21.8.23
22.7.23
Demain je me tue
Après quelques verres dans un bar parisien, Rigaut décide de prolonger son escapade parisienne et passe à l’improviste chez Jacques Porel et sa femme Anne-Marie. Dans ses souvenirs publiés en 1952, Porel raconte sa dernière soirée avec J. R. :
[...] Il surgit chez nous, en fin de journée. Il était gai, avait l’air bien portant. Il avait dû boire un peu. La joie de se voir formait le fond du tableau. Nous l’emmenâmes, je me souviens, entendre une pièce de Savoir au théâtre de la Potinière. Il riait trop fort et se mit même à faire des commentaires à haute voix, pendant les actes. Tour à tour, nous le prenions dans nos bras et le bercions pour le calmer comme on fait d’un enfant, car il avait un peu perdu la tête. Ensuite ayant faim, nous fûmes souper au Grand Écart. Il était redevenu presque normal, mais Paris, où il ne s’était pas trouvé depuis longtemps, lui avait fait l’effet d’un alcool violent. Il ne voulait pas rentrer. Malgré notre insistance à le reconduire à la Vallée-Aux-Loups, il nous affirma avoir un rendez-vous important avec des amis à Montparnasse. Il nous obligea à le laisser place de l’Étoile. Il prit un taxi, fit un geste de la main. Nous ne devions plus le revoir, vivant.
In Jacques Rigaut, le suicidé magnifique, Gallimard, 2019.
14.6.23
Vente Drieu
Brigitte Drieu la Rochelle, l’épouse du frère de Drieu (Jean) est décédée le jeudi 8 juin 2023 à l’âge de 101 ans, requiescat in pace. Je l’avais rencontrée plusieurs fois lors de mes recherches, elle m’avait ouvert sa malle aux trésors et j’avais pu consulter le manuscrit du Feu follet, Adieu à Gonzague, les carnets de Drieu et les livres dédicacés envoyés à Drieu dont un essai de Cocteau avec une amusante dédicace. La famille a fait une donation de certaines archives mais une vente aux enchères aura lieu probablement le 15 décembre 2023, on retrouvera parmi les lots proposés des manuscrits et tapuscrits dont ceux du Feu follet et d’Adieu à Gonzague. Le catalogue est en cours… Brigitte Drieu la Rochelle avait eu la gentillesse de m’appeler pour me remercier de lui avoir adressé un exemplaire de la biographie de Rigaut qu’elle avait lue et appréciée. J’adresse mes sincères condoléances à la famille et aux proches.
16.5.23
Edmond Jaloux
En mai 1931, dans Les Nouvelles Littéraires, le critique Edmond Jaloux évoquait Le Feu follet de Drieu qui venait de paraître. « Il court à la mort et voudrait s’arrêter en chemin. Ou plutôt non, il ne court pas à la mort, c’est la mort qui court à lui. Il lui appartient déjà. »
15.3.23
Anniversaires
Il y a 40 ans, l'immense Maurice Ronet (13 avril 1927-14 mars 1983) disparaissait. En 2013, je lui rendais hommage dans le numéro 5 de la revue Schnock. Il y a bientôt 20 ans l'écrivain Frédéric Berthet (1954-2003) nous quittait. Je lui consacre un dossier important (portrait et textes inédits) dans le numéro 46 de la revue Schnock qui paraît ce 15 mars 2023.
15.2.23
La carte de visite
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Une récente découverte totalement inédite : une carte de visite de Jacques Rigaut, une lettre autographe signée de Jacques Rigaut à Antoine Bourdelle (1920), un article sur Bourdelle par Jacques Rigaut paru dans le Gaulois du 21 août 1920. Provenance : archives du musée Antoine Bourdelle. Remerciements à Claire Boisserolles.
Jacques Sereys (2 juin 1928 - 31 décembre 2022)
Le comédien Jacques Sereys qui nous a quittés à la fin de l'année 2022 évoque ses souvenirs du Feu follet dans lequel il joue le rôle de Cyrille Lavaud, l’obséquieux mari de Solange. Lors de mes recherches, j’avais rencontré Philippe Collin qui était l’assistant de Louis Malle, j’avais également contacté la comédienne Yvonne Clech qui tient le rôle de Mademoiselle Farnoux, nous devions nous rencontrer mais elle est décédée quelques jours après notre discussion téléphonique.
