Ai commencé le classement de ma documentation. Le plus long reste à faire, un tableau excel avec identification et localisation des informations... Quelques nouvelles de notre énigme linguistique "cane". Jérome me fait une suggestion : "pourquoi "cane" ne serait pas tout simplement une boîte de conserve, après il faut voir le format : les grosses boîtes d'haricots, boîte de soupe, ou beaucoup plus petite genre boîte de tabac à priser, boîte de cachous pouvant contenir autres choses."
Quant à Sylvain Gire, il confirme la proposition de Franck : Tout ce que je peux dire avec mes connaissances parcellaires, c'est que "cocaine" se prononce en américain co-cane, et que donc, oui, "cane" pourrait être un diminutif argotique de cocaïne (une apocope, donc, ou une aphérèse, je les confonds tout le temps et c'est pas pratique pour s'orienter)." [Piqure de rappel : dans le cas présent, il s'agit d'une aphérèse, chute d'un phonème ou d'un groupe de phonèmes au début d'un mot, exemple pitaine pour capitaine. L'opposé est l'apocope, chute à la fin d'un mot comme télé pour télévision.]
Concernant un monde rigalien ou rigaltien, c'est l'écrivain et correcteur Jacques Barbaut qui répond à cette interrogation cruciale :
"Jean-Luc Bitton, cher
Voici pour les autres finales en " O " :
-- pour Hugo, on dit " hugolien " (la puissance hugolienne) ;
-- pour Blanchot, " blanchotien " (une écriture blanchotienne)
(mais pour Marot (Clément), on dit " marotique ") ;
-- pour Rimbaud, on dit " rimbaldien " (une dérive rimbaldienne) ;
-- pour Queneau, " quenaldien " (des calculs quenaldiens).
Pour Rigaut, " rigaltien " me semble donc approprié, et aussi plus racé
(le mythe rigaltien) ; mais à toi d'imposer, de forger, de forcer ce
néologisme : " rigautique ", voire " rigautesque ", à ta convenance et selon
tes humeurs.
Au fait, connais-tu cette affirmation de Scutenaire (le grand auteur
de " Mes inscriptions ") :
" Je ne suis pas scutenairien, c'est bien plus fort : Je suis Scutenaire ! "
voici le simple résultat de mes cogitations dominicales pré-aoûtiennes
bien à toi, beaucoup (ou ma modeste contribution pour répondre aux
interrogations bittonniennes)
Jacques Barbaut -- compagnon du " bord de l'eau "
autres questions :
si, pour Charlot, on dit "chaplinesque ",
pour Artaud, que dit-on ?
et pour Harpo, Chico & Groucho ?..."
31.7.05
Suggestions
30.7.05
rimbaldien

Pierre de Massot à Pontcharra en 1928
@archives Fabrice Lefaix
Le 8 novembre 1929, Pierre de Massot apprend la mort de son ami Jacques Rigaut. Dans son "Cahier noir", un journal inédit, il note : « Je donne comme épitaphe à Lord Patchogue la phrase du Voyant : « Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions. » (Rimbaud)
Question : rigalien ou rigaltien?
28.7.05
"I want my cane" (suite)
En avant-première sur le blog Rigaut, la couverture du livre "Dada, la révolte de l'art" qui paraît à la rentrée dans la collection Découvertes chez Gallimard. Remerciements à Marc Dachy.
Concernant l'énigme linguistique du mot "cane", Franck me propose quelques réponses par mail :
to cane it :
a- s'enivrer
b- se sauver à toutes jambes
c- se battre à coups de bâton
cane - n. Raccourci de cocaïne.
"And if the street don't know/You're full of slang
cane pain"--U-God(Spot Rusherz[1995]).
came c'est l'héro, cane viendrait plutot de la fin du mot
un diminutif..
27.7.05
Enigme linguistique

