25.5.10

ADJUGE



LOT N° 519 / Estimé : 10 000 euros / Adjugé : 9000 euros



LOTS 520 et 521 / Estimés : 30 000 euros et 15 000 euros / Adjugés : 26 000 euros et 12 000 euros



LOT N° 522 / Estimé : 80 000 euros / Adjugé : 69 000 euros



LOT N° 523 / Estimé : 30 000 euros / Adjugé : 25 000 euros

La vente a rapporté au(x) vendeur(s) un total de 141 000 euros (hors frais).

5.5.10

Suicide en poche



Ai donc consulté le lot de manuscrits de Rigaut qui sera mis aux enchères ce vendredi 7 mai à 14h à Drouot. Rien d'inédit malheureusement, quelques variantes assez proches des textes publiés. Rien n'a échappé à Martin Kay. Emu d'avoir entre mes mains le télégramme sur lequel J.R. a écrit (avant Cocteau) l'un de ses aphorismes les plus célèbres : "Et maintenant, réfléchissez, les miroirs." Autre fameux aphorisme :"Essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière." Dans une première version, Rigaut avait écrit "en poche". Si vendredi l'acheteur ne se cache pas derrière un téléphone, je me présenterai en espérant le convaincre de me fournir une copie de ces manuscrits.

26.4.10

"Cette passion de la possession..."


Lot n°519

RIGAUT Jacques

PUBLICATIONS POSTHUMES. MANUSCRITS AUTOGRAPHES. 7 pages in-4, in-8, in-12. Manuscrits autographes des « Publications posthumes » à l'encre et au crayon de Jacques Rigaut, comportant des ratures et des corrections. (7 pages). Mes cinq sens ne m'appartiennent pas. On a qu'une chose à soi c'est son désir. Je voudrais vivre à mon propre compte. » ... « Le plaisir est bien la chose au monde la plus difficile à imaginer (avec qui voulez-vous lutter !). Le désir c'est probablement tout ce qu'un homme possède. Je suis un homme qui cherche à ne pas mourir. » Publié dans « Ecrits » de Jacques Rigaut chez Gallimard en 1970. Jacques Rigaut se tire une balle dans le coeur en 1929, il a 31 ans. Son oeuvre se situe entre 1918 et 1929. On reconnaît Rigaut à son style « dénudé jusqu'à l'os », à ce ton inimitable qui lui valut l'admiration d'André Breton. De Rigaut on connaît les pensées, les aphorismes ; les manuscrits proposés ici sont exceptionnels, ce sont les plus longs qu'il ait jamais écrits, en particulier Lord Patchogue et E.L.

Estimation : 10 000 €

IMAGE NON FOURNIE

Lot n°520

RIGAUT Jacques

PUBLICATIONS POSTHUMES. MANUSCRITS AUTOGRAPHES. 24 pages in-8 et in-4. Manuscrits autographes des « Publications posthumes » à l'encre et au crayon de Rigaut comportant des ratures et des corrections. (24 pages). Sur une page de télégramme Jacques Rigaut l'annote de la façon suivante : ... « Inconcevable, injustifiable, le commencement. D'où cet amour des choses rondes, tenté de les prendre pour la perfection, car on y voit pas de commencement. Et maintenant, réfléchissez les miroirs. ». Rigaut signe le manuscrit : « Fendue, cousine de Coco-folie ». ... « La malchance, nous sommes dans le même sens. Moi aussi je pose des questions. Je suis ici pour ça.... De mes 24h, de mes 70h, de mes 30 ans, de mes souvenirs, de mes anticipations, de mon amour et de mes amours, de ma solitude et de mes contacts. Au plus et de moins, je cherche à répondre. Il ne peut pas s'agir que de poser le problème et de s'arrêter ». QUELQUES INÉDITS ET QUELQUES VARIANTES publiés en partie dans « Ecrits ».