18.11.22
"Le jour se lève ça vous apprendra."
C'est aujourd'hui que sort en librairie une nouvelle édition du florilège des écrits de Jacques Rigaut publié par les éditions Cent Pages et préfacé par votre serviteur. L'ouvrage est poinçonné (aux Lilas) par un trou qui traverse intégralement le livre, métaphore graphique de la balle mortelle du revolver de Rigaut.
9.11.22
Hasard objectif
9 novembre 2022, le grand jour! Sortie nationale dans les salles de cinéma des films de Louis Malle, dont "Le Feu follet" qui sera projeté au cinéma Le Champo à Paris pendant deux semaines. L'occasion pour beaucoup comme pour moi de voir pour la première fois en salle ce film culte et chef-d'oeuvre du cinéma français, inspiré par le roman de Drieu qui racontait les derniers moments de la vie de son ami Jacques Rigaut. Le film était sorti le 14 octobre 1963 et inaugurait une nouvelle salle de cinéma à Saint-Germain-des-Prés, Le Dragon, pour douze semaines d'exploitation. La presse unanime avait plébiscité le film et l'interprétation de Maurice Ronet qui joue le rôle de Jacques Rigaut. Le 9 novembre 1929, Jacques Rigaut était inhumé au cimetière de Montmartre. La date du 9 novembre 2022 a été choisie totalement par hasard par la société Malavida qui s'occupe de la sortie de cette retrospective. Alexandra Stewart qui joue le rôle de Solange évoquera ses souvenirs du tournage ce soir à la séance de 19h50.
7.11.22
Save the date
Cimetière de Montmartre, 6 novembre 2022. « Je me tue parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés… Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais ! » (Pierre Drieu La Rochelle, Le Feu follet)
30.10.22
"C'est comme ça et je vous emmerde."
La 5ème et dernière vente de la bibliothèque des Avant-gardes de Paul Destribats aura lieu chez Christie’s Paris les 3 et 4 novembre 2022. Parmi les 450 lots de la vente, deux lots concernent Jacques Rigaut avec un de ses manuscrits autobiographiques les plus importants (32 pages) que Paul Destribats avait eu la gentillesse et l’élégance de m’autoriser à consulter lors de mes recherches. Certains collectionneurs conservent jalousement leurs trésors littéraire dans des coffres et refusent de coopérer avec les chercheurs. Paul Destribats n’était pas ce genre de collectionneur. L’autre lot est un exemplaire du premier livre d’André Breton « Mont de piété » (1919) avec un envoi autographe sibyllin à Jacques Rigaut daté de 1921 : "Tout à Jacques Rigaut le délice inhumain De ce premier REFUS qu’il est fait pour entendre Lui dont la main pourtant garde dans votre main L’aspect inquiétant d’un télégramme tendre André Breton Pâques 1921"
"Rien ne permet d’affirmer que Jeanne Double ait inspiré à Rigaut un de ses textes les plus aboutis, « Madame X », même si quelques éléments biographiques sont troublants . À l’instar de Jeanne Double, Madame X est divorcée, vivant seul avec son fils, puis aura un second amour dont Rigaut donne les initiales J.C., comme celles du re-vuiste Jacques Charles, propriétaire de l’Olympia, avec lequel Jeanne aura un autre enfant. Dans ce long texte, en large part autobiographique, écrit probablement en 1921 – 1922 et resté inédit jusqu’en 1970, Rigaut fait le récit cynique d’une aventure amoureuse ratée dès son commencement, avec une sorte de Madame Bovary qu’il prend comme sujet d’analyse (…) À défaut d’être son amant, Madame X prend Rigaut pour confident, elle l’utilise comme une oreille attentive, un monologue autiste parfois exhibitionniste dans la divulgation de son intimité : « La personne qui ne disait jamais coucher mais « se donner » (ce qui éclaire assez l’idée qu’elle avait de l’amour) savait très bien exprimer qu’elle ne demandait pas à son mari si ça lui faisait plaisir lorsqu’elle lui enfonçait le doigt dans l’anus, et qu’elle n’aimait branler ce mari qu’en passant le bras entre ses cuisses. » Rigaut tient son rôle d’homme de compagnie tout en prenant des notes