Le 9 septembre 1924, J.R. envoie à une amie new-yorkaise un télégramme au contenu sibyllin : " I want my cane eh bien". "Cane" en anglais signifie canne, dans le contexte, ça ne fonctionne pas... Message codé, private joke? J'ai pensé évidemment à un mot d'argot américain relatif aux stupéfiants, le plus approchant trouvé dans un dictionnaire spécialisé, c'est le mot "can" (ounce of marihuana) ou "came" (cocaïne). Par ailleurs, le "Negro" poète américain Jean Toomer, l'un des représentants de la culture afro-américaine à NYC et du mouvement "The Harlem Renaissance", publie en 1923 son premier recueil de poésies dont le titre est "Cane"... A New York, aucun bibliothécaire n'a été capable de me donner la traduction précise de ce mot, rien dans les essais consacrés à Toomer. Bref, une énigme linguistique à résoudre...
Extrait du poème "Cane" de Jean Toomer
Wind is in the cane. Come along.
Cane leaves swaying, rusty with talk,
Scratching choruses above the guinea's squawk,
Wind is in the cane. Come along.
25.7.05
Mademoiselle Farnoux


Appel de Marc Dachy. Il est en train de relire les épreuves de ses archives Dada qui seront publiées en octobre prochain chez Hazan. 800 pages de textes (dont beaucoup d'inédits) et d'iconographies! Une somme dadaïste qui représente 20 ans de recherches... Il me demande une photographie de J.R. pour son encyclopédie. Nous nous retrouvons au Sélect pour une discussion à bâtons rompus. Il me signale un texte de Desnos ("Nouvelles Hébrides") dans lequel J.R. est mentionné. Doit m'envoyer un exemplaire de sa revue Luna Park.
Acheté (23 euros tout de même...) à la librairie Ciné Reflet le numéro 30 de "L'Avant-Scène" du 15 octobre 1963 où est publié le scénario in extenso du "Feu follet". On y trouve également l'article d'Antoine Blondin : "Nous sommes Alain". Je relis avec plaisir le découpage et les dialogues du film en songeant que je dois relancer Alexandra Stewart (Solange) pour notre entretien et contacter également Yvonne Clech qui tenait le rôle de Mademoiselle Farnoux.
Mademoiselle Farnoux : "Vous êtes rentré au jour. Il y a de belles personnes qui ont dû être bien heureuses de vous revoir."
Alain : "Les belles personnes ne sont pas difficiles."
Mademoiselle Farnoux : " Vous, vous êtes difficile."
20.7.05
"Parlez pour moi"