Estimation : 30 000 €




Lot n°521

RIGAUT Jacques

PUBLICATIONS POSTHUMES. MANUSCRITS AUTOGRAPHES. 11 pages in-8 et in-4. Manuscrits autographes des « Publications posthumes » à l'encre et au crayon de Jacques Rigaut comportant des ratures et des corrections. (11 pages). ... « A tort et à travers Ma Chère, allons fumer dans la nuit, ceci sans l'aide d'aucun alcool, d'aucun poison, d'aucun chagrin, d'aucune fatigue, d'aucune faim. Cette passion de la possession, cette démangeaison d'agir, j'achète 7 automobiles, connaissez-vous ma collection unique au monde de boites d'allumettes ... Quelle personnalité. La table des matières c'est l'homme. Plus je suis dépossédé, plus je me possède (chanson, paroles de l'auteur) ». NOMBREUSES VARIANTES ET INÉDITS.

Estimation : 15 000 €




Lot n°522

RIGAUT Jacques

LORD PATCHOGUE. 3 ENSEMBLES DE MANUSCRITS AUTOGRAPHES. I. LORD PATCHOGUE. Manuscrits autographes à l'encre et au crayon de Jacques Rigaut comportant des ratures et corrections. (39 pages in-4). ... « La chambre, les 4 murs, c'est intenable. Il faut bouger. On ne sait plus quelle rue éviter, celles qu'on connaît parce qu'on les connaît, celles qu'on ne connaît pas pour la même raison ou pour une autre. Je soupçonne mes semelles de n'avoir pas été faites pour ces trottoirs, mes jambes pour ces pantalons ni ma patiente pour cette attente. Hauts faits, bas faits, acrobaties, records. Le plus difficile c'est de respirer. La lâcheté c'est toute la dignité de Lord Patchogue. Qu'est ce qu'on pourrait accepter ? Le départ est honnête : toute proposition étant inacceptable, toute attitude indésirable, il ne reste qu'un refus paresseux et contracté, et les gestes, les désirs, la pensée s'éloignent de moins en moins de la coquille. La suite l'est moins : quoiqu'il fasse et quoi qu'il ne fasse pas, Lord Patchogue l'appelle sa lâcheté ; on ne peut plus se tromper ». Quelques inédits et variantes publiés dans « Ecrits » de Jacques Rigaut chez Gallimard. II. LORD PATCHOGUE. Manuscrits autographes à l'encre de Jacques Rigaut comportant des corrections (5 pages in-4). ... « Voici Lord Patchogue. Vous savez le reconnaître. Sinon lui vous sauriez en reconnaître un autre... A sa peau brune, son contour, son mouvement, un bel air, son visage ou malgré le caractère des traits, malgré le contrôle des expressions, subsiste une certaine faiblesse qu'on ne sait où placer, quelque chose de vulnérable ». UNE PARTIE EST INÉDITE, l'autre est publiée dans les « Ecrits » de Jacques Rigaut. III. LORD PATCHOGUE. Manuscrits autographes à l'encre et au crayon de Jacques Rigaut comportant des ratures et corrections. (21 pages in-4). ... « L.P. court s'assumer devant la glace qu'il est encore la. Pas lui vraiment, mais son nez, le nez qu'il s'est vu il y a quelques minutes. Ce n'est pas tant de son existence qu'il doute que de celle de chacun, de ses attributs et sinon de leur existence, de leur légitimité ». ... « Vous qui le connaissez, vous savez faire des différences, vous aimez ses cheveux mais vous n'aimez pas le son de sa voix... Vous ne me croirez pas, je n'ai pas de désir pour lui, son corps qui me donne plus de plaisir que je ne mérite, son corps dont chaque poil est chéri je ne le désire pas ». PASSAGES ÉCRITS EN MÊME TEMPS, VARIANTES ET INÉDITS.

