantes, son film suivant, les réunira sur le grand écran. Une adaptation cinématographique de la vie de Brantôme, médiocre militaire français du XVIème siècle, qui ne vivait que pour l'amour des femmes et qui, pour leur rendre hommage, se fera écrivain. Il rédigera Vie des dames galantes, ses mémoires amoureuses, qui seront publiées selon sa volonté après sa mort. Bohringer incarne Brantôme, et pour ses maîtresses, Tacchella s'offre un casting féminin de rêve : Isabella Rossellini, Marianne Basler et Laura Betti. Dans L'Humanité Dimanche, le critique Claude Sartirano écrit : "En disant que le bonheur sur terre est auprès des femmes et qu'aimer la vie n'est pas provoquer Dieu, le mécréant Jean-Charles Tacchella a réussi un film joliment plaisant." De tous les films qu'il a réalisés, Tacchella considère ses Dames galantes comme l'un de ses films préférés. Le "cinéaste du bonheur" poursuit son introspection du couple avec le film L'homme de ma vie, l'histoire d'une rencontre improbable entre un bouquiniste misanthrope sans-le-sou (Thierry Fortineau) et une chômeuse en quête d'un mari fortuné (Maria de Medeiros).  Lors d'une projection du film aux Etats-Unis, un spectateur s'adresse au réalisateur : "Mais quel âge avez-vous donc pour faire des films aussi jeunes? On les croirait réalisés par un cinéaste de vingt-cinq ans!" Quant à Quentin Tarentino, c'est en voyant L'homme de ma vie, en 1992, qu'il découvre Maria de Medeiros. Suite à cette projection, il confiera à l'actrice le rôle de la petite amie française de Bruce Willis dans Pulp Fiction. Pour son film suivant, Tacchella décide de tourner outre-Atlantique, à Sarasota en Floride. Ce sera Tous les jours dimanche, une comédie picaresque, un hymne à la paresse au soleil avec Thierry Lhermitte dans le rôle du bienheureux, et l'acteur italien Maurizio Nichetti en complice d'oisiveté. Une coproduction franco-italo-américaine avec une star made in USA : Rod Steiger. Le film reçoit un accueil mitigé. La critique trouve que la fable manque de sérieux. Pour un cinéaste qui avoue "ne rien prendre au sérieux et prendre tout au sérieux", c'est un compliment. En 1999, Tacchella réalise son onzième et dernier long métrage, Les gens qui s'aiment, qui évoque le plaisir mais aussi la difficulté pour des solitaires de vivre à deux. Deux couples de génération différente à la recherche de l'amour qui va vite et qui dure toujours. Le quatuor se compose de Richard Berry dans le rôle du quinqua désabusé, Jacqueline Bisset la quadragénaire ambitieuse, Bruno Putzulu l'épicurien lettré et Julie Gayet, la jeune femme sans concession aujourd'hui petite amie d'un ex-Président. Le public ému applaudit, la critique boude. Durant quelques années, le cinéaste consacre son temps à écrire des scénarios et chercher des financements pour en faire des films. Malgré le soutien de comédiens de renom, les producteurs et distributeurs se détournent du réalisateur, pas assez "bankable" pour eux. Un critique écrit : "Jean-Charles Tacchella n'est pas branché pour un sou, ce qui compromet ses chances au box-office. Il n'est pas du genre à filmer des taxis qui volent ou des acteurs animés par ordinateur." En 2005, le cinéaste décide de se faire une raison et fait ses adieux au cinéma, sans regrets. Depuis qu'il ne fait plus de films et qu'il vit, comme l'écrivait Huysmans « loin de l'incessant déluge de la sottise humaine", pour le plus grand bonheur des cinéphiles, Tacchella a eu le temps d'écrire ces 944 pages de souvenirs qui sont jalonnés par autant d'anecdotes.  Tacchella rêve souvent la nuit qu'il tourne encore et encore… A la première page de son carnet de notes, on peut lire cet aphorisme qui le définit bien : "Plus les années passent et plus j'ai peur de mourir jeune." On lui souhaite de vivre encore quelques belles années .

Du côté de Jacques Rigaut, je vous invite à visiter le compte instagram que je lui ai dédié. Le travail éditorial de la biographie est en cours… 

15.1.18