Suis passé sur le tournage du film "Le pressentiment", une adaptation du roman d'Emmanuel Bove portant le même nom. [Voir post du 8/07/05] Jean-Pierre Darroussin qui réalise le film et joue le rôle principal est très concentré. Entre deux prises, il me confie avoir pleuré à la fin de la biographie de Bove. Je ne pouvais rêver plus beau compliment. Je me souviens avoir aussi versé quelques larmes quand j'écrivais les dernières pages de "Emmanuel Bove, la vie comme une ombre". Des larmes d'émotion de revivre mot à mot la triste mort de l'auteur de "Mes amis", des larmes de bonheur également d'être arrivé au terme d'un travail de sept ans et d'avoir respecté les dernières volontés de mon ami Raymond. Tous les biographes au long cours doivent partager ces mêmes sentiments de joie et de tristesse au moment de la dernière ligne.
Ai reçu un mail de Fabrice Lefaix, responsable de l'Association pour l'Étude de Marcel Duchamp qui publie la très belle revue "Etant donné". F. Lefaix a eu l'excellente idée de créer un blog autour de l'Oeil Cacodylate, ce fameux tableau de Picabia constitué principalement de signatures et dédicaces des connaissances (dont Jacques Rigaut) du peintre. Cette oeuvre collective sera refusée au salon des Indépendants. L'histoire de l'Oeil Cacodylate est passionnante. Dans son blog "Au temps de l'Oeil Cacodylate", Fabrice Lefaix nous invite à suivre cette histoire à travers un "panorama bio-icono-bibliographique des soixante signataires de l'Oeil Cacodylate". Un blog très instructif qui regorge de documents inédits (photos, infos...) provenant des recherches effectuées par Lefaix. A découvrir!
Fouillé aujourd'hui le fonds Man Ray (l'un des signataires du Cacodylate) à la bibliothèque Kandinsky. Importante correspondance, peu de lettres des années 20 malheureusement... ai tout de même mis la main sur un lettre en anglais de Jacques-Emile Blanche à Man Ray qui mentionne J.R. : "Thousand thanks for the beautiful photographs which Jacques Rigaut brouhgt my house." Les archives de Man Ray sont dispersées à travers le monde entier, dans des collections privées et publiques, d'où la difficulté d'y accéder. Je dois relancer le collectionneur Timothy Baum à New York qui m'avait dit au téléphone être "certainement le seul Américain à connaître Jacques Rigaut".
16.7.05
Dîner de famille chez les Mauriac
Drieu et Rigaut à Guéthary en 1924 ou 1925
Chaque bibliothèque a ses avantages. Celle du centre Pompidou est ouverte à tous, presque tous les jours, jusqu'à 22H... et les photocopies sont en libre service. A la bibliothèque Kandinsky spécialisée en art (toujours au centre Pompidou), les appareils photos numériques sont autorisés. Le chercheur va de l'une à l'autre au gré de ses besoins et de ses humeurs... Ne pas hésiter à varier pour éviter la lassitude. Ai entamé la laborieuse collecte de tout ce qui a été écrit sur Rigaut. On trouve des perles dans ces écrits qui se résument parfois à une citation ou mention comme celle de Claude Mauriac dans son Journal-fleuve "Le temps immobile" : " Vémars, mardi 14 juillet 1931 (...) Le soir, à table, papa parle de Katherine Mansfield et de Rigaut." Un peu court jeune homme!
12.7.05
Vacances permanentes

Henri Calet à Vence en mai 1956

Chaque fois que j'entends le mot vacances, je pense au premier film de Jarmush,"Permanent Vacation" (1980), une errance estivale dans un New York lunaire où l'on suit un adolescent à la dérive, étranger au monde du travail, sans toit ni attaches. Cette scène inoubliable dans laquelle Chris Parker danse autour d'un Teppaz, écoutant en boucle le même morceau.
Si vous cherchez un magazine à lire au bord de l'eau, je vous conseille le numéro d'été du Matricule des anges. Ce "mensuel de la littérature contemporaine" propose à ses lecteurs un important dossier sur l'écrivain Henri Calet. Ce spécial Calet a été concocté par Philippe Savary avec l'aide précieuse de Jean-Pierre Baril qui nous (ra)conte Calet dans un long et passionnant entretien : "Calet est tout entier traversé par cette horreur du temps qui passe, du temps fracassé. C'est ce qui fait sa mélancolie et sa grande tristesse".
Bonnes vacances permanentes à tous, à ceux qui partent et à ceux qui restent. Je passerai les miennes avec Jacques Rigaut.
10.7.05
Jusqu'au bout
Ai repris mes journées de labeur à la Bibliothèque nationale. A New York, j'avais repéré des travaux universitaires canadiens autour de Dada. Je comptais les faire venir par l'intermédiaire de la BN. La bibliothécaire de la bibliographie générale m'annonce l'absence de liaisons avec l'étranger. Je devrai passer par d'autres chemins. Eric Stetten m'avait signalé un texte de J.M.G. Le Clézio sur J.R. En fait je posséde la première page ce (très beau) texte dans ma documentation mais j'en avais oublié l'existence... d'où l'importance de classer et d'identifier chaque document, un travail supplémentaire mais qui me sera grandement utile pour la suite de mes recherches et surtout lors de l'étape cruciale (mais libératrice) de la rédaction. Je trouve donc le texte complet à la BN mais la personne affectée au service des photocopies juge que le document est trop fragile pour être photocopié. Une heure après une autre personne du même service effectuera les photocopies. Tout ça est de bonne guerre...mais la direction de la BNF devrait agir rapidement pour une politique de numérisation des documents ou d'assouplissement des régles comme par exemple autoriser les chercheurs à effectuer des reproductions à l'aide d'un appareil photo numérique (voir photo ci-dessus prise à la National Public Library de New York). Une politique d'autant plus urgente que les fondateurs de Google ont déjà passé des accords avec les principales bibliothèques américaines pour numériser quinze millions d'ouvrages en six ans...
Extrait du texte de Le Clézio :
"(...) Jacques Rigaut n'a pas fini de troubler notre monde. (...) Un héros est un homme qui accomplit quelque chose, jusqu'au bout. Il y a des héros en mal comme en bien. Jacques Rigaut est un héros de la négation. (...) Mais Rigaut est un homme vivant. Il y a quelque chose d'autre en lui, quelque chose de mystérieux, un charme, une grâce, qui font qu'il est beaucoup plus qu'un mathématicien de la mort."
8.7.05
La valise de J.R.