Estimation : 80 000 €



Lot n°523

RIGAUT Jacques

E.L. MANUSCRITS AUTOGRAPHES. 21 pages in-8 et in-4. E.L. Manuscrits autographes à l'encre et au crayon de Rigaut comportant des ratures et corrections. (21 pages). ... « On vit alors E.L. s'empresser autour de la jeune fille, introduire dans leur amitié un soin autoritaire, un contrôle jaloux qui ne manqua pas de libérer l'espoir de sa partenaire. E.L. fut ignoble, il se fiança et ceci au mépris de la désolation de sa famille avec une jeune fille pauvre ; toutes les apparences étaient avec lui... » ... « C'est un taxi qui a fait sa fortune, c'est un taxi qui la défit. A l'angle de la rue de Provence et de la rue Mogador, la voiture où sa fiancée avait pris place fut proprement aplatie contre un immeuble... La fortune de la malheureuse passait à ses héritiers... Au retour du cimetière, E.L. à nouveau monta dans un taxi. Une femme y avait laissé son sac. E.L. le ramassa, et sans colère, le jeta par la portière. » PREMIER JET COMPLET DE E.L., QUELQUES VARIANTES ET INÉDITS publiés dans « Ecrits » de Jacques Rigaut.

Estimation : 30 000 €

Merci à Bernard Morlino et à François Martinet de m'avoir signalé cette prochaine vente aux enchères qui propose d'importants manuscrits de Rigaut. Des manuscrits qui proviennent toujours de la même liasse, celle avec laquelle Martin Kay avait préparé l'intégrale des Ecrits de J.R. chez Gallimard en 1970. A l'époque Kay avait consciencieusement relevé les variantes et inédits de cette liasse de manuscrits et les avait insérés dans ces notes en fin d'ouvrage en soulignant tout de même qu'il n'avait pas retranscrit certaines de ces variantes les trouvant négligeables. On le comprend étant donné l'énorme travail de sauvegarde littéraire qu'il avait déjà réalisé. Curieux de consulter ces "variantes et inédits", j'ai contacté Maître Jean-Claude Binoche et l'expert Claude Oterelo. Un rendez-vous a été fixé pour le 3 mai. Wait & see.

18.4.10

Rigaut vivant




"J’ai des cernes. Je mets mes lunettes noires. Je suis à la terrasse du Soleil de Ménilmontant. J’attrape les rayons UV pendant dix minutes et je me retrouve subitement dans l’ombre. J’enlève mes lunettes et je remets mes cernes. J’arrive au Baron pour le concert d’Open Space & Stars, sacrément en retard, et même pas sur la liste. Tout est très humain cependant et j’assiste à la fin du concert avec la belle Nina Lili qui chante ! Je prends un taxi pour me retrouver dans un embouteillage à 3 heures du matin. Je me rends au prix littéraire de la Closerie des Lilas. Ce cher Rigaut m’attend devant le lieu mythique, il brandit fièrement sa nouvelle acquisition, le roman Arthur Cravan, précipité de Bertrand Lacarelle. «Il y a un dossier Arthur Cravan au FBI, m’assure Rigaut. - Allons-y, dis-je. - Au FBI ? s’exclame-t-il. - Non ! On se fait la Closerie avant !» Mince, je ne suis à nouveau pas sur la fameuse liste… Je passe un coup de fil et les choses s’arrangent grâce à Marie. Nous entrons pour l’adoubement de Véronique Bizot pour Mon couronnement. Mon heure a sonné quand Alistair me reproche de ne pas avoir lu Montherlant. «C’est très humain», lui dis-je, inquiet… Et si Marjorie allait soudain me mordre l’oreille ? La Closerie a un côté vintage ce soir, avec les tailleurs Chanel qui swinguent sur la piste ! Sollers est de sortie. Claire Linda me récite du Ginsberg ! J’aime bien, mais je crois que le champagne me monte à la tête.

Je me retrouve avec Thibaut chez Paulina. Il ne faut pas faire de bruit, car un voisin psychopathe menace de sortir ses lettres de dénonciation au moindre bruit.

Je redescends à pas de loup en imaginant un fou armé d’une francisque.