in situ sur cet archétype féminin dont l’ennui le fascine. (…) L’humour caustique de Rigaut tourne parfois au comique avec les introspections du narrateur comparables à la verve satirique d’un Sacha Guitry : « Un soir qu’elle pleurait cinquante minutes je ne faisais que m’épouvanter sur le risque de prolongation de la soirée. (…) Je craignais que ces larmes ne tombent sur mon plastron . » « Madame X » est également un texte sur la frustration d’une relation sadique dans lequel Rigaut évoque pour la première fois sa sexualité de manière directe et crue : « Ainsi que je l’ai dit plusieurs fois, je ne pouvais pas me trouver près d’elle sans bander mais si je m’éloignais d’elle à peine de quelques mètres je débandais rapidement. (…) Car j’avais mal aux couilles d’avoir passé plusieurs heures sans débander, et la masturbation seule pouvait remédier à cette douleur. (…) Certaines lectures ou certaines pensées m’ont donné cette envie de jouir après laquelle il m’était difficile de ne pas me branler (je ne me suis jamais défendu contre le plaisir) d’autres fois la simple découverte que plusieurs semaines s’étaient écoulées sans que je me sois branlé eût suffi à me faire recommencer, mais il n’y a dans la masturbation rien qui réponde au désir que je puis avoir pour une femme . » Enfin Rigaut fait un constat de nullité de la relation homme-femme, avec la souffrance de l’impossibilité de trouver quelqu’un à qui s’attacher, quelqu’un qui le retienne, une amertume exprimée dans « Madame X » par ces deux fameux aphorismes : « Nous sommes admirablement faits pour ne pas nous entendre . (…) C’est comme ça et je vous emmerde . »" in Jacques Rigaut, le suicidé magnifique, Gallimard, 2019.
22.7.22
26.3.22
On My Radio
J'ai eu le plaisir de m'entretenir, à propos de ma biographie de Rigaut, avec Geoffroy Scrive, qui anime une émission littéraire sur RCF(Radio chrétienne francophone) Finistère. Cet entretien en deux parties est disponible en ligne.
26.2.22
Trou de balle
Les éditions Cent Pages sises à Grenoble rééditent leur florilège des « Écrits » de Jacques Rigaut qui était épuisé. L’ouvrage a été poinçonné aux Lilas par un trou qui traverse intégralement le livre, métaphore graphique de la balle mortelle du revolver de Rigaut. Il paraît que lors de la première édition un lecteur s’était plaint de ce trou qui l’empêchait de lire le texte. Ce recueil préfacé par votre serviteur paraîtra en 2022. L’éditeur n’a pas encore communiqué le mois de la parution.
21.2.22
Vous êtes tous des poètes
"La poésie est pour nous une religion de mystiques (…) Les grands poètes, à une époque moins irréligieuse et rationaliste, étaient des prêtres, des chamans, des soufis, des prophètes, des druides, des völvas. (…) Les fleurs d’acier de la poésie sont nos cornes et nos épées. Alors ces fleurs d’acier, nous les portons à la boutonnière, comme un revolver! » C’est dans l’ombre tutélaire de Jacques Rigaut, que Christophe Scotto d’Appolonia et Francis Venciton présentent le premier numéro de leur revue de poésie, Points & Contrepoints. L’hommage à Rigaut se poursuit dans les pages intérieures de la revue avec « État civil » (bonjour Drieu) un texte d’Arnault Destal dédié à Jacques Rigault[sic]. En 2008, Destal avait admirablement mis en musique ce très beau texte avec Varsovie, son groupe de rock cold punk. Rigaut qui lançait à ses amis « Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort. », n’aurait pas renié le dernier refrain de la chanson : « Soit tu prends feu/ Soit tu prends fin » Le numéro 1 de cette revue propose entre autres un dossier sur le trop méconnu André Chénier par Stéphane Barsacq et un entretien avec l'essayiste Juan Asensio.
10.2.22
Revue de presse
Merci à Christophe Perruchas pour son papier dans le journal L'Epatant, numéro de janvier-février 2022. Pour lire l'article, cliquer droit ouvrir le lien dans un nouvel onglet, puis cliquer sur l'image pour l'agrandir.