Une bien belle journée... Tout d'abord une longue conversation téléphonique avec le comédien Jean-Pierre Darroussin qui réalisera une adaptation cinématographique du roman "Le Pressentiment" d'Emmanuel Bove. C'est lui également qui interprétera Charles Benesteau, l'anti-héros du roman qui décide de tout quitter, famille, amis, travail, pour entamer une nouvelle vie. Qui n'a jamais eu ce fantasme de disparaître pour resurgir ailleurs? Il m'invite à venir sur le tournage qui commence dans une dizaine de jours. C'est la première fois que Bove est adapté pour le grand écran. Chapeau bas!
Pas mal de monde pour la projection (entre autres) des films de Man Ray au cinéma Le Panthéon. J'y retrouve Stéphane et Mathilde, mais également Béatrice Mousli (la biographe de Valery Larbaud et de Max Jacob) avec laquelle je communiquais depuis un an par e-mails. Deux anecdotes amusantes (voires troublantes) de cette soirée. Le film "Emak Bakia" où apparaît J.R. est projeté inversé. Le générique et le carton (La raison de cette extravagance) qui annonce l'arrivée de Rigaut sont illisibles. Clin d'oeil involontaire aux effets d'inversion de Man Ray... Enfin, à la sortie du cinéma, un certain Jean-Pierre M. m'affirme être l'heureux possesseur de la valise de J.R.! D'après Mathilde qui connaît ce monsieur aux allures de dandy, cette incroyable affirmation pourrait se révéler véridique. J'ai envie de mettre tous ces heureux hasards qui émaillent mes recherches sur le compte du fameux phénomène de la synchronicité décrit par le psychiatre Carl Jung : " Il y a longtemps déjà que le problème de la synchronicité m'occupe : de façon sérieuse, plus précisément depuis le milieu des années 20, le temps où, étudiant les phénomènes de l'inconscient collectif, je rencontrais sans cesse des connexions séries ou thèmes groupés que je ne parvenais plus à expliquer par le hasard. Il s'agissait en effet de coïncidences dont l'apparition présentait un tel caractère de sens que, dans leur cas, l'improbabilité de hasard ne pourrait s'exprimer que par un nombre d'une grandeur immense. "
1.7.05
Fichez-moi la paix!




Mathilde et Stéphane me signalent la projection exceptionnelle du cinépoème "Emak Bakia" ("fichez-moi la paix", en basque) de Man Ray dans lequel Rigaut fait une apparition fulgurante. Ce sont les seules images animées connues de J.R., à ne pas rater donc. Cette projection aura lieu le jeudi 7 juillet 2005 à 19H au cinéma Le Panthéon / 13, rue Victor Cousin 75005 Paris. Métro Luxembourg. Vous pouvez consulter le programme détaillé de cette soirée sur le site de CinéDoc.
29.6.05
Back in Town