Je me dis que la Gare aux gorilles va me sauver ! Manger une merguez sur une voie ferrée désaffectée est un pur plaisir !

Vision préraphaélite : Feten aux cheveux bouclés danse devant moi. Luis le Créaliste organise un jeu où chacun doit inscrire sa règle pour une nouvelle société. Je retiens deux règles : la danse du papillon ! Soulevez votre cavalière par la taille et laissez la battre des bras ! C’est onctueux. Et enfin le fameux baisemain érotique d’Aurélie. Délicieuse pratique quand elle passe délicatement sa langue entre mes doigts. Tout cela est très humain, car j’ai droit à un second baisemain."

Tristan Ranx / Libération du 17/04/2010

31.3.10

Mise en scène




Définitivement, les photographies de Man Ray méritent une observation attentive (voire un agrandissement) qui souvent révèle des détails surprenants que personne jusqu'alors n'avait remarqués. Sur cette célèbre image du groupe dada, Tristan Tzara tient dans sa main gauche un pistolet dont le canon est braqué vers la tête de Rigaut.

30.3.10

Evelyn & Robert



"On May Day, just after leaving her fiancé, 23-year-old Evelyn McHale wrote a note. 'He is much better off without me ... I wouldn't make a good wife for anybody,' ... Then she crossed it out. She went to the observation platform of the Empire State Building. Through the mist she gazed at the street, 86 floors below. Then she jumped. In her desperate determination she leaped clear of the setbacks and hit a United Nations limousine parked at the curb. Across the street photography student Robert Wiles heard an explosive crash. Just four minutes after Evelyn McHale's death Wiles got this picture of death's violence and its composure."(Girl jumps to death from Empire State Building, magazine Life du 12 mai 1947, p. 43)

29.3.10

MARION



"Lorsque l'enfant était enfant,
il ne savait pas qu'il était enfant,
tout pour lui avait une âme
et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l'enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes:
pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas moi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil n'est-elle pas un rêve ?
Ce que je vois, entend, sens, n'est-ce pas simplement
l'apparence d'un monde devant le monde ?
Le mal existe-t-il vraiment et des gens
qui sont vraiment les mauvais ?
comment se fait-il que moi, qui suis moi,
avant de devenir, je n'étais pas,
et qu'un jour moi, qui suis moi,
je ne serai plus ce moi que je suis."

(Peter Handke)

25.3.10

Sainte Mireille


Mireille Havet en 1927


Mireille Havet en 1931



Claire Paulhan publie le quatrième tome du magnifique Journal de Mireille Havet, qui témoigne d'une lente mais vertigineuse descente aux enfers de la « petite poyétesse » d’Apollinaire, méthodique et lucide organisation d'un suicide social (refus radical des conventions) et physique (polytoxicomanie effrénée): “Pas d’argent. Pas de rémission. Pas d’amis. Pas d’explication possible à leur donner qui, désormais, justifie que cet état se prolonge, du reste, et que je sois toujours empêchée de gagner normalement ma vie. Je ne suis plus un enfant qui attire la compassion et un intérêt attendri. Comme les autres, seule comme les autres, un cas entre des millions, sans autre singularité qu’un glorieux et étincelant début et une fin lamentable, complètement anonyme et obscure pour tout ce même monde qui, à 15, 16, 17 et jusqu’à 25 ans même, attendait de moi son divertissement intellectuel principal, m’accordait du génie et, en échange, me promettait une gloire sans précédent. (...) Progressivement, je le répète, comme un rouleau compresseur qui avance, ne connaît aucun obstacle et fait lentement son travail d’heure en heure, la morphine a tout détruit, tout sapé, tout anéanti, et j’ai tout perdu, mon amie, son argent, nos maisons, ma confiance, ma santé, mes années, mon talent, mon courage, ma fraîcheur, l’amour, même l’amitié, la poésie qui s’est retirée de moi comme la mer abandonne un rocher trop ingrat et qui, désormais, déchiqueté, rude, délaissé, presque effrayant dans son isolement dès lors éternel, s’élèvera seul des flots, sans oiseau et sans graine, sans terre surtout pour qu’y germent les graines apportées des oiseaux, sans rien à l’infini et dans l’Eternité que le ciel et la mer, tout deux aussi distants et aussi éloignés de lui.
J’ai tout perdu, ma vie, mon instinct de vivre, ma répugnance du mal, mon goût de me soigner. La morphine, cette écharde invisible du début, est devenue le poignard, la hallebarde qui, à travers mon corps, a transpercé mon cœur et m’a tuée, m’a clouée au sol le plus bas, à la terre boueuse où l’on m’enterrera… enfin ! La morphine, et sa sœur la cocaïne, et l’héroïne son aînée, sept fois plus dangereuse et toxique qu’aucun des poisons, ont peu à peu tout remplacé et maintenant me restent seules.
Comment voulez vous que, n’ayant plus rien, je n’aie pas fait le pacte du diable, de l’âme vendue, avec mes pires ennemies ? C’est pour les acheter que je donne mes derniers billets, que j’emprunte, mendie à n’importe qui. Je vendrai sans doute tout pour cette unique et dominante dépense qui me détruit, comme le vitriol dissout le squelette même de l’homme et ses bagues, car même tous les métaux sont détruits par lui et son acide inguérissable et brûlant.»