24.12.21
L'esprit de Noël
"Le désir, c'est probablement tout ce qu'un homme possède." (Jacques Rigaut) Lord Patchogue et moi-même vous souhaitons un Merry Xmas!
29.11.21
5.11.21
Demain
"Dans la chambre-refuge de la clinique du docteur La Barbinais où Maurice Ronet tourne en rond, le spectateur assiste à la chute de divers objets – une planche contact qui se décroche du mur, une pile de paquets de cigarettes qui s’écroule comme un jeu de cartes, un trench Burberry qui tombe dans la penderie – autant de métaphores de l’effondrement intérieur qui ronge Alain Leroy. Après avoir joué avec son Luger, Alain se met au lit et nous prévient : « Demain, je me tue. » Le lendemain matin, le monde extérieur paraît hostile à son égard : les klaxons des voitures dans les embouteillages, une course de cyclistes qui le frôle, un taxi qui freine brutalement. Tout au long du film, comme dans le trucage cinématographique de la transparence, la ville et ses habitants semblent être un décor flou sur lequel Ronet se détache en premier plan. Il voit monde extérieur à travers la vitre d’un aquarium. Pour Alain Leroy, le monde des vivants est celui des morts. Pour le monde des vivants, il est déjà mort. « Pauvre garçon ! Lui qui était si vivant ! », s’exclame la standardiste de l’hôtel du quai Voltaire. « T’as l’air d’un cadavre », lui dit Jeanne (Moreau). « Je vous présente un revenant », lance Solange Lavaud (Alexandra Stewart). Maurice Ronet est littéralement habité par son personnage et porte le film sur ses épaules. Dans une scène crève-cœur où Alain Leroy demande à son ami Dubourg de l’aider à mourir, Ronet a les yeux vitreux, le regard d’un noyé, insoutenable pour son partenaire qui baisse la tête. » in Jacque Rigaut, le suicidé magnifique, Gallimard, 2019.
22.10.21
"Je t'ai tué Rigaut"
"L’« Adieu à Gonzague », ce mea culpa manuscrit de Drieu comporte une dizaine de feuillets écrits quasiment sans ratures ni corrections . Un texte déchirant dans lequel Drieu tente maladroitement de se justifier auprès de son ami pour le portrait assassin qu’il fit de lui, mais surtout pour ne pas l’avoir compris. (…) Au verso de la dernière page du manuscrit, cette phrase isolée où Drieu avoue enfin son crime : « Je l’ai tué je le sais bien, nous mourrons de l’impuissance de nos amis . » Lucide face aux contradictions qui émaillent son texte ou décidé à poursuivre le cycle Rigaut avec plus de consistance, Drieu range son manuscrit inédit dans le tiroir de son bureau, d’où Frédéric Grover son biographe l’exhumera en 1963. Malgré ces aveux sur papier, Drieu n’arrive pas à exorciser sa culpabilité. « Je t’ai tué Rigaut j’aurais pu te prendre contre mon sein et te réchauffer », note-t-il dans son agenda à la date du 5 janvier 1930. Quelques jours avant de commencer à rédiger Le Feu follet, dernier volet de son triptyque du cycle Rigaut, Drieu remercie les parents de J.R. de lui avoir envoyé une photo de leur fils qu’il leur avait demandée. « Mais surtout son image est fixée dans mon cœur . », écrit-il dans sa lettre. » in Jacques Rigaut, le suicidé magnifique, Gallimard 2019
"Ces carnets inédits de Pierre Drieu la Rochelle, rassemblés par Julien Hervier, livrent les derniers secrets de l’un des écrivains les plus brillants et controversés du XXe siècle. D’une étonnante maturité à 16 ans, fasciné par Nietzsche qui oriente sa méditation sur l’art et la civilisation européenne, il semble avoir déjà tout lu. Il affine ses apprentissages intellectuels à Londres et à Paris; il y suit le cursus de l’Ecole des Sciences politiques tout en s’interrogeant avec angoisse sur l’authenticité de sa vocation d’écrivain. » Collection Les Cahiers de la NRF, Gallimard, octobre 2021.
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