Quand je descends du train à Patchogue, un crachin se met à tomber. Je ne sais pas s'il fait bon de vivre et de travailler à Patchogue comme le clame le panneau qui accueille les voyageurs sur les quais de la gare, mais en venant ici, on comprend immédiatement l'ironie de J.R. dans le choix de son avatar Lord Patchogue. A la bibliothèque locale, une sémillante dame s'empresse de m'informer quand je lui dis que je viens de Paris pour la biographie d'un "french writer". Je consulte la feuille de chou de l'époque, "The Patchogue Advance" où je ne trouve nulle trace du fait divers relaté par Rigaut dans sa présentation de Patchogue. En revanche,le 1er mai 1924, un reporter du journal racontait avec moult détails le "big field meeting" du Ku Klux Klan. Je remonte la rue principale de Patchogue qui semble vidée de ses habitants. Le ciel gris est bas, malgré la pluie, il fait une chaleur poisseuse. De nombreux drapeaux américains jalonnent l'avenue, flottant mollement dans le ciel plombé. Une musique sirupeuse s'échappe de haut-parleurs accrochés dans les arbres. Je songe à la série télévisée "Le Prisonnier". J'entre alors dans un magasin d'antiquités, espérant trouver des photos anciennes de la ville. Sur une étagère, un gros classeur poussiéreux m'intrigue. En l'ouvrant, je m'aperçois avec émotion que c'est une collection de boîtes d'allumettes! En hommage à J.R., j'achète les plus belles. Ces précieuses reliques dans mon sac, je me dirige vers la gare en faisant quelques photos de la ville. Pas le courage d'aller jusqu'au port. Je monte dans le premier train pour New York, trop heureux de quitter Patchogue et son atmosphère anxiogène. Le sourire aux lèvres en pensant à J.R. qui peut-être n'a jamais visité Patchogue, je regarde s'éloigner le panneau : "Welcome to ........!". Baille, baille.
27.6.05
P.A.T.C.H.O.G.U.E

"Ce fut bref, facile et magique : le front en avant, Lord Patchogue s'est élancé. La glace heurtée, traversée, vole en éclats, mais, lui, le voici de l'autre côté." (J.R.)
Plus qu'une journée avant mon retour à Paris. Demain, j'effectue mon pélerinage à Patchogue. Le meilleur pour la fin... Hâte de rentrer pour traiter les informations collectées ici. J'ai également un rendez-vous parisien important, des lettres inédites de Rigaut dans des archives familiales. Encore merci à tous ceux qui m'ont aidé à New York.
23.6.05
A round trip to Oyster Bay

@Cati Laporte
Oyster Bay se trouve à une heure et demie en train de New York. Petite ville côtière sans charme véritable, hormis ses rues paisibles et sa plage qui longe la fameuse baie à huitres. Dans la petite maison qui renferme la société historique de la ville, on nous explique qu'il sera difficile de trouver sur les anciennes cartes la maison de Cecil Parker Stewart. A peine la première carte dépliée, je pointe du doigt la parcelle où est inscrit le nom de l'hôte de J.R. La maison devrait se trouver de l'autre côté de la baie, à Centre Island, une presqu'île qui abrite les résidences les plus cossues. Le chauffeur de taxi, un sympathique papy de Brooklyn, nous fait une brève description du lieu : " Oh yes, rich people here..." Après le passage d'un poste de police (surveillance oblige...), la route devient sinueuse, s'enfonçant dans une forêt verdoyante d'où émergent les toits de luxueuses villas. N'ayant pas l'adresse exacte de la maison, nous tentons de nous orienter avec la carte. Les années ont passé, les terrains ont été divisés pour y construire d'autres maisons... Nous nous engageons dans des voies (très) privées car les résidences pour la plupart ne sont pas visibles de la route. Une propriétaire menace d'appeler la police, une fois rassurée sur nos intentions, elle tente vainement de nous renseigner. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au "Village Clerk", une mini société historique de l'endroit. Nous confrontons notre ancienne carte avec les récentes que nous montre le responsable du bureau. Ce dernier trouve enfin la parcelle correspondante. D'après lui, la maison existe toujours. Son propriétaire n'est pas commode. Il nous demande de l'appeler demain car il n'a pas l'adresse exacte de ce monsieur qui de toute façon n'aurait pas du tout apprécié notre visite impromptue...
21.6.05
Going to Patchogue