Mireille Havet est morte le 21 mars 1932 à Montana en Suisse dans le même sanatorium où son ami René Crevel avait séjourné. Elle sera enterrée au cimetière de Montana. Au fil du temps, sa tombe disparaîtra dans l'anonymat.

20.3.10

Porter la main sur soi




"L'arme braquée par le suicide contre la vie en a toujours raison. Nuls débris, nulles ruines ne peuvent subsister après le passage de cette volonté qui brûle de tout détruire. Mais un tel attentat laisse entière la force de celui qui l'a commis.[...]" (Paul Eluard à propos de Jacques Rigaut)

8.3.10

Mark Linkous (1962-2010)




From the Linkous Family: "It is with great sadness that we share the news that our dear friend and family member, Mark Linkous, took his own life today. We are thankful for his time with us and will hold him forever in our hearts. May his journey be peaceful, happy and free. There’s a heaven and there’s a star for you." - March 6, 2010






"Cheveux fous, lunettes épaisses et démarche claudicante. Mark Linkous n'a pas vraiment changé depuis sa dernière venue à Paris, il y a trois ans. A peine remarque-t-on le sillon de ses rides un peu creusé. D'allure voûtée, l'homme qui se cache derrière Sparklehorse rassemble en lui seul deux styles antinomiques. Le bûcheron au volant de son pick-up croise l'intello hypersensible amateur de poésie et de musique abstraite.

Cloîtré. En quatre disques et près de dix années de rock taciturne, Mark Linkous est devenu une référence discrète et crédible, que l'on débusque au gré d'albums importants. Il a travaillé avec Christian Fennesz, producteur d'une electronica cérébrale. Il a finalisé le dernier disque de Daniel Johnston, l'homme aux huit cents chansons et autant de séjours en hôpital psychiatrique qui chante depuis vingt ans l'amour perdu de Laurie, cette adolescente partie avec un employé des pompes funèbres. Mark Linkous a tourné avec The Flaming Lips. Il est aussi (et surtout) resté cloîtré chez lui, en Virginie, dans cette ferme qu'il occupe avec sa femme Teresa, où deux chevaux côtoient des chats, des lapins et le chien Barko. Enfermé dans sa chambre, au fond de son lit, sans rien faire durant trois ans.

Dreamt for Light in the Belly of Mountain, le quatrième album, clôt une demi-décennie durant laquelle Mark Linkous n'a pas touché terre. Ou très peu, lors de ces rares collaborations en marge de Sparklehorse. Voilà pourquoi le disque flotte et délaisse les balises folk et country qui jalonnaient Good Morning Spider en 1999, ou It's a Wonderful Life, en 2001.