"Pour les amateurs de merveilleux, voici d'où Lord Patchogue tire son nom. Voyageant en automobile avec quelques amis sur Long Island, aux environs de New York (...)[nous] eûmes notre attention attirée par un signal qui se répétait presque à chaque croisement de route et indiquant la direction de la ville de Patchogue." (Jacques Rigaut)
Dernière semaine. Ai préparé mon planning. Demain, les archives municipales de New York pour me faire établir une copie du certificat de mariage de J.R. et de l'acte de décès de Gladys. Mercredi, voyage à Oyster Bay dans l'espoir de retrouver la fameuse maison où J.R. décida de créer son double, Lord Patchogue. Jeudi, voyage à Patchogue...Vendredi New York Public Library. Samedi...
16.6.05
Tender was the Night

Zelda & Scott
"The Garden of Allah, 8152 Sunset boulevard, Hollywood, Californie." Le bonheur fétichiste de tenir entre mes mains une lettre manuscrite de F. Scott Fitzgerald. Quand Rigaut est a New York, Fitzgerald se trouve sur la Riviera. Mais qui sait, peut-être se sont-ils croisés sans se reconnaître... J'apprends ici que J.R. se rendait souvent a Cannes. Jack and Gladys, Scott and Zelda. Il y a une proximité évidente. D'autant plus que East Egg dans "Gatsby le magnifique" serait la ville d'Oyster Bay.
Extrait d'une lettre de Jacques Baron trouvée dans les archives de Yale : "Mais Jacques était une personnalité trop séduisante, intelligente, trop lucide. Un de ces êtres qu'on n'oublie pas, qui laisse une marque dans le souvenir."
Hâte de quitter New Haven pour retrouver New York... Je dois me fixer des priorités pour ma dernière dizaine de jours, car je n'aurai malheureusement pas le temps de tout faire. Dans mon isolement actuel, la lecture de la correspondance Calet-Guerin m'apporte quelque réconfort.
15.6.05
L'ami américain

A New Haven depuis deux jours. De 8h à 20h enfermé dans ce bunker. Un vrai marathon qui constitue a consulter le maximum d'archives en quatre jours... Depité a la fin de la première journée de n' avoir rien trouvé. Enfin joie silencieuse hier en lisant le nom de J.R. dans des correspondances. Une découverte émouvante : un de ses amis américains, poète, lui a dédié un poème écrit en 1948... Je trouve d'autres marques d'affection. Ceux qui l'ont fréquenté ici ne semblent pas l'avoir oublié. Sans sombrer dans l'hagiographie, on peut dire que Rigaut était quelqu'un qu'on ne pouvait pas ne pas aimer. Coopération remarquable des archivistes. Trop rare pour ne pas le signaler.
12.6.05
La librairie de Woody Allen