«Submergé». Plus aérien, sans être aéré, d'une mélancolie dénuée d'afféterie, Dreamt for Light... révèle une pop ouvragée aux voix serties d'effets. Précipité sensible d'une rémission : «Il m'a fallu du temps pour reprendre pied. Durant cette dépression, j'étais incapable de composer, d'écouter de la musique, ou même de lire un bouquin. J'ai passé des mois au fond du trou. Le 11 septembre m'a beaucoup affecté : voir mon pays s'enfoncer dans la bêtise avec l'administration Bush aux commandes m'a donné l'impression d'être perdu.C'est arrivé à un moment où j'étais déjà très affaibli : beaucoup de personnes autour de moi sont mortes, des amis très proches ou des membres de ma famille. Je me suis senti submergé, j'avais l'impression que tout le monde devenait fou. Faire de la musique n'avait plus aucun sens.»

Mark Linkous est un habitué des accidents de parcours. Il y a dix ans, une chute dans un escalier, un soir de bringue, l'a collé dans un fauteuil roulant pendant des mois. Il a fallu réapprendre à marcher, s'appuyer sur une canne et accepter de porter à vie une attelle à la jambe. Cette fois, la sortie de crise s'est imposée d'elle-même : «N'ayant plus d'argent, je ne pouvais même pas payer mon loyer. Mon manager m'a envoyé des disques pour que je me remue. Dans la pile, il y avait The Grey Album, de Danger Mouse. J'ai adoré et l'ai appelé. Il m'a alors avoué être fan de Sparklehorse.» La rencontre avec l'un des producteurs hip-hop les plus en vue du moment (Gnarls Barkley, c'est en partie lui) l'oblige à quitter le lit : «Il s'est pointé chez moi et je ne savais pas quoi lui dire. Il a pris possession de mon studio, on a ressorti des vieilles chansons et on s'est mis au boulot. J'ai alors commencé à me dire que j'étais peut-être capable de refaire de la musique.»

Au total, Danger Mouse a produit quatre titres de Dreamt for Light... Il y a Getting It Wrong, comptine minimaliste où Linkous, comme à son habitude, chante à travers un microphone d'enfant. Il y a aussi Don't Take my Sunshine Away, qui ouvre l'album sur des grésillements amnésiques, ou Return to Me, «très difficile à chanter en public, parce qu'elle exprime tant de peine qu'elle en paraît impudique».

Ravalement. Pour les autres titres, Linkous a souvent travaillé seul, notamment sur Some Sweet Day («écrite pour ma première petite amie, morte il y a deux ans»), avant de s'entourer de Dave Fridmann, producteur de Mercury Rev et de Low, et, pour une chanson, de Tom Waits au piano : «C'est la première fois qu'on jouait ensemble. J'avais l'impression de faire un voyage dans le temps.» Précisément à la fin des années 80 quand ce fils et petit fils de mineurs monte à 20 ans un premier groupe, The Dancing Hoods, avec pour modèle Swordfishtrombone, de Tom Waits. Linkous tente sa chance du côté de Los Angeles, puis rentre à la maison et se convertit au ravalement de façades dans une entreprise du bâtiment.

Elevé au bluegrass et à la country, fan de Johnny Cash puis des Sex Pistols, fondateur de Sparklehorse en 1995 au côté du discret Scott Minor, Mark Linkous garde cet attachement à la terre que l'on retrouve dans les romans de Chris Offutt ou Larry Brown. Une manière de s'ancrer les pieds au sol, quand la tête, entre désillusion et peur panique, aurait tendance à dériver : «Je ne peux pas me dire à jamais guéri. Je sais qu'au fond de moi, l'équilibre demeure fragile. Mais je sais aussi qu'en ce moment les choses vont de mieux en mieux. Et je me mets des coups de pied au cul pour que cela continue.»

MASI Bruno / Libération / 2006

6.3.10

Pierre Ubu



"De tous ces gens qui prétendent m'aimer, de ces petites amies, de ces amis, de ces camarades, est-il un seul être qui soit capable de me retenir sur terre, qui ait vraiment besoin de moi et pour qui ma mort serait une mutilation irréparable? La réponse est négative, impitoyablement négative, et pourtant la certitude que nous sommes là pour quelqu'un serait la seule force capable de nous arracher au petit oeil noir, rond et méchant qui, à la fin du Feu follet, fixe le coeur d'Alain dans une éblouissante éternité." (Le défi, Gabriel Matzneff)


Drôle de justice : d'un côté elle laisse en liberté un psychopathe "connu des services de la police" qui a fini par tuer sa conjointe et de l'autre elle menace de prison un ami écrivain à cause de propos publiés sur son blog au sujet de l'affaire Perret/ Léautaud. Je n'ai jamais été sensible à la poésie mièvre et bien-pensante de Pierre Perret. Cette affaire me conforte dans mon opinion à propos de l'auteur du Zizi.... et j'apporte évidemment mon soutien à Bernard Morlino qui risque tout de même la zonzon et une forte amende. Le plus révoltant est le silence assourdissant du monde des Lettres qui souvent se drape dans l'indignation pour moins que ça. Quelques-uns heureusement dénoncent le caractère ubuesque de cette affaire comme Pierre Assouline ou Jérome Garcin. Les dadaïstes qui avaient demandé la peine capitale pour Maurice Barrès et craché sur le cadavre d'Anatole France seraient derrière les barreaux aujourd'hui.

27.2.10

17.2.10

Not If You Were the Last Dandy on Earth



Le mystérieux éditeur singulier vient de rééditer dans un bel ouvrage "Quelques portraits de dandys" (précédé de "Les cannes de M. Paul Bourget") du chroniqueur et "gentilhomme des lettres" Eugène Marsan, un dilettante raffiné, amateur de femmes et de littérature. Extrait de l'émouvant portrait de Barbey d'Aurevilly : "Dans son petit logement de vieil homme de lettres démuni, il vivait entre une armoire à glace, une commode pleine de ses tenues mirobolantes et deux tables, dont l'une était chargée de ses encres multicolores. Impossible de savoir s'il a souffert de vivre ainsi à plus de soixante ans.(...) Le siècle avait changé,et lui non."

3.2.10

DOCUMENTATION



En couverture : "Poison blanc" Police Magazine, 14 décembre 1930. Merci à Emmanuelle Retaillaud-Bajac qui m'a "fourni" de précieux renseignements et informations pratiques sur l'univers des stupéfiants et ses divers protagonistes durant les Années folles.

30.1.10

IS NOT


ADRIAN GHENIE, Dada is Dead, 2009, acrylic and collage on paper

29.1.10

IS




"Déjà il rêvait à une thébaïde raffinée, à un désert confortable, à une arche immobile et tiède où il se réfugierait loin de l’incessant déluge de la sottise humaine (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 9)

"Ensuite, il vint s'asseoir sur le lit inoccupé, regarda la jeune femme, ajusta l'arme, et se tira une balle dans la tempe droite." (Un jour rêvé pour le poisson-banane, Jérome David Salinger)

25.1.10

IS NOT


@Patrick Hospital after a tagger.

23.1.10

RELIQUE


Page de la lettre A du carnet d'adresses d'Arthur Cravan

19.1.10

Biopic



Bientôt sur vos écrans! un film biographique sur Man Ray, réalisé par Temistocles Lopez. Cherchez le(s) erreur(s) de casting!

Man Ray : Giovanni Ribisi
Kiki de Montparnasse : Christina Ricci ou Emma de Caunes
Marcel Duchamp : Julien Doré
La baronne Elsa von Freytag-Loringhoven : la chanteuse Camille
Berenice Abbott : Diane Kruger
Meret Oppenheim : Virgine Ledoyen

Question cruciale : qui jouera le rôle de Jacques Rigaut? On espère que la production l'a considéré comme un figurant dans la vie de Man Ray.