Le métro new-yorkais est fantaisiste. Vous prenez la ligne B et au bout de quelques stations, vous vous apercevez que vous êtes sur la ligne C... Ou bien, comme aujourd'hui, deux lignes subitement qui ne fonctionnent plus. Au passager de se débrouiller dans le labyrinthique réseau pour trouver une ligne qui le ramène enfin chez lui. Comme beaucoup de new-yorkais, j'ai préféré quitter les couloirs du subway et sa chaleur inhumaine (seules les rames sont climatisées, une sur deux...) pour finir mon trajet à pied sous un orage tropical...L'Amérique est une imposture. Un exilé s'est confié à moi : "On dit que les Américains travaillent plus que les Français, c'est un mythe, dans mon bureau, ils en glandent pas une!" Rigaut n'était pas dupe, lui qui écrivit dans une lettre à Tzara : "New York, la ville la plus lente du monde, mais il faut bien entretenir les légendes. A moqueur, moqueuse et demie."
Au début de mon séjour, j'avais été bluffé par la rapidité de communication des documents à la New York Public Library. J'ai vite déchanté en constatant le manque de coopération du personnel qui fixe le lecteur d'un oeil torve, ne cachant pas son ennui à répondre aux questions. Les Archives Nationales remportent la palme de l'apathie. Le visage de la fille derrière le bureau se figeait dès que je m'approchais d'elle pour lui soutirer une information. Je l'ai vue plus tard ignorer totalement un paysan du Middle West qui venait faire des recherches généalogiques sur sa famille. Le type sorti tout droit d'un roman de Steinbeck monologuait devant la fille qui plongeait la tête derrière son écran d'ordinateur sans broncher. Shame on you girl!
Rencontré aujourd'hui le propriétaire de la légendaire librairie Gotham Book Mart (16 east, 46 th)" The Gotham Book Mart is everyone's fantasy of what the ideal bookshop is." (Woody Allen). J'y trouve le livre que je cherchais désespérément : "A literary saga of the Nineteen-Twenties, Exile's Return' par Malcom Cowley. Cowley qui a lancé la revue "Broom", a connu Rigaut à Paris, puis l'a revu à New York. Le libraire de la Gotham Book me donne le nom d'un galeriste passionné par Dada. Il m'invite à revenir le voir me promettant d'autres infos. J'achète également "Kiki's Paris, Artist and Lovers 1900-1930" de Billy Klüver et Julie Martin. Un très beau livre sur Kiki de Montparnasse, bourré de photos inédites... D'après Cati, qui m'a fait découvrir ce livre, les auteurs ont eu accès à des archives inconographiques inexploitées. Je dois contacter Julie Martin pour connaître la source de ces archives.
Départ lundi pour New Haven. Une visite de quelques jours à l'université de Yale où se trouvent justement des archives dans lesquelles J.R. pourrait apparaître...
11.6.05
Vertige


"A New York, pas de revolver pour jouer à la roulette russe, mais il y a les hauteurs vertigineuses des buildings. Un jour, devant les enfants de Gladys, Rigaut ouvre la fenêtre du palace (le Sulgrave hôtel) où ils habitent, enjambe la rambarde, et se suspend par les doigts dans le vide. Après quelques instants, il se redresse, rentre, ferme la fenêtre et sort de la chambre sans un mot." (Rigaut l'excentré magnifique, N.R.F, octobre 2004)
8.6.05
Margaritas à Brooklyn

@Cati Laporte
Enfin rencontré Shannon, retrouvée miraculeusement, il y a quelques mois, parmi de nombreux homonymes, dans l'annuaire téléphonique américain en ligne. Gladys Barber, l'épouse de J.R. était son arrière-grand-mère paternelle... Le rendez-vous est fixé dans un restaurant mexicain à Brooklyn où elle vit. Nous avions déjà correspondu par mails où elle m'avait confié que j'en savais beaucoup plus qu'elle sur sa propre famille. Elle nous raconte tout de même [merci à Clarisse pour la traduction] la triste fin (dépression, alcool...) de sa grand-mère que Rigaut emmenait au "Folies Bergères" de NY alors qu'elle était une petite fille. Sa grand-mère possédait les archives où je risque de retrouver des documents concernant Rigaut. Malheureusement, la famille a éclaté et Shannon n'a pas vu son père depuis 15 ans... Elle nous donne quand même une piste que j'espère voir aboutir avant mon départ. Nous devons nous revoir demain avec sa mère. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette rencontre, rien que par la présence physique de Shannon. Une présence qui renforce celle de J.R....
Du concret encore... suite à ma visite aux Archives Nationales, j'ai pu reconstituer tous les voyages de Rigaut entre l'Europe et les Etats-Unis. Je vérifie et recoupe mes informations. Tout concorde, sauf un voyage supposé en 1924 où il rejoint Drieu à Guéthary. Une énigme supplémentaire à résoudre.
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